Le drapeau noir flotte sur la marmite !

PREMIERE PARTIE – A BABOUCHES TOUTE!

LETTRE AU CAPITAINE DE L’EQUIPAGE DES SILLY-BOYS

Cher Capitaine, Gentil Dauphin, mon ami,

Vous qui êtes un homme de bien, un homme de paix, un amateur d’ordre et de tempérance, comme je déplore que vous ne soyez pas le maître à votre propre bord! Au lieu de ça des demi-mutins, des canailles – souvenez-vous de l’affaire Bob Marchenoir! -, ont pris l’habitude de passer par-dessus bord des gentlemens ayant reçu votre protection sans rencontrer aucune résistance significative de votre part, et tirent tant et si bien, en continu, le bateau à Tribord, que celui-ci en est actuellement à tourner sur lui-même en cercles concentriques de plus en plus serrés…Vous êtes aujourd’hui la risée de toute la flibuste ! Il faut relever le cap ! Si vous voulez marcher droit, il n’y a pas deux solutions.  Appuyez de tout votre poids ceux que les mutins de Tribord font passer pour porteurs sains du virus de « la rage ababouchiste » afin de s’en débarrasser, car il faut faire pencher la balance  : « A babord toutes! »

***

DECODER LE SUBTERFUGE DU PROCES EN ABABOUCHISME

L’ababouchisme est un fourre-tout/oubliette, un concept infiniment extensible aux contours volontairement flous, dont ceux qui en détiennent la licence usent pour se débarrasser de ceux qui les gènent sans même prendre la peine de leur dresser un procès. Il permet à la cour de rejeter aveuglément toute argumentation solide venant du parti adverse et d’en congédier les avocats ; au procureur, de se faire passer pour la victime ; voire, au criminel, de rendre le jugement.

Le Néo-Néron qui en est l’auteur peut, grace à une telle invention, traiter d’ignorant tout personnage érudit « étiqueté gênant » – tout gentihomme sans protection ou isolé, de fou, de criminel ou d’imbécile. Il n’a d’ailleurs pas créé cette arme à d’autre fin que celle de masquer tant bien que mal un énorme complexe d’infériorité. Il faut voir (pour le croire), de quelle façon il réserve systématiquement ses sentences les plus terribles de préférence à ceux des intervenants qui lui font réellement de l’ombre, que ce soit de par leur culture ou leur talent – laissant en paix les « Robins des bois » et autres gauchistes-mous piteux décrédibiliser leur propre camps à loisir!

A son image, les despotes antiques illetrés tranchaient la tête aux philosophes qui tentaient de leur expliquer des choses qu’ils ne comprenaient pas, ou de façon plus freudienne – c’est le cas de Néron, précisément – trucidaient carrément leur précepteur. Rien n’arrêtait jamais ces personnages-là dans leur furie méchante et carnassière, sinon l’influence d’une ou de plusieurs puissances émolliantes concurrentes.

Car ces gens-là (les mêmes qui se vantent, sur un ton badin, de toujours se réjouir des succès de leurs ennemis – ce qui est bien logique), ne respectent jamais rien tant que le pouvoir – c’est-à-dire la force ! Pour eux, respecter quelqu’un, ce n’est pas demeurer courtois en sa présence, ou prendre la peine d’écouter ce qu’il a à dire, cela se limite à être  tenu – et fermement encore! – tenu par lui en respect. De sorte que ceux-ci, même s’ils travaillent à dorer leur blason d’un semblant de vernis philosophique, ne sont rien – je prolonge-là une excellente définition de Lounès d’Arbois-Beaumont – que de vulgaires racailles… Je dirais même plus, ils sont « l’âme de la racaille », la racaille pour ainsi dire quintescenciée.

La force! Le pouvoir! L’argent!
Fi de toutes les autres qualités humaines – coeur, esprit, physique! Fi de toutes les valeurs – morale, honneur, vertu! Celles-ci ne viennent jamais dans leur grille de lecture, que de façon aléatoire, sans aucune sorte de cohérence, légitimer sans controverse possible leurs haines ou leurs amours. – Tel vice mortel, ignoble, accablant à leurs yeux un rival honni, se trouve célébré ailleurs par eux-même au titre de grâce ouranienne, de signe de distinction divin, lorsqu’il apparait chez tel parangon de sainteté politique (parangon toujours fictif – règle n°1 du dictateur : ne jamais placer quelqu’un de vivant au-dessus de soi).

