Cool! J’ai déniché l’amie Sidonie dans son nouveau terrier!

———————->Une maison pour Chabrol from Caroline on Vimeo.


Resurrection of an angel
Heidi And The Big Bat is the blog of an unattainable woman. Leading men astray, all is carelessly abandoned in the obsessive pursuit of what is ultimately an illusion. Her ghostly apparition is made up of moths which disperse once the light that binds it has gone out. She is an impossible mirage, ephemeral and fleeting, attempting to distract but failing to manifest in actual form, whose incarnation only ever disappears.
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« En cette époque déraisonnable, même les fées s’abaissaient à parler football ! »

contes

SCENE 4
Raiponce en charentaises au coin de l’âtre entourée de ses arrière-petits-enfants

Eh oui mes cher petits! Pourquoi que tout le monde il aurait parlé du foot et que votre vieille mémé Raiponce n’aurait point eu son mot à dire ?

En cette époque déraisonnable, les hommes avaient tant et si bien régressé en intelligence et en beauté, qu’une obscure déesse  de nom inconnu – une médiocrissime ribaude fonctionnarisée, bien entendu – avait supplanté, par la force des choses, les trop ombrageuses Minerve et Isis dans l’administration des science physiques et des mathématique. [Pour la petite histoire, celui à qui fut confiée la pénible tâche de les prier bien poliment d’écrire la lettre de motivation qui leur eût permis de postuler à leur propre succession, entra en combustion spontanée aussitôt rentré dans son pavillon de banlieue, sous les yeux effarés de sa femme et de ses enfants – NDLA.] Comble d’un monde qui marchait sur la tête,  la gueuse avait convaincu la philosophie  qu’elle devait désormais se meller d’autre chose que des cieux, de l’infinité, des lois de l’univers, et de l’origine de toute chose. – Calme et sereine Sophie! Dénuée de vanité déplacée, encore aujourd’hui tu tiens bon à ton poste! Comment as-tu fait pour traverser ces années-lumières de misère, et – toi qui n’aime rien tant qu’à te rendre utile! – la terrible ingratitude de ta quasi-absence de mission? (Il est vrai cependant que tu fus, pour ta peine, gratifié d’une belle chance, dans ton malheur… Au fond de ton placard, tu étais libre : plus personne ne te jalousait !).

C’est ainsi, tête courbée, chef défait, que les piteux philosophes du monde post-moderne, toujours à la recherche d’un coin de ciel-des-idées abandonné par les « spécialistes » et autres « gens sérieux », se jetaient avec famine sur les bas-morceaux de ce monde…

A quoi avaient-ils encore droit, ces déshérités ? Voyons-voir… Eh bien, à étudier la vie secrète des célébrités, par exemple!  – …La vie secrète des stars de préférence à la question de la célébrité elle-même, bien sûr. La célébrité qui, conçue désormais par ces « experts en célébrité » qu’étaient devenus les artistes, comme une Grâce divine d’ordre suprême – faisant office à la fois de vertu et de passe-droit – ne pouvait plus décemment susciter de critique. …La psychologie des médias, aussi! – De préférence à l’actualité brute, que ces derniers se réservaient jalousement de pré-traiter.  Et, donc, c’est le sujet de cet article [J’y viens! J’y viens, les enfants! ], la psychologie des footballeurs ! – De préférence naturellement aux règles du sport lui-même, qui sont, comme chacun sait, du ressort des sportifs.

Quelqu’un pour me donner mes lunettes ? Il faut que je fouille une minute dans mes archives. J’ai là un spécimen de dialogue avec un universitaire qui va vous esbaudir…

NICOMAQUE : Merci XP d’avoir pointé tous ces lieux communs désolants.
Quand il était joueur (années 70-80), Domenech arborait une moustache en hommage à Staline. (voir photo ici :
http://snake7.over-blog.com/article-19824979.html) Ce type a toujours été un tyran arrogant et incompétent, à l’image de son maître.
Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. Et même le boycott de l’entraînement m’a fait plaisir. Après tout, les bleus ont réussi l’exploit extraordinaire de choquer la bien-pensance médiatique et je leur tire mon chapeau. En disant merde à Domenech et à toute la clique, ils sont sortis la tête haute, même si on s’est acharné à les culpabiliser et à les désigner à la vindicte. En fait Domenech a fabriqué un système qui lui a pété à la gueule… bien fait pour lui

Je lui avais répondu une longue lettre, attendez… La voilà! …Je ne me souviens plus s’il m’a répondu ou non après coup… Si l’a fait, je lui pardonne cette vilaine colère que la relecture de cette remarque me fait monter aux yeux, encore aujourd’hui, comme une eau de vie, à chaque fois que je reviens dessus. – Oui, les lettrés de cette époque, comme je vous ai dit, n’aimaient pas particulièrement lire, surtout leurs égaux, et encore moins ceux qu’ils jugeaient leurs inférieurs (j’étais dans ce cas-là de son point de vue, figurez-vous), seulement ceux qu’ils plaçaient au-dessus de leur tête méritaient à leurs yeux cet honneur. De sorte qu’entre membres d’un même milieu, c’était un peu en définitive à celui qui de son ami et rival, lirait le moins – radical moyen, il est vrai, de l’anéantir. Je vous préviens, si vous voulez faire pipi, allez-y maintenant. Ce texte, bien que, je l’espère, sans lourdeur excessive [on a tous nos petits défauts, les enfants], est relativement long.

« Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. »

Curieux. Un universitaire qui commence ses phrases par « Moi je ». C’est la première fois que je vois ça…

[Pour la petite histoire, j’ai souvenir de M. Tartempion [*Référence d’autorité imaginaire – NDLA*], professeur de littérature comparée (entre autre) à la Sorbonne, qui abordait souvent la question du « moi je » avec ses élèves… Non sans une certaine bonté d’âme – à lui coutûmière -, il assurait que le « moi je », employé aujourd’hui à tout bout de champ par le vulgus pecum français, avait une signification en quelque sorte « secrète ». En faisant machinalement figurer la plus piteuse des entrées en matière au début de chacune de ses phrases, le « français de base » semblait désespérément implorer son auditeur : « Excusez-moi d’exprimer un jugement, je sais que c’est mal de critiquer, mais rassurez-vous ce jugement n’est qu’une opinion, il n’engage donc que moi »…

Cet « excusez-moi de penser » réflexe, dans toute sa pénible impuissance à vouloir corriger la propension éternelle, historique, voire « génétique », du « froggy »-de-base à donner son avis sur tout et à faire de la philosophie de comptoir, était – très sérieusement – selon le bon professeur, le symptôme d’une conjonction de phénomènes sociaux problématiques. Ce « gaulois de base » se trouvait, d’après lui, intellectuellement pris en étau entre deux phénomènes : d’une part le point de vue prépondérant en son pays de l’intellectuel « upper-class », selon qui le jugement d’un « beauf » n’a jamais eu aucune légitimité, de l’autre, l’idée typiquement protestante (ou anglosaxonne), constitutive de l’idéologie « cosmopolite/mondialisée », selon quoi, (pour faire volontairement court), « critiquer, c’est nuire », « porter un jugement, c’est mal », « hiérarchiser c’est fasciste », et « niveler, c’est bien ».

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Katallarchie !

