Discussion « d’Elite »(TM) – sur Facebook, toujours.

PASCAL LABEUCHE : Florent Pagny est la nouvelle idole dans un certain milieu se pensant intellectuel, politiquement incorrect et cultivé.
Il vous suffit donc, si vous voulez faire partie de la secte, de chanter de la merde, de faire preuve votre vie durant de démagogie (ah ! la merveilleuse ‘liberté de penser » qu’on ne lui enlèvera pas !) et, un beau jour, de déplorer la « beurisation » de la France, même en des termes qu’un enfant de quatre ans pourrait employer ! Que notre bon Raphaël n’a-t-il compris ça, avec sa chansonnette qui vomit sur la France… Ah, mais, attendez… il a été intronisé dans la secte d’en face… Celle des gauchos rebelles ? Ah mais l’honneur est sauf alors !

IRENA ADLER : « Il vous suffit donc, si vous voulez faire partie de la secte, de chanter de la merde, de faire preuve votre vie durant de démagogie (ah ! la merveilleuse ‘liberté de penser » qu’on ne lui enlèvera pas !) et, un beau jour, de déplorer la « beurisation » de la France »

Ne dit-on pas, en terre de chrétienté, qu’une seule larme versée sur lui-même est susceptible de racheter un pécheur, et une ultime pensée mauvaise au jour de son trépas, de damner éternellement celui qui s’est conduit avec droiture toute la durée de sa vie ?

GABRIEL CLOUTIER : C’est une larme au fond des yeux qui lui valut les cieux

IRENA ADLER : Voilà ! (Plus concis, mieux balancé.. merci Gaby Cloutier).

– Mais y’aurait-il pas, un peu, comme une forme larvée de totalitarisme, comme une systématisation absurde de la loi du paradoxe, chez le Dieu qui nous imposerait pareille philosophie – avec un fond d’humour torve, en prime ?

PASCAL LABEUCHE : C’est toute la différence entre Jésuites et Jansénistes, il me semble, ce que vous soulevez là, Irena…

IRENA ADLER : Ah bon ? Suis pas au courant (traduction : je manque de culture). Avez-vous envie de m’apprendre ce que vous entendez par là ?

IRENA ADLER : Je déconnais pas monsieur Labeuche : je voudrais bien que vous développiez. Pour moi Dieu est un être torve et ne peut raisonnablement être conçu autrement pourvu qu’on ait un peu vécu [c’est effectivement mon expérience qui parle-là, je n’…ai reçu aucune éducation religieuse convenable, ni philosophique digne de ce nom non plus]. Aussi j’ai du mal à comprendre comment il est possible de bâtir une théologie (une vision-du-monde capable de démontrer Son existence – ou au minimum la nécessité de celle-ci) sur le principe selon lequel Il serait bon – à moins d’en faire une sorte d’irresponsable perché définitivement au sommet inaccessible d’une vis sans fin.

PASCAL LABEUCHE : « Ne dit-on pas, en terre de chrétienté, qu’une seule larme versée sur lui-même est susceptible de racheter un pécheur, et une ultime pensée mauvaise au jour de son trépas, de damner éternellement celui qui s’est conduit avec droiture toute… la durée de sa vie ? »

C’est ça qui m’a fait penser à la différence de la conception de la grâce chez les jésuites et les jansénistes.
Si j’ai bien compris la chose (mon Dieu, je reste prudent, car je suis bien trop iconoclaste pour être théologien) chez les jésuites la grâce est le corollaire des bonnes actions et de la piété des hommes : si tu fais le bien, Dieu saura te rendre justice, te jugera à l’aune de tes actes et de ta conscience, et, à ta mort, saura te récompenser en t’envoyant au paradis. Bien.
Pour les jansénistes, c’est la grâce qui est antérieure (ou qui n’est pas) à l’existence de chacun, d’où une vision tragique de l’homme (Pascal n’est pas un gars très fun, et son fameux « pari » concerne moins l’existence ou la non-existence de Dieu que de savoir s’il est préférable de vivre en ayant la foi ou non, pas pour ce qui suivra sa vie mais pour ce qui la nourrit (Deleuze a très bien expliqué ça)). Si l’homme fait le bien, c’est littéralement grâce à Dieu, s’il fait le mal, c’est qu’il n’a pas reçu la grâce de Dieu.
Pour un jésuite, l’homme DOIT faire le bien, il fait le bien dans le but de ; pour un janséniste, l’homme PEUT faire le bien (s’il en a reçu la grâce de Dieu), il fait le bien parce que. Ce qui rapproche les jansénistes des protestants (et on comprend mieux l’affaire de Port-Royal sous Louis XIV).
Pour ce ce qui est de « à moins d’en faire une sorte d’irresponsable perché définitivement au sommet inaccessible d’une vis sans fin », c’est le propos de Dolmancé dans La Philosophie dans le Boudoir : en substance, il dit à Eugénie :
« Si ton Dieu existe, c’est un salaud, à laisser faire et propager le mal, un créateur irresponsable qui ne s’occupe plus de ses créatures et se régale peut-être du spectacle des souffrances des hommes. » Alors rien n’interdit la jouissance sans entraves au risque du mal (ce qui rappelle ou plutôt appelle, à l’inverse, Dostoïevski et son « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis »).