Il faut garder à l’esprit que ces êtres qui, un temps, en terrifient plus d’un, n’ont de force réelle que celle de la renommée qu’on leur prête. Ce ne sont pas des lions, mais juste des saltimbanques. Que les applaudissements cessent, et le loup redevient agneau. Ces vagabonds du rires, qui tendent la sybille, et se glissent dans des habits de roi lorsque l’aventure le permet, ne sont d’aucune nation, ne sont d’aucun parti : il ne tiennent ni de Rome, ni d’Abraham, ni même de la perfide Albion, ils descendent en droite ligne de leur ancêtre unique la girouette – la girouette grinçante qu’on trouve sur les tarots, et qu’il ne faut pas confondre, lorsqu’on est Capitaine, avec une bousole, sous peine de faire courir l’Arche à sa perte.

Votre servante et  dévouée compatriote,

Millie-Of-Arc.

***

SECONDE PARTIE : UNE BOUTEILLE A LA MER

J’ai aussi réfléchi à votre proposition d’intégrer l’équipage du Silly. Au début je pensais me contenter de ne pas donner suite, et laisser passer ma chance sans rien dire, car mon homme a raison : après tout ce que j’ai subi là-bas comme affronts, je ne devrais même pas y remettre les pieds…

Mais je vous aime bien. Je vous aime beaucoup, même. Vous me rappelez les « Morons » de mon passé, l’ambiance particulière, méchante, apocalyptique et passionnée qui régnait chez eux. Bien sûr que je me fais du mal, à briguer votre compagnie. Bien sûr que j’alimente auprès de vous ce que je ne sais plus quel philosophe (c’est mon homme qui emploie cette belle expression) appelait : « des passions tristes ». Car mes interventions sont toutes mues par le désir de récupérer des petits morceaux de mon honneur perdu, de la part de ceux-là même qui me l’ont confisqué. C’est ainsi que je trouve mon compte à continuer à être à Silly-Creek une sorte de « contre-pouvoir » toléré, c’est-à-dire celle à qui l’on permet de jouer les joutes qui sont interdites aux autres ; car il s’agit-là à mon sens d’un honneur nettement plus grand que celui d’être simplement recrutée parmi les membres de l’équipe (- que je suis loin d’apprécier tous, et au sein de laquelle vous n’ignorez pas que je me suis fait des ennemis mortels qui donneraient cher pour me voir balancée par-dessus bord avec des babouches en béton ligotées aux pieds). Cela signifie à mes yeux que je dois défendre à chaque intervention mon statut d’exception, reconnu uniquement de manière tacite ; un droit d’exister presque tabou, que n’importe qui, même le moindre morveux arrogant, le plus répugnant pilier de comptoir, est susceptible non seulement de me contester, mais de pousser n’importe lequel de vos flibustier à me retirer sur le champ. Il s’agit là d’une lutte à la fois dérisoire et que je trouve sublime, du fait de l’adversité que je rencontre sur ce chemin – sans doute aussi, de son absence de but –, c’est-à-dire du fait de votre intolérance, et non pas parce que j’espère en venir à bout ; du fait de ma faiblesse, et non pas parce que je suis à la hauteur ; parce que cet exercice me pousse à m’y hisser de toutes mes forces, c’est-à-dire qu’il me pousse à l’excellence, et que la sensation de marcher au bord du vide qui est l’apanage du danseur de corde, m’y accompagne à chaque mouvement…

[Le vide… la fournaise de la honte, l’abîme de l’échec. Comme vous le savez, je ne me suis pas toujours contentée de marcher au-dessus comme un funambule, j’ai eu aussi de nombreuses occasions d’éprouver l’horreur d’y chuter (choir, du latin : ca(d)ere). Et je ne sais pas si c’est parce que (dé)choir est ce qui s’approche le plus de faire l’expérience, impossible entre toute, de ce que nous redoutons le plus au monde – c’est-à-dire de la mort… mais il est possible que la sensation de chuter/lâcher-prise soit aussi la sensation, par excellence, la plus forte… donc la plus addictive au monde. Celle que, contre toute attente – plus encore que la joie de « planer » au-dessus de la mêlée – les drogués s’en vont chercher au « Pays des Merveilles », de l’autre côté du miroir, ou encore à l’autre bout de la raison… là où elle s’achève].

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12 réflexions sur “Le drapeau noir flotte sur la marmite !

