Pour vous lecteurs,

Pour vous, lecteurs, ma main bourgeonne de doigts.

Et vous déplaire est mon orgueil,

Et vos louanges mon cercueil,

Et je sais ce que je vous dois.

Comme disait Céline (je le cite de mémoire), les gens, c’est quand ils commencent à vous apprécier que vous n’êtes plus à l’abri de rien. A bon entendeur.

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Let’s have a little glamour, boys ! – It’s spring, after all. ;)

« Listen to me Junior. T’was the story of a good old fat white wide-eyed cow of ours named Mame. Yes, at first ‘seemed a pacific one, f’course. But say, never judge a cow by its leather… »

What a babe ! Even hotter than the Great Marilyn (as far as I’m concerned) ! Moreover, she’s a brunette ; and that’s freezing cool, I think ! :)

^.^

« Say, you need to carry on some kind of inner private-chaos down there in your backyard, f’you wanna give birth to a dancing rising star at dawn, eventually. »

:-P

Gosh ! I’m in love. Am I fan or am I gay ?

O_o

That’s music hall, see ?

8-)

Ca ç’t’un couple réactionnaire, voyez. Voui, l’on est glamour tout-à-fait comme ça, du côté de chez nous. Oh, vraiment, vous ne me croyez pas ? ;)

^o^

« The thing I don’t understand is why so often one hears discussion of the fruits of human labor as if it’s all the creation of some alien race… »

Piss Christ_ep. 02

Pascal Labeuche

Sourit jaune de voir autant de gens ravis par la destruction du Piss Christ (dont il n’a personnellement rien à foutre) ; gens qui, bien souvent, sont les mêmes qui hurlent à la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de caricatures danoises, par exemple …
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Irena Adler L’art n’est pas sacré. Et Mahomet non plus.

Irena Adler ‎ »Allons, compagnons, raffermissez votre coeur ! », disait Jeanne d’arc aux croisés.

Pascal Labeuche Et le Christ ? Et Irena Adler ?

Irena Adler Le Christ est sacré parce qu’il est mon Dieu.

Irena Adler est un personnage de fiction (=pas sacré). Millie est un être humain (= pas sacré), on ne lui doit ni plus ni moins qu’à n’importe quel autre être humain. Irena Adler ne vaut rien et Millie est inestimable, en cela elles sont égales, mais pas équivalentes à Dieu.

Pascal Labeuche « Le Christ est sacré parce qu’il est mon Dieu. »
S’il n’était pas le vôtre il ne le serait donc pas. Savoureux !

Irena Adler Nonon. Mon Dieu n’a pas besoin de moi pour être le bon. Je l’ai juste choisi pour ça.

Irena Adler En langage numérique je dirais que l’homme est 0 et Dieu est 1

Pascal Labeuche Trêve de connerie : le sujet n’est pas là. La liberté d’expression doit-elle exister ? Si oui on a le droit de caricaturer Mahomet et de montrer le Christ dans la pisse, quel que soit le regard des uns et des autres et la valeur de l’oeuvre en question. Si non en effet revenons à des lois contre le blasphème.

Irena Adler

‎ »Mon Dieu n’a pas besoin de moi pour être le bon. »
Réflexion faite, cela n’est pas totalement vrai, dans la mesure où c’est l’homme qui est chargé de faire exister le Christ. Donc moi aussi, parmi tant d’autres.
« La liberté d’expression doit-elle exister ? »
Qui a inventé la liberté d’expression, sinon la société judéo-chrétienne ? Cette notion, avant l’Occident, n’existait même pas. Il faut savoir se mettre au service, parfois, de Celui à qui nous devons tout. Et d’ailleurs, l’art contemporain doit tout au Christ, dans la mesure où son dessein ultime est de choquer, de provoquer, de « faire réfléchir et réagir », d’invoquer le Pathos éternel de la Condition Humaine, enfin. L’Art contemporain s’identifie (plus que de raison) au Christ, dans la mesure où son but est d’atteindre le quart-d’heure de célébrité Wharolien qui consiste à voir les « Gentils », les Tartuffes et les femmes lubrique se jeter sur soi dans un maelström d’hystérie antique, c’est-à-dire à devenir une « Star » (une étoile du berger ?) en empruntant la voie de la ‘bouc-émissairation’.

Cela faisait des décennies que tous les artistes contemporains cherchaient à provoquer la ‘réaction’ qu’a suscité le Piss Christ, sans succès. On ne pouvait pas faire une plus belle publicité à son auteur ; et je suis certaine, puisqu’il paraît qu’il est lui-même catholique, que quelque part en son fort intérieur, un fibre mystique s’émerveille et remercie. Les manifestants ont dit : « Non ! Plus jamais ça ! Plus jamais nous ne cautionnerons Jésus humilié, couvert de crachats et d’urine par la foule en délire ! Non, nous souffrons de le voir sali ! »Et c’est cela précisément en quoi consiste la charité chrétienne.

***
Les mahométans, de leur côté, on pris pour symbole le croissant de lune, qui est le miroir du soleil, en feignant d’ignorer que si le croissant de lune c’est eux, alors le soleil c’est nous. Et que s’ils sont ‘soumis’ à un Dieu, c’est à celui de ce peuple ‘mâle’, qui n’a pas peur de se consumer en regardant la lumière de la Connaissance en face, quand eux, gens-de-la-nuit obscurantistes, en détournent les yeux comme des pucelles – en guise de piété. Les plus emburkinnés des musulmans sont en vérité les hommes : ce sont ceux qui sont allés porter leur sens critique à l’encan, là-bas dans ce grand coffre-fort qu’est la Kaaba, tombeau géant vertical de toutes leurs illusions, et qui ressemble étrangement à leurs femmes.

Pascal Labeuche La charité chrétienne (pléonasme) consiste à aimer son prochain (n’importe quel prochain, même le plus éloigné de ses goûts) comme soi-même, pas à ne pas vouloir voir le Christ dans la pisse …

Irena Adler

‎ »La charité chrétienne (pléonasme) consiste à aimer son prochain (n’importe quel prochain, même le plus éloigné de ses goûts) comme soi-même »
.
Ce n’est pas si simple… Le « prochain » doit être un semblable, c’est-à-dire un frère en humanité. Or on ne nait pas homme, on le devient (Descartes). La Déclaration des Droits n’est pas faite pour les chiens et les Barbares. Qui ne reconnaît pas le Christ, ne peut pas se reconnaître lui-même en bourreau du Christ lorsqu’il manque de charité. Toute charité à son égard est donc superflue dans un premier temps. L’éducation morale prime : et l’éducation est avant tout une coercition, un corsetage, une brimade, un crime, on ne le dira jamais assez. Car elle consiste à faire passer, de force, un Simple de l’état de nature à l’état de culture. Le seuls Simples autorisés à y échapper, sont les Simples à la Dostoïevski : ontologiquement doux et bons.

Pascal Labeuche Mais si, justement, la déclaration des droits de l’homme est aussi faite pour ceux que vous appelez les barbares, que vous le vouliez ou non !

