Cette fameuse question du « Peut-on tout dire? » …

La réalité la plus profonde et authentique est, et peut être pensée, et dite. Car c’est la même chose que penser et être. (Parménide)

 

Le problème n’est pas tant de dire, que d’être écouté. D’une part on ne peut raisonnablement tout dire, au moins à la fois – c’est en effet à la fois matériellement et psychologiquement impossible : dire veut dire choisir, comme quand on dessine, ce qui est mis au premier plan et ce qui doit rester tacite, en arrière-plan, c-à-d refoulé. Une fois qu’on a pris conscience de ça, il faut donc comprendre aussi que la parole n’existe que dans le cadre étroit de la relation locuteur-auditeur, elle voyage d’un point A à un point B, comme une flèche rejoint une cible. Le caractère potentiellement universel de la parole n’existe pas en-dehors de ce cadre-là, mais seulement à condition que la parole soit rapportée [pensons notamment, à titre d’exemple édifiant, au schéma narratif  des Evangiles, relatés par des témoins de la vie du Christ, – « martyros » en grec veut d’ailleurs dire « témoin »] : on ne supprime pas A & B, on se contente de leur ajouter un troisième acteur (C, le coryphée), le témoin de la scène, que celle-ci n’implique pas directement, mais seulement à condition qu’il accepte de bien vouloir se sentir concerné  [dans le roman traditionnel, notamment dostoïevskien, où sont relatés différents échanges entre les personnages, c’est le lecteur lui-même qui, s’il l’accepte, fait office de témoin].  La seule parole qui importe, autrement dit susceptible d’avoir un impact, est donc une parole ciblée. Ciblée sur quoi ? Sur les actes d’une personne/d’un personnage, naturellement. – La parole est d’argent, les actes sont d’or. La parole doit impliquer les actes si elle veut s’arracher à sa virtualité originelle pour se réaliser.- On ne peut que rarement faire entendre à autrui ce qui importe véritablement pour lui, dans l’instant, qu’en interrogeant ses actes. Les gens d’ailleurs n’aiment pas être interrogés sur leurs actes, c’est un indice. La seule parole qui compte est d’abord celle qui ne veut pas être écoutée, car elle est celle qui porte sur le refoulé des autres. Celui qui pratique la parole authentique [comprendre celle qui ne prêche pas dans le désert, mais aux homme] ne peut donc être qu’un réactionnaire : car le réactionnaire authentique est celui dont le conscient est le refoulé des autres, et inversement.

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