  1. J’aime bien votre texte, il fait écho à celui-ci « la renommée qu’on acquiert au service des lecteurs et des courants de notre époque n’apporte que de gros tirages, rien de plus : seul celui qui a su se distinguer entre les hommes, se mettre à exister comme personne distincte et qui, plus tard seulement, réussit à grouper autour de soi deux ou trois ou dix partisans qui lui deviennent frères, seul celui-là est sorti de la solitude dans les limites permises à l’art »

    Pour le reste, à la place de la mort, je mettrai la vieillesse, la mort après tout c’est encore une des modalités de la liberté

  2. Bienvenue, cher âmi.

    … Tout d’abord, quel plaisir j’ai d’échanger à nouveau quelques mots avec vous!

    Ce commentaire, naturellement, vous le savez, me va droit au coeur. De qui est cette citation? De vous?

    « seul celui qui a su se distinguer entre les hommes, se mettre à exister comme personne distincte et qui, plus tard seulement, réussit à grouper autour de soi deux ou trois ou dix partisans qui lui deviennent frères, seul celui-là est sorti de la solitude dans les limites permises à l’art »

    Qu’en serait-il, à votre avis, d’un « petit Jésus » qui aurait bien fini par croiser avant le fatidique vendredi de Pâques, la douzaine d’apôtres qui lui étaient nécessaires, mais n’aurait jamais réussi à en grouper plus d’un à la fois (deux maximum, mais avec quelle difficulté!) « autour de lui »? Que pensez-vous de ce compromis bâtard entre le Messie et le Petit Poucet Rimbaldien aux poches crevées? Personnellement, je ne pense plus aujourd’hui que beaucoup de mal de Rimbaud, ce poète-illusion(niste) qui a inventé l’écriture magique – l’âtriste soit-disant médium des « hautes-sphères » – qui permet de siéger au milieu barbons panthéoniques en ayant fait l’économie d’avoir vécu.

    A moi de vous répondre à présent:

    « Pour le reste, à la place de la mort, je mettrai la vieillesse, la mort après tout c’est encore une des modalités de la liberté »

    J’ai l’impression que vous m’avez mal lue. Voici mon texte :

    « Il est possible que la sensation de chuter/lâcher-prise soit aussi la sensation, par excellence, la plus forte… donc la plus addictive au monde. Celle que, contre toute attente – plus encore que la joie de « planer » au-dessus de la mêlée – les drogués s’en vont chercher au « Pays des Merveilles », de l’autre côté du miroir, ou encore à l’autre bout de la raison… là où elle s’achève. »

    Parce qu’en l’espèce j’essaye uniquement de partager avec mes lecteurs le meilleur des moyens connu « to get high » (et que mon but n’est pas de les jeter à bas, dans la pauvre grisaille de la déprime) – à savoir s’euphoriser avec la peur du vide, se saouler de vertige, prendre les bien-nommées montagnes russes au sens figuré du terme ; je garde sans hésitation l’expérience de la mort – qui est celle du lâcher-prise – conçue comme une rencontre paroxystique/tragique avec la nouveauté/l’altérité totale – et je vous laisse de bonne grâce, celle de la vieillesse – qui consiste juste, à mon sens, en une sorte de doux recroquevillement effaré.

    « La mort après tout c’est encore une des modalités de la liberté » – Oui, la liberté ultime : celle que voulait Lou reed, Nico, Jimmy Hendrix ou encore Janis Joplin.

    Après, je vous concède que Samuel Beckett, qui se shootait à l’héroïne, allait chercher son lot d’émerveillement quelque part, sans doute au pays du Sisyphe Camusien, au long d’une interminable pente douce et savonneuse – métaphore d’un cauchemardesque écrasement par Chronos… Chez lui, effectivement, ce sont des vieillards qui parlent pour les hommes.

  3. Souvenez-vous de comment commence la ballade de la mer salée. Je n’ai pas d’autre philosophie sur les mutins que celle-ci.

    Sinon, on va dire que vous dites oui. :)

    • Figurez-vous que j’ai lu la Ballade de la mer salée il y a trop longtemps, et que je ne me souviens plus de comment ça commence. *Larchuma* comme disent nos ennemis. :/

  4. Non, ce n’est pas de moi.

    « celle de la vieillesse – qui consiste juste, à mon sens, en une sorte de doux recroquevillement effaré.  »

    On en reparle dans 10 ans, ma jolie

    Pour ce qui est de Rimbaud, il y aurait d’un côté le mythe foireux du poète de 17 ans et de l’autre ce monstre d’érudition qui finit dans le vertige abyssin brûlé jusqu’aux yeux, j’ai assis la beauté sur mes genoux et je l’ai injurié, tout tient là dedans.