Irena Adler

Descartes est chrétien, en l’occurrence ça me suffit.
.
[Digression] De son temps les protestants causaient théologie, puisqu’ils étaient philosophes – aussi longtemps qu’ils furent minoritaires en France et aux prises avec les catholiques, la disputatio, Bible à l’appui, fut leur occupation principale. [Ils étaient en quelque sorte les descendants d’Abélard l’Amoureux contre Saint Benoït l’Austère – cela a bien changé !] C’est après coup, lorsque la papauté a relâché son étau, qu’ils se sont formidablement embourgeoisés (déjà qu’ils avaient toujours appartenu à la caste bourgeoise !), et que leur appétence pour l’intellectualité pure a décru. A l’époque de Descartes et de Marguerite d’Angoulême, évidemment, les protestants n’avaient rien à voir avec les ravis de la crèche américains actuels.La Déclaration des Droits de l’Homme a été écrite tardivement, à une époque où l’on s’interrogeait encore beaucoup (cf : les « bons sauvages » et autres exotiques de Rousseau, de Diderot, Montesquieu ou Voltaire) sur la notion « d’humanité », et les limites de cette notion au sein-même de l’espèce (des espèces ?) humaine(?). Vu que ce sont les Sans-Culotte qui ont écrit la fin – donc la morale – de cette histoire – à la pointe du couteau, avec du sang -, forcément, on a été contraint d’étendre – au moins sur le papier – ‘l’Humanité’ au genre humain (dans son sens le plus vulgaire). Et l’Eglise parce qu’elle continuait de juger les individus à l’aune de leurs actes, et de fonctionner de façon discriminante et élective, fut déclarée ennemie du peuple, cela tout le monde le sait. Or si l’on se penche sur les valeurs de la IIIe république de Jaurès et Jules Ferry, on constate que l’ancien bon-sens n’était pas encore tout-à-fait perdu, même à cette époque, puisque la gauche d’alors continuait de considérer qu’il fallait « mériter » la République pour bénéficier de ses charités. Je pense que le peuple de France (qui n’est pas seulement constitué de sans-Culottes) aurait continué de poser un certain nombre de conditions à l’entrée « en République » ou « en Chrétienté » du genre humain entier, si l’idéologique libérale-libertaire (idéologique forcément illusoire et mensongère du sans-limites) véhiculée en premier lieu par le Soft-Power, n’avait pas achevé de saper ce qui dans notre humanisme était véritablement « humaniste », – c’est-à-dire l’idée qu’un homme ne nait pas homme, mais doit travailler d’abord sur lui-même, à se hisser à la hauteur de ses propres idéaux, avant d’en exiger autant d’autrui – chose que dans leurs geintes hargneuses, et leurs reproches sans fin à notre égard, les Arabes et les Roms, en particulier, ne semblent pas prêts à comprendre. [/Digression]

Pascal Labeuche

Ils ne sont pas chrétiens, les Roms ? Chrétien, Descartes ?
Quoiqu’il en soit, tout cela n’a rien à voir avec ma perplexité source de cette « discussion ».
Ah, et pour « libertaire », non, ce n’est pas forcément sans limites, malgré les apparences soixante-huitardes.
Mais nous partons vraiment dans tous les sens, là, hein …
Pour terminer dans cette confusion : personne n’a attendu le christianisme pour comprendre qu’un homme doit travailler sur lui, je pense que nous serons d’accord sur ce point. Les philosophes grecs, tout de même, pour ne parler que d’eux…

Irena Adler

‎ »Ils ne sont pas chrétiens, les Roms ? Chrétien, Descartes ? »
Oui Descartes est Occidental, il fait partie du monde judéo-chrétien. Les philosophes grecs sont pré-Occidentaux, ils font partie de notre héritage et de notre culture… en tant qu’individus judéo-chrétien. Nous ne partageons rien de tout cela avec les Rom. Donc converti ou pas au catholicisme, un Rom n’a pas droit de Cité chez nous au sens antique, du moins pas tant qu’il se considèrera lui-même comme un ennemi de l’Occident. Bien sûr que le Christianisme, ce n’est pas qu’une question de catéchisme. C’est l’acculturation (et l’acclimatation) qui va avec, aussi et surtout.

Pascal Labeuche En faire partie, ce n’est pas l’être ! Nous avons encore le choix de notre foi, que diable ! De plus, l’Occident ne peut se circonscrire au christianisme, qui lui-même doit tout non seulement au judaïsme, certes, mais aussi aux civilisations grecques et romaines (sans parler des conquêtes franques)

Irena Adler Je n’ai pas dit que le christianisme devait tout au judaïsme, putain, me faites pas dire ce que je ne pense pas !

Pour le reste vous avez décidé de n’être pas d’accord avec moi tout en pensant au fond la même chose, qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?

Pascal Labeuche Digne de figurer en une du Monde, cette causerie de sourds ! Mais j’vous aime bien, hein !

Irena Adler Moi aussi j’vous aime bien.

Destruction du Piss Christ par des militants catholiques

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Nous en parlions il y a quelques jours (http://bit.ly/fejjwN), voilà où mène la provocation de la galerie Lambert et les excitations de certains militants durs. 1 partout, la balle est au centre ? Tout le monde perd.

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Irena Adler : ‎ »Tout le monde perd. » – à vos yeux peut-être.

Puisque vous ne comprenez rien, ni aux arts, ni à la religion.

Pour moi c’est une bonne nouvelle.

La Droite Strasbourgeoise : cette violence ne fait que conforter nos ennemis dans leurs idées. Cathos intégristes, FN, antisémites, islamophobes sont ainsi placés dans le même panier, par le directeur de la galerie, relayé par LIbé : http://next.liberation.fr/culture/01012332339-une-injonction-moyenageuse

Irena Adler : Et alors ? La Droite c’est la non-violence, peut-être ?

Ce sont les idées arrêtées de nos ennemis et leurs tentatives de nous diaboliser qui nous font paradoxalement gagner des points aux élections. Nous ne sommes plus le parti des moutons blancs, et à vrai dire – vu le goût généralisé actuel pour la transgression tous azimuts – c’est plutôt un bon point.

La Droite Strasbourgeoise : nous nous réjouissons de la réaction de l’évêque, des catholiques du coin, de leurs actions mais pas de cet acte. La galerie Lambert a cherché la castagne avec ses affiches principalement, le résultat est un chouia excessif non?

Irena Adler : Bof’. Y’a pas mort d’homme. Ha ha !

Les héritiers du Christ sont tellement pusillanimes d’habitude… un peu de violence revigore cette Eglise confite dans la vieillerie.

Untel : Enfin bon … ça fait 23 ans que cette oeuvre existe, elle a déjà été exposée plusieurs fois en France XD

Irena Adler : Pour se réveiller, il n’est jamais trop tard, monsieur.

Et peu importe le Graal (même rempli de pisse) pourvu qu’on ait l’ivresse de l’accession à la Connoissance.

Untel : Si une œuvre d’art vous dérange, ne la regardez pas, ignorez la et continuez votre vie normalement. Simple non ?

La Droite Strasbourgeoise : Elle aurait été ignorée ou presque, si la Galerie Lambert n’avait pas décidé d’utiliser cette image pour ses pubs et affiches, recouvrant toute la ville avec cette photo. Une provocation sans aucun doute, chèrement payée.

Irena Adler :

« Si une œuvre d’art vous dérange, ne la regardez pas, ignorez la et continuez votre vie normalement. Simple non ? »

Et pourquoi ? Si elle me dérange, c’est qu’elle mérite bien, au fond, que je réagisse. Il faut savoir rendre aux phénomènes dérangeants (surtout quand leur volonté de déranger est non seulement assumée mais revendiquée), ce qui leur appartient. C’est-à-dire le droit de provoquer des scandales et des guerres.