J’ai envie d’ajouter aussi que les femmes, même d’extraction bourgeoise, sont particulièrement prédisposées au « moi-je ». Par expérience, je puis témoigner que c’est souvent l’habitude d’être « rembarrée » par un père, un frère, un époux, voire même nos meilleurs camarades de jeux d’esprit, lorsque nous donnons notre avis en matière de politique ou de philosophie, qui induit chez nous le réflexe conditionné du « je m’excuse mais » – « mais moi je pense » (- « Non, pas sur la tête! Pas les cheveux! Pouce! »)… Le « moi-je » signalant au final bien davantage la présence d’un complexe d’infériorité – type : celui de la désirable blonde pulpeuse supposément idiote, ou celui du vilain « Lebedev » Dostoïevskien – que celle d’un narcissisme primaire… Le narcissisme véritable survenant bien plus souvent – le mythe antique est particulièrement transparent là-dessus – chez les êtres exceptionnellement doués, beaux, et certains de leur pouvoir sur les autres, mais c’est là un autre sujet]

Enfin, je vois bien une explication, pour clore cette entrée en matière un peu longuette, à votre emploi du « moi je », c’est tout simplement que vous ne connaissez pas grand-chose au football (ce qui est tout à votre honneur ^^), que vous peinez à oublier complètement qu’il s’agit d’un sujet fondamentalement vulgaire, que vous ne résistez cependant pas, vue l’actualité, « à faire comme tout le monde » (ce qui est toujours humiliant pour un philosophe), c’est-à-dire à vous salir les mains à l’aborder quand même, mais que cela irrite un vieux fond de snobisme bien légitime chez vous… Et (si je suis dans le vrai), c’est une chose dont je vous sais gré.

***

« Moi je considère que l’insulte d’Anelka a été la meilleure chose que ce mondial de foot nous ait donné à voir. Et même le boycott de l’entraînement m’a fait plaisir »

Outch! – Avez-vous jamais visionné l’une des vidéos où l’on peut voir et entendre les joueurs vedettes de cette équipe, comme Anelka, justement, ou encore Ribéry, déjà lorsqu’ils étaient mômes, s’aboyer après, jetés les uns sur les autres, exactement comme le font les sauvageons de banlieue, se battre de façon incessante entre membres de « clans » raciaux opposés, n’hésitant pas à lancer au besoin un « sale français » appuyé à celui des mômes dont la couleur de peau est la plus claire? N’avez-vous jamais vu le T-shirt imprimé du drapeau algérien que portait dans les gradins du stade du Mondial, la radasse ignoble de celui qui se paye des pré-ado maghrébines, refaites de pied en cap, et teintes en blond-Barbie – parce que, à raison, il les trouve sûrement encore moins vulgaires que sa femme ?

Mais enfin, assez d’angélisme ! Il faut voir que ces gens-là ne sont pas comme nous ! Ce sont des enfants sauvages que l’on n’a pas pris soin d’éduquer. Parce qu’on leur a d’office promis la lune s’ils jouaient bien, parce que eux-mêmes sortis du ruisseau, n’aspiraient bien sûr à rien d’autre qu’à la « thune », et que les présidents d’associations sportives dont les gosses allaient naturellement dans des pensionnats privés d’élite, on trouvé ça « bien suffisant pour ces petits primitifs », parce que, chevaux de course qu’ils étaient, ces descendants d’africains tenaient la force physique pour supérieure à celle de l’esprit, et que dans un mépris à la fois inconscient et total pour eux, par utilitarisme aussi, on n’a pas jugé bon de les détromper, c’est-à-dire qu’on n’a pas jugé bon de les hisser du statut de ce statut ignoble de bestiaux de compétition, à celui d’hommes ; parce qu’on ne les a pas jugé dignes du « Un esprit sain dans un corps sain » antique ; parce qu’on n’a jamais eu le courage et surtout la longueur de vue, de travailler à développer une autre forme d’intelligence chez eux que celle de leur pieds. Parce qu’on n’a pas eu les « cojones » de leur faire le chantage formateur du : « Quand tu auras fini ta dissertation, et si tu obtiens une note supérieure à 12/20, tu pourra retourner jouer au ballon rond avec tes camarades. » Parce qu’on n’a pas donné à leur prof de français et à leur prof d’histoire le droit de retarder indéfiniment la carrière footballistique de ces singes, s’ils refusaient de se rendre dignes de représenter la France et de chanter son hymne, le jour venu où ils gagneraient éventuellement la coupe du monde. Parce que ces débile-mentaux acculturés à qui l’on a fait porter notre drapeau, et à qui l’on a ainsi donné le pouvoir de le souiller, n’ont jamais appris ni la discipline, ni la frustration, ce sont aujourd’hui – résultat d’un grand laxisme généralisé – de très mauvais sportifs !

Croyez-vous que lorsqu’un entraineur brésilien a recruté Maradonna dans les favelas, il s’est contenté de lui dire : « Vas-y, fais-toi plaiz’, marque des buts, t’auras un chèque » ? Evidemment que non, sinon Maradonna ne serait pas là à écrire des films en association avec son grand fan Kusturica, pour tenter de nous transmettre sa naïve (et pourtant « vraie », car vécue) philosophie du « Le Futcheball m’a sauvé, il fait de moi un Jésus et il m’a crucifié pour donner l’exemple. Le Futcheball est Dieu. »

J’ai entendu récemment Jeannie Longo expliquer très clairement cela dans une émission télévisée : la tendance actuelle du sport est de miser sur la technique, ce qui n’a rien de mal en soi, mais cela se fait au détriment de l’intelligence (et donc de la liberté) du sportif. Par exemple, elle raconte avoir longtemps couru sans oreillette – c’était le cas de tout le monde autrefois, tout simplement car cette technique n’existait pas encore. Le cycliste, alors, n’était pas cet espèce de hamster décervelé branché en permanence sur les délibérations d’un consortium de spécialistes penchés – en temps réel – sur la carte du terrain. Jeannie Longo étudiait elle-même son itinéraire avant la course, tâchait d’en retenir les spécificités par cœur (gros travail de mémoire), et décidait seule, avec pour unique critère d’expertise le fait qu’elle connaissait très bien son corps, quand accélérer, quand décélérer, quand lâcher du terrain à l’autre, quand serrer à gauche/à droite, afin d’optimiser ses forces… etc. C’est ainsi que cette femme d’exception n’a pas simplement gagné beaucoup de médailles, mais a gagné avec honneur, et s’est aussi forgé, dans la foulée, un art de vivre qui lui est propre.

Au pied! Schnell!!

Au pied! Schnell!!

« Après tout, les bleus ont réussi l’exploit extraordinaire de choquer la bien-pensance médiatique et je leur tire mon chapeau. »

Je ne savais pas que la vocation des footballeurs était de « choquer la bienpensance médiatique » ; je pensais juste que leur job était de marquer des buts.

« En disant merde à Domenech et à toute la clique, ils sont sortis la tête haute, même si on s’est acharné à les culpabiliser et à les désigner à la vindicte. »

Avez-vous fait l’armée, Nicomaque ? Mon père, qui est né en 44, l’a fait. Et durant dix-huit mois, s’il vous plait (seulement dix-huit mois car il a obtenu une dérogation parce qu’il était déjà, à 19 ans, soutien de famille). Mon père, qui est pourtant un horrible gauchiste, le fils de l’un de ces « sales communistes » que vous aimez tant à insulter – un « sale communiste » qui a quand même été envoyé en camps durant la guerre, pour ses convictions politiques (avec les juifs, eh oui !), et s’est suicidé quelques années après, tout simplement parce qu’il ne pouvait ni renoncer aux idéaux au nom desquels il s’était battu pour sa patrie, et avait payé son lot de souffrance, ni accepter de cautionner le monstre sanguinaire qu’était devenu son communisme chéri en URSS, au regard duquel, en tant que contestataire, il allait bientôt être étiqueté à son tour « ennemi de la liberté ». Mais bref, sur ce sujet, il y aurait beaucoup à dire… Mon père, donc, qui est un horrible gauchiste (une « pastèque » pour résumer la chose grossièrement), et qui a aussi fait l’armée, ne se lasse pourtant pas de raconter avec chaleur, à qui veut l’entendre, ce qu’il y a vécu (et surtout de dire des choses auxquelles vous autres ne vous attendriez pas forcément de la part d’un gauchiste, tout simplement parce que les gauchistes d’aujourd’hui sont profondément idiots, et que mon père est un homme d’un autre siècle qu’eux – il ne comprend d’ailleurs plus rien au nôtre).

