8 mars 2011 : « Femmes, je vous aime ! »


La Madeleine chez le Pharisien de Jean Béraud

Click to enlarge

 

« Votre attitude consistant à dire :  » …Allons, que lui dirais-je à mon compagnon ? Que j’ai rendez-vous en tête-à-tête dans Paris avec un monsieur à particule …  » est d’un commun décevant, pour ne pas dire très plouc.
Je suis suffisamment obligé de côtoyer des rustres toute la journée pour ne pas me les farcir le samedi. J’aime les gens très chics et un peu choc. Vous n’en faites visiblement pas partie.
Au revoir. » (Charles-Henri)

Je l’ai senti qu’il me blesserait. Je l’ai craint juste avant le moment où il a fallut le lire. Je l’ai su confusément et intimement, dès ma réponse écrite, que la sienne serait insultante… En vrai, je n’avais aucune raison pleinement valable de lui refuser ce rendez-vous… jusqu’à cet instant. C’est lui qui est venu me la donner, formellement, ma raison – la meilleure des raisons – pour ne jamais le rencontrer, et cela, triste paradoxe qui m’est pourtant familier, ne fut possible qu’à condition que j’y renonce la première. Puisque désormais il incarne à son tour (quelque part dans les limbes de mes souvenirs de naufrage, en compagnie de toute une ménagerie de monstres qui lui ressemblent) tout ce que j’abhorre depuis toujours (bravo Char-l’Henri ! ^^).

Je dois faire une confidence à mes lecteurs. Je ne suis pas vraiment psychologue. Je ne crois même pas vraiment à la psychologie, vu qu’elle se pratique généralement à froid et hors du monde, en mode introspectif, (comme si l’on éventrait une poule aux œufs d’or pour savoir ce qu’elle a dans le bide), et que de mon point de vue, le *moi* est dénué d’existence *en soi*. Ce en quoi je crois en revanche c’est que l’être *n’est* pas a-priori mais se révèle, toujours en présence de stimuli dont l’origine se situe à l’extérieur de lui-même. Je crois en la révélation de l’être par l’action et par la réaction… voire même, en certains cas, à une relativité (restreinte) de l’identité individuelle au milieu dans lequel l’individu est plongé.

Si j’explique tout ça, qui peut sembler obscur, c’est pour en venir au fait : mon mode personnel d’exploration de l’âme humaine pourrait être comparé à celui du chimiste. Je ne peux savoir quel élément j’ai en présence, si l’individu en face de moi est poison ou bénin, tant que je ne l’ai pas testé au moyen d’un *révélateur*. En matière de relations humaines, ce qui fait office le plus souvent de *révélateur* est tout simplement un appel à intégrer le mode affectif, qui se manifeste le plus souvent par la rupture inopinée d’un certain nombre de conventions sociales, et notamment de la hiérarchie sous-jacente qu’elles impliquent. Démonstration en trois points :

1- Intégrer le mode affectif :

En l’occurrence, le monsieur m’avait quelque peu draguée en privé. Mais soit, puisque je m’étais complaisamment laissée faire, – et à-demi consciemment, je l’avoue – après tout, il avait été légitimé à concevoir quelques espoirs… Comment le blâmer ? Cela étant, le (très) court instant du gentil flirt passé, puisque ma foi il n’y avait pas encore eu faute caractérisée ni de sa part ni de la mienne, j’ai réalisé qu’il était encore temps de faire en sorte que ça ne devienne jamais le cas.

Je me trouvai alors devant un dilemme. D’un côté j’aurais pu me rendre au rendez-vous, l’air de ne pas y toucher, sans penser à mal, ou faisant croire que la pensée du mal ne m’avait pas traversée l’esprit… Hélas, je ne possède pas cette pureté bien-commode des jeunes filles à qui le fait de n’avoir jamais aucune idée derrière la tête permet de se retrouver dans des situations intéressantes avec de vieux bonshommes et de fameux bijoux, avant même d’avoir accepté, ne serait-ce que tacitement, d’y prendre la moindre responsabilité morale… J’aimerais comme ces demoiselles pleines de vertu, pouvoir même pécher avec le corps avant de pécher en esprit (car le salut de l’esprit seul compte, n’est-ce-pas), seulement j’ai ouï dire par ailleurs qu’il fallait être aussi con qu’un diplodocus pour avoir le temps de se faire bouffer le cul avant que ça monte au cerveau. ^^ [Désolée pour la vulgarité mais j’adore cette image !]

Je me trouvai, donc, devant un dilemme. D’un côté j’aurais potentiellement pu, certes, me rendre au rendez-vous l’air de rien, en touriste, mais j’aurais quand même dû en avertir mon compagnon. M’alors que lui aurais-je donc dit ?

