De l’ethnomasochisme franchouillard

C'est la fête !

C'est la fête !

Je ne connais pas un seul autre pays, Allemagne comprise, dont les natifs se vantent ainsi partout autour de la terre, comme d’une prouesse, de haïr mieux que quiconque leur pays. – A croire que l’esprit collabo’ n’est pas tout-à-fait mort ? – Et ce faisant, ils n’ont que le mot France à la bouche. Et les étrangers se disent :

Ah la la, ces Français sont donc bien obsédés par eux-mêmes ! Je ne sais de quoi ils parlent lorsqu’ils disent : Bidochon, Sous-Chien, ou encore François se touche, autant de mots qui sont introuvables dans leurs sacrosaints dictionnaires, mais toujours est-il qu’ils semblent incapables de parler d’autre chose à tout propos – qu’il soit question d’éducation, de psychologie ou encore de médecine -, et que cela est lassant.

Et les étrangers se disent encore :

Qu’ils sont drôles, ces Français, à se réclamer partout d’être les citoyens du monde ! A force, être citoyen du monde devient synonyme d’être Français… Est-ce donc que le monde leur appartient ? Ils se surestiment un peu, non ? De quel droit viennent-ils au-devant de tous les autres peuples du monde, y compris des peuples prospères en pleine expansion économique, leur offrir leur amour total, leur mansuétude sans égal, et leur compréhension sans borne, allant jusqu’à absoudre chez les autres des crimes que les Français condamnent sans appel lorsqu’ils s’en rendent eux-mêmes coupables, comme si tous les autres avaient des circonstances atténuantes sauf eux – la circonstance atténuante de ne pas être Français, peut-être ? -, comme si tous nous étions des clochards qui méritaient aumône et suscitaient la pitié ? N’y a-t-il rien de pire que de faire pitié ? Et de quel droit ces Français qui n’en réclament aucune pour eux-mêmes en éprouvent-ils autant pour les autres ?

Savez-vous à quoi ressemble une telle obsession de la nationalité chez des gens qui prétendent la plupart du temps être incapables de concevoir (pour eux-mêmes seulement) le concept de fierté nationale ? Cela ressemble comme deux gouttes d’eau à un amour déçu. Et tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus solide et tenace qu’un amour déçu. On a bâti des empires immortels sur de pareilles fondations. Quelle meilleure façon de s’aliéner indéfectiblement à l’Idée de la France, effectivement, qu’en la maudissant de dépit qu’elle ne soit pas ce qu’on en attendait, c’est-à-dire un pays différent des autres, et disons-le franchement, meilleur que les autres ? Il en va de même lorsqu’on décide de ne jamais pardonner à ses propres parents qu’ils se soient révélés un jour de pauvres quidam comme les autres : on se fige dans l’adolescence, on ne grandit plus.

 

Hugging the world

Hugging the world

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Etre sans conne être

Hélas, bien souvent, lorsqu’on parle de vraie littérature, il n’y a que des hommes ou presque au rendez-vous. Le pire étant qu’un tel constat s’impose d’autant plus que le niveau scolaire est égal.. et élevé ! Souvent …je me suis dit que s’il existait encore un reliquat de féminité sacrée Isiaque (Isis – déesse « à dévoiler » de la Connaissance et de ses mystères) chez les Occidentales contemporaines, il ne fallait précisément pas espérer le trouver chez les doctorantes que l’Etat subventionne pour « chercher », mais du côté des provinciales rebelles et des brouillonnes a-scolaires… – De ces femmes à qui l’on coupe encore régulièrement, au foyer, la parole… – Du côté de celles qui ne s’expriment jamais à point nommé et de la manière qu’il convient. Je crois fondamentalement que tout ce qu’il y a à défendre dans la femme est ce qui en est opprimé. Et qu’aussitôt qu’on cesse de la maintenir en une saine (et cependant tragique) oppression, la femme cesse de perler goutte-à-goutte sainteté et mystère…

C’est sur ce paradoxe-là que personnellement j’ai toujours crucifié le féminisme, qui défend la femme au nom ce qu’elle abandonne (- en premier lieu, donc, son statut de victime et d’éternelle soumise) sitôt précisément qu’elle parvient à se défendre seule et à être entendue.

Comme disaient les hommes du temps jadis, ce que l’homme est amené à posséder, la femme se doit contenter de « l’être ».

Par ailleurs, je dois avouer m’être beaucoup amusée, adolescente, à entretenir doctement « les adultes » de livres et d’auteurs que je n’avais pas lus. De même aujourd’hui quand un homme/un professeur me considère à nouveau comme une enfant, il m’arrive encore de céder à la tentation de lire en lui ce qu’il attend (ou non) de moi que je pense des ouvrages dont il me parle, et de comparer une telle vision à ce qu’il en dit effectivement… C’est avec aisance que je m’offre ainsi, disposant du seul matériau intellectuel qu’il me livre, sans avoir fourni le moindre effort de documentation préalable, la possibilité de mieux coincer le larron dans ses propres contradictions interne que ne le ferait n’importe quelle étudiante fidèle – tant la discipline universitaire aura dûment rompu la pauvre oie blanche à réfléchir dans le sens contraire : c-à-d épurer un tel discours de ses scories, afin d’en extraire « ce qu’il convient d’y entendre ».

Discussion « d’Elite »(TM) – sur Facebook, toujours.

PASCAL LABEUCHE : Florent Pagny est la nouvelle idole dans un certain milieu se pensant intellectuel, politiquement incorrect et cultivé.
Il vous suffit donc, si vous voulez faire partie de la secte, de chanter de la merde, de faire preuve votre vie durant de démagogie (ah ! la merveilleuse ‘liberté de penser » qu’on ne lui enlèvera pas !) et, un beau jour, de déplorer la « beurisation » de la France, même en des termes qu’un enfant de quatre ans pourrait employer ! Que notre bon Raphaël n’a-t-il compris ça, avec sa chansonnette qui vomit sur la France… Ah, mais, attendez… il a été intronisé dans la secte d’en face… Celle des gauchos rebelles ? Ah mais l’honneur est sauf alors !