Souvent il commence en parlant des conditions de vie extrêmement difficiles auxquelles les bidasse étaient soumis, il décrit les brimades, les efforts physiques permanent, ses cauchemars, ses crises de somnambulisme durant la nuit… Ensuite il raconte quand il a pris l’hélicoptère : un bruit énorme de boite de conserve bringuebalante, et « cet imbécile d’adjudant » qui faisait le kakou en travers de la portière coulissante laissée constamment ouverte, bras et jambes écartées de part et d’autre, au-dessus du vide… et du majestueux parc des volcans d’Auvergne. – Mon père reste tacitement fort impressionné par ce souvenir : lui, a le vertige. ^^ C’est alors que « l’imbécile d’adjudant », ce « sous-chef » qui abuse de son autorité (comprendre : mon père préfère tacitement les vrais chefs aux « sous-chefs »), en prend pour son grade : ce cruel personnage avait droit, à l’époque, à un certain nombre de pertes humaines, et il s’acharnait sur les faibles… Un pauvre gars qui n’était pas à la hauteur, trop maigre, mal nourri, avait failli mourir sous ses coups, à force d’être contraint par lui à ramper encore et encore, deux fois plus que les autres, sous les barbelés, dans la fange.

[Là mon père fait rapidement allusion au fait que lui-même, par contre, bien entendu, était non seulement « à la hauteur », qu’il avait toujours aimé marcher, qu’il était le meilleur tireur de sa promotion et même que des officiers auraient voulu qu’il fasse une carrière, qu’en l’espace de quelques semaines de service il avait d’ailleurs gagné le grade de soldat de  « première classe » mais que, de nature pacifique, au lieu de persévérer dans cette voie, et lassé d’être soumis à de mauvais traitement, il avait préféré faire valoir son statut « d’intello » de la compagnie, de façon à briguer le poste de « radio », c’est-à-dire de chargé des communications en morse avec la base, auquel poste peinard il était resté jusqu’au bout tranquillement semi-planqué.]

Tout cela mis à part, et pour revenir au « petit chose », souffre-douleur de l’adjudant, j’ai entendu plusieurs fois mon père, son visage émacié tout rouge, ses yeux noir de jais étincelants comme ceux d’un loup, avoir ces mots très durs : « Je me souviens quand le pauvre gars s’évanouissait dans la boue ! La rage que je ressentais ! La rage pure ! Et j’étais pas le seul… Si j’avais pu – si on avait pu – si personne ne m’avait vu – les autres gars étaient avec moi – si j’avais pu me trouver seul avec cet adjudant [comprendre peut-être : si ç’avait vraiment été la guerre] ; je sais pas ce que j’aurais fait… Putain, je me retenais de l’étaler, de lui foutre un coup avec la crosse de mon fusil ! » Mais après cette tirade particulièrement violente, mon père conclue toujours avec un mot de plus, très confondant : « Tu sais, me dit-il, dans l’armée c’est une technique de commandement, ça aussi. Un adjudant qui se fait craindre, jusqu’à la haine, par ses hommes, paradoxalement, ça fait une compagnie soudée. La rigueur de la discipline fait qu’on se serre les coudes. De l’adversité nait la solidarité. »

***

Les hommes de Domenech n’étaient pas là pour le trouver « sympa », ni même « intéressant », ni même pour l’aimer ou approuver ses choix. Ils étaient là pour lui obéir, quoi qu’il arrive, même et surtout si le gars était vraiment con – rien n’est plus formateur qu’un maître à la fois con… et redoutable – obéir et avancer de façon militaire, à leur propre péril. Il fallait qu’ils lâchent prise, qu’ils soient dans un pur esprit de sacrifice à leur nation, à la façon dont les gladiateurs criaient dans l’arène : « Ave Caesar, Morituri Te Salutant ». La guerre est affaire de tripes, de crainte, et de bêtise virile. Les soldats qui pensent sur le terrain, c’est comme les femmes qui pensent dans l’amour, ou les acteurs qui réécrivent le scénario du film qu’ils doivent jouer. C’est une forme de décadence dont personne ne veut. La civilisation même n’en veut pas.

« [Domenech] a toujours été un tyran arrogant et incompétent, à l’image de son maître. »

Mais lol ! …Si seulement ç’avait pu être vrai. ^^
Si ça avait été vrai, nous n’aurions pas été vaincus… D’ailleurs j’abhorre furieusement le communisme de l’URSS. Mais on ne peut pas dire de Staline que c’était un mauvais stratège, ni un mauvais militaire. L’Armée Rouge, c’étaient des lions !

« Quand il était joueur (années 70-80), Domenech arborait une moustache en hommage à Staline. »

Quand on veut tuer son chien… etc.

(Grand-mère Raiponce pose la vieille missive imprimée sur ses genoux et déchausse ses besicles)

Otez-moi d’un doute, vous avais-je déjà parlé de mon père, les enfants? …Non? Ah, mais c’est que tout cela nous fait remonter à bien loin! Eh oui, figurez-vous que moi aussi j’ai eu un papa qui m’aimait, et que j’ai été une petite fille… Oh bon sang, comment cela se fait-il que tout cela me semble si proche, presque encore là, alors qu’aujourd’hui il est si loin? Mes enfants! A mesure que la mort approche, j’ai l’impression que mon père aussi. De toute mon existence, je n’ai su réellement lui parler une langue qu’il comprenne… ce siècle d’avant qui l’emportait, c’était encore tellement autre chose ; moi j’étais comme un chien à qui l’on adresse des mots qui font sens, et lui comme un maître qui se bouche les oreilles quand son chien aboie. Car mon berceau avait reçu le baptème de Mnémosine, qui m’avait gratifiée de quelques, hélas en partie défectueux, étranges précieux petits cadeaux [nottamment, au détriment d’un libre accès à la mienne propre, elle m’avait donné une clef universelle pour ouvrir la mémoire collective], dont lui avait été privé. En revanche, quelle belle encyclopédie traditionnelle, mon père ! C’était beau, c’était grand, ce type d’intelligence, c’était utile, surtout… enfin, avant l’arrivée d’Internet.

. . .

Non mais… Que disais-je, au juste? Ah oui! …De toute mon existence, je n’ai su réellement lui parler une langue qu’il comprenne. Et à présent que je pourrais presque déjà entendre sa voix, qui dit oui, qui dit non, qui appelle… A présent il me semble que nous pourrions faire ce qui n’a jamais été fait : échanger calmement, sans hystérie, sans fébrilité, jusque dans le silence, sans que la stature de l’un n’assombrisse le visage de l’autre. Il me semble curieusement que ce n’est même plus vraiment moi qui l’écoute, mais que c’est déjà lui, enfin, qui est en train de m’écouter.

Quelqu’un m’a dit que j’avais du talent : je l’ai envoyé chier.

SCENE 3
Millie, V-nerf

MILLIE : Comprenez, jamais personne ne me fait ce genre de commentaire, à moi.

A part évidemment Memento Mouloud.

Moi on m’insulte, on me dit « j’te baise », on me montre son cul. Si j’avais confiance en vous, je vous donnerais les clefs de mon ancien blog… Le carnage! Il faut avoir vu une telle chose dans sa vie ; ça ne se raconte pas ! En bref, j’y ai été tant et tant humiliée qu’aujourd’hui il est fermé au public à double tour, tellement j’en ai honte.

