Folie collective [ou « C’est pas ma faute à moi », le complexe de l’impuissance, ep. 01]

« Il faudrait franchir le cap de facebook et expliquer a tous ceux qui n’ont pas eu le temps ou les moyens de savoir: aux citoyens/nos proches que ce sytème capitaliste nous détruit que les politiques nous manipulent et que les médias nous mentent,que des élites veulent un nouvel ordre mondial et qu’ils se rassemblent en secret,qu’ils se nommment bildeberg,le siecle, qu’ils contolent les médias,les banques que l’on mange de la merde puisqu’ils modifie le codex alimentarus ( programme chargée d’élaborer des normes alimentaires, des définitions et des critères applicables aux aliments ) qui ne sert pas les intérêts des consommateurs mais plutôt ceux des grandes multinationales de l’industrie agroalimentaire, de la pharmacie, de la chimie ou de la biotechnologie,en indiquant par exemple que le codex a permis à au moins 8 pesticides interdits, que l’industrie alimentaire a eu raison de notre gastronomie française, expliquer aux ouvriers que leur secrétaires nationaux respectif sont des collabos avec les patrons,expliquer au croyants que meme tout les dieux ne peuvent pas remédier a ce fléau et aprés il faudrait qu’on descende tous dans la rue manifester notre indignation envers ce que nous avons créer… »

Signé : Bib LeRasta

 

Mais qu’allons-nous en faire, de ces illuminés ? Ces illuminés à ne pas confondre avec leurs – sacro-saints ? – illuminatis, les dénommés conspirationnistes qui détestent les conspirateurs… Une chatte y retrouverait-elle ses petits ?

Vous savez quoi ? J’irai même jusqu’à dire qu’ils m’inquiètent.  Ces idées séduisent surtout le lumpen-prolétariat. Les musulmans et les petits blancs banlieusards trouvent dans cette paranoïa collective matière à fonder une sorte de communauté d’idées. Et les folies collectives, l’histoire du XXe siècle nous a appris tout ce qu’il fallait savoir à leur sujet…

Lecteurs, à vos réactions !

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15 réflexions sur “Folie collective [ou « C’est pas ma faute à moi », le complexe de l’impuissance, ep. 01]

  1. Oui, ca serait une bonne nouvelle que toutes ces histoires (qui se rejoignent toutes au même endroit, comme on nous le raconte) ne soient que des hallucinations collectives ou des histoires de geek-nerdeux qui ne savent plus comment tuer le temps. :)

    Moi par principe je me méfie de tout, et en particulier des gens qui ont le potentiel pour transformer notre planète en goulag géant (je ne dis pas qu’ils en ont le pouvoir ou les moyens juste par prudence, mais je n’en pense pas moins). J’en ai tellement lu et entendu sur ces groupuscules du mal qui détiennent les 3/4 des richesses mondiales (au bas mot) qu’il n’y a plus de place logique dans mon cerveau pour leur coller une étiquette « supercherie ».

  2. « Les musulmans et les petits blancs banlieusards trouvent dans cette paranoïa collective matière à fonder une sorte de communauté d’idées. »

    Résultat, ils atterrissent chez Soral…

  3. Un cas d’école ce Bib LeRasta, une vraie carricature de conspi. Le problême à mon avis c’est qu’une toute petite part de son scénario circule quand même dans les esprits. Beaucoup de personnes non conspirationnistes (à priori), en tout cas pas au courant des histoires de New World Order se diront antisionistes, sans en connaître la portée politique et conspirationniste. Oubien vous diront qu’il y a « des zones d’ombre sur Pearl harbor » (sous entendu les américain ont monté le coup, ou pire …avec les sionistes.) sans connaitre l’origine de cette rumeur: propagande iranienne et extrême droite. Du coup, la conversion au conspirationnisme s’opère en douceur, surtout à gauche, et progressivement jusqu’au stade de lavage de cerveau irréversible que connaît Bib LeRasta…ou d’autres. Du coup les idiots utiles jusque là de gauche, grossissent les rangs de l’extrême droite et la renforce.