IRENA ADLER : « Il vous suffit donc, si vous voulez faire partie de la secte, de chanter de la merde, de faire preuve votre vie durant de démagogie (ah ! la merveilleuse ‘liberté de penser » qu’on ne lui enlèvera pas !) et, un beau jour, de déplorer la « beurisation » de la France »

Ne dit-on pas, en terre de chrétienté, qu’une seule larme versée sur lui-même est susceptible de racheter un pécheur, et une ultime pensée mauvaise au jour de son trépas, de damner éternellement celui qui s’est conduit avec droiture toute la durée de sa vie ?

GABRIEL CLOUTIER : C’est une larme au fond des yeux qui lui valut les cieux

IRENA ADLER : Voilà ! (Plus concis, mieux balancé.. merci Gaby Cloutier).

– Mais y’aurait-il pas, un peu, comme une forme larvée de totalitarisme, comme une systématisation absurde de la loi du paradoxe, chez le Dieu qui nous imposerait pareille philosophie – avec un fond d’humour torve, en prime ?

PASCAL LABEUCHE : C’est toute la différence entre Jésuites et Jansénistes, il me semble, ce que vous soulevez là, Irena…

IRENA ADLER : Ah bon ? Suis pas au courant (traduction : je manque de culture). Avez-vous envie de m’apprendre ce que vous entendez par là ?

IRENA ADLER : Je déconnais pas monsieur Labeuche : je voudrais bien que vous développiez. Pour moi Dieu est un être torve et ne peut raisonnablement être conçu autrement pourvu qu’on ait un peu vécu [c’est effectivement mon expérience qui parle-là, je n’…ai reçu aucune éducation religieuse convenable, ni philosophique digne de ce nom non plus]. Aussi j’ai du mal à comprendre comment il est possible de bâtir une théologie (une vision-du-monde capable de démontrer Son existence – ou au minimum la nécessité de celle-ci) sur le principe selon lequel Il serait bon – à moins d’en faire une sorte d’irresponsable perché définitivement au sommet inaccessible d’une vis sans fin.

PASCAL LABEUCHE : « Ne dit-on pas, en terre de chrétienté, qu’une seule larme versée sur lui-même est susceptible de racheter un pécheur, et une ultime pensée mauvaise au jour de son trépas, de damner éternellement celui qui s’est conduit avec droiture toute… la durée de sa vie ? »

C’est ça qui m’a fait penser à la différence de la conception de la grâce chez les jésuites et les jansénistes.
Si j’ai bien compris la chose (mon Dieu, je reste prudent, car je suis bien trop iconoclaste pour être théologien) chez les jésuites la grâce est le corollaire des bonnes actions et de la piété des hommes : si tu fais le bien, Dieu saura te rendre justice, te jugera à l’aune de tes actes et de ta conscience, et, à ta mort, saura te récompenser en t’envoyant au paradis. Bien.
Pour les jansénistes, c’est la grâce qui est antérieure (ou qui n’est pas) à l’existence de chacun, d’où une vision tragique de l’homme (Pascal n’est pas un gars très fun, et son fameux « pari » concerne moins l’existence ou la non-existence de Dieu que de savoir s’il est préférable de vivre en ayant la foi ou non, pas pour ce qui suivra sa vie mais pour ce qui la nourrit (Deleuze a très bien expliqué ça)). Si l’homme fait le bien, c’est littéralement grâce à Dieu, s’il fait le mal, c’est qu’il n’a pas reçu la grâce de Dieu.
Pour un jésuite, l’homme DOIT faire le bien, il fait le bien dans le but de ; pour un janséniste, l’homme PEUT faire le bien (s’il en a reçu la grâce de Dieu), il fait le bien parce que. Ce qui rapproche les jansénistes des protestants (et on comprend mieux l’affaire de Port-Royal sous Louis XIV).
Pour ce ce qui est de « à moins d’en faire une sorte d’irresponsable perché définitivement au sommet inaccessible d’une vis sans fin », c’est le propos de Dolmancé dans La Philosophie dans le Boudoir : en substance, il dit à Eugénie :
« Si ton Dieu existe, c’est un salaud, à laisser faire et propager le mal, un créateur irresponsable qui ne s’occupe plus de ses créatures et se régale peut-être du spectacle des souffrances des hommes. » Alors rien n’interdit la jouissance sans entraves au risque du mal (ce qui rappelle ou plutôt appelle, à l’inverse, Dostoïevski et son « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis »).

GABRIEL CLOUTIER : Un Dieu qui interdirait le mal serait un salopard de dictateur et le Monsieur Labeuche serait un ange déchu. (désolé mais ça méritait d’être souligné)

PASCAL LABEUCHE : Tout à fait d’accord Gaby, ça va avec. Sade a besoin de cette menace, en filigrane, jamais directement évoquée, pour pouvoir y opposer son totalitarisme à lui : la liberté absolue, qui ne peut conduire, comme admirablement montré dans les cent-vingt journées de Sodome, qu’à une chose : l’ennui et le crime.

GABRIEL CLOUTIER : Ceci étant posé, je me demande quel est, toutes religions confondues, la proportion de croyants ou d’incroyants sur terre.

PASCAL LABEUCHE : Impossible : la conception même de la foi n’a rien de commun entre un chrétien et un boudhiste.
Et ne parlons même pas des religions antiques !

GABRIEL CLOUTIER : Cosmogonie divine alors ?

PASCAL LABEUCHE : Taratata

GABRIEL CLOUTIER : Posons donc la question à l’envers : combien d’athées sur terre ?

PASCAL LABEUCHE : Un athée est un croyant.

