La narratrice entre en scène, puis Millie : Intro.

Bonjour à tous,

Je me présente, je suis la fée Raiponce Ibormaith. Je préside à l’orchestration dans ce théâtre, je fabrique et montre les différentes marionnettes qui s’y disputent la vedette, et j’interviens à l’occasion au titre de « Deus ex machina ». Vous qui êtes pourtant mes contemporains, je sais que vous ne comprendrez déjà plus tout ce dont je vous parlerai céans. Car les Bansidh ou femmes de l’Autre-Monde, ou messagères des Dieux, malgré leurs beaux visages et leurs longues mains blanches, sont des créatures vivantes plus anciennes encore que les plus vieux arbres des forêts. Et c’est pourquoi elles ont parfois un peu de mal à vivre en accord avec toutes les différentes époques qu’elles traversent…  Depuis le dernier changement de millénaire, je dois admettre que l’être humain est un animal que je ne comprends plus. Pour nombre d’entre vous, la magie même ne peut plus grand chose, votre regard est désormais biaisé, vous n’êtes pas vraiment capables de me lire : nous n’avons plus du tout les mêmes valeurs, plus du tout du tout du tout du tout du tout…

*Disparition de Raiponce*

NOIR

SCENE1
Millie, seule.

MILLIE : Non, hélas! Non, lorsque je serai vieille et que mes petits enfants s’accroupiront à mes vieux pieds en charentaises au coin de l’âtre familiale, non je ne pourrai sans doute pas leur dire : « Dans ma jeunesse, j’ai fait la guerre, j’ai pris des bateaux sans retour pour l’Amérique, j’ai tué des vaches enragées, j’ai mangé de l’indien ». Non je ne pourrai pas rivaliser avec ma grand-mère, qui rejoignant les maquisards, croisa à plusieurs reprise la milice avec son camion de boucher rempli d’armes et de victuailles. Cependant je leur dirai : « Mes enfants, sachez tout de même une chose : grand-maman est un héros, et grand-maman va vous le prouver tout à l’heure… »

Quand je serai vieille, je raconterai à mes petits enfants l’époque épique de l’inversion des valeurs. Sur le ton suppliant de ceux qu’on ne croit pas, je m’écrierai : « Imaginez! Les « nouveaux riches » étaient devenus la nouvelle noblesse! La vulgarité un synonyme de distinction! Etre un homme à principe voulait dire être un looser ; des auteurs se vantaient de ne pas aimer lire, d’autres de faire des fautes d’orthographe… Les épiciers enfin étaient devenus les nouveaux philosophes dont l’opinion à tout propos prenait le pas sur celle des autres, car eux savaient comment on faisait vendre, et le reste n’avait plus aucune importance. » C’est alors que mes vieux yeux s’humidifieront et que j’entamerai pour la millième fois le récit emphatique de mes humiliations et de mes amours et que les pauvres têtes blonde souriront de l’air de dire : « La vieille chouette! Papy a bien raison de l’appeler « la Tartarine », sacrée Tartarine de Tarascon! »

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8 réflexions sur “La narratrice entre en scène, puis Millie : Intro.

  1. Bonjour,
    Je suis subjugué par votre prose. Elle m’émerveille. Je capte des allusions, pas toujours comprises, ici et là, sur untel et untel. Peu importe, ce ne sont que des pièces de réalité qui ne m’intéressent pas. Mais alors, ce que vous en faites… Vous voltigez, à mille lieux d’ici, avec une grâce qui nous laisse cloués au sol, des bouts de bois en guise de plume. Et je suis sincère.
    Croyez en ma très haute considération,
    NDM

  2. Non non, je ne me moque pas.

    Le « vous vous foutez de ma gueule, ça ne me gêne pas » serait presque blessant :-)
    ….mais quand bien même, aucune importance.

    Je ne suis pas ici pour faire le malin, simplement, je voulais vous exprimer mon admiration pour ce que vous écrivez.

  3. Ce qui est blessant, c’est de recevoir ce genre de commentaire de la part de quelqu’un qui a envie de rigoler à vos dépens avec ses potes, par exemple.

    Non si je vous dis ça, c’est parce que ça m’est déjà arrivé. Et franchement je m’entends très bien aujourd’hui avec la personne. Sans rancune aucune. C’est pourquoi je ne mens pas en affirmant qu’une telle chose ne me gêne plus.

    Vous savez, là, mon blog, il présente encore bien. Mais lorsque, dans quelques temps, « les gens » se remettront à me traiter de maboule et à se convaincre les uns les autres de m’éliminer de leurs espaces internets en répandant le bruit que j’écris depuis un hôpital psychiatrique. Lorsque D. Kersan vous menacera de poursuites judiciaires (et plus si affinité) pour avoir laissé passer l’un des mes commentaires. Lorsque, ayant peut-être essayé de seulement me défendre contre par exemple un ancien amant qui trouverait à propos de me blackmailer, vous passeriez du coté des übermenchs aux yeux de ceux qui ont le vent en poupe dans notre milieu. Et si votre femme elle-même se mettait à soutenir que celui qui m’a fait plusieurs menaces de mort « ne dit pas que des conneries », que c’est un homme charmant, respectable, à l’esprit exceptionnellement vif, qu’il a d’ailleurs quasiment toujours raison à à tous les propos, et que par-dessus le marché, elle-même, pour être honnête, ne la « sent » pas du tout cette prénommée « Millie ». Alors, un éloge tel que celui que vous venez de me faire ne vous paraîtra-t-il pas infiniment plus coûteux que ce qu’il nous apporte, à l’un comme à l’autre, en définitive?

  4. « Ce qui est blessant, c’est de recevoir ce genre de commentaire de la part de quelqu’un qui a envie de rigoler à vos dépens avec ses potes, par exemple. »

    Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas mon cas.

    « Lorsque……. D. Kersan….. übermenchs…. votre femme….. Alors, un éloge tel que celui que vous venez de me faire ne vous paraîtra-t-il pas infiniment plus coûteux que ce qu’il nous apporte, à l’un comme à l’autre, en définitive? »

    Tout ça ! Revenons sur terre Raiponce. Ce qui me paraitrait infiniment coûteux serait de ne pas dire ce que je pense. C’est juste une question d’honnêteté. L’esthétique et les demi-allusions nimbées, qui est in qui est out… Pas ma tasse de thé et ne l’a jamais été.
    Et donc, voilà, j’ai dit ce que je pensais.

    « Enfin… quand même… merci. »
    Je vous en prie…

  5. « Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas mon cas. »

    Oui, mais comme je vous l’explique, l’un ou l’autre, je m’en fous. Je suis entièrement, parfaitement, blindée.

    « Tout ça ! »

    Oui, tout ça.

    « Revenons sur terre Raiponce. »

    Ici la terre. Et le réel dépasse la fiction. C’est pourquoi je persiste à lui emprunter ce que j’ai vécu et qui dépasse de loin, en génie, la portée de mon imaginaire.

    Quand on est plus doué pour vivre que pour écrire, comme c’est mon cas, on agit en conséquence. Il faut aller chercher le chef-d’oeuvre là où il se trouve. Et le seul chef-d’oeuvre – de ce que d’elle le poète touche, rien ne souille, rien n’est sale! – c’est la Création.

    Si vous avez trouvé qu’il restait des scories de « saleté » dans la façon dont j’évoque mon passé, c’est sans doute, comme je vous le disais, que je ne suis pas encore à la hauteur – en tant que poète. Mais bon, cela ne me gène pas, comme vous le savez. Qui aujourd’hui se soucie de si un homme (pire, une femme!) est « bon poète » ou non? Lol!

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