Le cœur qui s’interdit de haïr le haïssable, préférant transformer ce beau sentiment sanguin qu’est la haine en froid mépris, est le même que celui qui s’interdit d’aimer – et toujours par orgueil – ce qui est aimable.

Le libéralisme en question_ep.04 et fin.

Papa Noël : Ca fait un bout de temps que j’ai pigé que je n’aurai jamais une relation aussi géniale avec un fils qu’avec une fille. Elle m’adore comme tu ne peux pas l’imaginer :)

Je serais ravi d’avoir aussi un fils et ça va peut-être encore venir, mais je suis super heureux d’avoir ce petit bout de chou là!

[…]

Millie : Moi c’est pour ça que j’veux un garçon. Mais je m’entendais pas bien avec mon papa… alors peut-être que si j’ai un petit garçon, il me détestera lui aussi. That’s life.

Papa Noël : Mais non, Irena, il ne faut jamais partir d’une idée comme ça. Ma soeur a été en opposition totale avec notre papa et maintenant elle a 4 ganrçon (et une fille) et ça se passe à merveille.

Millie : Oui mais peut-être qu’il ne m’aimera pas. Il aura le droit après tout.
Je suis réellement effrayée à l’idée d’avoir des enfants.

Rodolfo Nezrouge : Mais non, des milliers de générations sont passés par là, pourquoi ça irait mal avec vous?

Millie : Parce que donner la vie est un processus naturel. Et la plupart des gens, je pense, est plus proche de la nature que moi. Donner la vie, c’est accepter de faire tant de mal : je ne sais pas si je pourrai m’y résoudre.

Papa Noël : Surtout n’y renonce pas, c’est la chose la plus phantastique qui soit!

Il n’y a pas plus fou que de voir un petit bout de chou et de te dire que c’est toi qui l’a fait (ok, l’essentiel du boulot, c’était Katia) :)

Il y a deux choses qui donnent un sens à la vie: d’abord le fait d’assumer ta propre survie et ton succès, ensuite de donner la vie et d’éduquer des enfants pour que eux aussi puissent réussir une belle vie.

Et si tu as eu des problèmes, ça fera de toi d’autant plus une bonne mère, parce que tu auras conscience de certains problèmes et tu esseyeras de mieux faire.

La seule chose que tu risques de perdre, c’est un peu de cynisme ;)

Et du sommeil, pendant quelque temps…

Quant à la proximité avec la nature: je suis informaticien. Je travaille avec des machines. Ca n’empêche rien!

Millie :Le pire c’est que je ne suis pas cynique. J’adore la nature (je suis née en province), j’aime la cambrousse, les petits noiseaux, les animaux, les plantes… Si je voulais me faire valoir, et faire valoir mes idées (très arrêtées) sur le couple, la stabilité, les liens du sang, le lien à la terre, la famille – et l’éducation ! -, alors je me présenterais comme la future génitrice idéale du petit garçon de mes rêves. Hélas, la perspective d’être mère me glace réellement les sangs, je suis obligée de l’admettre. C’est à peine si j’en ai envie : tout me dit que je serai inapte. Ma mère avait déjà cette sensation, elle me l’a dit, mais je pense que chez elle c’était moins fort : elle et moi n’avons pas eu la même jeunesse, – elle avait quand même moins de raisons de se croire désaxée. ^^Ce n’est pas de travailler sur des ordinateurs qui fait perdre le contact avec notre propre ‘nature’ interne (nos pulsions, nos instincts, si vous préférez). Moi je me sens comme ces animaux domestiques dégénérés, vous voyez : je suis incapable d’œuvrer à ma propre survie seule (j’ai toujours eu besoin de pouvoir compter sur autrui pour me protéger et me nourrir), je n’ai guère jamais mené que des combats symboliques, et pas vraiment dans le but de défendre mon bout de beef-steak, puisque souvent j’ai ‘combattu’ jusqu’à l’abandon de mon ‘moi’, – et c’est cela paradoxalement qui m’a provoqué les sentiments de liberté les plus intenses – c’est cela même que j’ai identifié à ‘l’accession à la Connaissance’, et que j’en suis venue à rechercher.

Je n’ai pas ‘réussi ma vie’ au sens où vous l’entendez, et je ne pense pas y parvenir : j’ai abandonné cet espoir, parce qu’il me jetait dans des contradictions internes sans fin qui me dégoûtaient du monde et de la vie, qui me les faisait voir sous la forme d’un serpent qui se mordait la queue : l’Ouroboros, symbole de l’absurde. Je ne souhaite pas non plus le bonheur ou une belle vie à mes enfants car je ne sais pas au juste ce que c’est que le bonheur ou une belle vie. – Et cela, je vous assure, je le dis sans snobisme aucun, sans cynisme non plus : j’exprime-là une conviction profonde, telle qu’elle est au fond de mon coeur : nue.

Je n’ai plus d’a-priori : je ne parviens plus à vouloir quoi que ce soit pour autrui non plus. Cela fait même longtemps que l’idée me séduit, de donner la vie puis de mourir dans la seconde qui suit, pour laisser à quelqu’un d’autre le soin d’impulser sa volonté/son désir dans l’être issu de ma chair… Mais jamais je ne pourrais décemment prétendre vouloir du bien à un enfant en le faisant naître orphelin, donc je trouille.

***

Paradoxalement, la liberté de l’esprit se fait aux dépends de la liberté spatiale et économique. C’est parce les gens sont trop occupé à leur survie qu’il n’entrent pas dans la Vie (au sens chrétien ou philosophique du terme) – qui est la vie de l’esprit, sa liberté. Une telle liberté mentale reconquise par le simple fait de ne plus ‘rien avoir au monde, de précis à faire’, les rendrait à ce point maîtres de leur destin qu’il faudrait qu’ils se chargent de choisir y compris les contraintes en réaction auxquelles ils devraient malgré tout continuer de se frayer un chemin (de désirs et de haines) vers le succès ou la connaissance… Mais peu de gens sont assez forts pour supporter une telle liberté totale sans s’effondrer psychologiquement. En vérité les gens travaillent et s’abîment des les péchés et la consommation, uniquement parce qu’ils ont peur – et à raison – d’être libres.

Papa Noël : Wow… merci pour ce témoignage sincère. C’est rare. Ca mériterait un échange approfondi, mais pas par internet interposé.

Paradoxalement (!) je pense que tu serais parfaite comme maman, car capable de transmettre des valeurs plus que superficielles. Il faut juste que tu te trouves l’appui logistique pour gérer les questions pratiques.

Millie : Merci à vous, d’accueillir ma confession avec autant d’ouverture d’esprit. Je dirai à ceux qui en doutent, que les vrais libertariens existent. :)

N’ayez crainte au sujet du caractère publique de ce long témoignage (j’aime bien le mot témoignage ^^), car c’est cela-même en quoi consiste à mes yeux la littérature.

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…Mais le libertarianisme fait un pari sur mon dos que perso je ne ferais pas.

Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ep.03

Irena, c’est très réductionniste. Tu as pris un petit argument sans même te poser la question sur mes autres prises de position…

Il faudra que tu me connaisses encore bien mieux pour pouvoir prendre la mesure de mes opinions ;)

Il est vrai que je déteste ceux qui font du mal à autrui et c’est universel. Même ceux qui infligent le mal n’aiment pas devenir victimes. Ils manquent simplement d’emphatie, c’est un défaut neurologique qui les rend dysfonctionnels et dangereux pour les autres membres d’une société.