GABRIEL CLOUTIER : Merci du renseignement

PASCAL LABEUCHE : Un croyant inversé, mais un croyant quand même.
Enfin, Cloutier l’Ironique, admettez, NDPBM, qu’il faut une sacrée dose de foi pour être convaincu que Dieu n’existe pas !
GABRIEL CLOUTIER : Plus aujourd’hui. Aujourd’hui on s’en fout.
GABRIEL CLOUTIER : J’ai lu ce que disait Irena Adler. C’est imparable.

IRENA ADLER : Excusez-moi pour le retard. Je reviens à vous. 

Je vois mieux ce que vous vouliez dire, à présent. Grâce à votre explication. Vous m’avez pour ainsi dire rendu la mémoire.. car tout cela, j’en avais enfin de compte déjà entendu parler autrefo…is, et je m’en ressouviens.

Le point de vue de Pascal, effectivement, il rappelle celui des protestants, et il implique celui des américains. Pour les américains, je le conçois clairement, s’il s’agit d’obéir aux commandement de Dieu (commandements supposés – tout le problème dans ce domaine reste foncièrement de l’ordre de la discussion théologique – laquelle est hélas chez eux, en l’état, au mieux rudimentaire ou inexistante, au pire ouverte à tous les contre-sens hérétiques), s’il s’agit d’obéir aux commandement de Dieu – disais-je – c’est avant tout pour eux dans la mesure où ils sont postulés comme fondamentalement bénéfiques, voire vitaux. Un américain conçoit difficilement l’athéisme tout simplement parce que dans son esprit avoir Dieu de son côté rend fort, la foi donne des ailes, et la désillusion (le fait d’abandonner ses rêves d’enfants, dira-t-il) correspond pour lui à se tirer une balle dans le pied, à se livrer au mauvais sort, aux monstres du Doute, de l’Absurde et de l’Inconnu, à choisir pour soi-même échec systématique et faiblesse, enfin, toutes choses inconcevables à ses yeux. En quelque sorte leur rapport à Dieu se pose en ces termes, et leurs prédicateurs s’expriment ainsi : « Songez-donc à tout ce que Dieu peut faire pour vous! ».

De l’autre côté, il y a ce point de vue que vous nommez « Jésuite », et que pour ma part j’étendrais à « Catholique » (quoique j’ai conscience d’être peut-être-là davantage subjective que je ne devrais), qui en somme pose la question dans l’autre sens : « Que pouvez-vous faire pour Dieu? ». Cela aurait au moins le mérite d’expliquer pourquoi aujourd’hui le Dieu-qui-est-bon n’est pas très puissant : combien de gens de par le monde se posent-ils encore pareille question? :-)

Amicalement.

Question naïve sur le fil dailymotion d’une vidéo Disney doublée en Français

 

Why do most foreign dubbs always suck.. ?

 

Well.. I’m not sure. Though, I’ll take the risk to answer you as far as my country is concerned.

.. Maybe because there’s no Actor’s Studio in France, no strong minds seeking strong potencials needing help to grow up, but a parisianish greedy web of dumby-dumbo friends/sexmates&grand-children of dead stars, and our actors suck ? :)

***

Did you know most French people didn’t live in Paris and, as a matter of fact, weren’t like most Parisian citizen are : vain, in love with their own mentals desorders, and deeply superficial ? All today’s french celebrities belong to this overrated « gotha » of upside-down moral and esthetic values. Because of them all french people are mocked by Anglo-Saxon people as if we were nothing more than something like a bunch of degenerated Newyorkish (but loosy, dirty and weak) hipsters. Some of French people (like myself actually) live in Paris but emigrate from what is contemptuously called there « la province » – which means the countryside and little towns, in fact -, and these people are just not the same. The only way to explain it is that we – provicials people – still belong to some place on earth, still identify with some piece of ground linked to historical/ethnic/familial inheritance. This matter of fact make us at once more humble, and more concerned by the price/the sense of life. ..Whereas most parisian people are convinced actually – they clearly and often express it –  beeing French or beeing French-rooted doesn’t mean anything anymore ! – In their twisted mind, France is supposed to be a place where different kind of ethnies are mixing since millenaries, therefore it forbids them to refer to a national identity ! [Even if such a faith makes them feel « citizen of the world » in their way, their point of view is a kind of a pretty racist one, don’t you think so ?]

I’m convinced most anglo-saxon people who despise French people, are just not informed of what this country really is. Behind her rose-ludicrous-perverse-glossy-fake reputation, it’s everything but a shining star. Telly, movies, newspaper only tell you about a glittering Paris which even doesn’t really exists anymore – Paris is a shamefully grey, not amusing city, full of deeply desperate, dangerously serious,  ashamed-to-be-poor ascetic too-much-reading/too-less-living people, actually. And nothing  filters anymore for the rest of the world through such a thick painted wall of shame and schizophenic self-hate we built around us, so that we make other people hate us back in answer.

..I think it’s a pity we don’t try anymore to tell the world about some antic ground-bounced old rational cold ethic of ours and take a little more pride of it. Because it may be, paradoxally – even if delusion doesn’t seem to be fashionnable today because it is known to fragilize individuals’ mind and will to live –  our major human strength.

Exhortation à la haine à l’intention de l’une ou l’autre de ces femmes qui pourraient être mes amies

Barbies MadMen

 

Tu prétends que le bonheur est un mythe inventé par les publicitaires pour nous inciter à consommer..

Non, en fait.