***

Tenez, pour vous montrer ma bonne foi, voilà le premier commentaire que j’ai reçu ici-même, sur Raiponce (et que je n’ai pas accepté, bien sûr) :

Millie, ma chérie, je veux juste savoir si tu aimes sucer la (les) bite(s) de ton (tes) amant(s) ? Et si on peut éjaculer dans ta petite bouche. Excuse-moi je te prie, c’est plus fort que moi, mais tu m’excites et je te soupçonnes d’être, en tout bien tout honneur, une vraie petite cochonne à défaut d’être une vraie salope, et encore si ça se trouve t’es une grosse salope.

Sinon, continue à écrire, c’est chouette.

Merci de me répondre.

Et le second commentaire :

Tout ça est assez ennuyeux je dois dire… comptez-vous exhiber, un jour, à nouveau votre nombril?

***

Comprenez.

Je refuse d’appartenir à la race de ces pauvres hères qui sont seuls au monde à se trouver du génie. Je préfère encore rire de moi-même avec la cantonade, et leur concéder que je n’ai aucun talent.

***

J’espère ne pas vous avoir blessé.

Lettre à un Israëlite

"Ma Bobo Aime"

"Ma Bobo Aime"

Et qu’importe tout cela : le succès, la célébrité, la surface, la solitude, tutti quanti ? Obsessions israélites, passions tristes, que tout cela!

Est-on forcé de vivre à 100% en exil, toujours sur la brèche, en phase avec l’apoCalypso libéral- « amoureux »?

Enfin, ne suffit-il pas de vivre – tout court ? Que chacun vive à sa façon, et comme il peut ; Dieu reconnaîtra les siens. Je ne suis pas peu fière, pour ma part, de n’être pas encore morte… Que personne de s’avise de tenter de me le faire regretter, car alors mon courroux : « coucou »!

Relisez Desproges ou Samuel Beckett. Dieu merci, ces gens ne nous apprennent pas à devenir « célèbres » ou à trainer une floppée de pseudo-apôtres dans notre sillage, mais juste à parcourir le temps qui nous est échu ici-bas en emportant l’émotion d’avoir connu quelques frères humains.

La vie! La vie est tellement supérieure au spectacle! Je donnerais Marilyn (qui d’ailleurs ne m’a pas attendue pour se brader) pour un instant trop court de nostalgie véritable, puis un regard posé sur le compagnon/la compagne qui sera présent au jour de la dernière heure, à l’heure du dernier soupir…

Merde, réalisez la tragédie que ce sera de mourir? Vous en faut-il encore plus?

Ce que j’ai vu de mes yeux comme miracles en ce monde, ce pourquoi je pleure en écrivant ces lignes, jamais je n’arriverai à l’écrire, et c’est tant mieux. C’est parce que j’ai conservé la dignité minimale qui consiste à ne pas pouvoir vendre, même à « la postérité », même contre un peu d’amour, le peu qui a du sens à mes yeux.

Demandez-donc à vos grands parents, s’il ont aimé leur vie, de vous la « livrer » par écrit!

J’ai appris autrefois : « pour obtenir quelque chose, il faut y renoncer ». Je veux la vie, je la veux si fort, que je suis prête à renoncer à elle, du moins à la vie telle que le diable ou les sirènes me la définissent, me l’empaquettent, et tentent désespérément de me la vendre, cela sans pourtant mourir, au risque de ne vivre plus « pour rien »… c’est à dire de ne vivre plus que pour moi ; afin que ma vie m’appartienne en dernier recours.

***

Non, non et non.

Je n’écouterai pas le chant des sirènes qui disent qu’on est plus fort lorsqu’on a perdu son identité.

Car la chose n’est pas plus vraie que son contraire : même dans un monde libéral, sans frontière (le domaine des choses amoureuses est par excellence de nature libérale et sans frontière), il faut avoir quelque chose à vendre, quelque chose de valeur… à vendre.

Un homme sans valeurs (= sans honneur/qui ne croit en rien) est aussi un homme sans valeur… même du point de vue du « marché ».

"Ma Bobo Aime"
« Ma Bobo Aime »

Le drapeau noir flotte sur la marmite !

PREMIERE PARTIE – A BABOUCHES TOUTE!

LETTRE AU CAPITAINE DE L’EQUIPAGE DES SILLY-BOYS

Cher Capitaine, Gentil Dauphin, mon ami,

Vous qui êtes un homme de bien, un homme de paix, un amateur d’ordre et de tempérance, comme je déplore que vous ne soyez pas le maître à votre propre bord! Au lieu de ça des demi-mutins, des canailles – souvenez-vous de l’affaire Bob Marchenoir! -, ont pris l’habitude de passer par-dessus bord des gentlemens ayant reçu votre protection sans rencontrer aucune résistance significative de votre part, et tirent tant et si bien, en continu, le bateau à Tribord, que celui-ci en est actuellement à tourner sur lui-même en cercles concentriques de plus en plus serrés…Vous êtes aujourd’hui la risée de toute la flibuste ! Il faut relever le cap ! Si vous voulez marcher droit, il n’y a pas deux solutions.  Appuyez de tout votre poids ceux que les mutins de Tribord font passer pour porteurs sains du virus de « la rage ababouchiste » afin de s’en débarrasser, car il faut faire pencher la balance  : « A babord toutes! »

***

DECODER LE SUBTERFUGE DU PROCES EN ABABOUCHISME

L’ababouchisme est un fourre-tout/oubliette, un concept infiniment extensible aux contours volontairement flous, dont ceux qui en détiennent la licence usent pour se débarrasser de ceux qui les gènent sans même prendre la peine de leur dresser un procès. Il permet à la cour de rejeter aveuglément toute argumentation solide venant du parti adverse et d’en congédier les avocats ; au procureur, de se faire passer pour la victime ; voire, au criminel, de rendre le jugement.

Le Néo-Néron qui en est l’auteur peut, grace à une telle invention, traiter d’ignorant tout personnage érudit « étiqueté gênant » – tout gentihomme sans protection ou isolé, de fou, de criminel ou d’imbécile. Il n’a d’ailleurs pas créé cette arme à d’autre fin que celle de masquer tant bien que mal un énorme complexe d’infériorité. Il faut voir (pour le croire), de quelle façon il réserve systématiquement ses sentences les plus terribles de préférence à ceux des intervenants qui lui font réellement de l’ombre, que ce soit de par leur culture ou leur talent – laissant en paix les « Robins des bois » et autres gauchistes-mous piteux décrédibiliser leur propre camps à loisir!

A son image, les despotes antiques illetrés tranchaient la tête aux philosophes qui tentaient de leur expliquer des choses qu’ils ne comprenaient pas, ou de façon plus freudienne – c’est le cas de Néron, précisément – trucidaient carrément leur précepteur. Rien n’arrêtait jamais ces personnages-là dans leur furie méchante et carnassière, sinon l’influence d’une ou de plusieurs puissances émolliantes concurrentes.

Car ces gens-là (les mêmes qui se vantent, sur un ton badin, de toujours se réjouir des succès de leurs ennemis – ce qui est bien logique), ne respectent jamais rien tant que le pouvoir – c’est-à-dire la force ! Pour eux, respecter quelqu’un, ce n’est pas demeurer courtois en sa présence, ou prendre la peine d’écouter ce qu’il a à dire, cela se limite à être  tenu – et fermement encore! – tenu par lui en respect. De sorte que ceux-ci, même s’ils travaillent à dorer leur blason d’un semblant de vernis philosophique, ne sont rien – je prolonge-là une excellente définition de Lounès d’Arbois-Beaumont – que de vulgaires racailles… Je dirais même plus, ils sont « l’âme de la racaille », la racaille pour ainsi dire quintescenciée.

