Exhortation à la haine à l’intention de l’une ou l’autre de ces femmes qui pourraient être mes amies

Barbies MadMen

 

Tu prétends que le bonheur est un mythe inventé par les publicitaires pour nous inciter à consommer..

Non, en fait.

Ce qui fait consommer, c’est – par définition-, ni la satisfaction matérielle, ni le confort de l’âme, mais leur exact contraire. Les publicitaires, c’est la frustration qu’ils exploitent – ils ne l’ont pas inventé : il n’ont rien inventé, les malheureux, ils se contentent de suivre de basses recettes de cuisines :

  • Frustration sexuelle pour vendre du sexe et de la bouffe,
  • Frustration existentielle et philosophique pour vendre des « divertissements » (lequels ont vocation, comme leur nom l’indique, à « faire diversion » – et pas, ce serait contre-productif, à apporter quelque satisfaction que ce soit),
  • Frustration identitaire pour vendre du Benetton, du modèle américain, du sport à la télé et de la bohème-attitude en général,
  • Frustration religieuse pour vendre toutes les sortes de « religions d’après », c-à-dire de la bienpensance à bon marché et ce grand théâtre de Guignol qu’est la scène politique nationale.. etc.

Être à la mode, qu’est-ce sinon sacrifier tout à l’idéologie du « I can get no satisfaction » ? Et quel intérêt effectivement, pour ceux que nourrit l’air du temps, d’apaiser ce dérèglement général des sens et du bon sens devenu consubstantiel de l’idée que nous nous faisons de la modernité ? Pourquoi, en effet, alors qu’un tel miroir culturel du chaos primordial est devenu l’identité-même de notre civilisation – l’Occident – en supplantant même ses philosophie et son Histoire ? Non, en vérité, il faut que la « jeune gent » moderne cultive minutieusement ce fameux dérèglement général des sens et du bon sens en le plus saint des saint de son petit jardin intérieur, ou bien elle devra passer son tour de vivre ici-bas!

En somme la vie est désormais à jouer, comme s’il s’agissait d’un jeu. Et ce jeu consiste  -entre autre- à faire croire, tous autant que nous sommes, qu’aucun de nous n’échappera jamais à la règle Freudienne selon laquelle l’être humain digne de ce nom abrite fondamentalement un terrible secret honteux caché dans les tripes. La blessure cachée, le traumatisme innommable/innommé, loin d’être un simple handicap, a une  fonction bien précise : celle d’aliéner l’individu à sa fonction sociale et il est facile de voir comment. La blessure primordiale, a, en quelque sorte, fonction de centrale électrique ; le chaland qui offre son cœur à la fission se voit en effet assuré de recevoir, en échange, une alimentation en énergie (en capacité de travail) continue et inépuisable. Force et désir de vaincre, passions tristes, ressentiment… revanche sur la vie ! – la voilà l’énergie négative dont prospère le meilleur et le seul des mondes possible j’ai nommé le nôtre ! Mais cette énergie de vaincre est loin d’être gratuite : c’est un trésor que l’on achète toujours – par définition – au prix de ce que l’on possède de plus cher : c’est-à-dire de tout ce que nous jugions jusqu’alors comme n’ayant aucun prix. Illustration :

1- Entretenir sa névrose pour avoir l’air profond, 2- la faire la valoir !

Aux yeux de Ploutos, il ne suffit pas d’avoir un fond : il faut surtout en avoir l’air – être un moine et ne pas porter l’habit du moine, à ses yeux, ne sert à rien.

De même, pourquoi la psychanalyse et le divertissement ont-ils en commun de nous accompagner lorsque nous cherchons à aller à la rencontre  de ce que nous croyons être à l’intérieur de nous ? Parce que  si nous le faisions seuls, c’est-à-dire en toute intimité, c’est-à-dire sans la peur d’être jugé par qui ou quoi que ce soit d’autre que notre propre conscience, peut-être nous risquerions-nous alors à découvrir [la sagesse :] – que ce que nous tenons en général pour notre intériorité n’est qu’un vêtement de ville endossé par tout un chacun à des fins d’adaptation sociale.

