Dérives de l’esthétique

« Le concept du sublime est à l’origine très lié à la constitution de la rhétorique, de l’esthétique et de la philosophie. On le fait généralement commencer en 1674, date de la traduction par Boileau du traité Du Sublime attribué à Longin, pseudo rhéteur du IIIe siècle. Longin y inscrit la question du sublime dans une apologie de l’art, de l’éloquence et de la grandeur d’âme. Ses idées sont surtout développées en Angleterre sous l’égide de poètes tels que Shakespeare ou Spencer. Au XVIIe siècle, fortement marqué par le christianisme, le sublime participe d’une pensée du sacré : le Paradis Perdu de Milton (1667) devient pour toute l’Europe l’exemple canonique du sublime religieux. Un siècle plus tard, la parution de la Recherche philosophique sur l’origine de nos idées sur le Sublime et sur le Beau d’Edmund Burke (1757) tente d’imposer une sensibilité nouvelle qui échappe aux contraintes classiques. Le sublime, alors pensé comme une catégorie esthétique à part entière, est chargé de justifier le goût des émotions violentes. Par l’oxymoron de « l’horreur délicieuse », Burke inaugure un courant esthétique favorable à la terreur. » (Cours d’Esthétique – Université Paris III, Sorbonne Nouvelle – Matthieu Chéreau)

Erlkönig
Johann Wolfgang Goethe

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht ?
Den Erlenkönig mit Kron und Schweif ? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

»Du liebes Kind, komm, geh mit mir!
Gar schöne Spiele spiel ich mit dir;
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.«

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind;
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

»Willst, feiner Knabe, du mit mir gehn?
Meine Töchter sollen dich warten schon;
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.«

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düstern Ort? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

»Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt;
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt.«
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an!
Erlkönig hat mir ein Leids getan! –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not;
In seinen Armen das Kind war tot.

Le Roi des Aulnes
Johann Wolfgang Goethe

Qui chevauche si tard dans la nuit dans le vent ?
C’est le père avec son enfant,
Il serre le garçon dans ses bras,
Il le tient fermement, il le garde au chaud

Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage d’effroi ?
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le roi des Aulnes avec couronne et traîne ?
Mon fils, c’est une traînée de brouillard.

Toi cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai à de bien jolis jeux avec toi,
Il y a tant de fleurs multicolores sur le rivage
Et ma mère possède tant d’habits d’or

Mon père, mon père, n’entends-tu pas
Ce que le Roi des Aulnes me promet doucement ?
Calme-toi, reste calme, mon enfant,
Le vent murmure dans les feuilles mortes

Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles doivent d’attendre déjà
Mes filles mènent la ronde nocturne,
Elles te bercent, dansent et chantent

Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes cachées dans l’ombre ?
Mon fils, mon fils, je le vois bien,
Les saules de la forêt semblent si gris.

Je t’aime, ton joli visage me touche,
Et si tu n’es pas obéissant, alors j’utiliserai la force !
Mon père, mon père, maintenant il me saisit
Le Roi des Aulnes me fait mal.

Le père frissonne d’horreur, il chevauche promptement,
Il tient dans ses bras l’enfant gémissant
Il parvient au village à grand effort
Dans ses bras l’enfant était mort.

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SCHWARZ SONNE

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[…] A un autre moment du documentaire, ils ridiculisent ces pangermanistes qui faisaient de la race aryenne le peuple élu de Dieu. Mais bordel de merde, c’est qui les premiers qui se sont prétendus élus de Dieu? Ce sont les nazis, peut-être, qui ont massacré les philistins (et d’autres peuples encore) au nom de la reconquête d’une Terre Promise, guidés depuis l’Egypte par un homme providentiel chargé par Dieu de cette mission? Et les juifs actuels se prétendent bien les descendants des hébreux, alors que ce sont tous des métis de sang impur. Les allemands sont certainement plus descendants des « aryens » que les juifs des hébreux. Le mysticisme juif est respectable, le mysticisme nazi est un délire. La « Terre Promise » des juifs est une croyance qui fait partie de leur religion, le Lebensraum nazi est une intolérable atteinte aux droits des peuples et aux accords internationaux. La revendication de filiation des juifs avec les hébreux est crédible et ne peut pas être critiquée, l’identification nazie des allemands avec les germains et les « aryens » est une abomination et une folie.

D’ailleurs, dans le documentaire, ils occultent complètement le fait qu’à l’époque, la notion de race aryenne était globalement acceptée, même par les milieux scientifiques. La dispute était plutôt quant au sens à donner à ce mot: pour certains, c’étaient des germains, pour d’autres, c’était une souche indo-européenne plus ancienne, certains le comprenaient comme la notion même d’indo-européen, mais chez d’autres ça prenait un sens plus métaphysique dans lequel les aryens étaient le germe de toute civilisation, et effectivement, d’autres encore voyaient en eux des créatures suprahumaines d’ancêtres mythiques. D’ailleurs, on aura beau railler cette conception, le terme « Elohim » de la Genèse est aussi tout à fait ambigu, et à Gen. VI, 2, on trouve cette phrase étrange: « les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent », et chez Chouraqui, ça donne: « Les fils des Elohîms voient les filles du Glébeux: oui, elles sont bien. Ils se prennent des femmes parmi toutes celles qu’ils ont choisies ». Ca porte quand même à interprétation, non?

Bref, ce n’est pas sur le prétendu attrait nazi pour l’occultisme qu’il faut faire des bouquins et des documentaires, mais sur le fond de la chose, sur le sens réel de ces textes, sur la justesse de ces interprétations. Certes, il y a eu un emballement romantique incroyable, mais même quand on a la tête froide, on sent quelque chose de sourd, d’extrêmement puissant, de bien supérieur à la science, dont pourtant la vertu et l’intérêt sont réels, qui est enfoui dans la mémoire des siècles et des millénaires. D’ailleurs, leur manière de dénigrer les néo-païens, qui sont indéniablement brouillons et peut-être un peu paumés, est dégueulasse, car là on ne parle pas de choses légères et sans importance qu’on peut balayer d’un revers de la main, mais de puissances et de forces qui émanent du plus profond de l’univers. Effectivement, ce n’est pas « scientifique », mais c’est une curiosité et une soif de vérité qui a fait naître la science, et c’est la même chose qui guide la recherche spirituelle. Mais est-il bien scientifique et rationnel de traiter de crétins superstitieux l’intégralité de l’humanité sur une étendue de plusieurs millénaires, en fait depuis les premières manifestations de culture et de civilisation proprement humaine?

[Commentaire signé Gotfried, trouvé chez French Carcan – merci à Yann pour sa video, NDLIA]

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– C’est ainsi que, dans la conclusion de la Critique de la raison pratique, Kant remarquait que l’histoire de l’humanité commence certes par le sentiment du sublime, enthousiasme devant le ciel étoilé et la grandeur morale de l’homme. Mais la grossièreté des mœurs et l’insuffisance de la culture font que l’esprit déchoit bientôt de cette hauteur et sombre dans le fanatisme ou la superstition : « La contemplation du monde a commencé par le spectacle le plus splendide que les sens de l’homme puissent offrir et que l’entendement, s’il veut en saisir la vaste étendue, puisse supporter, et elle a abouti – à l’astrologie. La morale a commencé par la plus noble propriété de la nature morale dont le développement et la culture engendrent un profit infini, et elle a abouti – au fanatisme et à la superstition » (II, 803).

Jacques Darriulat

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2 réflexions sur “Dérives de l’esthétique

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