    Pour ce qui est de redonner le moral aux lecteurs, no problem, Raiponce, les officines s’en chargent

    En tout cas, vous avez un bon tonus, vous griffez toujours à merveille

    • « On en reparle dans 10 ans, ma jolie »

      Je vois que vous me souhaitez « tout le bonheur du monde »; ça fait plaiz’ comme disent les fumeurs de hakik.

      « j’ai assis la beauté sur mes genoux et je l’ai injurié »

      Oui, c’est tout à fait comme ça que je vois Rimbaud! Quelle horrible petite pédale!

      « vous griffez toujours à merveille »

      Mieux que jamais, vous voulez dire?
      En tout les cas, merci. :)

  5. Ben… je parle de Rimbaud. :/ C’est ce qu’il était, non?

    —> trouvé sur le net chez les intéressés.

    Je n’ai jamais aimé les gays, et ne m’en suis jamais cachée.

  6. Le misogyne aime la femme – de façon douloureusement passionnée.
    L’ honnête homme en épouse une – qu’il doit apprendre à chérir et à protéger.
    Quand le poète se meurt de déception, c’est parce qu’il a aimé son idée de la Femme plus que la femme incarnée ne le méritait.
    La femme s’aime elle-même – question de survie
    Le petit garçon aime sa mère – question de survie
    La petite fille aime narcissiquement la mère, l’épouse, la maîtresse, voire même la prostituée qu’elle deviendra.
    L’adolescent, éros incarné, « ne pense qu’à ça » ; il voit des « cons » partout – c’est pourquoi il est rarement « gay » : en général il est plutôt « bi ».
    Les vieillards, enfin, quelle qu’ait été leur vie, sont habités d’images d’Epinal où figurent les belles dames de leur temps jadis.

    Les homos sont donc les seuls êtres humains à ne – irrémédiablement – pas aimer les femmes.

    Indiférence, ô indifférence! Je te hais!

    Les homos sont essentiellement « canins »; ils font les plus désespérants des cyniques, mais aussi les plus prompts des « soumis », ils font les plus imperturbables persécuteurs de sorcières lorsqu’ils sont protestants, les meilleurs inquisiteurs lorsqu’ils sont catholiques, les plus pieux exciseurs lorsqu’ils sont musulmans. Fondamentalement hygiénistes, pour eux l’esthétique et la noblesse sont essentiellement une affaire de capacité de mépris. Narcissiques, ils sont amoureux de leurs propres incohérences. Ils aiment avoir mal, et c’est pourquoi le « ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse » ne fonctionne pas avec eux.

    Je peux en trouver d’autres comme ça… Mais est-ce bien la peine de continuer?

  7. Moi je dirais, faudrait que je développe évidemment, qu’une bonne part de la culture occidentale, disons depuis Platon, est structurellement homosexuelle (pas au sens charnel bien sûr mais dans un idéal asymptotique). L’idée ce serait que l’homme c’est l’âme, le moteur, la femme le voile de l’Imagination, la pétrification de l’extase, ou de la souffrance ou de la déchirure ou la recherche éperdue de la fusion, en tout cas une perte, une chute toujours plus tournoyante, en sortir demanderait de passer par la raison, l’herbe de vie et cette herbe de vie, ce serait la relation spirituelle du Père et du Fils (encore une fois j’évacue la question de la chair et de la génération), l’idéal dans ce cas c’est l’adoption et le disciple rebelle, la femme un obstacle. Cet idéal est très ambivalent envers l’homosexualité charnelle aussi tout homme qui se fait enculer chez les grecs est méprisable, les arabes ont gardé le jugement intact

  8. Désolée du retard à la réponse, ami Mémento.
    J’ai été fort occupée, aujourd’hui.

    Oui, donc, j’ai pas mal repensé à ce que vous avez écrit ci-dessus. Et ma réponse à votre question [c’est mon dernier mot, jean-pierre] est la suivante :

    « l’âme, le moteur, la femme le voile de l’Imagination, la pétrification de l’extase, ou de la souffrance ou de la déchirure ou la recherche éperdue de la fusion, en tout cas une perte, une chute toujours plus tournoyante, en sortir demanderait de passer par la raison »

    Tout cela, ce n’est pas la femme, du moins pas « l’humaine », c’est une sorte de Gaïa-Arthémise-d’Ephèse hystéro-foldingo-anthopophage anté-christ antédiluvienne, c’est la féminité poussée à son paroxysme, c’est-à-dire (comme d’habitude) poussée dans ses retranchements là aussi où elle s’achève. La femme absolue, c’est le trou noir intergalactique… Pas grand chose à voir, quand même, avec votre maman, votre femme, la femme du charcutier, Mme de Sévigné, la grosse Bertha, Jeannie Longo, Claudia Schiffer, Mimi Mathy… ou même moi (quoi qu’on en dise ^^). Pourtant toutes ont droit conjointement aux qualificatifs de femmes, de roseau pensant, et d’êtres raisonnables. La réalité dépasse le symbole, et c’est mieux comme ça.