Alain, le philosophe, prônait de commencer par éliminer tout ce qui pouvait être lié à des problèmes d’hygiène de vie et d’auto-maltraitance dans tous les domaines (manque de sommeil, carences, drogues, excès ou manque d’activité.. etc) quand on désirait commencer à véritablement se connaître soi-même. Mais la vérité, c’est que si les gens enfument si volontiers leur raison, ce n’est pas tant par ignorance que – la plupart du temps – en secrète connaissance de cause  : c’est-à-dire, cette précieuse ignorance, en vue de la protéger. –  Oh, les gens ne sont pas si bêtes !  ..Nous sommes bien peu, fondamentalement, à être prêts à abandonner l’ensemble des fictions intellectuelles stériles dont notre égo se gonfle pour se définir lui-même en dehors de lui-même !

***

Interrogeons ta vie pratique :

Tu penses que tu n’es jamais à la hauteur ? Eh bien c’est exactement ce que l’on veut de toi ! Tu t’en excuses sans fin ? Idem !

Tu bosses comme une malade dans l’espoir de devenir assez forte/ indépendante/bankable/respectée/écoutée/admirée/épanouie pour être à même de séduire le mec de tes rêves ? Mais, ce mec de tes rêves, ma grande, n’est-il pas un mec tellement sensible, qu’il aurait finalement peur de la femme castratrice que tu deviendrais si tu parvenais à tes fins ? Ce mec de tes rêves, parce qu’il est je suppose – tellement dominateur, l’objet de son désir ne serait-il pas avant tout une faible chose à sa merci, une enfant sans défense – et non pas cette pétasse indépendante que tu deviendrais si tu devenais toi-même ton propre idéal ? Demande-toi à toi-même : « Est-ce que la femme épanouie en moi ne demanderait pas constamment à cet homme de mes rêves de savoir douter de lui et se remettre en cause tous les jours que dieu fait ? »

De toute façon forte/indépendante/bankable/respectée/écoutée/admirée/épanouie, il n’y a que lui qui pourrait te rendre comme ça, alors, rassure-toi, tu as encore toutes tes chances au Loto du grand amour : tu n’es pas près de parvenir (c’est-à-dire de devenir « une parvenue« )… Mais dis-toi bien aussi une autre chose : que c’est parce que tout ce que tu veux dans la vie, c’est l’amour, que de l’amour justement, on va s’appliquer à ne jamais t’en donner ton compte. Tu es un hamster dans une roue, et l’amour c’est avant tout ce petit morceau de fromage que tu vois, qui est tout en haut de la pyramide de Maslow…


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allez va, pourquoi t’en fais-tu une si haute idée – de l’amour ? Si tu voyais combien l’amour est lassant à force de soumission mathématique aux lois infatigables de la nature et de la matière, pour ceux qui ont compris qu’il n’était rien d’autre qu’un capitalisme de plus, qu’un simple commerce…  Oui, l’amour rien d’autre qu’une place de marché – avec sa stratégie militaire, ses jeux de vases communicants – dont on choisit de devenir le maître quand on considère en avoir été suffisamment longtemps le bien de consommation. Certains qui en étaient au même point que toi ont su déduire de l’impasse-même où ils se trouvaient que l’amour était un mauvais tour qu’on leur jouait, qu’il n’était pas leur ami… et sache que ça leur a profité !

***

Il y a cet homme en qui tu as vu tout un monde, tout un avenir possible, une clef pour ta serrure, ou l’inverse.. Il y a cet homme à qui tu pouvais tout offrir et qui pouvait tout te donner. Cet homme, tu es venu la lui annoncer, cette Bonne Nouvelle, et il t’a dit :

Je ne suis pas le géant ou le demi-dieu que tu crois. Si tu ne m’avais pas aimé pour autre chose que ce que je suis, je t’aurais sans doute aimée. Mais ta folie de croire est sans issue et elle me fait peur.

