La peine de mort, pour sûr qu’on en parle encore ! – et cette fois-ci on vous apprend à lire l’A.T, en prime ! ;)

Hippocrate dit :

Quelle est l’origine, profonde, incontournable, la cause première de l’assertion:

« tu ne tueras point »

?????

Les formules « tu ne tueras point  » et « la vie est sacrée », sont, à mon avis équivalentes en pratique.
Dans un rapport ( Aristotélicien!) de cause à effet, « la vie est sacrée » jouerait le rôle de la cause.

Ce qui nous ramène à la question de base ; quelle est la causation du précepte « la vie est sacrée »?

Remarques:

– s’agit t’il d’une « loi de la nature » ou d’un commandement?
– le « sacré » se réfère à une peur ou un interdit de toucher, auxquels on se soumet sans discussion; mais « l’impur »également, alors?
– y a t’il des vies plus sacrées que d’autres, Si oui, lesquelles et pourquoi.

« Tu ne tueras point » vaut, comme tous les interdits, en tant qu’il introduit une séparation tranchée entre ceux qui sont dans le « bien » et ceux qui sont dans le « mal ». A partir de là ceux qui sont du bon côté de cette barrière disposent d’un droit sur les autres. Ce droit leur est assuré par la loi en question, dans la mesure où une puissance terrestre – en l’occurrence police+tribunal – est chargée de la faire respecter et possède la force (armée) suffisante pour inspirer elle-même le respect.

Qui dit sacré dit prêtres. Qui dit troupeau dit seigneurs. Certaines personnes sont amenées à exercer la Justice, non en leur nom, mais au nom de ce que la société dont ils sont les serviteurs considère comme sacré.

Selon l’antique loi du Talion, le droit accordé sur la personne du criminel à celui (le parent du mort, notamment) qui s’estimait victime secondaire du crime perpétré par icelui, était la vengeance par le meurtre. La loi : « Tu ne tueras point » introduit alors une sagesse nouvelle. Celui qui tue le meurtrier pour venger un meurtre, perpétue le crime dans un cycle sans fin, et passe donc lui aussi, et en fait passer d’autre après lui, de l’autre côté de la fameuse « barrière » entre le bien et le mal. Le « Tu ne tueras point » est donc une injonction (entre autre) à ne pas se venger soi-même, éternellement, sans fin. – Ce qui est bien compréhensible de la part d’un Dieu qui présuppose le Péché Originel, c’est-à-dire que tout le monde soit plus ou moins, quoi qu’il advienne, coupable de quelque chose, parce que victime de quelqu’un d’autre, et que donc tout le monde ait matière à susciter de vertueuses envies de meurtre aussi bien qu’à en éprouver.

Par contre, les garants de la loi, les bien-nommés « Seigneurs » (qu’il est parfaitement loisible d’orthographier différemment), se trouvant, dans l’exercice de leur fonction, au service du Dieu de justice qui a dispensé les tablettes de la loi, se voient hissés au-dessus de leur condition de simples-hommes. Une fois qu’il a revêtu sa capeline rouge et sa perruque, le juge anglais ou américain n’est plus un homme, mais une incarnation (autrefois, aurait-on dit, de droit divin), de la Justice aux yeux bandés, qui condamne *par principe*, c’est-à-dire sans s’impliquer dans le cycle-du-péché « René-Girardien ». [NB : Il en va de même pour le droit de tuer qu’on accorde aux militaires, bras armé d’un Etat susceptible d’être lui-même sacrifié, sans aucune considération affective ni aucun égard pour les individus supposément libres qui le composent, le cas échéant. Les militaires ne « tuent » pas : selon le code immémorial de la guerre, ils servent, et ils obéissent.]

Tout cela illustre bien comment la religion chrétienne – contrairement au Coran, je ferai remarquer – n’existe absolument pas sans la théologie. La théologie seule peut éclairer de sens les mythes abyssaux-dans-l’absolu qui fondent notre civilisation… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ces mythe n’ont pas été laissés à l’origine à la libre disposition des fidèles, mais transmis par des clercs, c’est-à-dire des lettrés chargés de réfléchir (de pré-digérer ces sagesses) pour la masse.