GABRIEL CLOUTIER : Un Dieu qui interdirait le mal serait un salopard de dictateur et le Monsieur Labeuche serait un ange déchu. (désolé mais ça méritait d’être souligné)

PASCAL LABEUCHE : Tout à fait d’accord Gaby, ça va avec. Sade a besoin de cette menace, en filigrane, jamais directement évoquée, pour pouvoir y opposer son totalitarisme à lui : la liberté absolue, qui ne peut conduire, comme admirablement montré dans les cent-vingt journées de Sodome, qu’à une chose : l’ennui et le crime.

GABRIEL CLOUTIER : Ceci étant posé, je me demande quel est, toutes religions confondues, la proportion de croyants ou d’incroyants sur terre.

PASCAL LABEUCHE : Impossible : la conception même de la foi n’a rien de commun entre un chrétien et un boudhiste.
Et ne parlons même pas des religions antiques !

GABRIEL CLOUTIER : Cosmogonie divine alors ?

PASCAL LABEUCHE : Taratata

GABRIEL CLOUTIER : Posons donc la question à l’envers : combien d’athées sur terre ?

PASCAL LABEUCHE : Un athée est un croyant.

GABRIEL CLOUTIER : Merci du renseignement

PASCAL LABEUCHE : Un croyant inversé, mais un croyant quand même.
Enfin, Cloutier l’Ironique, admettez, NDPBM, qu’il faut une sacrée dose de foi pour être convaincu que Dieu n’existe pas !
GABRIEL CLOUTIER : Plus aujourd’hui. Aujourd’hui on s’en fout.
GABRIEL CLOUTIER : J’ai lu ce que disait Irena Adler. C’est imparable.

IRENA ADLER : Excusez-moi pour le retard. Je reviens à vous. 

Je vois mieux ce que vous vouliez dire, à présent. Grâce à votre explication. Vous m’avez pour ainsi dire rendu la mémoire.. car tout cela, j’en avais enfin de compte déjà entendu parler autrefo…is, et je m’en ressouviens.

Le point de vue de Pascal, effectivement, il rappelle celui des protestants, et il implique celui des américains. Pour les américains, je le conçois clairement, s’il s’agit d’obéir aux commandement de Dieu (commandements supposés – tout le problème dans ce domaine reste foncièrement de l’ordre de la discussion théologique – laquelle est hélas chez eux, en l’état, au mieux rudimentaire ou inexistante, au pire ouverte à tous les contre-sens hérétiques), s’il s’agit d’obéir aux commandement de Dieu – disais-je – c’est avant tout pour eux dans la mesure où ils sont postulés comme fondamentalement bénéfiques, voire vitaux. Un américain conçoit difficilement l’athéisme tout simplement parce que dans son esprit avoir Dieu de son côté rend fort, la foi donne des ailes, et la désillusion (le fait d’abandonner ses rêves d’enfants, dira-t-il) correspond pour lui à se tirer une balle dans le pied, à se livrer au mauvais sort, aux monstres du Doute, de l’Absurde et de l’Inconnu, à choisir pour soi-même échec systématique et faiblesse, enfin, toutes choses inconcevables à ses yeux. En quelque sorte leur rapport à Dieu se pose en ces termes, et leurs prédicateurs s’expriment ainsi : « Songez-donc à tout ce que Dieu peut faire pour vous! ».

De l’autre côté, il y a ce point de vue que vous nommez « Jésuite », et que pour ma part j’étendrais à « Catholique » (quoique j’ai conscience d’être peut-être-là davantage subjective que je ne devrais), qui en somme pose la question dans l’autre sens : « Que pouvez-vous faire pour Dieu? ». Cela aurait au moins le mérite d’expliquer pourquoi aujourd’hui le Dieu-qui-est-bon n’est pas très puissant : combien de gens de par le monde se posent-ils encore pareille question? :-)

Amicalement.

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