Ce qui fait consommer, c’est – par définition-, ni la satisfaction matérielle, ni le confort de l’âme, mais leur exact contraire. Les publicitaires, c’est la frustration qu’ils exploitent – ils ne l’ont pas inventé : il n’ont rien inventé, les malheureux, ils se contentent de suivre de basses recettes de cuisines :

  • Frustration sexuelle pour vendre du sexe et de la bouffe,
  • Frustration existentielle et philosophique pour vendre des « divertissements » (lequels ont vocation, comme leur nom l’indique, à « faire diversion » – et pas, ce serait contre-productif, à apporter quelque satisfaction que ce soit),
  • Frustration identitaire pour vendre du Benetton, du modèle américain, du sport à la télé et de la bohème-attitude en général,
  • Frustration religieuse pour vendre toutes les sortes de « religions d’après », c-à-dire de la bienpensance à bon marché et ce grand théâtre de Guignol qu’est la scène politique nationale.. etc.

Être à la mode, qu’est-ce sinon sacrifier tout à l’idéologie du « I can get no satisfaction » ? Et quel intérêt effectivement, pour ceux que nourrit l’air du temps, d’apaiser ce dérèglement général des sens et du bon sens devenu consubstantiel de l’idée que nous nous faisons de la modernité ? Pourquoi, en effet, alors qu’un tel miroir culturel du chaos primordial est devenu l’identité-même de notre civilisation – l’Occident – en supplantant même ses philosophie et son Histoire ? Non, en vérité, il faut que la « jeune gent » moderne cultive minutieusement ce fameux dérèglement général des sens et du bon sens en le plus saint des saint de son petit jardin intérieur, ou bien elle devra passer son tour de vivre ici-bas!

En somme la vie est désormais à jouer, comme s’il s’agissait d’un jeu. Et ce jeu consiste  -entre autre- à faire croire, tous autant que nous sommes, qu’aucun de nous n’échappera jamais à la règle Freudienne selon laquelle l’être humain digne de ce nom abrite fondamentalement un terrible secret honteux caché dans les tripes. La blessure cachée, le traumatisme innommable/innommé, loin d’être un simple handicap, a une  fonction bien précise : celle d’aliéner l’individu à sa fonction sociale et il est facile de voir comment. La blessure primordiale, a, en quelque sorte, fonction de centrale électrique ; le chaland qui offre son cœur à la fission se voit en effet assuré de recevoir, en échange, une alimentation en énergie (en capacité de travail) continue et inépuisable. Force et désir de vaincre, passions tristes, ressentiment… revanche sur la vie ! – la voilà l’énergie négative dont prospère le meilleur et le seul des mondes possible j’ai nommé le nôtre ! Mais cette énergie de vaincre est loin d’être gratuite : c’est un trésor que l’on achète toujours – par définition – au prix de ce que l’on possède de plus cher : c’est-à-dire de tout ce que nous jugions jusqu’alors comme n’ayant aucun prix. Illustration :

1- Entretenir sa névrose pour avoir l’air profond, 2- la faire la valoir !

Aux yeux de Ploutos, il ne suffit pas d’avoir un fond : il faut surtout en avoir l’air – être un moine et ne pas porter l’habit du moine, à ses yeux, ne sert à rien.

De même, pourquoi la psychanalyse et le divertissement ont-ils en commun de nous accompagner lorsque nous cherchons à aller à la rencontre  de ce que nous croyons être à l’intérieur de nous ? Parce que  si nous le faisions seuls, c’est-à-dire en toute intimité, c’est-à-dire sans la peur d’être jugé par qui ou quoi que ce soit d’autre que notre propre conscience, peut-être nous risquerions-nous alors à découvrir [la sagesse :] – que ce que nous tenons en général pour notre intériorité n’est qu’un vêtement de ville endossé par tout un chacun à des fins d’adaptation sociale.

Alain, le philosophe, prônait de commencer par éliminer tout ce qui pouvait être lié à des problèmes d’hygiène de vie et d’auto-maltraitance dans tous les domaines (manque de sommeil, carences, drogues, excès ou manque d’activité.. etc) quand on désirait commencer à véritablement se connaître soi-même. Mais la vérité, c’est que si les gens enfument si volontiers leur raison, ce n’est pas tant par ignorance que – la plupart du temps – en secrète connaissance de cause  : c’est-à-dire, cette précieuse ignorance, en vue de la protéger. –  Oh, les gens ne sont pas si bêtes !  ..Nous sommes bien peu, fondamentalement, à être prêts à abandonner l’ensemble des fictions intellectuelles stériles dont notre égo se gonfle pour se définir lui-même en dehors de lui-même !

***

Interrogeons ta vie pratique :

Tu penses que tu n’es jamais à la hauteur ? Eh bien c’est exactement ce que l’on veut de toi ! Tu t’en excuses sans fin ? Idem !

Tu bosses comme une malade dans l’espoir de devenir assez forte/ indépendante/bankable/respectée/écoutée/admirée/épanouie pour être à même de séduire le mec de tes rêves ? Mais, ce mec de tes rêves, ma grande, n’est-il pas un mec tellement sensible, qu’il aurait finalement peur de la femme castratrice que tu deviendrais si tu parvenais à tes fins ? Ce mec de tes rêves, parce qu’il est je suppose – tellement dominateur, l’objet de son désir ne serait-il pas avant tout une faible chose à sa merci, une enfant sans défense – et non pas cette pétasse indépendante que tu deviendrais si tu devenais toi-même ton propre idéal ? Demande-toi à toi-même : « Est-ce que la femme épanouie en moi ne demanderait pas constamment à cet homme de mes rêves de savoir douter de lui et se remettre en cause tous les jours que dieu fait ? »

De toute façon forte/indépendante/bankable/respectée/écoutée/admirée/épanouie, il n’y a que lui qui pourrait te rendre comme ça, alors, rassure-toi, tu as encore toutes tes chances au Loto du grand amour : tu n’es pas près de parvenir (c’est-à-dire de devenir « une parvenue« )… Mais dis-toi bien aussi une autre chose : que c’est parce que tout ce que tu veux dans la vie, c’est l’amour, que de l’amour justement, on va s’appliquer à ne jamais t’en donner ton compte. Tu es un hamster dans une roue, et l’amour c’est avant tout ce petit morceau de fromage que tu vois, qui est tout en haut de la pyramide de Maslow…