La force! Le pouvoir! L’argent!
Fi de toutes les autres qualités humaines – coeur, esprit, physique! Fi de toutes les valeurs – morale, honneur, vertu! Celles-ci ne viennent jamais dans leur grille de lecture, que de façon aléatoire, sans aucune sorte de cohérence, légitimer sans controverse possible leurs haines ou leurs amours. – Tel vice mortel, ignoble, accablant à leurs yeux un rival honni, se trouve célébré ailleurs par eux-même au titre de grâce ouranienne, de signe de distinction divin, lorsqu’il apparait chez tel parangon de sainteté politique (parangon toujours fictif – règle n°1 du dictateur : ne jamais placer quelqu’un de vivant au-dessus de soi).

Il faut garder à l’esprit que ces êtres qui, un temps, en terrifient plus d’un, n’ont de force réelle que celle de la renommée qu’on leur prête. Ce ne sont pas des lions, mais juste des saltimbanques. Que les applaudissements cessent, et le loup redevient agneau. Ces vagabonds du rires, qui tendent la sybille, et se glissent dans des habits de roi lorsque l’aventure le permet, ne sont d’aucune nation, ne sont d’aucun parti : il ne tiennent ni de Rome, ni d’Abraham, ni même de la perfide Albion, ils descendent en droite ligne de leur ancêtre unique la girouette – la girouette grinçante qu’on trouve sur les tarots, et qu’il ne faut pas confondre, lorsqu’on est Capitaine, avec une bousole, sous peine de faire courir l’Arche à sa perte.

Votre servante et  dévouée compatriote,

Millie-Of-Arc.

***

SECONDE PARTIE : UNE BOUTEILLE A LA MER

J’ai aussi réfléchi à votre proposition d’intégrer l’équipage du Silly. Au début je pensais me contenter de ne pas donner suite, et laisser passer ma chance sans rien dire, car mon homme a raison : après tout ce que j’ai subi là-bas comme affronts, je ne devrais même pas y remettre les pieds…

Mais je vous aime bien. Je vous aime beaucoup, même. Vous me rappelez les « Morons » de mon passé, l’ambiance particulière, méchante, apocalyptique et passionnée qui régnait chez eux. Bien sûr que je me fais du mal, à briguer votre compagnie. Bien sûr que j’alimente auprès de vous ce que je ne sais plus quel philosophe (c’est mon homme qui emploie cette belle expression) appelait : « des passions tristes ». Car mes interventions sont toutes mues par le désir de récupérer des petits morceaux de mon honneur perdu, de la part de ceux-là même qui me l’ont confisqué. C’est ainsi que je trouve mon compte à continuer à être à Silly-Creek une sorte de « contre-pouvoir » toléré, c’est-à-dire celle à qui l’on permet de jouer les joutes qui sont interdites aux autres ; car il s’agit-là à mon sens d’un honneur nettement plus grand que celui d’être simplement recrutée parmi les membres de l’équipe (- que je suis loin d’apprécier tous, et au sein de laquelle vous n’ignorez pas que je me suis fait des ennemis mortels qui donneraient cher pour me voir balancée par-dessus bord avec des babouches en béton ligotées aux pieds). Cela signifie à mes yeux que je dois défendre à chaque intervention mon statut d’exception, reconnu uniquement de manière tacite ; un droit d’exister presque tabou, que n’importe qui, même le moindre morveux arrogant, le plus répugnant pilier de comptoir, est susceptible non seulement de me contester, mais de pousser n’importe lequel de vos flibustier à me retirer sur le champ. Il s’agit là d’une lutte à la fois dérisoire et que je trouve sublime, du fait de l’adversité que je rencontre sur ce chemin – sans doute aussi, de son absence de but –, c’est-à-dire du fait de votre intolérance, et non pas parce que j’espère en venir à bout ; du fait de ma faiblesse, et non pas parce que je suis à la hauteur ; parce que cet exercice me pousse à m’y hisser de toutes mes forces, c’est-à-dire qu’il me pousse à l’excellence, et que la sensation de marcher au bord du vide qui est l’apanage du danseur de corde, m’y accompagne à chaque mouvement…

[Le vide… la fournaise de la honte, l’abîme de l’échec. Comme vous le savez, je ne me suis pas toujours contentée de marcher au-dessus comme un funambule, j’ai eu aussi de nombreuses occasions d’éprouver l’horreur d’y chuter (choir, du latin : ca(d)ere). Et je ne sais pas si c’est parce que (dé)choir est ce qui s’approche le plus de faire l’expérience, impossible entre toute, de ce que nous redoutons le plus au monde – c’est-à-dire de la mort… mais il est possible que la sensation de chuter/lâcher-prise soit aussi la sensation, par excellence, la plus forte… donc la plus addictive au monde. Celle que, contre toute attente – plus encore que la joie de « planer » au-dessus de la mêlée – les drogués s’en vont chercher au « Pays des Merveilles », de l’autre côté du miroir, ou encore à l’autre bout de la raison… là où elle s’achève].

« Blandine » demande son avis au bon professeur NICOMAQUE

Cher Professeur,

Bonjour.

En premier lieu pardonnez que je me présente – bien que la chose ne soit pas vraiment d’usage sur le net -, cela fait dans un pur esprit de courtoisie, dirons-nous, « bourgeoise ». Je suis une blogueuse qui évolue – depuis assez longtemps, à présent – dans un certain cercle « réac-internautique » dont je gage que vous connaissez presque tout à l’heure qu’il est – au moins par ouï-dire… Je m’avance peut-être sur ce point, mais sachez au moins que mon fiancé est aujourd’hui – bien malgré lui – hélas au détriment de ses préventions naturelles à l’égard des femmes bavardes ^^ – dans ce cas particulier-là, et que j’imagine que vous êtes tout légitimé à compatir avec lui. :)

Voilà, je viens d’écrire un petit quelque chose – une dissertation, en somme – aux accents anti-libéraux que, avertie par votre renommée, m’est venu subitement le désir (la vanité?) de vous soumettre. Or donc, dans un état d’esprit que vous êtes tout autorisé, naturellement, à juger « intéressé » – mais alors uniquement au sens plein du terme! :) -, je me suis mise à la recherche de celui de vos articles dont le propos m’offrait la meilleure occasion de rebondir sur le sujet qui me tenait à cœur… J’ai parcouru (pour l’essentiel encore en diagonale, je le confesse) une bonne partie de votre blog ; cependant n’ai pas vraiment trouvé mon bonheur. Cela vaut mieux : car c’est tout à votre honneur, – et partant, au mien aussi. Cela veut dire qu’il m’est difficile de trouver chez vous, qui êtes bardé d’un attirail critique (et d’un bagage culturel) nettement plus conséquent que la plupart des blogueurs libéraux auxquels j’ai affaire d’habitude, un seul propos qui ne puisse pas, dans une certaine mesure, être jugé « de pur bon-sens ». Car vous êtes un philosophe, et je ne me ferai jamais – du moins, je l’espère et y travaille – l’ennemie de la philosophie.

J’ai finalement choisi un patronage religieux, celui de ce père Sirico, pour mon intervention chez vous. Je crois en Dieu ; à vrai dire le catholicisme est profondément enraciné en moi. C’est pourquoi il me semble que je peux Lui offrir sans crainte y compris mes erreurs, si jamais j’en commettais.

Voici, au-dessous, la petite « dissertation » que j’aimerais beaucoup, même si vous n’êtes pas mon professeur et que j’ai tôt abandonné les bancs de l’université, que vous me corrigiez. Je dois avoir l’âge de certains de vos élèves ; il ne faut pas craindre de m’apprendre des choses : je ne demande pas mieux.