2- Rompre inopinément un certain nombre de conventions sociales :

Ce dilemme qui se présentait à moi (et que je connais bien), par pure sagesse et anticipation de l’énhaurme malentendu potentiel, je me suis dit que la seule solution restante était que que je m’en ouvre auprès du galant bonhomme… qui s’il était galant, comprendrait certainement le problème, et ne manquerait certainement pas de se conduire avec galanterie. – poil au zizi ! ^^

« Monsieur Charles-Henri, – ô not’ bon maître – , expliquez-moi-donc, vous qu’avez au moins inventé la poud’… Quoi que je vais-t-y z’y dire à mon brav’ compère ? C’est que si j’y racont’ comm’ ça que j’avions un rendez-vous à Paris en galante compagnie d’un vieux monsieur à particule que me trouvions charmante et agrayable à ringarder, le Compère va croire au mieux que je blague. Au pire c’est pas vous que les prenderons, les coups de bâton ! » :D

Evidemment, me direz-vous, j’aurais pu mentir. Mentir (éventuellement par omission) à mon compagnon, et pas à monsieur Char-l’Henri, voilà une idée particulièrement intéressante… Après tout mon compagnon n’est pas ma conscience ; ma conscience m’appartient. – Mais c’est-à-dire qu’on aurait pu dès lors me poser, à raison, la question suivante (et moi-même je n’aurais pas manqué de me la poser, avec angoisse, indéfiniment) : « Pourquoi mentir quand on a sa conscience pour soi ? »

Et avais-je au juste oui ou non ma conscience pour moi, d’aller fréquenter ce personnage ? Au vu de sa réaction particulièrement déçue et décevante à mon intervention, je suis amenée à en douter… Puisqu’il n’a pas craint d’exprimer sans fard, ouvertement, un mépris de classe absolu à l’égard de ce que chez moi on appelle tout simplement les vœux de fidélité qui fondent les fiançailles et le mariage !

Ces gens-là, dans leur façon de ne douter de rien, sont démoniaques en ce qu’ils nous font douter de tout !

3- Renverser les hiérarchie tacites qui sous-tendent les conventions sociales :

Qui est noble et qui est ignoble ici ?

 

 

Et les gens qui vous plaignent parce que vous êtes jolie et qu’un jour vous serez vieille… Mais quand je serai vieille, j’aurai aussi un poids en moins à traîner. Je serai enfin exactement comme tous les autres gars qui écrivent, logée à la même enseigne. Je pourrai même sortir seule la nuit boire un coup au comptoir d’un troquet, dégainer un calepin et noter quelques idées, sans me faire aborder par des fous, sans craindre pour ma peau. Vous rendez-vous compte que jusqu’à présent je n’ai jamais fait cela, que ça m’est strictement impossible ?

« Comment ça « ça vous est impossible »… vous vous faites importuner autant que ça ? »

Oui, pardi, je me fais importuner autant que ça ! La nuit dans un bar seule au comptoir ? Vous rigolez ?!

J’ai travaillé dans des brasseries… je connais ce milieu.
De toutes façon dans tous les milieux professionnels, comme d’une part je suis forcément sous-qualifiée, de l’autre que je parle un français meilleur que celui de mes supérieurs hiérarchiques, et que je donne l’impression (ce n’est qu’une impression cela dit) de sortir de la cuisse de Jupiter, c’est toujours un peu pareil, pour moi, vous savez. Bizutage et compagnie, – les chiens sont heureux de se voir accordés par la vie de pouvoir pisser sur une plante rare et en voie de disparition (et la sauter au passage s’il y a moyen) – jusqu’à ce qu’on me dise enfin, une fois usagée, d’aller voir ailleurs si je trouve la place qui est due à la personne tellement exceptionnelle que j’apparais être…

Les moches et les frustrés prennent leur revanche, que voulez-vous. C’est leur conception à eux de la justice ; chacun voit midi à sa porte.

« formuler ses angoisses »

Mais quelles angoisses bordel ?

Je veux dire, les gens se figurent ce qu’est le monde en fonction de ce qu’il leur en a été donné à voir depuis là où ils sont incarnés, depuis leur peau. Ils ne s’imaginent pas à quel point ce monde apparaît différent aux gens différents d’eux. Tout don de Dieu, toute grâce, toute fragilité, toute a-sociabilité congénitale, donne accès à des arrières-mondes inconnus des gens bien dans leur peau et socialement adaptés.

