De la littérature… – danse parabolique.

« -Non. Ce sont seulement des incapables qui ont besoin de bonheur. Ils fouillent dans les mystiques anciennes, comme les clochards dans les poubelles. Ils cherchent des restes qui feraient leur bonheur. » /Blumroch l’admirable ou Le déjeuner du surhomme/

Pourquoi « incapables »? « Fouiller dans les mystiques anciennes, comme les clochards dans les poubelles », ça me semble quelque chose de très noble, d’authentiquement noble. Que peut-on faire de mieux que de sauver des mystiques anciennes ce qui peut en être sauvé, de les arracher aux poubelles? (P. Boyer)

Et la main tendue au-dessus des siècles alors ? « Frères humains qui après nous vivez » et tout ça ? (G. Cloutier)

Les mystiques sont là. Elles ne sont pas anciennes. Dieu n’est pas mort, il est ressuscité. Il ne faut pas les chercher, il faut les voir, les savoir présentes, affleurant les choses et les êtres partout autour de nous, et même affleurant leur propre absence, comme autant d’immanences quantiques. (Millie)

– Cela dit la collaboration Bergier-Pauwels est très intriguante. Bergier parlant des extra-terrestres sans y croire, introduisant Charles Fort en France, etc. (G. Cloutier)

« Les mystiques sont là. Elles ne sont pas anciennes »: je suis bien d’accord, mais ce n’est pas ce que suggère le texte. Dire que le bonheur relève de la poubelle des mystiques anciennes, c’est dire qu’Aristote — dont la philosophie morale a pour centre le bonheur — et saint Thomas d’Aquin — qui fait d’Aristote l’armature intellectuelle de la théologie chrétienne — n’ont rien à nous dire; autrement dit, que Dieu est mort. C’est Nietzsche qui est hostile au bonheur dont il dit le plus grand mal; ce n’est pas l’Aquinate. (P. Boyer)

Oui. J’adore ce vieux magazine Planète. Si quelqu’un, un jour, voulait me faire un merveilleux cadeau, il m’en offrirait l’intégrale. :) …Un ami de mon compagnon déménage de la maison de ses grands parents (il y vivait seul sur Paris avec sa grand-mère, qui l’a élevé, laquelle a récemment dû être rapatriée dans le sud, auprès du reste de la famille, pour recevoir des soins). En débarrassant la cave, on apprend que le grand-père avait possédé autrefois cette collection complète des Planètes (comme tant d’autres gens), mais que ses enfants l’ont jetée depuis longtemps aux ordures, pour gagner de la place. Quelques exemplaires retrouvés ; tristesse…
(Millie)

– ‎« ses enfants l’ont jetée depuis longtemps aux ordures »: vous voyez bien qu’on trouve des choses en fouillant les poubelles! (P. Boyer)

P. Boyer, vous ne comprenez rien. Vous n’avez pas envie de comprendre. Brisons-là. (Millie)

– Non il faudrait massacrer les gens qui écrivent ce genre de phrases: ce sont eux qui empêchent la plupart des gens d’accéder à un bonheur simple, enfantin. Ils nous pourrisent notre monde avec leurs phrases à la con. (J. Desterelle)

– Mac c’est mieux que PC. (G. Cloutier)

« Tristesse » – cette tristesse, elle vaut exactement le prix de ce qui a été mis aux ordures.