***

« Les pauvres et les opprimés le sont pour une excellente raison, ma chère. S’il méritaient mieux, ils l’obtiendraient.» (MacAllister)

QUESTION A MILLIE BALLES :

En quoi cette formule d’un auteur partisan du libéralisme économique, sur les pauvres et les opprimés, est-elle contraire au respect de leur libre-arbitre?

***

La formule de MacAllister dit exactement cela : « les pauvres et les opprimés ne méritent pas mieux que ce qu’ils ont ». La raison pour laquelle cette formule est fautive est simple : bien des pauvres et des opprimés désirent mieux que ce qu’ils ont, et se donnent tous les moyens de réussir, ce en quoi ils le méritent. Pourtant  certains d’entre eux échouent ! Pourquoi me demanderez-vous ?  C’est là qu’une terrible révélation s’impose – attention mélancolie ! : tout simplement parce que la vie est injuste !

D’autre part, certaines personnes préfèrent la pauvreté et l’oppression à certains renoncements/compromissions qu’implique la vie sociale. Parce que ces êtres sont généralement des déclassés ayant reçu une éducation bourgeoise, parce que leur retrait de la course à la puissance et à l’argent ne signifie pas qu’ils aient renoncé à toute haute aspiration autre (bien au contraire), on pourrait être tenté, parce qu’ils ont donc pleinement choisi d’occuper les bas-étages de la pyramide sociale (ou exclusivement l’étage supérieur de celle de Maslow, mais c’est un autre débat), de leur appliquer la formule de MacAllister : « Ne vous en prenez qu’à vous-même si le moindre représentant en bluejeans dégriffés vous regarde avec hauteur : vous avez choisi de vivre comme des mendiants, vous ne méritez pas mieux ». Mais il est nécessaire alors de rappeler que ce choix de rester pauvre et méprisé de tous (surtout de tous les imbéciles ^^) se fait alors dans un état d’esprit de type « monacal ». C’est pour ne point renoncer à certaines vertus, pour ne point corrompre leur âme, que certaines personnes se retirent, et parfois se contentent de métiers humbles mais peu gourmands en temps et en énergie, qui leur permettent de se livrer à la réflexion et à l’écriture. Dirait-on à un moine « vous ne méritez pas ‘mieux’ que ce que vous avez » ? Non, car la formule est péjorative. Cela voudrait dire tacitement que le moine « peut mieux faire », alors qu’il se trouve déjà sur la voie de la perfection. La formule lui fait offense : elle nie tacitement, narquoisement, que son mérite est fonction de son renoncement, et non pas fonction de toutes les virées nocturnes, appartements en ville et voitures de luxe qu’il ne s’est jamais donné les moyens de s’offrir. De même, quand Jésus a choisi d’emprunter son chemin de croix, aurait-ce été le fait d’un juste, que de lui lancer à la volée : « De toute façon, vous ne méritez pas mieux ! ». Certainement pas car alors il aurait été judicieux de lui répondre : « C’est justement parce qu’il mérite mieux qu’il le fait ».

Lorsque  [tel libéral primaire] me demande, étonné,  en quoi la proposition de Mac Allister (à savoir : « les pauvres et les opprimés ne méritent pas mieux que ce qu’ils ont »), nierait le libre-arbitre de ceux qu’elle concerne, je peux lui faire deux réponses :

1) D’une part parce que la liberté d’un homme n’est pas fonction de la réussite de ses entreprises, au contraire même il arrive plus souvent que les hommes (c’est quelque chose que « l’anarchiste-doux » Brassens raconte fort bien) sacrifient honneurs et richesses à leur liberté.

2) D’autre part parce que cette formule pernicieuse équivaut, façon sophiste, à hurler à la face du miséreux : « Marche ou crève » – ce qui sous prétexte de lui donner la liberté, lui retire en fait beaucoup de marge de manoeuvre –  ou plus littéralement encore : « Arbeit Macht Frei», qui pour n’être pas à proprement parler une contre-vérité, n’est pas LA vérité révélée non plus. C’est ce qu’un philosophe pourrait appeler avec humour « la vérité quand elle n’est plus qu’un instant du faux ».

Mac Allister, en effet, rien qu’en quelques mots, pose déjà tacitement, comme indiscutable, un système de valeur qui est celui de tout libéral-protestant naïf qui se respecte : il élit le travail comme valeur suprême uniquement parce que dans son esprit tout travail bien fait se doit systématiquement de récolter salaire. Or, comme dit précédemment, il n’est pas encore né le monde où chacun sera rétribué à la juste mesure de ses mérites (comment d’ailleurs un chrétien, à qui a été enseigné que le péché/l’imperfection/la déception était la condition de toute vie humaine terrestre, peut-il jamais oublier cela ?). Et, de même, il est profondément fautif pour ce chrétien, voire même à l’occasion criminel, d’avoir choisi son occupation principale d’homme adulte (alors que – flûte ! – on n’a qu’une vie) non par goût ou pour se rendre utile, mais uniquement pour l’argent que ce travail lui rapporte, ainsi que de vouloir ériger la réussite ici-bas – c’est-à-dire en quelque sorte les honneurs de ce monde – en l’équivalent d’une réussite dans l’au-delà, c’est-à-dire en élection divine. C’est en effet-là une façon de vouloir que le paradis soit, en quelque sorte, déjà descendu sur terre ! Ce qui, en l’espèce, est chose encore plus grave que le traditionnel « hubris » des ennemis du libéralisme que les libéraux aiment à résumer à la prétention de chercher (seulement) à le faire advenir, ce paradis, sur la terre – lequel « hubris » implique au moins qu’on se souvienne encore que le royaume du Maître de ce Monde est imparfait. En somme, si la formule Allisterienne est choquante, c’est tout simplement parce que hurler : « Marche ou crève » à la face du miséreux équivaut encore une fois à crucifier ce dernier au lieu de lui accorder la miséricorde -,  en quoi cette formule est, de même, équivalente – en bêtise crasse – à la dangereuse manie qu’ont les communistes d’idéaliser le pauvre et l’opprimé. Car on sait bien chez nous, depuis l’an 0 de notre ère, que faire porter sa croix à un homme ou lui tresser une couronne d’épine revient encore et toujours au même : encore et toujours à le surestimer.

Bien qu’espérant ne pas vous avoir pas trop ennuyé, monsieur le Professeur,  j’ai conscience de ce que la lecture de cette modique bafouille vous coûtera  davantage, ne serait-ce qu’en précieux temps, qu’elle ne vous apporte – étant donné qu’il va de soi que vous vous soyez déjà fait,  à l’époque de la genèse de vos idées actuelles, toutes les réflexions qui aujourd’hui m’animent avec cette si dommageable naïveté , mais aussi cette force d’enthousiasme entière, qui ensemble caractérisent la jeunesse… Pour cela déjà, grand merci. Et grâce soit rendue, si jamais vous me répondez, au bon professeur de tous les bons professeurs d’université, le péripatéticien Socrate, sans lequel notre Cité internautique ne serait rien.

Avec mes respectueuses salutations,

Millie.