  4. Bon , puisque la patronne l’a demandé …
    Beaucoup de gens pensent à juste titre que ce système est beaucoup plus social que capitaliste , et à juste titre .
    Les médias nous mentent … Ce n’est pas nouveau , ils distraient le peuple , personne n’a jamais pris un journaliste au sérieux .
    Ils veulent un nouvel ordre mondial . La tendance naturelle du monde va vers une centralisation , le nouvel ordre mondial a toujours été un des rêves de l’humanité , de la Pax Romana à la Pax Américana .
    Les juifs controlent les médias . La belle affaire . Et c’est la faute à qui ? Les juifs font des études plus longues que la moyenne , viennent d’un milieu moyen plus favorisé et ont un Q.I. moyen plus élevé . Et un Flouzerberg au nez crochu , cela se repère plus facilement qu’un membre du lobby bourgignon . C’est donc logique qu’ils soient plus présents qu’un nègre pistonné pour avancer . Les juifs ne vont pas s’excuser de réussir . Et qui prète de l’attention au grands médias ? Les cons . Et les cons , je ne me batterais pas pour eux .
    Et si les gens mangent de la merde , c’est qu’ils veulent de la merde . Et pas le contraire . Et la gastronomie française ne s’est jamais aussi bien portée que depuis qu’un certain public se montre exigent . Si les gens vont au McDo , le petit resto vera sa carte s’améliorer .
    Et si sa solution c’est de descendre dans la rue , il ne lui reste qu’a grandir un peu , brûler son keffier et sa carte de la LCR et entrer dans le vrai monde plutôt que dans des délires d’étudiant sous mauvais chichon .
    Et se ne sont pas des délires d’allumés et de paranos qui déclenchent les totalitarismes , mais l’hygiènisme , et en demandant des mesures contre cet individu , ( qui d’ailleurs n’est certainement qu’une création de votre esprit aussi fertile qu’une malienne naturalisée ) , c’est vous la fachisteuuuuuu .
    Contente ?

  5. « cet individu, qui d’ailleurs n’est certainement qu’une création de votre esprit aussi fertile qu’une malienne naturalisée »

    La tirade de Bib le Rasta, c’est une citation rapportée. J’ignore d’où elle provient mais une chose est sûre : si Bib n’existait pas, nul ne serait besoin de l’inventer. Ce qu’il dit reflète exactement les propos d’un nombre croissant (c’est le cas de le dire) de soraliens de banlieue (merci A.naar). Et encore Bib est soft. :) Je me suis déjà faite prendre à parti par des taxis parisiens arabes (Fuckalors ! On prend pas le taxi pour se faire bourrer le mou ! Le client est-il roi ouioumerde ?).

    Mais les commentaires ne sont pas le lieu pour exprimer tout ce que j’ai à dire à leur sujet. Ce premier post au sujet de la branlette conspirationniste n’était qu’une mise-en-bouche. Toutouille pourrait confirmer, j’en ai connu de beaux spécimen, de Crétinus Alpestis Paranolux Conspis, et je m’en vas sous peu leur dédier un nouvel article aux petits oignons.

    Je suis remontée comme une pendule, ça va saigner ! :D

    P.S : Merci pour « la fertilité malienne ». – Je me suis souvent sentie comme une négresse blanche. ;)

  6. Oui, je suis d’accord avec vous. Le conspirationnisme est la pathologie intellectuelle de notre époque.
    Ils sont d’ailleurs de plus en nombreux. Au boulot, chez des amis, en famille… je crois qu’ils sont là, autour de nous, qu’ils attendent un faux-pas.
    Quel est est leur but ?
    Pour qui travaillent-ils ?

  7. « je crois qu’ils sont là, autour de nous, qu’ils attendent un faux-pas.
    Quel est est leur but ?
    Pour qui travaillent-ils ? »

    Oui ! :) C’est exactement ce que je suis tentée de me demander… Réaction paranoïaque inversée, si l’on peut dire.