Je suis Nietzschéenne. J’aime le bonheur, comme tout le monde, mais y suis hostile intellectuellement parlant. Ou disons que comme Alain – le philosophe qui se soucie de la santé du corps, et de sa répercussion sur la santé de l’esprit -, je préconise le bonheur comme un repos nécessaire, voire vital, de l’intellect et de l’âme, comme une cure de désintoxication salvatrice permettant à la fois de ne pas mourir de l’injonction sublime : « Enivrez-vous ! », et d’y retourner ensuite avec plus de grâce, de passion et de force. En sorte que moi aussi je préconise le bonheur.. mais comme un sommeil. Lui seul permettant de retourner ultérieurement « au charbon » muni de cette pleine-santé du cœur et de la raison qui caractérise les grandes œuvres, sacrifier un maximum d’énergie vitale, avec le maximum d’expérience et d’Art possible, sur l’Autel de nos passions morbides. …Car l’offrande majeure susceptible d’être faite au tragique, est bien cette pleine-santé chère à Nietzsche, que lui paraît-il n’a pas connue.. contrairement à moi.
(Millie)
Je croyais que nous brisions là en raison de ma déficience intellectuelle? (P. Boyer)
.
Je parle toute seule ; ne faites pas attention. ;)

« Non il faudrait massacrer les gens qui écrivent ce genre de phrases: ce sont eux qui empêchent la plupart des gens d’accéder à un bonheur simple, enfantin. Ils nous pourrisent notre monde avec leur phrase à la con« 

Ha ha ! Ca y est, on veut déjà me massacrer… je fais vraiment très fort ! :D

http://www.dailymotion.com/video/x1459_sinsemilia-tout-le-bonheur-du-monde

(Millie)

Bien sûr mais avec délicatesse et respect. Si tu veux trouver le bonheur, tu fais comme Mangeclous, tu regardes une fleur et un oiseau et puis c’est tout. (J. Desterelle)

Vous voulez mes massacrer avec délicatesse et respect ?!

Oh ! Monsieur… voyons ! Nt nt nt… Pas de grivoiseries, ici. C’est mal. :) (Millie)  [J. Desterelle aime ça]

***

« Enfin vous voici donc tout à fait sincère ! C’est de vous qu’il s’agit. Et de votre bonheur ! Votre bonheur ! …Êtes-vous une femme ? » /La Reine morte, Montherlant/

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– Vivre ou écrire son journal ?(…) comment trouver le temps de terminer mon compte-rendu de ce week-end alors que la semaine a déjà commencé et que je dois aussi noter chaque jour qui passe ? Je dois vider l’océan et on m’a filé une cuillère à café ! (R. Juldé)

Au lieu de vouloir vider l’océan vous vous dirigez vers le désert : vous trouverez le temps – mieux, n’ayant rien d’autre à foutre, vous le créerez. (P. Labeuche)

‎- « comment trouver le temps de terminer mon compte-rendu de ce week-end alors que la semaine a déjà commencé et que je dois aussi noter chaque jour qui passe ? Je dois vider l’océan et on m’a filé une cuillère à café !« 

C’est à peu près ce que j’expliquais à mon psy, autrefois… lol ! Il n’a jamais pu comprendre ça, le bougre. Comment résumer tout ce qui a été vécu d’important durant une période de 15 j. voire 1 mois, c’est-à-dire tout ce qui – anecdotique ou non – durant un tel laps de temps mériterait d’être sauvé à titre d’appel de la conscience au Signifiant (a.k.a en tant qu’argument-témoin/illustration du sens d’une vie), quand on ne vous accorde que les 20mn freudo-lacaniennes pour ce faire… Non tout cela c’est des conneries, Monsieur Juldé. Le « vouloir tout dire » est un abîme sans nom, un royaume de mensonge et de sorcellerie.
P. Labeuche a raison, comme à son habitude. Il vous vaudra mieux de recréer tout ça.
(Millie)
Écrire. (Un inconnu)
.
Oui. Mais pour dire quoi ? (G. Cloutier)

Peu importe. (Un inconnu)

Bon. Je vais essayer. (G. Cloutier)

Ben, écrire la vie, pardi ! [A quoi ça sert de produire des natures mortes ?] (Millie)

Ma vie est une nature morte. (Je teste des titres pour mes mémoires…) (R. Juldé)

Il y a des natures mortes meilleures que d’autres. Il faut savoir apprécier celles qui font regretter la vie (type memento mori et madeleine au oeufs frais détrempée, aux couleurs de l’automne), donnent la nostalgie des beaux jours (joues purpurines des fruits mûrs, temps des cerises, fleurs en potiche, soleils coupés), ou nous en dégoûtent (gueules de raie, vanités mordorées).. etc.