Blandine dans la fosse aux Chatons – Epilogue de Raiponce

Quelle pitié, ces « Zouzous » modernes qui se plaignent des femmes castratrices ! Imaginez Pâris qui voudrait que Vénus marche les yeux baissés, couvre son sein et ne soit pas une déesse ! Ne serait-elle pas en droit de le transformer en moule pour le punir d’avoir offensé la conche ? J’ai entendu souvent ces mauvais bougres dire par ailleurs, « Il faut faire la guerre et non pas l’amour » (ou peut-être moins abusivement, pour trouver une formule approchante qui accorderait un peu les cordes de leurs violons avec celle de mon arc, « Faire l’amour comme on fait la guerre »). Mais moi l’irascible, la valeureuse guerrière, moi « la femme castratrice orgueilleuse de sa vertu, brandissant mes ciseaux vengeurs » (il s’agit là bien sûr d’un rôle de composition que j’accepte de bonne grâce qu’ils me fassent jouer : je n’aime pas à exercer le pouvoir sans mansuétude), dois-je écouter la si peu virile plainte du garçon (congolais ou bien ?) qui craint que je lui kidnappe (ladidon !) son pénis au moyen des pouvoirs obscurs de ma fameuse « magie » intellectuelle ? En d’autres mots, dois-je prendre pitié de mon ennemi ? D’abord est-ce là une chose qu’il ferait pour moi ? En suite et surtout, est-ce là une façon de le respecter ? Que penser d’une femme qui se soumet artificiellement à son mari – qui rabâche sans se lasser – en n’en pensant pas moins – à cet idiot qui chaque jour que Dieu fait, en entendant ces mots, perd un centimètre de hauteur : « Oh oui mon chéri, tu es formidable ! » ? Et que penser de celle qui en est encore à chanter ce refrain au nabot lorsqu’arrive l’heure fatidique où le monde entier est en train de le porter aux nues sur le char royal du carnaval des Cons ?

Imaginez seulement qu’autrefois je buvais des philtres destinés à me rétrograder en fille d’Eve dans l’espoir désespérant de séduire des hommes ! – Grâce soit rendu à Poséidon, j’ai enfin abandonné cette folie furieuse et épousé un être fée qui est mon égal… Mais c’est qu’il fallait alors que je me fasse constamment plus bête que je n’étais pour ne pas briser le mythe de la supériorité de l’homme sur la femme !

Hélas, pensais-je constamment à cette époque, et si par aventure la supériorité de l’homme sur la femme n’était pas pour celle-ci qu’un mythe, qu’un mensonge à exploiter aux dépends de celui qu’il flatte ? Si au contraire la supériorité du mâle sur la femelle était quelque chose en quoi la femme avait toujours eu (et toujours aurait) besoin de continuer à croire inébranlablement, afin de pouvoir continuer à aimer son homme ? Non, concluais-je toujours, une femme n’est pas en mesure de sous-estimer l’homme dont elle est amoureuse à seule fin de parvenir à le séduire ! La chose est par trop paradoxale, justement, pour être à la portée d’un être non-fée, d’un être simple qui ne pratique pas la magie !

Il suffit d’observer comment les chattes font l’amour… A la minette il faut toujours, pour être contente, qu’elle puisse s’être battue de toutes ses forces contre l’élu sans avoir pu le vaincre ; c’est la condition sine qua non pour que le minet ait démontré la valeur de sa génétique. Entre un homme et une femme, c’est définitivement lorsque celui qui a été idéalisé par sa moitié ne l’a pas déçue, que la passion éphémère et superficielle se cristallise en passion diamantine, durable.

Quand je pense qu’il s’agit là de la seule et unique magie que Zeus ait bien voulu laisser à la portée des hommes modernes et que ceux-ci sont en train d’en oublier la recette, je ne puis retenir de mouiller de mes larmes notre beau mois de juin.

Blandine dans la fosse aux chatons

SCENE 2
Millie, puis Pratt Bit, « Crac-boum » Hugo, Zouzou Lafrange

Entrée en scène de Pratt Bit bras-dessus-bras-dessous avec ses bons amis. Millie est assise dans l’herbe côté jardin, l’air absent, rêveuse.

ZOUZOU LAFRANGE : (dissert, légèrement maniéré) En ce moment, quand je suis seul dans mon lit – hu! hu! -, je lis un bouquin de Grégory MacAllister… Je veux dire han, c’est carrément gé-nial! Il y a un passage du chapitre « Pensées nocturnes » – hu! hu! -, je suis resté sur le cul ; ça m’a complètement révolutionné, quoi ! Je vous jure, ce matin je savais le passage par coeur.

« CRAC-BOUM » HUGO : Ah ouais han… T’es à donf, quoi!

PRATT BIT : Ah ouais, han! Tu nous le fais, là?

ZOUZOU LAFRANGE : (rougissant) Han! J’ose pas…

« CRAC-BOUM » HUGO : Allez, quoi!

ZOUZOU LAFRANGE : (prenant une longue inspiration, d’un seul trait) « Le Créateur destinait les femmes au rôle de pom-pom girls. Il suffit d’étudier leur anatomie et leurs compétences pour reconnaître la triste réalité de ce fait. Tant qu’elles (et nous avec) garderont à l’esprit cette vérité inébranlable, les deux sexes continueront d’assumer leurs fonctions complémentaires avec une admirable efficacité »

CRAC-BOUM HUGO : Ah ouais quand même, han… c’est carrément profond!

PRATT BIT : Han ouais…

Un éclair blanc traverse l’espace! Enkidou, Dieu de la parlotte inspirée, apparaît en majesté sur son char de feu avec la fée Raiponce en tailleur chanel, chapeau fleuri, à ses côtés. Il passe au milieu des confettis, sous les acclamations de la foule amassée, en saluant ses sujets de la main.

PRATT BIT : (terriblement inspiré, s’exprimant comme un livre, un tribun… ou un halluciné) « MacAllister avait consacré sa carrière à critiquer les femmes dans ses écrits, tout comme les professeurs d’université, prédicateurs, cultivateurs, éditorialistes de gauche et autres bonne âmes et défenseurs des pauvres et des opprimés. Les femmes, prétendait-il étaient affublés d’une anatomie impossible : trop lourde, la moitié supérieure de leur corps les déséquilibrait. Elles étaient infoutues de marcher sans rouler des hanches et frétiller du croupion, de sorte qu’aucun homme sensé n’aurait pu prendre au sérieux la plus brillante de toutes.

Nombre d’entre elles voyaient en lui un personnage pernicieux, dangereux démagogue et tribun aussi éloquent que persuasif. Il le savait mais en acceptait l’augure, persuadé que tel était le prix à payer pour dire tout haut ce que chacun pensait tout bas, des vérités connues de tous mais que tous refusaient d’admettre, même en leur for intérieur.

Jusqu’à un certain point, sa réputation littéraire le protégeait de la fureur qu’un homme de moindre envergure aurait certainement essuyée. Lui fournissant ce faisant la preuve irréfutable de la faillite intellectuelle des deux sexes. Car, après tout, cette ravissante petite chose n’était-elle pas assise à ses côtés, radieuse, souriante, tout à fait disposé à ignorer les aigres remarques qu’il lui ferait – si jamais l’envie l’en prenait – pourvu qu’elles lui permettent d’écrire un bon article et de percer, sous sa houlette, dans la carrière ?»

« Les pauvres et les opprimés le sont pour une excellente raison, ma chère. S’ils méritaient mieux, ils l’obtiendraient.»

Millie qui n’avait pas bronché jusque là se raidit de tout son corps. Un frisson de colère lui secoue l’épine dorsale, de telle sorte qu’elle bondit à l’insu de son plein gré sur ses quatre pattes griffues, la toison hérissée comme celle d’un punk, en feulant. Les jeunes gens sont immédiatement saisis de crainte et de pitié.

MILLIE : Merrrrrouaaaaaaouuuuuunnnnn! GRrrrrrr! Phhhhhh!

Raiponce apparaît du faux-plafond, Deus ex-machina, pour re-transformer Millie (muée en chat sous le coup de la colère) en femme.

MILLIE : (imitant Pratt Bit) « Les pauvres et les opprimés le sont pour une excellente raison, ma chère. S’ils méritaient mieux, ils l’obtiendraient.»

