Cette fameuse question du « Peut-on tout dire? » … (Suite)

 

Iarochenko__La_vie...

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Il faut toujours chercher à être compris – ce qui se conçoit avec clarté s’énonce clairement. C’est à cette condition-là seulement qu’on peut être assuré, en cas de rejet épidermique de notre message par l’autre, d’avoir éliminé à peu près toutes les raisons de ce rejet dont nous pourrions être nous-mêmes la cause. – A savoir, notamment, la lourdeur du style, les fautes de syntaxe et de ponctuation, l’éventuelle mauvaise maîtrise de certains concepts philosophiques, et puis naturellement tout ce qui relève du manque de politesse : si l’on prend l’initiative d’agresser les gens, comment se plaindre ensuite d’une mauvaise réaction de leur part ?

Il faut être certain que notre parole est en train de « juger » l’autre, justement, et non de nous juger nous-mêmes. Je pense que si Nietzsche a été décrit par ses contemporains comme le plus doux et le plus civilisé des hommes, s’il veillait, comme beaucoup l’ont rapporté, à affiner au maximum sa compréhension et sa sympathie pour l’ensemble des êtres auxquels il avait affaire, c’était avant tout parce qu’il craignait de faire l’objet d’un lynchage organisé, parce qu’il s’attendait à rencontrer l’incrédulité de ses contemporains. C’est pourquoi il me semble évident qu’il souhaitait secrètement, au cas où il serait effectivement devenu le martyr de sa connaissance et de ses idées, éliminer à l’origine de ce phénomène, tout facteur « auto-victimisation », « auto-satisfaction », « agressivité latente », « masochisme sous-jacent »(.. etc.) de son côté, afin qu’on ne puisse – éventuellement – porter d’accusation à l’encontre du bouc-émissaire qu’il serait devenu, sur un autre plan que celui de ses idées ou de sa quête de connaissance.

En bref : il existe des gens dont le snobisme consiste à dire des choses simples de façon compliquées, des gens provocateurs qui n’aiment pas être compris. Peut-on pour autant dire d’eux que leur parole est « vraie » et qu’elle « vise juste » ? Non. N’être jamais compris dans l’absolu n’est pas le signe des grands hommes. En revanche, celui que vous voyez susciter des réactions épidermiques fortes chez ses semblables en se contentant de tenir des propos de simple bon-sens, en employant un langage limpide et didactique que comprendrait n’importe quel enfant de cinq ans, celui-là gardez-le à l’œil, c’est peut-être un « martyros » (en grec : un Témoin – sous-entendu témoin de l’existence de Dieu).

 

Lire l’article connexe (précédant celui-ci)

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Une réflexion sur “Cette fameuse question du « Peut-on tout dire? » … (Suite)

  1. N’est-ce pas bukowski qui disait que l’artiste était celui qui disait des chose compliquées avec des mots simples , et l’intello celui qui disait des choses simples avec des mots compliqués ?

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