    « la raison, l’herbe de vie » « Dieu le père », « le Fils de Dieu », « l’adoption du rebelle comme disciple, de la femme et de la lune et de l’adorateur de la lune, comme autant d’obstacles », c’est la même chose, ça vaut rien du tout pour parler du mec de base, de votre frère ou de mon oncle, du boulanger de la rue Quincampoix ou même de Victor Hugo. Définir l’homme comme ça, c’est lâcher la proix pour l’ombre, c’est vénérer le Soleil comme un primitif au lieu de se mettre soi au centre de l’univers comme Jésus a dit. Aimer l’homme pour ça, c’est aussi lui faire beaucoup de mal. Comme dit ailleurs, c’est lui faire porter sa croix ou une couronne (d’épines), c’est le surestimer et le condamner à la fois, manquer de miséricorde et puis surtout de pas savoir aimer cet homme pour qui il est.

    Le symbole de l’homme, comme celui de la femme, n’existent dans nos imaginaires qu’aux dépens de l’identité, de l’intériorité, de la virtualité et de la complexité, à eux uniques et inaliénables, des personnes sur qui on les projette.

    Pourquoi croyez-vous que les mythologies antiques indoeuropéennes ignoraient superbement cet « Apollon » absolu, ni n’évoquaient jamais cette « Diane » absolue? Parce que l’un comme l’autre ne sont que des concepts totalement abstraits et foncièrement anti-philosophiques!
    Parce qu’ils sont les Dieux de Babylone, qui engendrent le péché, la société du spectacle, c’est-à-dire celle de la primauté du règne des apparence sur celui, de règne, de la vérité.

    Ces deux conceptions Babyloniennes de « l’homme » et de « la femme » que vous venez de dévellopper, je vais vous dire comment le sage les représente. Il les représente comme un Tao manichéen, c’est-à-dire comme le vieux symbole taoiste que nous connaissons tous, auquel on aurait ôté, d’une part, la lune (réfléchissant le soleil) éclairant la nuit du Yin et, de l’autre, comblé le puits sans fond (du doute métaphysique) qui perce le Yang.

    Conclusion. La féminité c’est d’abord par définition le désir et l’amour pour le pôle mâle, en dehors de cette aliénation nécessaire, il n’y a aucun salut pour elle. De même, il n’est point de virilité qui ne bande pas pour la belle et bonne femelle. Si jamais, à cause d’une idée dévoyée qu’il se faisait de la virilité, un homme cherchait à exterminer La Femme par dégoût pour la féminité, sa chère virilité (et non pas le fantasme impuissant de cette virilité) l’abandonnerait aussitôt et suivrait plutôt La Femme en question dans sa tombe que de rester plus longtemps en son idiote compagnie. Et c’est ainsi que le monde est bien fait.

    Je suis désolée d’annoncer dès à présent aux partisans du « Masculinisme », comme à ceux de la « femme totale », que malgré leurs incessantes (car impuissantes) déclarations de haine, ils ont tous pris, malgré deux, une carte au même parti. Car l’article n°1 de la convention des droits et devoirs de l’un et de l’autre envers l’un et l’autre est le même, et contredit tous les suivants. Le devoir n°1 de l’homme absolument viril, pour que lui revienne, de droit, ce qualificatif, c’est « tu aimeras la femme parfaite ». Le devoir n°1 de la femme parfaite, pour avoir le droit de se considérer comme telle, c’est : tu aimeras l’Autre, tu aimeras ton ennemi et tu chérira la virilité absolue de tout ton être, en priorité, même, de façon charnelle.*

    Leur droit souverain, en conséquence, c’est le droit inaliénable à être aimé de l’Autre qu’ils aiment.

    Tout cela est horriblement mièvre, et n’est même plus de la politique. C’est juste la carte du tendre… Que les êtres humains sont donc devenus cons!

    ***

    *Ceux qui considèrent que tous ces « absolus » ne les concernent pas, ont raison : ils préfèrent la vie à la pureté, et admettent dorénavent n’être pas juste des sexes turgescents constamment en action.

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