    De toute façon la peur en elle-même – la peur des autres s’entend – effraie. Il est difficile de garder la tête froide et de ne pas prendre peur, je vous le dis, lorsque partant d’une réflexion anti-libérale de pur bon sens – par ex : la haute finance méprise les nations et leurs lois – , vous voyez vos amis d’hier glisser en chœur et sans retour, glisser savonneusement vers des considérations à la rationalité douteuse, du genre : « Nous sommes tous épiés ; ils nous surveillent et nous le montrent… Regardez la récurrence des signes franc-massons dans la Science-Fi hollywodienne ! A la tête du nouvel ordre mondial, des dynasties reptiliennes gouvernent le monde depuis toujours.. etc.  »

    Je trouve consolation, une fois de plus, dans mon précieux petit recueil d’extraits de l’histoire de France de Michelet à la lecture de ce passage :

    « L’Histoire n’est pas faite seulement d’actions, elle n’est pas seulement épopée. Elle est aussi lourde, comme une femme enceinte est lourde de son enfant, de tous les rêves, de tous les cauchemards qui constituent la vie profonde d’un peuple. Michelet fut sans doute le premier à mettre en évidence le rôle fondamental que joua à travaers les siècles d’onirisme confus qui bien souvent inspira la marche du temps. Jérôme Carcopino dit de César qu’il ne fit que traduire le songe profond du peuple romain en l’emmenant à la conquête du monde jusqu’alors connu. C’est là un thème familier à Michelet pour qui la causalité de l’Histoire est surtout une causalité de l’insconscient. Là le peuple devient être humain, et comme l’être il vit alternativement de lumière consciente et de ténèbres. La France emportée par la révolution va enfouir cette révolution jusque dans son inconscient. Ainsi se mit-elle après le 14 juillet à rêver »

    Au final je crois que ce qui m’effraie le plus dans l’imaginaire des conspirationnistes, c’est qu’il n’a plus rien qui a trait à l’inconscient collectif Français. Ce sont de pauvres consommateurs du soft-power américain acculturés… Ils nient l’histoire! Ils nient le libre arbitre, ils nient nos héros. Ils nient l’humanité, le hasard, – la Chance, alliée de l’intrépidité qui est capable de la saisir, intrépidité en laquelle était pourtant naguère réputée exceller le peuple Franc ! -, qui gouverne si souvent seul les grandes révolutions de l’humanité, cf : La Théorie du Cygne Noir [—> http://www.suite101.fr/content/le-cygne-noir-a20682%5D.

    C’est le jour où un conspi m’a affirmé, – éclat de bêtise nue – que Napoléon lui-même n’avait pas pu se faire seul, avec la grâce de Dieu et celle de la fata Fatum – la fée hasard -, que j’ai vu rouge ! Dans le délire plébéien, débordant de ressentiment, de cet infi(r)me incapable de s’expliquer à lui-même le réel décevant de sa propre destiné non-héroïque, Napoléon, ainsi que tous les autres Seigneurs, Césars, Empereurs et Princes avant lui, ne pouvait devoir sa formidable ascension qu’à je ne sais quelle protection par des puissances supérieures obscures et tentaculaires, ou à certains liens de sang secrets… La théorie conspirationniste emportaient volontiers après Napoléon, pourvu qu’on la questionne, Clovis et Charles de Gaulle, dans son maelström de connerie nivelante… Bref, ce conspi m’a donné un avant-goût de jusqu’où pouvait descendre l’homme moderne désenchanté en bassesse, pour tuer la possibilité même de l’héroïsme, au lieu de se prendre le cul à poignée et d’admettre une quelconque responsabilité dans ses propres échecs.

    J’ai vu, ce jour-là, jusqu’où l’homme jaloux et convaincu de son impuissance par sa propre mollesse, pouvait refuser d’utiliser ses mains, par peur de les ouvrir et ainsi de donner sa chance à la chance qui était enfermée dedans.

  8. Pff. Que dire après vous ? Vous le dites si bien.
    Il est vrai qu’on est sur le blog de Millie, qui n’économise jamais son talent, même pour un commentaire :)

    Le conspirationnisme, c’est peut-être un refus de grandir, ou plus précisément, c’est une perversion de cette capacité à imaginer propre à l’enfance. Or, l’imagination, lorsqu’elle n’est pas soigneusement maîtrisée avec le temps, devient un fardeau. C’est trop lourd. Il y a trop « d’harmoniques » : la voix devient fausse.

