Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Je suis née, j’étais un être parfait. Mais à quoi bon la perfection ; quoi de plus stérile, en fait ? Les bouddhistes, qui la recherchent éperdument, que désirent-ils sinon ne plus rien désirer ?

Or nous les pauvres diables qui sommes l’Occident, ne souffrons-nous pas mille morts, tous sans exception, d’en arriver toujours trop tôt à ce point-là de sagesse, et sans même y avoir pris garde ? Nous le nommions ataraxie lorsque nous étions romantiques. Nous parlons de mort de Dieu à présent que nous sommes englués dedans.

Les bouddhistes, dont la caractéristique est le désir de ne rien désirer, ne sont RIEN. Ce sont des pierres. Quand je suis née j’en étais une, j’étais entière, matière indivisible, aimée, aimante, (aimantée?), prescience absente, totale et englobante. J’étais minérale, j’en ai souffert. Et j’ai dû grandir à rebours : à la recherche de comment m’ensemencer.

« Christe Marine, pauvre plante ! On te surnomme Perce-Pierre et tu germes, dit-on, aux entrailles des cailloux. Donne-moi ta magie ! Donne-moi ta leçon ! Je veux au moins devenir végétal ! »

Je voulais renaître à la vie alors j’ai invoqué la nature : la mer, les petites fleurs, les petites bêtes, les étoiles… Mais aucune, jalouses comme elles étaient du secret de leur vie, n’a répondu à mon appel. Je pensais que Dieu ne pouvait pas vouloir que je me résigne : pour aller le trouver, j’ai quitté la terre sans état d’âme aucun. Mais personne n’échappe jamais à son destin : en voulant fuir j’ai suivi ma pente.

I prayed hard for The Lord to give me the flower power, yet I became a rolling stone.

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