Je ne suis pas un fanatique de la croissance matérielle, ni opposé à celle-ci. Je pense que chacun doit décider pour lui-même ce qu’il souhaite atteindre dans la vie (à n’importe quel niveau) et ce sera à lui d’y mettre l’effort requis.

Je suis un idéaliste réaliste, un pacifiste armé. Je sais parfaitement que les êtres humains sont complexes et auto-destructeurs, que ce sont souvent les enfants de bonne famille qui sont les pires idiots insatisfaits. Je ne glorifie pas un état de bien-être permanent, qui peut effectivement devenir ennui.

Nous aspirons toujours à ce qui nous manque le plus et nous méprisons ce qui est facile et disponible.

[NDLA : Gnah gnah gnah.. etc.]

Signé : Papa Noël, conférencier libertarien.

« Irena, c’est très réductionniste. Tu as pris un petit argument sans même te poser la question sur mes autres prises de position.. etc. »

Mon problème, ce n’est pas que vos diverses conceptions du libéralisme vous donnent potentiellement réponse à tout. Car cela, je n’en doute pas. C’est que les solutions que votre idéologie vous fournit à tous les problèmes de la vie, sont des réponses ou bien contradictoires entre elles, ou bien qui se présupposent les unes les autres sans fin, de telle sorte que vos « cycles vertueux » apparaissent en vérité comme la face éclairée d’une pièce qui a un revers (a.k.a des cercles vicieux) : c’est-à-dire que votre façon de créer du bonheur est la même que celle qui sert (aussi) à créer le malheur… et cela sans rémission.

Votre façon d’argumenter, c’est l’addition. L’addition aveugle d’arguments, et y compris d’arguments incompatibles entre eux. Tant que personne ne réussit à pointer ces incompatibilités, vous les balayez du revers de la main. Mais comment dénoncer ces « additions » illégitimes de votre part ? [Qui sont en vérité ce qu’on appelle – au sens premier du terme – des sophismes –> en fait le sophiste n’est évidemment pas celui/celle qu’on croit).] Eh bien, pour cela, il faut emprunter la voie socratique : au lieu de juxtaposer les arguments, il faut les lier entre eux (en employant la partie dite ‘droite’ du cerveau qui commande l’esprit de synthèse). Il faut chercher quelle proposition induit l’autre – de quel constat un autre peut-être déduit. C’est-à-dire faire dialoguer les plusieurs affirmations émise par un même ‘camp’ idéologique, au mépris des apories logiques et des conflits d’intérêts que ce dialogue potentiellement soulève. Je vous parle-là d’appliquer aux divers ‘modes de pensée’ libéraux la méthode canonique de la dissertation (encore enseignée dans les universités françaises, mais abandonnée aux States), qui fonctionne selon le mode binaire (et néanmoins non manichéen) de la déduction et de l’induction.

Là où du côté de chez vous tout est susceptible d’être affirmé, dans le monde de la logique (philosophique ou scientifique) en revanche un certain nombre d’affirmations peuvent être décrétées fausses – sans possibilité de rémission -, du simple fait qu’on les ait ‘démontrées’ telles. Le monde de la raison est donc discriminatoire et intolérant. Et cela pourtant sans totalitarisme aucun. Dans ce monde-là de la logique tout n’est pas possible : l’homme doit soumettre ses diverses lubies et ses passions de môme [a.k.a : « tout est possible! »] à l’évidence du 1+1=2 et 1+1 n’est pas égal à 3. Tout n’est pas possible, l’homme n’est pas libre, dans le monde de la physique : car celui-ci est distinct de celui des rêves. Et c’est bien là où le bas blesse. La raison explique aisément que « Just do it » ne suffit pas pour « y arriver ». La raison démontre sans effort qu’il ne suffit pas « to have a dream » et de s’y accrocher, pour qu’il se réalise. La raison dit aux hommes – et ne peut être contredite à moins de nier toute valeur au langage-même (qui est par nature organisé, donc rationnel) – la raison, donc, dit aux hommes que la liberté est un concept qui n’existe pas dans l’absolu ; c’est un concept qui n’existe que ‘par-rapport à’ (la contrainte), c’est à dire que la liberté n’existe que ‘relative’. La liberté, sur le plan du Vivant, c’est la contrainte, (et plus encore, le Vivant c’est la contrainte), en quelque sorte, parce qu’elle est « réaction à la contrainte », ou sa transgression – et rien de plus. L’absence totale de contrainte en revanche est synonyme d’anarchie, qui sur le plan de la physique (dans la nature) est le contraire du Vivant – car le Vivant est synonyme d’organisation, c-à-d de hiérarchisation complexe (notamment des particules). Et le phénomène de destruction de cette hiérarchie propre au vivant est ce qui se produit lorsqu’il disparait dans les flammes (le feu est un plasma : c’est-à-dire une agitation désordonnée de particules élémentaires). C’est aussi ce qu’il se produit, de façon moins soudaine et incandescente, lorsqu’un être de chair est soumis à de fortes doses de radioactivité : il se déconstruit, se désorganise.

Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ ep. 02

Pour lire ce qui précède, cliquer ICI

Par « caractère spontané de l’ordre social », j’entends la capacité d’une collectivité à former des règles implicites autour d’une règle primordiale, qui est le principe de responsabilité dans une société libre, ou sa négation dans une société encline au socialisme. Posez comme principe que l’Etat peut intervenir pour contenter les frustrés : la majorité élabore (spontanément) autour de ce principe un ensemble de codes, de règles et de contraintes implicites permettant au modèle de durer. C’est en ce sens que je dis que l’ordre spontané, en tant que processus, peut servir l’intérêt d’un principe qui le nie : en effet, dans une telle société, les individus veillent sans le savoir au respect de règles du jeu en vérité fort peu libérales. [Le déchet de l’humanité, sale, drogué et ignorant crache sur l’ordre mais tient à faire respecter sa religion socialiste, exactement comme l’individu libéral défend, à son niveau, par son propre exemple, une conception libérale de la vie en société.] Je vous renvoie à « Droit, législation et liberté », de Hayek. (M.Z, d’après Hayek)

Quel est-il donc le mode de vie libéral (sic.) ? Et le mode de vie socialiste du déchet de l’humanité ? (re-sic.) … Je comprends que l’on reproche au socialisme de contraindre ses adhérents à adopter un carcan mental (car cela est véridique : les socialistes à l’ancienne s’en vantaient même – les trotskistes s’en font encore une gloire aujourd’hui) ; je comprends moins l’expression mode de vie libéral, étant donné que le libéralisme est censé promouvoir la possible cohabitation de tous les modes de vie possibles et la liberté totale de pratiquer le culte/les opinions politiques que l’on veut (socialisme y compris).

Il me semble à moi que la décision des modalités d’application du principe de responsabilité, compris comme une vertu cardinale susceptible de permettre la liberté, est vouée, encore et toujours, à appartenir en dernier recours aux plus malins – car les voies du Principe de Responsabilité sont impénétrable. En effet il a été beaucoup question de liberté, ici… or je dis oui à la liberté – sans ménagement – , mais je continue encore et toujours à me demander de laquelle au juste – liberté – nous parlons. Car dès lors que nous est interdit d’être fainéants, collectivistes, et de se conduire en vaut-riens, voire que la perfection du régime libéral parvient à prévenir purement et simplement tout comportement allant dans ce sens, demeurons-nous véritablement libres d’être courageux, vertueux et probes ? Ou sommes-nous-y – au final le plus vulgairement du monde – contraints ?