    Une prof de chant m’avait expliqué que tous les bébés chantent juste ; c’est-à-dire qu’ils connaissent d’instinct les mouvements du corps qui permettent au son de résonner dans sa plénitude. En grandissant, nous perdons cet instrument naturel, (sauf bien sûr, pour les personnes naturellement doués, et/ou qui ont la chance de parler une langue qui « place » la voix). En grandissant, nous perdons de notre justesse. Il faut travailler dur pour la retrouver. Ou bien être assez lucide pour comprendre que l’on chante comme une casserole, et s’empêcher de casser les oreilles de nos prochains.

    Il en est de même avec l’intelligence : l’imagination (l’harmonique de la pensée) s’alourdit d’années en années. Il faut travailler pour qu’elle continue d’irriguer agréablement notre pensée, qu’elle chante juste. Mais certains n’en font qu’à leur tête, continuent à parler, et nous cassent le cerveau.
    J’ai observé une chose étonnante. Souvent, ces personnes sont parfaitement insensibles à la littérature. A creuser…

    Deuxièmement,
    Ce phénomène a toujours existé de tous temps, direz-vous. Oui, et il s’aggrave à cause de ce que vous décrivez à la suite de l’extrait sur Michelet. « ce conspi m’a donné un avant-goût de jusqu’où pouvait descendre l’homme moderne désenchanté en bassesse. » Il n’y a plus de destin collectif, alors il ne reste plus que de pauvres miettes d’imagination débile, qui tiennent lieu de repère.
    C’est un fait : de tous temps, l’écrasante majorité de l’humanité a été composée d’idiots. Ce n’est pas grave en soi, l’intelligence du cœur valant bien celle de la tête. Ce qui est grave, c’est que notre système donne l’illusion qu’ont peut penser sans effort, et que chaque opinion a une importance.
    Le conspirationnisme, de gauche ou de droite, n’est pas prêt de décliner.

    « je vous le dis, lorsque partant d’une réflexion anti-libérale de pur bon sens »
    Aucun rapport : il faut que je lise votre billet sur le libéralisme que je n’ai fait que parcourir.

  9. Chose amusante, vous avez fait un billet de ce commentaire au moment même où j’écrivais : « qui n’économise jamais son talent, même pour un commentaire « .
    Bon. Eh bien mon compliment tombe un peu à plat… :D

  10. Oui, il tombe à plat ce compliment, mais seulement parce que je n’en suis pas digne : je fais effectivement des économies de bout de com’s. Je fais effectivement, moi aussi, hélas, je l’avoue, car la perfection n’est pas de ce monde, et qu’il faut bien vivre, de basses économies avec tout.

    Votre commentaire de réponse à mon commentaire devenu article (qui venait lui-même en réponse à votre intervention précédente), cette petite exégèse (qui mériterait bien, si vous étiez aussi radin que moi, d’être tournée elle aussi en article), encourageante, limpide et claire, elle vaut déjà pour elle-même, sans ma prose. Et je dois avouer que je trouve votre style fort spirituel et fort beau. Je vous remercie enfin de tant mansuétude. Croyez bien que si j’en suis à ce point touchée, c’est que je sais, moi, que ce n’est généralement pas aux gens qui le méritent qu’on en donne autant – aussi vos éloges m’interdisent curieusement, il me font sentir pleine de scrupules. Vous êtes plus jeune que moi : cela se sent à la lesteté de votre prose : en vous la vie jaillit plus vive, l’activité du coeur vous est moins pesante. Ou bien j’ai plus vécu. Ce dernier point laisse peu de doutes. ^^

    Je me suis excusée auprès de la naïve Sylvie pour l’avoir négligemment bousculée. Croyez bien que je n’avais pas lu sa petite plainte en forme d’excuse, sans quoi jamais je n’aurais continué ainsi à écraser l’encre de mon propos.

    Une réponse plus en détail viendra demain. Pour l’instant je tenais simplement à vous témoigner ma sympathie.