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allez va, pourquoi t’en fais-tu une si haute idée – de l’amour ? Si tu voyais combien l’amour est lassant à force de soumission mathématique aux lois infatigables de la nature et de la matière, pour ceux qui ont compris qu’il n’était rien d’autre qu’un capitalisme de plus, qu’un simple commerce…  Oui, l’amour rien d’autre qu’une place de marché – avec sa stratégie militaire, ses jeux de vases communicants – dont on choisit de devenir le maître quand on considère en avoir été suffisamment longtemps le bien de consommation. Certains qui en étaient au même point que toi ont su déduire de l’impasse-même où ils se trouvaient que l’amour était un mauvais tour qu’on leur jouait, qu’il n’était pas leur ami… et sache que ça leur a profité !

***

Il y a cet homme en qui tu as vu tout un monde, tout un avenir possible, une clef pour ta serrure, ou l’inverse.. Il y a cet homme à qui tu pouvais tout offrir et qui pouvait tout te donner. Cet homme, tu es venu la lui annoncer, cette Bonne Nouvelle, et il t’a dit :

Je ne suis pas le géant ou le demi-dieu que tu crois. Si tu ne m’avais pas aimé pour autre chose que ce que je suis, je t’aurais sans doute aimée. Mais ta folie de croire est sans issue et elle me fait peur.

Alors vois-tu, ce qu’il aurait fallu lui répondre – non il n’aurait pas fallu l’écœurer encore une fois par une interminable supplique de plus, non tu n’aurais pas dû le gêner encore une fois avec tes larmes. Ce qu’il aurait fallu, c’est lui dire la vérité :

Toi l’homme que j’aime, tu te prenais pour un cochon et j’ai voulu te détromper. Et puis est venue cette fille qui te traitait comme un cochon. Tu t’es dit : « Elle m’aime pour ce que je suis… », et tu en as conclu «… son amour est donc sincère ». Or de deux choses l’une : soit cette fille est une truie et elle peut effectivement aimer les cochons, soit cette fille est bien une princesse comme tu le penses, et ce que tu prends pour les effets du jugement le plus juste qui soit sur ta personne n’est que le reflet du plus bas des mépris.

En vérité – pourquoi le cacher ? – les hommes aiment – tous, en général – les femmes qui les traitent comme des étrangers ou des idiots, car ils se figurent par là que leur point de vue les concernant est un point de vue surplombant, supérieur! En fait de supériorité, la plupart du temps, c’est l’ignorance et l’absence de compassion chez elles qui les parent d’une apparence – cosmétique – de raison.. de recul. Telle négresse ou telle asiatique, forte de son attachement indéfectible à sa propre nature et à ses propres origines, aussi désespérément ou violemment son mari français tentera-t-il d’en prendre possession, toujours une part d’elle, la part étrangère et qui est foncièrement son ennemie, l’empêchera d’être possédée par lui, lui permettra d’échapper à son mari. Ainsi en va-t-il aussi des femmes dont le cœur est gros de souvenirs et de fantômes, celles que des chaînes invisibles rattachent à un ancien amour défunt : celles-là, si comme toi elles ont renoncé à leur premier cochon, dès alors le monde des courtisans s’ouvre à elles : tous ils essaieront désespérément, dorénavant, de les conquérir et si elles en choisissent un, elles seront désormais capables de l’envoûter sans fausse note, de se l’attacher indéfectiblement.

Enfin et quoi qu’il en soit, si tu ne te faisais pas une si haute idée de l’amour – si ce n’était pas l’amour, l’étalon qui te permettait de fixer combien tu te sens capable de donner pour obtenir ce qui n’a pas de prix – il faut savoir que d’une façon ou d’une autre, ce serait forcément autre chose qui te permettrait d’avancer – qui donc supporte la peine de chaque  jours et n’a pas une inaccessible carotte sous son nez ? -, et que ce serait par cet autre bout-là qu’on t’attraperait! Hélas, il faut bien vivre  pour se donner les moyens de connaître ce qui n’a aucun prix, et toute passion se finance…

Admettons que la mécanique de l’amour n’ait plus aucun secret pour toi, alors cette mécanique, en tant que telle, perdrait sa fonction de mystérieux moteur et d’inconnue étoile : de but, elle se muerait automatiquement en  moyen! Dès lors, la machine à rêves ne serait plus pour toi ; au contraire elle serait mise par toi au service d’autrui : tu en disposerais comme un forain crasseux actionne une lanterne magique.. Et toi-même, de ce fait, serait toute entière mise au service du plaisir d’illusionnement des autres !  Oh oui, quand on y songe, peut-être serais-tu encore plus malheureuse… ou pas.

Encore un petit échange Facebook pour rire

Dexter doll

Dexter doll

« Le plaisir de l’honnêteté moralisatrice se résume à l’hypocrisie. » (Vincent Chapin)

« Et pourtant Vincent, la vertu est la qualité devenue vivante en l’homme, accomplie, et c’est la vertu qui rend propre à certains pouvoirs lorsqu’elle est véritable, et pas qu’une honnêteté morale plus ou moins hypocrite ! » (« Hugging-Saint » Barbie)

« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu » (De la Rochefoucault) – Citation d’Irena Adler

HUGGIN’ SAINT BARBIE : Pour moi une vertu est une qualité, et je la vois un peu comme pour les vertus des plantes, qui sont leurs effets, leurs principes actifs, et donc leur pouvoir, sans doute ne suis-je pas assez intellectuelle.
Ah oui?, l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ?
Y’ en avais-tu fumé du bon La Rochefoucault ???
Et la sincérité, serait-elle un dommage que la vertu rend au vice ?