Dans un tel monde apparemment parfait, où donc sont passée la vertu, et le courage véritables, – eux qui consistent normalement à nous voir échoir la responsabilité totale de nos actes [a.k.a la possibilité d’agir mal, comme celle d’agir bien]. Maxime Zjelinski dira sûrement : « Le voilà justement le principe de responsabilité dont je parle, qui est nécessaire à l’exercice de nos libertés ! » Et je lui répondrai : votre système est comme l’Ouroboros, le serpent-des-mondes qui se mord la queue. Il prend l’apparence de la raison mais il est absurde. Vous posez le principe de responsabilité comme fondement de la liberté individuelle, et par ailleurs vous admettez qu’afin d’être tenus pour responsables de nos actes, il faut auparavant que nous en soyions parfaitement libres ! Vous ne proposez-là aucune solution, car l’éternelle question demeure : « L’œuf ou la poule ? » – « Soyez libre, nous enjoignez-vous pour toute réponse ; et le meilleur des mondes est possible » ; mais dans quelle société l’homme fut-il et sera-t-il jamais totalement libre de ses actes, dans la mesure où la vie en société en elle-même suppose que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres, c’est-à-dire que chacun fasse un certain nombre concessions ?

Avez-vous seulement pensé à la possibilité que des hommes désirent éventuellement se déclarer libres de ne pas être tenus pour responsables (de leur liberté) ? Ou se déclarent responsables le cas échéant du fait ne pas vouloir être libres (d’être responsables) ? Le « Oui ! » nietzschéen est notamment un concept philosophique qui pose la liberté suprême  non pas comme la liberté de faire ou de penser ce que nous voulons – car cette liberté-là est illusoire et puérile – mais de vouloir être, avec joie, ce que nous sommes déjà, c’est-à-dire une nécessaire somme d’aliénations, et de vouloir penser jusqu’au bout ce que nous pensons déjà – afin de développer les tenants et aboutissants nos certitudes existantes, avec humilité et honnêteté, jusqu’à leur terme nécessaire.

Le problème d’un espace habité où chacun serait absolument libre de ses actes, c’est qu’il serait un enfer (tout le monde pourrait faire comme Gengis Khan : violer les filles en jupes qui font du shopping, voler les chevaux garés devant le saloon, et tirer sur les flics). En revanche, une société où les gens ne seraient pas libres de faire tout le mal qu’ils veulent (comme c’est toujours forcément le cas lorsque ces gens vivent en société), mais où on prétendrait – sur le papier – qu’ils fussent cependant totalement libres, serait une société fondée sur une faute ontologique : car elle serait fondée sur un fieffé mensonge. On accorderait aux gens de dire et de penser ce qu’ils veulent tant que leurs dires et leurs pensée ne changeraient rien à cet ordre des choses – supposément spontané – qui vous est cher. C’est-à-dire qu’on pourrait éternellement y discuter de l’esprit des lois sans pouvoir pour autant en changer les lois… Ce serait donc une société où la parole n’aurait en définitive aucune valeur, puisqu’elle n’aurait pas d’incidence possible sur le monde tangible : la parole, l’écrit, la pensée, la philosophie même, seraient ridiculisées, puisqu’inféodées à une conception figée du réel inatteignable par l’esprit, comme si elles appartenaient seulement au virtuel – sans espoir de transcendance aucune. Une tel conception est anti-pascalienne, l’homme n’y est plus défini comme un roseau pensant et Démocrite n’y est plus autorisé à professer son : « Tout est dicible. » ; puisque le réel est devenu l’indicible. Alors qu’en vérité c’est en parlant, dit-on, que Dieu créa le monde…

M.Z. nous dit : « Une collectivité [doit] former des règles implicites autour d’une règle primordiale, qui est le principe de responsabilité dans une société libre, ou sa négation dans une société encline au socialisme » et encore « L’ordre spontané, en tant que processus, peut servir l’intérêt d’un principe qui le nie [comme par exemple lorsque] l’Etat peut intervenir pour contenter les frustrés : la majorité élabore (spontanément) autour de ce principe un ensemble de codes, de règles et de contraintes implicites permettant au modèle de durer. »

… Tout cela, de prime abord, semble bel et bon : on songe immédiatement à l’Angleterre, à sa culture du mérite, à ses classes populaires laborieuses que l’on n’éduque pas, à son absence de législation concernant l’assistance-à-personne-en-danger et à son Upper-Class d’élite.. etc. On se dit qu’il suffit – en gros – de traiter les gosses de riche à la dure et de laisser les autres trainer dans la rue afin de ne pas leur donner de faux espoirs. On fait comprendre, en somme, aux pauvres gens qu’un certain nombre de choses leur demeureront éternellement inaccessibles, et puis, automatiquement, on voit aussitôt les génies à la Charlie Chaplin – en veux-tu-en-voilà – sortir du lot (et des poubelles) ! La mécanique semble, du point de vue de l’architecte, pour ainsi dire bien huilée… Mais, si vous le voulez bien, regardons-y de plus près…

Reprenons cet exemple de Charlie Chaplin, génie sorti des poubelles… Du point de vue de Maxime Zjelinski, c’est la misère qui l’a formé, – c’est donc à la misère – à la misère en tant qu’école – qu’il doit tout. Conclusion, la misère est bonne : elle est comme la nature, elle permet une sélection naturelle. A présent, interrogeons Charlie Chaplin à travers son œuvre… que nous dit-il ? Que la misère est belle ? Qu’il la souhaite à tous les enfants ? Qu’il est pour la sélection naturelle ? Je ne crois pas que cela soit si simple… Cependant son personnage de vagabond fait passer un message, à propos de cette misère, qui n’est pas dénué de paradoxe. Ce que nous dit le Charlot d’Une Vie de Chien ou de The Kid, ce que nous dit le petit barbier juif du Dictateur, pourrait se formuler ainsi : « Même dans la misère, les enfants, vous devez rester dignes ! ». Il existe une aristocratie du malheur, aux yeux de Chaplin – clown aux semelles de vent – , qui n’existe manifestement pas aux yeux du libéral Maxime Zjelinski. En effet, là où Charlot dit aux pauvres gens : « L’essentiel ne se trouve pas dans les poches, il se trouve dans le cœur », le libéral Zjelinski pense : « De toute façon la misère est un opprobre, qu’on laisse les pauvres à leurs poubelles et à leurs jeux de mains – jeux de vilains –, qu’on ne leur donne pas de livres, ils les saliraient : la misère rend bête et méchant. »

Qui, en effet, aura le dernier mot à ce sujet ? Est-ce celui qui prétend, à l’indienne, faire assumer aux plus humbles des hommes qui foulent la glèbe (à la façon dont là-bas on damne à vie la caste des Intouchables), la responsabilité de leur misère ? Les nazis n’y sont pas allés par quatre chemins (c’est le cas de le dire), eux qui souhaitaient justement pouvoir librement – c’est-à-dire en l’occurrence idéo-logiquement – faire assumer à certaines catégories de la population occidentale une responsabilité morale (en l’occurrence la responsabilité d’une immoralité supposée) en relation avec leur milieu d’extraction. Ils sont allés le chercher en Inde, le symbole bouddhiste qui figurait (entre autre) le cycle des réincarnations, et permettait (entre autre) de lier le mérite (ou le démérite) d’un homme à sa naissance. En clair ils ont rapporté d’Orient le « hochet philosophique » qui permettrait aux individus composant la hiérarchie nazie de se décharger de leur responsabilité morale individuelle dans cette affaire, en attribuant in fine le commandement suprême de leur armée à une vision spirituelle abstraite qui les dépassait tous.