  11. Me revoiloù ! Pour vous, Nico. :)

    « Le conspirationnisme, c’est peut-être un refus de grandir »

    Comme vous touchez juste ! En l’occurrence j’ai écrit mon dernier article en pensant à des geekos qui frôlent le syndrome de Peter Pan. ^^

    « Il y a trop « d’harmoniques » : la voix devient fausse. »

    Êtes-vous musicien ? Cette métaphore, en tous les cas, est ravissante.

    Une question : est-ce que le fait que la voix adulte ait plus d’harmoniques veut dire que les sons qu’elle produit sont aussi plus complexes ?

    « l’imagination (l’harmonique de la pensée) s’alourdit d’années en années. »

    Oui, mais ne devient-elle pas plus lourde, par définition, essentiellement du fait d’un accroissement de sa densité et de sa profondeur? Car ce qui bride l’imagination, avec les années, ne serait-ce pas un trop-plein d’images vues, de vérités sues et de souvenirs chers, qui nous retiennent dans une définition toujours plus étroite, car toujours plus nostalgique, du principe de réalité ?

    Quand j’entends lourdeur, pardon, mais je ne peux me retenir d’entendre aussi « richesse ». A mon sens, la maturité en elle-même accorde au style certaines grandes vertus nouvelles, dont la jeunesse est tout-à-fait incapable. Elle apporte la nuance et la subtilité, non manichéennes, propre au vécu. Elle doue la parole d’une force de caractère et d’une identité stable qui sont liées à son enracinement particulier. Elle donne accès au luxe de détails et d’anecdotes dont sont capables les mémoires encombrées ; mais surtout l’intelligence du style des êtres matures, c’est une intelligence aiguë de l’autre, une certaine capacité à douter sans se corrompre.

    « J’ai observé une chose étonnante. Souvent, ces personnes sont parfaitement insensibles à la littérature. A creuser…  »

    Ah ! Vous m’édifiez ! Cela est vrai ! Leurs propres délires conspis ont radicalement nettoyé mes sujets d’étude de tout ce qu’il pouvait leur rester d’esprit romanesque.

    Je proposerais, à cela, une explication simple : si l’on considère que le conspirationniste vit déjà dans une sorte de jeu vidéo à la « Deux Ex » (ou comme celui, à sortir, dont j’ai affiché le Trailer), alors son réel est en tout point conforme à ce que nous, lecteurs adultes donc désillusionnés, aux prises avec un réel dénué de sens supérieur et donc décevant, identifions à de la fiction. En ce sens ils ont tué la fiction en la réalisant : ils ont désappris même à comprendre ce que « fiction » veut dire.

    Je pense la nature foncièrement puérile de leur vision du monde tient tout entière elle aussi là-dedans : ils n’ont pas renoncé à « La Merveille » (nom du Deux ex machina chrétien – ou possibilité laissée ouverte d’une intervention divine (/maligne) – dont il est question dans le Cycle du Graal de Chrétien de Troyes). Qui dit possibilité du miracle dit aussi porte ouverte à toutes les fenêtres : comme l’enfant dont l’organe de la raison est encore en formation, chez qui la frontière entre l’ici tangible et l’au-delà intangible est encore molle et mince, le conspirationniste flirte avec une dangereuse pensée magique qui est source d’angoisses. Comment cela serait-il autrement, à partir du moment où tout chose incroyable cesse de l’être – notamment la présence d’un monstre sous leur lit ou la possibilité du surgissement d’un fantôme derrière un rideau de leur chambre.

    Les conspirationnistes sont donc, de ce point de vue, effectivement à rapprocher des paysans et autres pauvres hères crédules du Moyen-Age si chers à Michelet. L’historien explique bien comment leurs imaginations terrifiées par le « Sabbats des Sorcières » leur firent parfois, à rebours, rechercher la protection du Seigneur Démon, comment leur cauchemar héréditaire de la Bastille leur fit attaquer une prison qui en 1789 ne servait déjà quasi plus… Le délire des conspis est de même nature que celui des villageois de Roumanie qui, à force de craindre les tyrans de sang nobles qui sévissaient depuis leurs châteaux francs imprenables au-dessus de leurs tête, inventèrent, anecdote après anecdotes, le mythe canonique du Vampire tel que nous le connaissons. Mythe du « Dracula » qui n’a jamais eu, naturellement, aucune réalité, – au moins tant qu’on le prît au pied de la lettre.