VINCENT CHAPIN : Voyons Barbie, pas d’agressivité! : dans le monde, il est bon de paraître vertueux, même si l’on est plein de vices ; le vice sait que la vertu a meilleure apparence que lui- tel est le sens de ce mot .

HUGGIN’ SAINT BARBIE : Je sais, Vincent, car dans le monde c’est peut-être tout ce qui importe au monde, de paraître, une apparence n’est jamais la chose, une apparence de vertu non plus, et si le vice sait que la vertu a meilleure apparence que lui, il y a certainement une raison, reste à trouver laquelle… sourire…
J’ai bien aimé inversé la phrase de La Rochefoucault, que je n’avais jamais entendu, ça m’a fait un petit velours, un instant suspendu entre vice et vertu.
Je vais profiter de ce commentaire pour vous souhaiter un anniversaire tout à votre goût, vicieux ou vertueux, comme il vous plaira…

IRENA ADLER : Oui, monsieur Chapin. Mais c’est encore là un sens réduit que vous donnez à cette citation (pour laquelle j’ai une affection réelle, et que je ne place dans la conversation ni par intérêt ni par cynisme). La Rochefoucault était grand amateur de politesse (comme Schopenhauer, si l’on y songe bien) et prônait la modération en toute chose. Il avait sans doute, en tant que moraliste, hérité des antiques pour qui le danger moral le plus nuisible à l’homme et à la société était la démesure (l’hubris). [On est bien loin,effectivement, du : « je vomirai les tièdes » évangélique. Mais cela peut se comprendre dans la mesure où la parole de Jésus est tout sauf celle d’un homme qui cherche à vivre en paix avec ses contemporains – alors que les maximes de La Rochefoucault ont une réelle portée philosophique (de philein et sophia : « qui aime la sagesse »).]

Dire que l’hypocrisie est un hommage que le vice à la vertu est plutôt l’expression d’une puissante tendresse aussi bien à l’égard d’autrui que de soi-même – pauvres pêcheurs que tous, en dernier recours, nous sommes.

Edith Piaf, par exemple, dans l’une de ses chansons, rend gré à celui qu’elle aime (qui la trompe car il est lassé d’elle) de continuer malgré tout, en signe de fidélité, et par délicatesse, à lui mentir. En l’occurrence, celui qui ment pour faire plaisir montre en cette occasion qu’il est pleinement capable de prendre en compte les désirs, les besoins et les sentiments de l’autre et qu’il les reconnait, de plus, comme étant parfaitement légitimes… Mais comme il n’est malgré tout – à sa plus grande honte – pas à même d’accéder à de tels désirs, et qu’il répugne tout autant à se brouiller avec elle ou à la faire souffrir, le larron n’a pas d’autre choix que de mentir, c’est-à-dire de sacrifier sa probité à la douce amie, par tendresse.

En d’autres termes, lorsqu’un amant infidèle choisit de porter seul dans la nuit le secret de son mensonge, lorsqu’il s’agenouille devant Dieu pour lui livrer sa confession, c’est aussi devant sa belle qu’il s’agenouille, et il lui dit en pleurant : « Je suis le vice, tu es la vertu ».

Par ailleurs, j’ai envie de dire à toutes les gonzesses qui sont au-dessus du vice et du paraître, de retourner balayer devant leur porte et tout ira bien.

HUGGIN’ SAINT BARBIE : Irena,
Perso, j’ai beaucoup aimé votre démonstration de cette citation de La Rochefoucault, mais le fait demeure que la vertu a meilleure apparence que le vice, parce qu’elle a meilleur goût pour l’âme, pour soi que le vice, mais il reste que c’est toujours soi qui choisir, vice ou vertu, Édith a choisi l’un, son amant l’autre, hypocrisie par tendresse et délicatesse.
Mais c’est une vision du vice limitée à l’hypocrisie, parce que le vice c’est beaucoup plus que ça, la vertu aussi.

IRENA ADLER : Pardon ?

HUGGIN’ SAINT BARBIE : Irena,
Dans votre exposé, avez posé vice pour hypocrisie, vertu pour fidélité, j’ai juste voulu en venir que si votre exposé était juste quant à ce que l’hypocrisie peut fort bien se justifier et n’être pas tant un vice qu’on pourrait « apparemment » le croire, et la fidélité si elle est une vertu qui « apparemment » est louable pour les uns, ne l’est pas pour les autres, que c’est relatif à chacun, reste que tout ça c’est limité à deux aspects, deux considérations de vice et vertu.
Intelligence, bonté, compassion, sagesse, etc…, sont des vertus(pour mon sens), et ces vertus lorsqu’elles réelles, manifestes dans un homme, ont un pouvoir, elles agissent dans l’homme, et par effet direct dans le monde, dans le « bon » sens, les vices pareillement, mais dans « l’autre » sens.
Je ne parlais pas directement de moi, je parlais en général, et ça m’a fait très plaisir d’entendre de votre bouche ce son de La Rochefoucault, que je ne connaissais pas, parce que je ne connais pas La Rochefoucault, j’y vais par « nature et effet » des choses en soi.
Merci du bel exposé Irena.

IRENA ADLER : Merci à vous, Barbie.

All you need is luv

C’est seulement à partir de ce moment que je commençai à comprendre (ce que taisent la plupart des écrivains) que les malades, les estropiés, les gens laids, fanés, flétris, les êtres physiquement inférieurs aiment au contraire avec plus de passion et de violence, que les heureux et bien portants; ils aiment d’un amour fanatique, sombre, aucune passion sur terre n’est plus violente et avide que celle de ces désespérés, de ces bâtard de Dieu qui ne trouvent que dans l’amour d’autrui leur raison de vivre. Le fait que c’est précisément de l’abîme le plus profond de la détresse que s’élève le plus furieusement le cri panique du désir de vivre, ce terrible secret, jamais, dans mon inexpérience, je ne l’avais soupçonné. Et c’est seulement en cette minute qu’il avait pénétré en moi comme un fer brûlant.