En cela, pourra-t-on me répliquer, on ne peut pas dire qu’une telle mascarade fut véritablement menée à la gloire de la liberté individuelle et du principe de responsabilité… ce qui nous laisse accroire, à présent que nous sommes supposément arrivés à l’âge de l’individu-roi, que l’humanité a définitivement laissé derrière elle la possibilité du retour à un tel mode-de-pensée – fondamentalement superficiel et grégaire. Or, que fait le prétendu défenseur de la liberté individuelle libéral quand il juge un pauvre Job à l’aune de ses succès ou de ses échecs (et non pas, comme dans l’histoire biblique, à l’aune de sa bonne-volonté et de son acharnement à ne pas désavouer Dieu), sinon nier qu’on puisse être tout-en-bas de l’échelle sociale sans pour autant être une merde ou avoir démérité ? Pour fonctionner, le principe de responsabilité érigé en vertu cardinale par Maxime Zjelinski, semble avoir besoin d’une société composée d’hommes extraordinaires, qui ne cèderaient jamais ni au jeu des apparences – autrement dit doués d’une clairvoyance cristalline qui les rendrait capables de juger en toute circonstance qui est responsable, de quoi, et dans quelle mesure, ainsi que de se juger eux-mêmes impartialement –, ni donc à la vanité et à la grégarité, qui ont tous les deux un pouvoir aveuglant – ou du moins il faudrait qu’aucun de ces vices-là n’ait jamais le dernier mot chez eux. Connaissez-vous ces hommes ? Connaissez-vous cette société ?

Cependant, me dira le lecteur de Nietzsche et l’amateur de Bouddhisteries, l’homme formidable (ou le surhomme), est justement celui qui, au début de son parcours initiatique, comme l’a fait Charlie Chaplin en son temps, doit en quelque sorte assumer la responsabilité de sa propre misère, puisqu’il doit, afin de parvenir à se connaître parfaitement lui-même (selon l’injonction socratique), accepter le jugement que son milieu d’origine/sa naissance/son enfance sont susceptible de faire porter sur lui… – Ce regard sévère que le troupeau jette sur sa nuque doit donc devenir son fardeau sacré : il doit le porter avec grâce. Il doit arriver à louer ses propres handicaps sociaux et dire « Oui ! » à ses propres pesanteurs ataviques – nous parlons-là du « Oui ! » Nietzschéen –, afin de transmuter le plomb de telles aliénation (qui sont des aliénations à nos ancêtres et à nos milieux d’origine, donc des aliénations à la terre et aux morts) en or métaphysique, c’est-à-dire en force créatrice et en génie. Selon une telle vision Nietzschéenne, l’homme-aux-semelles-de-vent, donc, potentiellement, se nourrit de la misère de nature terrienne, – telle une plante alternativement déracinée et ré-enracinée.

– Tout cela est bel et bon, répondrai-je au lecteur de Nietzsche et à l’amateur de Bouddhisteries. Làs ! Qui oserait demander à tout-un-chacun de devenir le Surhomme – alors que N. n’y parvint dit-on lui-même jamais –, sinon le Diable ? J’aime cette phrase de Churchill, pleine de sagesse :

« Le Diable cherche à nous faire croire que nous pouvons être éprouvés au-delà de nos forces. Ce n’est pas vrai. »

Demander à l’intégralité du petit peuple des enfants des rues d’Angleterre ou d’ailleurs, de devenir Charlie Chaplin sinon rien, revient à éprouver tous ces enfants au-delà de leurs forces. De même Charlie Chaplin serait-il devenu le réalisateur loué, célèbre… et riche, que l’on sait, dans un monde où la valeur suprême aurait été l’argent ? Non, certainement, puisqu’ailleurs qu’en pays chrétien son personnage de pauvre hère au grand cœur, partageant sa croûte avec le premier chien galeux venu, ou capable d’en remontrer au Dictateur le plus puissant du monde, aurait sans doute eu beaucoup moins de succès, n’aurait fait pleurer dans aucune chaumière… Plus encore, dire que si la bonne Marianne qui siège à nos mairies avait adopté « le Kid », lui avait appris à lire, à compter, et lui avait permis ce faisant de décrocher plus tard un humble emploi, comme par exemple celui de guichetier dans une quelconque administration, alors il n’aurait pas eu à mendier dans la rue et ne serait jamais devenu « Charlot » – ce clown génial que nous aimons tant – cela revient à dire que Jésus a eu tort de nourrir son auditoire quand il avait faim – car une telle chose n’était peut-être pas dans les plans du seigneur – tort encore de guérir les lépreux – car ils n’étaient peut-être pas lépreux pour rien – tort de ressusciter quelques morts sur son passage, tort de prendre en pitié notre bas-monde, tort de venir pleurer sur son injustice avec nous… ad lib. Cela revient à considérer toute pitié pour autrui comme pour soi-même comme superfétatoire, c’est-à-dire à commettre le péché d’hubris pour soi-même et à se décharger sur un systématisme idéologique, de la fameuse responsabilité que tous autant que nous sommes, nous avons, en tant que chrétiens, envers autrui – aussi.

Demandez-vous pourquoi les enfants de nos rues comme ceux des rues d’Angleterre d’aujourd’hui, sont tous des racailles ; pourquoi aucun ne développe jamais de génie ? … La raison toute simple n’en est-elle pas tout simplement que la mentalité racailleuse est précisément une mentalité libérale ? Ce que la racaille place le plus haut, ce sont les biens matériels et les signes extérieurs de richesses. – Ce qui ne laisse aux pauvres que la pauvreté-même pour toute identité – d’où leur mentalité servile… Parce qu’au lieu de chercher à s’élever malgré la misère en visant l’Homme Universel cartésien, au lieu d’acquérir un peu de détachement philosophique vis-à-vis de leurs frustes soucis quotidiens, d’oublier l’estomac qui gargouille, d’accrocher l’aristocratie du malheur à leur boutonnière et de tailler la route, ils pensent qu’ils s’achèteront une noblesse (et donc qu’ils s’achèteront une âme) en s’achetant tout ce que vendent les grands magasins.

Celui qui prétend laisser Dieu seul Juge de si son prochain doit être sauvé ou non, c’est le mauvais médecin –  celui qui ne respecte pas son serment d’Hippocrate – , c’est le bon musulman –  celui qui est dépourvu d’esprit critique – , c’est enfin le Pharisien qui laisserait la chèvre tombée par mégarde dans un puits le jour du Sabbat, s’y noyer pour ne pas interférer dans les plans supposés de son Dieu.

Moralité : chez les gens comme Maxime Zjelinski, le Jour de Sabbat ; c’est le jour de Dieu. Chez les latins, et tous les héritiers de l’antiquité romaine, samedi, c’est le jour de Saturne : un dieu païen très archaïque et père des autres dieux, qui avait pour habitude de dévorer ses propres enfants.

Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ ep. 01

  1. Il y a grosso modo deux visions de la liberté, l’une libérale, l’autre constructiviste. La tradition libérale voit la liberté comme le droit de satisfaire un désir (faire l’amour par exemple), la tradition constructiviste comme le droit – opposable – de réclamer de la société la satisfaction d’icelui. Dans la vision libérale, il y a à la fois la place pour la jouissance et la frustration, la première indiquant que l’on est sur la bonne voie, la seconde sur la mauvaise. De manière « évolutionniste », le libéralisme sélectionne les bons comportements au détriment des mauvais : sur le marché de la drague, le puceau apprend de ses déconvenues avant de devenir un « tombeur ». Heureusement, le marché de l’amour est pour l’instant libéral, mais combien de temps encore va-t-il le rester ? Tout est fait, dans la culture, pour que même l’amour, aristocratique par nature, soit « démocratisé » : regardez le nombre de films où la femme choisit un loser plutôt qu’un « winner ».
    .
  2. Irena, vous avez totalement tort, factuellement. Les statistiques prouvent que la libido entre en chute libre quand les choses vont mal. C’est normal, la nature nous a programmés pour faire des enfants quand les chances sont bonnes de pouvoir les élever jusqu’à l’âge adulte. En cas de crise, tous les êtres vivants se mettent en état de veille – consommation minimale de ressources, préservation de l’énergie. Je vous conseille le livre Lucifer’s principle ».Le caractère supposément « sexy » des « rapports de force inter-classe », « autoritarismes forcené  », et autres « climats de guerre civile », dont vous parlez de manière si « romantique », c’est le point de vue des criminels, les chefs de « révolution » qui se permettent de violer toutes les femmes qui leur tombent sous la main. Ghengis Kahn a violé en moyenne une femme par jour. Pas du tout sexy pour les victimes, plutôt traumatisant. Demandez un peu aux femmes violées pendant la guerre des Balkans.
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  3. Par « caractère spontané de l’ordre social », j’entends la capacité d’une collectivité à former des règles implicites autour d’une règle primordiale, qui est le principe de responsabilité dans une société libre, ou sa négation dans une société encline au socialisme. Posez comme principe que l’Etat peut intervenir pour contenter les frustrés : la majorité élabore (spontanément) autour de ce principe un ensemble de codes, de règles et de contraintes implicites permettant au modèle de durer. C’est en ce sens que je dis que l’ordre spontané, en tant que processus, peut servir l’intérêt d’un principe qui le nie : en effet, dans une telle société, les individus veillent sans le savoir au respect de règles du jeu en vérité fort peu libérales. [Le déchet de l’humanité, sale, drogué et ignorant crache sur l’ordre mais tient à faire respecter sa religion socialiste, exactement comme l’individu libéral défend, à son niveau, par son propre exemple, une conception libérale de la vie en société.] Je vous renvoie à « Droit, législation et liberté », de Hayek. 

Aujourd’hui, chers lecteurs, je vais vous montrer un jeu très amusant. Cela s’appelle le jeu du Sophiste. Nous avons ci-dessus trois extraits de texte dont les trois auteurs respectifs s’entendent comme larrons en foire. Votre mission (si vous l’acceptez) est de semer la discorde entre les trois amis (qui ne forment à vos yeux qu’un seul et même ennemi) en provoquant un dialogue contradictoire forcé entre leurs arguments respectifs. Le présupposé de base étant qu’ils ignorent ne pas être exactement d’accord les uns avec les autres, et que votre devoir (ô combien moral) est de le leur révéler.

Pour cette fois je joue à votre place, afin de vous montrer comment ça marche. La prochaine fois par contre il faudra vous débrouiller seuls.

***


On a donc un premier libéral – que nous appellerons, pour plus de commodité, The Winnerqui nous dit de prendre notre jouissance là où elle se trouve, sans rendre de comptes à personne, car telle est la nature, et la nature est bonne, alors que la culture crée des loosers, et qu’il en va de la virilité d’un homme de ne pas passer pour un looser.

[J’ai appris par la suite que le type en question – The Winner, donc –  venait justement à cette époque de piquer la compagne de son ami – en l’occurrence un petit intello trop tendre et trop compréhensif. The Winner éprouvait donc manifestement – malgré toute sa ‘winnitude’ – un certain besoin de donner une justification politique à l’acte en question – à tout le moins demandait-il à son Dieu libéral de l’exempter de sa responsabilité morale dans cette affaire – car vraisemblablement notre Winner était suffisamment fort pour pécher, mais pas assez encore pour accepter de se considérer comme un pécheur.]

On a ensuite un second libéral – appelons-le Papa Noël, pour le funqui nous parle de la difficulté de vivre heureux, de croître et de multiplier (comme Dieu nous prie de le faire, dans la Bible), dans un monde en proie au chaos, à la guerre civile, à la violence et où les femmes et les enfants (c’est-à-dire tout ce qui est doux et mignon), sont traumatisés et abîmés par la vie. Il prône la Croissance infinie, et sa hantise majeure c’est la Crise.
[J’ai appris par la suite que ce monsieur – que j’avais pris au premier abord pour un puritain à la Disney – était en réalité un brave homme : jeune papa d’une petite fille blonde aux yeux bleus, adorable et éveillée, son seul souci à l’époque (et encore aujourd’hui) était de lui assurer un avenir le plus radieux possible, et de la protéger du mal… « Adieu esprit de conquête… Droit de propriété & investissements à long terme,  me voilà ! Oh please, protégez-nous du mal.»]

Le dernier, enfin, je ne sais s’il est vraiment sage de le révéler, est un juif nouvellement acquis à la foi chrétienne… A mon sens, il possède la fibre casuistique, c’est un dogmatique, un idéologue dans l’âme… Il incarne à mes yeux ce que furent autrefois les Jésuites, ces théologiens de l’extrême : le dernier rempart de la foi. C’est le seul des trois libéraux dont la pensée – en l’occurrence pas vraiment personnelle, puisque inspirée directement de celle du théoricien libéral Hayek (que j’aime beaucoup) -, aurait pu résister un moment à mes sophismes… s’il n’avait pas eu le malheur d’être entouré d’amis aussi peu rationnels et désintéressés. Je donne son pseudo véritable, puisque le dernier larron est blogueur : il s’agit de Maxime Zjelinsky, du blog que voici : http://ploucdumidi.blogspot.com/

C’est à l’époque au premier olibrius (a.k.a, The Winner) que j’ai choisi d’adresser ma raiponce unique à l’adresse des 3 larrons – je vous la donne, re-formulée (en mieux) :