  12. Millie, j’ai commencé à répondre hier, avant de me lancer dans la rédaction à toute berzingue d’un billet sur les Rois, 21 janvier oblige.
    Je serai sans connexion ce week-end, mais je tiens à laisser une réponse, même incomplète, avant de partir.
    Réponse incomplète, mais qui vaut mieux que le silence, surtout après vos remarques ci-dessus… Merci beaucoup… Je rougis… :-)

    « Vous êtes plus jeune que moi »
    Non, ce n’est pas le cas. Mais je suis plus jeune dans l’écriture, c’est certain puisque, pratiquement, je n’avais rien écrit avant le blog. Et, transition habile :

    « Êtes-vous musicien ? »
    Oui, je l’ai été pendant douze ans. Du rock. Enfin, de la pop plus précisément.

    « Une question : est-ce que le fait que la voix adulte ait plus d’harmoniques veut dire que les sons qu’elle produit sont aussi plus complexes ? »
    Je ne crois pas… En fait, le son initial produit par les cordes vocales est faible et impersonnel. C’est le haut du corps qui fait le son, par la résonnance de la forme du visage, du travail des muscles etc…
    C’est exactement comme une guitare. Si vous attachez une corde de guitare à une planche à repasser, vous obtiendrez un son, tout pourri. C’est seulement la forme, la qualité de la matière de la caisse de résonnance qui lui donnera une ampleur.
    Même chose, donc, avec la voix humaine. Les bébés savent instinctivement « faire guitare » avec leurs corps. La preuve : tout le monde sait que la puissance dont est capable un bébé qui pleure est extraordinairement plus élevée, si l’on considère leur masse, que la nôtre. Un ténor capable de se faire entendre d’une salle entière sans micro ne fait rien d’autre qu’exploiter cette technique. Par la suite, ce savoir-faire intuitif se perd, dans l’apprentissage (heureux) de la maîtrise notre corps.

    « Quand j’entends lourdeur, pardon, mais je ne peux me retenir d’entendre aussi « richesse ». »
    Je crois que c’est la même chose. La lourdeur c’est de la richesse non maîtrisée. Par exemple ma voix possède beaucoup d’harmoniques. C’est un avantage ( couleur, sonorité etc ) mais aussi un inconvénient parce qu’il y a plus d’informations à canaliser. Et c’est pour cette raison que j’avais beaucoup de difficultés à chanter parfaitement juste. Je n’étais pas faux, mais les harmoniques tiraient légèrement la voix vers le bas ou l’aigu.
    De la même manière, l’intelligence est d’autant puissante qu’elle peut maîtriser « ses harmoniques », qui est (selon moi) l’imagination.
    Ecoutez parler quelqu’un dont on dit qu’il est « lourd ». Il se trompe, comprend de travers les informations, répète plusieurs la même chose, déverse un trop-plein. Il ne parvient pas à maîtriser une forme de richesse.
    Quelqu’un de « creux », au contraire, pourra tenir une conversation agréable, mais sans réelle substance.
    Creux, lourd… Les mots ont un sens et décrivent, en définitive, exactement la réalité. Nous parlons d’une substance, que les individus possèdent en plus ou moins grande quantité, et qu’ils parviennent plus ou moins bien à maîtriser.

    Mon raisonnement n’est pas une apologie de l’innocence, mais presque exactement l’inverse.
    Pour revenir au fond du débat, le problème de notre époque est cet égalitarisme qui autorise les lourds et les creux à considérer que la masse invraisemblable d’informations qu’ils ont à leur disposition (inédit dans l’Histoire) donne à leur opinion une valeur en tant que telle.

    ( à suivre – bon week end )

  13. No problem. :)

    Prenez le temps qu’il vous faudra… même si j’attends la suite avec impatience ! ^^

    ***

    ‘Juste une petite question – allay! -, pour vous donner encore plus envie de me revenir ^^ :

    « Par exemple ma voix possède beaucoup d’harmoniques. »

    A quoi cela correspond-il sur le plan physiologique/médical, chez un individu ? – Cela correspond-il seulement à une réalité scientifique ? ;)

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