…Pensée indienne, tribale, archaïque!

La « magie des blancs », monsieur, c’est le libre-arbitre ! Un homme, un vrai, il n’est jamais coincé, tant qu’il est en vie ; il peut prendre des décisions, faire des choix, voire des sacrifices, de  telle sorte qu’à la fin des fins, il puisse considérer avoir fait ce qui était en son pouvoir sur cette terre, et n’avoir donc pas raté sa vie. C’est le libre arbitre qui implique la notion de mérite : qui a souffert toute sa vie, sans jamais sortir la tête de l’eau, mais a bien combattu, sans faillir, est un homme courageux, un héros. Un héros qui a peut-être vécu pauvre et opprimé, mais digne!

Le mérite implique une hiérarchie entre les hommes : tel pauvre hère qui n’a jamais perdu sa dignité et son honneur aurait mérité d’être appelé aux côtés de NSJC, tel autre qui a vécu dans l’aisance une vie facile mais insignifiante, qui aura suivi sa pente sans rien faire de grand, sans rien voir de beau, qui n’aura jamais eu à trancher un nœud gordien, qui n’aura jamais aimé une femme plus que lui-même, mais qui grâce à cela aura été amené durant son existence à ne jamais mettre en danger ni sa peau ni son bien, celui-là est un con!

Par ailleurs, être une femme comporte de nombreux avantages (ces lourdeurs dont vous parlez, que nous portons sur le devant de la partie supérieure du corps n’en sont pas des moindres), et il ne me semble pas que cela m’empêche, pour ma part, d’être aussi un homme.

Je crois que le discours de Gregory MacAllister est au fond un discours envieux.

Grrrrrrr… Phhhh!

« CRAC-BOOM » HUGO : (imitant Millie) « Je crois que le discours de Gregory MacAllister est au fond un discours envieux »

Aucunement ! Il a le propos des hommes désespérés de la place donnée aux femmes, cette égalité démagogique qui mine la société, la freine. Les femmes là ou l’on en veut pas, là où elles ne sont pas bonnes. – Pire, lorsque qu’elles brisent la fraternité masculine, la dévoient, ou l’empêchent de naître par leur seule présence… Elles brise la société ! – Les lectures d’un homme : « l’équipe, le Figaro, les Echos… magazine sur la voile, la pêche » que des choses, des oeuvres collectives. Une femme : « marie claire, elle, modes et travaux »…  « je, je, je ». – Au bilan, on verra que l’occident chutait à mesure que ses femmes s’émancipaient.

Cette hiérarchie est aussi le fruit de l’inné. Le mérite est également le fruit d’un héritage sur lequel, parfois, l’action humaine n’a pas de prises.

Il est blanc avec une ascendance gauloise, il mérite  le qualificatif de français. Il est blanc et beau, il mérite plus. Grand, il mérite plus encore.

Il est laid et noir, il « mérite » d’être clodo.

ZOUZOU LAFRANGE : Tutafait!

MILLIE : Moi je crois que…

ZOUZOU LAFRANGE : (la coupant) Mais Dieu du Ciel faites-la taire! Oh la la!

MILLIE : Grrraouuu! Mphhhh! Mphhh!!

Sous le coup de la colère, revoilà Millie transformée en chat.

PRATT BIT : Vous dites : « Je crois que le discours de Gregory MacAllister est au fond un discours envieux » (Soupçonneux) Hum. Si j’ai bien compris, vous êtes une femme….

MILLIE : Graôrr! Merrow! … Moui!

PRATT BIT : Est-ce donc pour rendre hommage à MacAllister que vous illustrez si brillamment son propos ? Et enfin, surtout, comment la formule de McAllister sur les pauvres et les opprimés serait-elle en contradiction avec le libre-arbitre ? Où voyez-vous ça?

A SUIVRE …

La narratrice entre en scène, puis Millie : Intro.

Bonjour à tous,

Je me présente, je suis la fée Raiponce Ibormaith. Je préside à l’orchestration dans ce théâtre, je fabrique et montre les différentes marionnettes qui s’y disputent la vedette, et j’interviens à l’occasion au titre de « Deus ex machina ». Vous qui êtes pourtant mes contemporains, je sais que vous ne comprendrez déjà plus tout ce dont je vous parlerai céans. Car les Bansidh ou femmes de l’Autre-Monde, ou messagères des Dieux, malgré leurs beaux visages et leurs longues mains blanches, sont des créatures vivantes plus anciennes encore que les plus vieux arbres des forêts. Et c’est pourquoi elles ont parfois un peu de mal à vivre en accord avec toutes les différentes époques qu’elles traversent…  Depuis le dernier changement de millénaire, je dois admettre que l’être humain est un animal que je ne comprends plus. Pour nombre d’entre vous, la magie même ne peut plus grand chose, votre regard est désormais biaisé, vous n’êtes pas vraiment capables de me lire : nous n’avons plus du tout les mêmes valeurs, plus du tout du tout du tout du tout du tout…

*Disparition de Raiponce*

NOIR

SCENE1
Millie, seule.

MILLIE : Non, hélas! Non, lorsque je serai vieille et que mes petits enfants s’accroupiront à mes vieux pieds en charentaises au coin de l’âtre familiale, non je ne pourrai sans doute pas leur dire : « Dans ma jeunesse, j’ai fait la guerre, j’ai pris des bateaux sans retour pour l’Amérique, j’ai tué des vaches enragées, j’ai mangé de l’indien ». Non je ne pourrai pas rivaliser avec ma grand-mère, qui rejoignant les maquisards, croisa à plusieurs reprise la milice avec son camion de boucher rempli d’armes et de victuailles. Cependant je leur dirai : « Mes enfants, sachez tout de même une chose : grand-maman est un héros, et grand-maman va vous le prouver tout à l’heure… »

Quand je serai vieille, je raconterai à mes petits enfants l’époque épique de l’inversion des valeurs. Sur le ton suppliant de ceux qu’on ne croit pas, je m’écrierai : « Imaginez! Les « nouveaux riches » étaient devenus la nouvelle noblesse! La vulgarité un synonyme de distinction! Etre un homme à principe voulait dire être un looser ; des auteurs se vantaient de ne pas aimer lire, d’autres de faire des fautes d’orthographe… Les épiciers enfin étaient devenus les nouveaux philosophes dont l’opinion à tout propos prenait le pas sur celle des autres, car eux savaient comment on faisait vendre, et le reste n’avait plus aucune importance. » C’est alors que mes vieux yeux s’humidifieront et que j’entamerai pour la millième fois le récit emphatique de mes humiliations et de mes amours et que les pauvres têtes blonde souriront de l’air de dire : « La vieille chouette! Papy a bien raison de l’appeler « la Tartarine », sacrée Tartarine de Tarascon! »

Hello World!

Soyez les bienvenus, chers miens. Prenez vos aises, le spectacle va commencer.

En attendant le lever du rideau, afin de nous mettre en bouche, CAER vous propose de nous laisser prendre au col ensemble par les belles mains dramatiques du grand Jacques Brel, qui cette nuit a encore été surpris en plein cauchemar par le concierge du cimetière Pantin, bandant ses os décharnés hors de la tombe. Cédons je vous prie avec complaisance au désir impérieux de cet esprit tourmenté que nous l’écoutions.

Voici, en direct du Sidh, une chanson plutôt méconnue qui pourrait aussi bien être un hymne :

SOURCE : Album « Infiniment » disponible à l’écoute ici sur Deezer.

« Je jure que je volais, mon coeur ouvrait les bras, je n’étais plus barbare, et la guerre arriva, et nous voilà ce soir. » (Jacques Brel)