(Stefan Zweig, La pitié dangereuse)

 

Et après ça, il y en a encore qui ne s’en méfient pas… de l’Âmour ?

Je fais rien que des bêtises

♫♥♪

Dis mon chéri, reviens… Pourquoi que tu me laisses comme ça?

Je sais que tu vas au travail, mais dis, est-ce que je travaille, moi ?

Quand j’suis énervée contre toi, j’mets en boule tous les zérissons.

Quand j’veux te donner une leçon, c’est cent internautes qui la prennent.

A cause de toi, tu vois, j’agresse les virtuels que je n’aime pas.

Oh je sais bien que ça s’fait pas, mais ça défoule et ça m’entraine…

Même ceux à qui je m’adresse pas, j’envahis quand même leur espace.

Ca fait d’la pollution tenace : les gens qui voudraient m’oublier sont obligés d’penser à moi.

Enfin tout ça pour ça.. Tout ça pour qu’on s’occupe de moi, tu ne trouves pas que c’est trop bête?

Y’en a un à qui j’viens de casser la tête, m’a fait bobo et j’aime pô ça..

Dis mon chéri, reviens… Pourquoi que tu me laisses comme ça?

Je sais que tu vas au travail, mais dis, est-ce que je travaille, moi ?

La bonne épouse


Lorsque le gouvernement français accorda enfin droit de cité au débat sur l’identité nationale, il y avait bien longtemps que j’avais pénétré dans le théâtre… Je fus aux premières loges quand le rideau se leva. A mes côtés se tenait ainsi qu’un véritable corps de garde, ce bataillon d’amis acquis encore plus tôt que moi à la Cause, au travers duquel le brouhaha du monde contemporain et son concert discordant de bonnes intentions, avait cessé quasi-complètement de me parvenir. Protégée comme j’étais de ce que je haïssais le plus : la barbarie, la vulgarité et la solitude, mes instincts de guerrière s’étaient quelque peu émoussés. Attendri par la tiédeur du foyer conjugal dont m’avait par ailleurs échu la charge, mon esprit avait repris le cours de rêveries plus anciennes – rêveries de la maternité et de la soupe aux poireaux.

Ca n’est pas si facile, me croirez-vous, d’être une bonne épouse… Toute personne ayant véritablement aimé la politique a forcément pensé un jour – serait-ce l’instant d’une lubie – qu’il y aurait sans doute beaucoup de joie à s’en aller mourir au nom d’une grande idée susceptible de donner du sens à la vie… Plus de joie, certainement, qu’à continuer ainsi, mollement, à « vivre pour vivre », c’est-à-dire livré à la sensation d’inhumaine absurdité qui se dégage d’une telle condition… Encore faut-il naturellement pour que ce genre de petit miracle arrive, que la vie elle-même en vienne à proposer un tel deal à pareil individu ! Or, ce n’est pas une chose aussi ordinaire qu’on voudrait parfois le croire… Autant il est assez remarquable de constater que les jeunes gens de ma génération, eux les premiers spectateurs de notre époque, se porteraient fort probablement tous volontaires pour une ultime action d’éclat si l’heure venait de remplacer les comédiens en scène, et même de détruire le théâtre, autant l’être humain est toujours beaucoup moins courageux lorsqu’il s’agit d’endurer pareil sacrifice sur la longueur… Pourtant, l’épouse, à elle, que lui demande-t-on, sinon de ranger ses vanités personnelles dans une boite à bijoux, et de diminuer chaque jour que dieu fait, tel l’oignon fond lentement dans la poêle, au profit de ceux qu’elle nourrit de bons soins et d’amour ? Il faut bien vous dire que ces deux-là, le guerrier et sa femme, ne mènent pas deux combats différents, mais œuvrent chacun de leur côté, chacun à leur manière, à l’édification de la société néoconservatrice telle que nous la désirons. Il faut bien vous dire aussi que là où l’histoire n’offre que rarement au jeune anarchiste de droite de périr pour ce qu’il aime, son épouse en revanche, si tant est qu’elle soit dévouée au même idéal, abandonnera immanquablement à celui-ci tous les avantages que lui offrait le monde moderne en tant que femme ! – Notamment celui, notable, d’être « un homme comme les autres », c’est-à-dire de prétendre à l’universel. Pour la femme réactionnaire, c’est bien simple, dans la mesure où elle intègre spontanément le schéma patriarcal, tout activisme politique ne peut que se confondre en définitive avec son devoir d’épouse, et même il se résume à aimer son mari plus qu’elle-même.

Ainsi j’allais désormais l’âme au repos, car je ne crois pas que rien ne soit plus indispensable au bonheur que de se savoir utile. Servir ! Joie qui unit le plus petit des hommes au plus grand…

 

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Pourquoi la maman de Houellebecq?

Il y a une génération, la génération 68 pour ne pas la citer, qui, depuis qu’elle est entrée dans la vieillesse, phagocyte les suivantes pour continuer à coller à l’un de ses mythes majeurs, qui est le mythe de la toute-supériorité de la jeunesse. Hier encore, dans Paris, combien n’ai-je pas croisées de mères d’âge indéfinissable accolées, joue contre joue, à leur fille d’age adulte, les deux pareillement filiformes, coiffées et fagotées de la même manière…

Je les vois d’ici, le soir, rentrant dans le loft vide, en l’absence totale du père, se déshabiller côte à côte devant la glace pour essayer leur shoping du jour. La mère est fatiguée, rembrunie, sa fille est gaie comme un enfant, ses yeux pétillent comme ceux d’un jouet neuf, juste sorti de l’emballage, et qui y retournera peut-être sous peu. Elle que l’on a toujours protégée de la vie est tourmentée de compassion à la vue du corps blet de sa mère qui a par trop vécu :

– Ah ! Que ce pantalon me grossit ! Elles sont grosses mes fesses ! Qu’il me serre ! il faut absolument que je perde du poids pour pouvoir le porter.