« Dieu a créé l’Homme, Samuel Colt les a rendu égaux. »



J’ai eu des heures sombres où la solitude m’a fait beaucoup trop aimer l’amour, et les hommes encore plus (j’aime d’ailleurs toujours les hommes – cela ne changera pas -, plus que l’amour même), et où je n’attendais pas vraiment qu’ils me courent après pour éprouver l’envie de sympathiser avec eux. Vous savez, dans ma prime jeunesse j’ai connu surtout des amours à sens unique. J’ouvrais mon cœur, je tombais à leurs pieds, alors qu’eux auraient voulu en quelque sorte que je garde mon rang, – que je les aide, en quelque sorte, à me conserver leur estime…*

C’est la gentillesse, chez les filles qui en imposent de prime abord, qui déçoit le plus les hommes en général. La plupart des gens sont meilleurs avec moi, se comportent de façon moins insultante, quand je leur réponds souvent de façon sèche et cruelle. Mais autant cela peut m’amuser un temps (flatter mon égo, surtout), autant le sentiment le plus suave et doré que je connaisse est celui de l’abandon. [D’où le nom de mon blog CAER, en hommage à cet Instant Béni de la Chute (camusienne).] Il y a tant de joie à baisser la garde, à descendre de la scène pour venir jouer dans le public. Au fond si je pouvais choisir, je l’ai toujours dit, je préfèrerais être un personnage de roman qu’écrire, et me comporter dans la vie comme au théâtre, orchestrer des scènes avec l’aide de Dieu (qui est un fameux scénariste, pourvu qu’on lui tende la perche), rencontrer mon destin à quelque carrefour, et laisser un message au fond de ma chute finale : ravie d’avoir accompli quelque chose, et soulagée de pouvoir enfin prendre ma retraite au-delà.

Mais hélas, il faut toujours se tenir, et rappeler les autres à l’ordre, et se faire respecter, et manier ce fichu bâton (ou l’humour – qui est aussi une arme). Moi qui aime tant la solennité des relations nues, le désordre jouissif que provoque autour de lui ce Petit Prince qu’est le naïf Esprit de Sérieux

*Il y a que d’être estimée par un homme n’est pas à mon goût ce qu’il y a de plus beau en amour. En amour j’aime tout ce qui me rend malheureuse, tout ce qui est insultant pour moi et sans issue. J’aime la passion, comprenez-vous. Il n’y a pas de passions heureuses. Il n’y a pas de passions pérennes. La chanson d’Aragon fut longtemps ma préférée, je la connais par coeur :

« Rien n’est jamais acquis
à l’homme ni sa force,
ni sa faiblesse, ni son coeur,
et quand il croit
ouvrir ses bras son ombre
est celle d’une croix,
et quand il veut serrer son bonheur
il le broie,
sa vie est un étrange et douloureux divorce,
il n’y a pas d’amour heureux.

..etc. »

Le comble de l’ironie en ce monde, c’est que la Passion (chasse supposée gardée des gens de gauche et des femmes dites libres) est la seule satisfaction existentielle que puisse possiblement connaître la femme, et qu’elle signifie aussi de sa part un abandon de soi complet et définitif, une soumission totale de son être à l’homme : c’est-à-dire tout ce que déplore le féminisme, tout ce dont il ne veut pas.

Paradoxalement les seules femmes libres et fières sont les femmes de droite, qui échangent des blagues misogynes avec les hommes, prétendent ne rien connaître des misères intimes de leurs sœurs de condition, et dominent les hommes comme les Reines et les courtisanes de jadis gouvernaient les Rois : en leur faisant croire qu’elles sont leurs servantes obéissantes et dévouées, alors qu’elles en profitent pour tenir les cordons de leurs bourses et tout régenter dans leurs maisons.

La Femme est donc profondément comme l’amour : elle se trouve toujours en nous-mêmes là où on ne la veut pas, elle est sans défense par nécessité (d’attirer le mâle )-, et parce qu’elle le désire aussi de tout son être : il n’y a donc rien à défendre en elle, elle est décevante et sans issue.

 

Publicités

10 réflexions sur “8 mars 2011 : « Femmes, je vous aime ! »

  1. Vous donnez une excellente définition d’un caractère féminin antédiluvien particulièrement développé chez vous, en témoigne votre sillage…

    « En matière de relations humaines, ce qui fait office le plus souvent de *MANIPULATION* est tout simplement un appel à intégrer le mode affectif, qui se manifeste le plus souvent par la rupture inopinée d’un certain nombre de conventions sociales, et notamment de la hiérarchie sous-jacente qu’elles impliquent. »

  2. Charles-Henri aime les gens, il aime en bloc, Charles-Henri, il aime des entités Charles-Henri donc Charles-Henri a le goût grégaire, CHarles-Henri est comme tout le monde, une image de lui-même en pantalon qui se promène en face à main sur l’asphalte du monde

  3. « … je parle un français meilleur que celui de mes supérieurs hiérarchiques… »

    Si vous tendez le bâton…

  4. Sachez une chose : je tends toujours le bâton.

    J’ai toujours cru que c’était ce que désiraient les supérieurs hiérarchiques, et d’une. Je suis programmée pour accéder aux désirs des autres, de deux.

Les commentaires sont fermés.