Le lettré, le prêtre, l’homme qui entre dans la confidence des livres et de l’histoire, est celui qui doit apprendre en premier lieu une chose encore aujourd’hui, malgré la démocratie, méconnue du grand public, et qui est la clef de toute intelligence humaine : les lois les plus puissante sont celles qui sont conçues pour être détournées ! [Le Dr House dirait : « Tout le monde ment! » – Hugh Laurie, en tant qu’auteur, j’en reparlerai ultérieurement, a quelque chose à dire au monde qui pourrait se résumer à : « Ce n’est pas parce qu’on vous dit de faire quelque chose qu’il faut le faire, mais ce n’est pas non plus parce qu’on ne veut pas votre bien que vous devez devenir conspi. ^^] .. Non parce qu’en l’occurrence Jéhova désire que les hommes contournent la première des lois, ce fameux « Tu ne tueras point », mais parce qu’il sait que la nature humaine est ainsi faite que tout interdit indépassable et irréductible suppose une pulsion contraire préalable, qui l’est tout autant. Ainsi le Dieu de la Bible compose-t-il ses lois en présupposant la nature humaine, et non, comme nos magistrats laïques actuels, en en faisant fi. Car c’est par ce biais-là seulement que sa morale nous possède. Jéhova capture les hommes en ne leur laissant pas d’autre choix que de lui dire oui ou de lui dire non, et dans ces deux cas, ils alimentent également son éternelle économie de l’innocence, du péché et de l’éventuelle rédemption.

La question : « Pourquoi ne peut-on pas comprendre la première des lois donnée à Moïse au pied de la lettre? « Pourquoi faut-il une exégèse ? » « Pourquoi faut-il que les hommes tuent? », est une question d’une naïveté à la fois confondante et tragique. C’est la question de ceux qui servent généralement de pâture aux autres, de ceux sur la tête de qui marchent les êtres mieux aptes à vivre, ou juste qui évoluent en ce monde avec un rien davantage de désinvolture et de facilité. Dostoïevski a parfaitement exploré ces régions pathétiques et délabrées de l’esprit où celui-ci ne comprend plus l’esprit justement, – ne fait plus d’esprit non plus – mais en est réduit à la lettre. Il a nommé cela l’idiotie, et a donné à celle-ci – justement ! – ses lettres de noblesses, sans pour autant lui épargner le martyr chrétien auquel elle a toujours , de par la volonté de Jéhovah lui-même, été vouée.

Hippocrate dit :

Je vais être encore plus précis, car votre réponse , à mon avis, n’en est pas une : les vérités de base doivent être beaucoup plus simples.

Pour quelle raison des cultures très primitives ( type aborigènes australiens ou bushmen) , concrètes, vivant au jour le jour,sans clergé, démunies de tout, y compris d’une divinité de type monothéiste ( c’est un invention récente, vers 1350 av JC) possèdent t’elle l’injonction :

« tu ne tueras point » ?

teintée d’une terreur sacrée de mort immédiate si elle est transgressée ( à l’intérieur du clan ou de la tribu, pas envers les personnes extérieures)

……alors que les manifestations d’une telle injonction n’ont jamais étét observées dans les socitété de grands primates ?

Nan mais bien sûr qu’y faut pas tuer les gens, – surtout n’importe qui n’importe comment – eh benêt ! C’est la moindre des choses, au niveau du contrat social. L’homme est un animal grégaire ; vous n’avez qu’à lire mon dernier article (et les commentaires) à ce sujet. Un animal grégaire, à la base, il a intérêt à se comporter en mouton – ç’t’à dire en herbivore. Normalement, dans une société comme celle des aborigène de Bora-Bora et tutti-quanti, s’il se comporte comme un mouton, tout va bien.

Seulement, dans la grande ville, vous savez, quand on veut y faire quelque chose de sa vie, ou juste pas crever, ça se complique : on peut pas se contenter de ne tuer personne, de bêler en cœur des chants de pluie ou de guerre et de ramasser les noix de coco pour s’entendre avec son prochain (pis en obtenir ce qu’on veut). On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, on ne construit pas Babylone avec une bouche en cœur. Perso, Babylone m’écœure, j’ai renoncé à jouer franco avec elle sinon elle me bouffait toute crue. Dans Babylone, ou à Paris, bref là où Jéhovah règne, il faut devenir clerc pour comprendre et accepter le « Tu ne tueras point » ; ou alors devenir un athée et crier partout que YHVH est un enculé. Pas le choix.

Vous êtes trop pieux, Hippocrate. Trop de piété tue Dieu. Comme la lettre tue l’esprit.

« les vérités de base doivent être beaucoup plus simples »

Pas en Occident, non. En Occident, pas de place pour les Indiens. ;)

« Expropriés de notre culture, dépouillés des valeurs dont nous étions épris, tous indiens désormais, nous sommes en train de faire de nous-mêmes ce que nous avons fait d’eux. » Claude Lévi-Strauss

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