– Oh mais que dis-tu maman ? Elles sont parfaites, tes fesses ! J’aimerais être aussi mince que toi. Tu es magnifique !

On l’a protégée de la vie, la petite princesse : ainsi dans les grands yeux brillants de la nouvelle-née resplendit comme en rêve CE monde immobile de paix et d’aisance exaspérées, de désir vierge ; CE monde de désir inextinguible, d’enthousiasme surexcité par la frustration, d’attente et d’espoirs fous que jamais la rencontre du réel n’apaise. Dans les yeux de la petite oie blanche sacrifiée, vit encore le seul monde capable de légitimer l’idéologie du débridons-tout qui justifie le grand gâchis hippie, cet holocauste au feu duquel la mère a calciné son âme et bronzé sa peau à la façon d’un hareng saur. Dans les yeux de sa vestale passive de fille, la mère en perpétuelle révolution, qui fatalement manque chaque jour davantage d’énergie vitale, entretient l’étincelle de ce feu destructeur qui désormais lui manque, celui qui a autrefois tout brûlé, tout mangé, tout mâché : et l’histoire de notre peuple, et son bon-sens millénaire.

Parce que fifille a grandie dans l’aisance à l’écart du monde, on l’a préservée du sens du devoir aussi bien que de celui de l’effort. Parce qu’on lui a instillé l’amour inconditionnel de la nature, le mépris de la culture a suivi. Fifille vénère papa pour son érudition ostentatoire mais n’aime pas lire. Fifille admire maman pour son surnaturel stakhanovisme mais elle est une grosse feignasse. Pourquoi fifille souffre-t-elle donc ainsi silencieusement, dans sa chair, d’une sorte mollesse, de défaut d’acharnement en tout, quasi métaphysique, qui la maintient dans un état de honte permanente vis-à-vis de ses Übermenschen de parents ? ..Sans doute parce que c’est le moyen par lequel elle peut aussi demeurer, au nez et à la barbe des années qui passe, une éternelle « jeune », c’est-à-dire une éternelle mineure, c’est-à-dire dans un état de subordination définitive vis-à-vis d’eux.

Comment, dans ces conditions, fifille – qui n’a évidemment pas fait d’études – pourrait-elle se payer à son tour le confort qui l’a vu naître ; comment, si elle venait à quitter le toit de ses parents, se procurerait-elle donc (éventuellement pour élever sa propre descendance) l’un de ces grands loft parisiens si agréables à habiter, et la garde-robe, et le miroir qui vont avec ? Papa et maman sont nés dans la misère : ils se sont faits tout seuls. Alors par amour pour leur gosses, ils n’ont rien prévu non plus pour elle : à elle aussi, sa vie sera un bildungsroman ou ne sera pas.

Par un beau jour d’été, ils l’ont chiée sur terre comme on chierait une fleur. Ils se sont dès alors enferrés, chaque jour plus profond, dans la confiance en l’avenir la plus béate et aveugle qui soit, puisqu’Elle était venue au monde, la petite étoile capable de relever le flambeau. Ils ont chanté quelques poèmes à sa gloire, ont célébré le superbe « espoir » qu’elle incarnait, espoir jeté à la face hideuse du foutu matérialisme, du foutu capitalisme conquérant. Ils ont écouté les mages lui promettre un avenir glorieux (parce qu’on a beau ne pas être matérialiste, on n’en persiste pas moins à fantasmer à corps perdu amour gloire et beauté pour celle qui porte le nom de la famille), et à partir de là l’ont laissée s’élever toute seule, avec pour unique fratrie une poignée de bonnes intentions et de mots d’ordre flous. Ces romanichels dispendieux n’ont même pas mis un seul sou de côté pour lui faciliter pareille tâche herculéenne. Mieux encore, il ne l’ont jamais préparée à affronter rien d’autre que la gifle sacrée à laquelle il faudrait toujours tendre l’autre joue. Alors, s’interroge-t-elle, par quels deux bouts s’y prendre pour brûler la chandelle qu’elle représente sur l’autel de leur vanité ?

Fifille n’a qu’un atout : elle est un bien de consommation. Ce ne sont pas mille voies qui s’ouvrent à elle, mais seulement deux : soit elle prolonge indéfiniment la jeunesse de ses parents en devenant leur chose, et dans le meilleur des cas meurt avant eux, soit elle offre à quelqu’un d’autre l’exceptionnelle capacité de ses yeux à suggérer qu’un « autre monde est possible »…

***

Fifille est partie se coucher. Ses parents sont encore devant la télé :  ils sont infatigables. Elle prend un bain pour éliminer les tensions de la journée, faire s’éloigner les cris de sa mère derrière le rideau de vapeur… Fifille est épuisée moralement, son corps de vierge demande à l’aide. Il lui faut trouver une échappatoire, ou bien… « Survivre ! Partir ! A tout prix ! » … « Il faut donc que j’offre à quelqu’un d’autre l’exceptionnelle capacité de mes yeux à suggérer quun autre monde est possible », se dit-elle.

Et si ce « quelqu’un d’autre » était un créatif de gauche riche et célèbre? Elle deviendrait peut-être sa muse… Ses parents y verraient sûrement la tant attendue victoire des beaux poèmes qu’ils avaient récités sur son berceau. Fifille cesserait enfin de décevoir infiniment leurs espoirs infinis! Elle leur offrirait même une excellente accréditation par l’exemple de leurs vieilles thèses – à savoir (pour résumer) que les bonnes intentions, le laxisme et la prostitution mènent à tout. Papa et maman auraient de nouveau les yeux qui brillent – ô miracle ! ô fontaine de jouvence ! Et leur mort, encore une fois, serait repoussée d’autant…

D’une pierre deux coups !