En vrai c’est un genre pictural que j’aime bien.

(Millie)

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« Dans la chasse aux mots justes, les deux races : la race des oiseleurs et celle des traqueurs : Rimbaud et Mallarmé. Le pourcentage des seconds dans la réussite est toujours meilleur, leur rendement peut-être incomparable – mais ils ne rapportent pas de gibier vivant. »

Julien Gracq, Lettrines (1967).

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« Littérature et morale. Le mal imaginaire est romantique, varié, le mal réel morne, monotone, désertique, ennuyeux. Le bien imaginaire est ennuyeux; le bien réel est toujours nouveau, merveilleux, enivrant. Donc « la littérature d’imagination » est ou ennuyeuse ou immorale (ou un mélange des deux). Elle n’échappe à cette alternative qu’en passant, en quelque sorte, à force d’art, du côté de la réalité – ce que le génie seul peut faire. » (Simone Weil)

 

 

– Ce qui permet de distinguer l’imaginaire de génie de l’imaginaire du commun, n’est-il pas justement sa nature profondément morale? Pour ajouter au crédit d’une telle thèse, il faudrait oser affirmer que toute prétention à la totalité est d’essence religieuse. Mais n’a-t-on pas souvent vu au sein des pensées les plus puissamment cohérentes, les forme les plus abouties de l’athéisme?
Toujours est-il que si les romans à thèses sont souvent des échecs; les chef-d’oeuvres montrent toujours de surprenantes aptitudes à en défendre les mêmes principes. (Millie 2007)

– Oui, l’imaginaire du génie, pourrait-on dire, est de nature morale parce que justement ancré dans une volonté réaliste totalisante, ce qui ne peut que favoriser une vision spirituelle du monde. C’est toujours le même problème : certains artistes sont en lutte en eux-même, et font fonctionner leur cerveau droit (Yin et synthétisant) contre leur cerveau gauche (Yang et analysant), ce qui fatalement, et malgré tout leur talent, les mènent à une forme de nihilisme. L’artiste accompli (ou « génie ») quant à lui, accède plus spontanément au caractère sacré de son expérience en ce sens qu’il est capable de réconcilier et faire travailler ensemble son imaginaire (cerveau droit) et ce qu’il tire de l’observation prosaïque de sa réalité personnelle(cerveau gauche). Ce n’est qu’une théorie schématique, mais à mon sens la neurologie a beaucoup de choses à apprendre des pratiques de l’art et de la spiritualité (et vice versa). (T.N.W 2007)

– La notion même de « création » ne réside-t-elle pas entière dans ce secret de la ré-invention de la matière du réel par l’esprit?

Pour cette raison j’aurais tendance à considérer que l’écueil de la pensée artistique consiste à se faire un simple sport de la distorsion et du travestissement de la réalité. (Millie 2007)

– Voilà des considérations qui pourraient nous mener bien loin ! Pour faire court : toute création artistique n’est en effet qu’une re-création, le principe de Lavoisier pouvant aussi bien s’appliquer aux choses de l’esprit qu’aux atomes. Quant à parler d’écueil, je ne pense pas qu’il réside exactement dans ce mécanisme de distorsion (la transmutation subjective du réel par l’artiste impliquant nécessairement une telle distorsion à un degré plus ou moins grand) mais plutôt dans l’incapacité de faire ensuite s’accorder cette vision transformée à la nature, de la mettre en résonance avec la réalité. Alors oui, cet oubli de la source et donc du but à atteindre, tentation autiste qui guette tout créateur, risque de rendre son travail stérile, condamné à ne fonctionner qu’en vase clos. (T.N.W 2007)

Merci à un vieux copain d’avant
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