Alors vois-tu, ce qu’il aurait fallu lui répondre – non il n’aurait pas fallu l’écœurer encore une fois par une interminable supplique de plus, non tu n’aurais pas dû le gêner encore une fois avec tes larmes. Ce qu’il aurait fallu, c’est lui dire la vérité :

Toi l’homme que j’aime, tu te prenais pour un cochon et j’ai voulu te détromper. Et puis est venue cette fille qui te traitait comme un cochon. Tu t’es dit : « Elle m’aime pour ce que je suis… », et tu en as conclu «… son amour est donc sincère ». Or de deux choses l’une : soit cette fille est une truie et elle peut effectivement aimer les cochons, soit cette fille est bien une princesse comme tu le penses, et ce que tu prends pour les effets du jugement le plus juste qui soit sur ta personne n’est que le reflet du plus bas des mépris.

En vérité – pourquoi le cacher ? – les hommes aiment – tous, en général – les femmes qui les traitent comme des étrangers ou des idiots, car ils se figurent par là que leur point de vue les concernant est un point de vue surplombant, supérieur! En fait de supériorité, la plupart du temps, c’est l’ignorance et l’absence de compassion chez elles qui les parent d’une apparence – cosmétique – de raison.. de recul. Telle négresse ou telle asiatique, forte de son attachement indéfectible à sa propre nature et à ses propres origines, aussi désespérément ou violemment son mari français tentera-t-il d’en prendre possession, toujours une part d’elle, la part étrangère et qui est foncièrement son ennemie, l’empêchera d’être possédée par lui, lui permettra d’échapper à son mari. Ainsi en va-t-il aussi des femmes dont le cœur est gros de souvenirs et de fantômes, celles que des chaînes invisibles rattachent à un ancien amour défunt : celles-là, si comme toi elles ont renoncé à leur premier cochon, dès alors le monde des courtisans s’ouvre à elles : tous ils essaieront désespérément, dorénavant, de les conquérir et si elles en choisissent un, elles seront désormais capables de l’envoûter sans fausse note, de se l’attacher indéfectiblement.

Enfin et quoi qu’il en soit, si tu ne te faisais pas une si haute idée de l’amour – si ce n’était pas l’amour, l’étalon qui te permettait de fixer combien tu te sens capable de donner pour obtenir ce qui n’a pas de prix – il faut savoir que d’une façon ou d’une autre, ce serait forcément autre chose qui te permettrait d’avancer – qui donc supporte la peine de chaque  jours et n’a pas une inaccessible carotte sous son nez ? -, et que ce serait par cet autre bout-là qu’on t’attraperait! Hélas, il faut bien vivre  pour se donner les moyens de connaître ce qui n’a aucun prix, et toute passion se finance…

Admettons que la mécanique de l’amour n’ait plus aucun secret pour toi, alors cette mécanique, en tant que telle, perdrait sa fonction de mystérieux moteur et d’inconnue étoile : de but, elle se muerait automatiquement en  moyen! Dès lors, la machine à rêves ne serait plus pour toi ; au contraire elle serait mise par toi au service d’autrui : tu en disposerais comme un forain crasseux actionne une lanterne magique.. Et toi-même, de ce fait, serait toute entière mise au service du plaisir d’illusionnement des autres !  Oh oui, quand on y songe, peut-être serais-tu encore plus malheureuse… ou pas.

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3 réflexions sur “Exhortation à la haine à l’intention de l’une ou l’autre de ces femmes qui pourraient être mes amies

  1. Une femme honore un homme (ou le contraire c’est pareil)
    Les malins pensent que c’est une illusion de chair et de sang, une idole
    Les malins et demi se disent qu’elle a raison, cet homme doit avoir quelque chose
    Les dévots de l’amour se disent que c’est une erreur des sens qu’il faut combattre, seules les âmes se rencontrent
    Les derniers se disent que tout le monde travaille dans l’incertain alors quitte à parier, pourquoi pas celui-ci, d’ailleurs en quoi consiste exactement l’agrément ?

    Sinon, très beau texte

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