« Alors… si je vous comprends bien, il y a d’une part les libéraux : ce sont ceux qui s’accordent inconditionnellement le « droit de faire », n’est-ce pas ?… Il ne réclament pas le droit de vivre en-dehors du droit : ils le prennent ! … Naturellement, puisqu’ils rejettent toute intervention étatique. Ce sont eux, si l’on vous en croit, qui se font un point d’honneur de ne jamais frustrer le moindre de leurs désirs, et répandent le chaos si nécessaire pour arriver à leurs fins – j’en déduis que ce sont eux aussi les criminels en puissance, et les « chefs de révolution » quand il y a des révolutions. Rien ne les empêche en effet, selon une telle philosophie, de violer des femmes si cela leur chante, et le cas échéant de voler ce qui appartient à autrui – le désir est impérieux ou il ne mérite pas d’être appelé désir, n’est-ce pas ?… On est viril ou on ne l’est pas ! Et puis, de l’autre côté, il y a vos constructivistes : ce sont ceux qui attendent de la société qu’elle les autorise – voire les encourage, les pleutres ! – à satisfaire leur désirs pour y céder – y compris celui de baiser, un comble ! -, et acceptent éventuellement de se voir découragés par des institutions étatiques (comme sont les chambres des députés qui édictent les lois et les tribunaux qui les font appliquer) dans l’exercice de certaines libertés et pulsions… Ah les mauviettes, n’est-ce-pas ? Ah les faibles ! Car un homme libre n’a besoin de l’autorisation de rien ni de personne pour être libre, n’est-ce pas ? – Ne sommes-nous pas d’ailleurs plus libres encore, lorsque nous transgressons les lois – voire lorsque nous trahissons nos proches et nous-mêmes – que lorsque nous prétendons exercer nos liberté avec l’accord des services de police, en conformité avec le manuel des bonnes-mœurs bourgeois, en suivant un code de l’honneur immémorial et en songeant au bonheur d’autrui avant que de songer au nôtre-propre ?

Donc Hayek non seulement est constructiviste, mais c’est aussi une tata. Ai-je bon ? »

Au Petit-Papa-Noël, si ma première raiponce n’avait pas d’ors et déjà provoqué un tollé général, et fait reconduire hors du débat (pour trollage caractérisé et sophisme), j’aurais adressé le questionnement suivant :

« Vous avez raison de faire valoir la société libérale (qui est aussi la société du libre échange), comme un gage de prospérité et de paix. Les grandes nations n’ont-elles pas tout-à-fait cessé de se faire la guerre, depuis que leurs nationalisme respectifs se sont progressivement inclinés devant l’individu unique mondial, – consommateur repus et satisfait ? Cependant, une question demeure, il me semble… Qu’est donc le libéralisme sans l’insatisfaction et la faim ? Qu’est-donc la sacro-sainte Croissance, sans la Crise ? Il est faux de prétendre pouvoir encore créer de nouveaux désirs à l’infini, une fois que la société est devenue parfaitement prospère : The Winner exprime avec force cette tragédie-nôtre de tous les désirs qui s’émoussent – le désir sexuel y compris – quand la vie (amoureuse en particulier) se résume à exprimer des demandes et attendre que l’on vous fasse des offres… et que l’on ne conquière plus. Il a raison aussi de dire qu’un homme qui a besoin d’y être autorisé par sa société pour être libre là où on lui dit d’être libre, n’est pas un homme libre du tout. Un homme capable de prétendre trouver sa liberté en dehors de toute transgression, en balayant tout appel au romantisme du revers de la main , comme s’il s’agissait d’un appel du Diable ; un homme qui se refuse catégoriquement à convoiter le bien d’autrui (c-à-d qui refuse l’en-vie lacanienne), qui se refuse à commettre des injustices (c-à-d qui en vient à refouler le Péché originel), est en vérité l’homme le plus policé du monde… et c’est aussi un homme qui se ment à lui-même. Chez lui, la frustration, complètement domestiquée, ne joue même plus son rôle d’aiguillon moteur, puisqu’elle est devenue une seconde nature : au point qu’il ne l’identifie plus. ».

Troisième et dernière incarnation du libéralisme enfin, Maxime Zjelinsky , en est la plus maline. Quelles sont-elles donc, en pratique, les fameuses règles implicites de Maxime Zjelinski, censées se développer ‘spontanément’, selon un procédé social ‘naturel’, autour de sa chère règle primordiale du principe de responsabilité ? Je pense secrètement qu’il serait bien en peine de nous décrire précisément un tel processus… Mais après tout, qu’en sais-je ? Dois-je projeter des images sur son discours abstrait en lui prêtant des implications politiques qu’il aura beau jeu de rejeter comme étant le fruit de mon imagination partisane ? Ou bien demeurer en sa compagnie dans le simple jonglage de concepts… au risque de m’abîmer moi-même, sans retour, dans le flou rempli d’écueils de la Raison Pure ?

… La raiponce au prochain épisode de cette série d’articles sur le libéralisme. :)

A propos de la mentalité servile (part. 01) – promenade en terre de latinité

Comment expliquer la mentalité servile à une génération qui ne connait pas de valeurs supérieures aux valeurs bourgeoises ?


 

Tout à commencé en Italie, à Rome, quand les seuls esclaves – étrangers à la communauté latine, n’ayant donc aucun intérêt ethnique à sa survie – étaient livrés au *tripalium* : torture effroyable. Quand aux Patriciens, il leur fallait trouver nécessairement une autre raison d’être, car le travail en tant que tel leur était formellement interdit. Le Patricien, membre de la grande famille sociale romaine, en œuvrant à sa bonne marche et à sa gloire, demeurait, sur le plan symbolique, au service des siens, c’est-à-dire de lui-même ; et eut reçu comme une injure de sortir vis-à-vis d’elle de la stricte économie du don – réciproque en l’occurrence : Rome fut plutôt morte de les avoir pourri-gâtés que par manque de gratitude envers les siens.

Cette économie du don se trouva réglée, dès les origines, par un certain nombre de valeurs, distinctives de la noblesse : la piété filiale, première de toutes, fut considérée jusqu’à la fin comme la vertu suprême. C’était cette piété filiale étendue au « Genre Romain » (avant le « genre humain » du christianisme), qui obligeait, sans échappatoire possible, les citoyens, sexes et niveaux de richesse confondus, à se considérer avant tout, et même au sein du mariage, comme des parents, des sœurs et des frères. …[Ce qui eut pour dommage collatéral de banaliser l’inceste (le vrai, le consanguin) parmi les couches supérieures de la société.]

L’Italie actuelle garde encore la trace de cette insouciance primordiale – dérivée de celle des Dieux Antiques – qui était accordée au tissu de belles-gents constituant la quintessence de l’humanité romaine. Moi-même, ayant passé le plus gros de mes vacances scolaires en Italie, j’ai connu dans mon enfance l’amitié si particulière des Italiens. Les garçons se tenaient par le bras, les filles accordaient facilement leur confiance ; on me déposait *un bacio* unique sur la joue pour me saluer… Encore aujourd’hui on appelle cela : La Dolce Vita.

 

Eté 1999, Italie

 

« Parce que chez ces gens-là, chez ces gens-là, monsieur, on ne parle pas. Non, on ne parle pas : on compte.« 

– ou la définition de la vilénie selon Brel.

La mentalité servile, c’est celle de ceux chez qui tout échange avec autrui est un commerce, au sens marchand du terme.

La noblesse, elle, consiste, à pouvoir s’accorder le luxe de la gratuité – en tout.

La possibilité d’agir et de penser *gratuitement*, en toute indépendance d’esprit, tel fit le Créateur au premier jour pour nous tirer du Chaos, suivant une impulsion ex-nihilo qui n’a point d’origines – c-à-d aucune cause, ni psychologique, ni sociologique -, est non seulement possible, mais nécessaire, à la fondation de toute morale, de toute justice, de tout amour-propre, et de tout amour du prochain.

Et voilà que des idéologies qui ne disent pas leur nom amènent souterrainement l’intégralité de la population terrestre à penser aujourd’hui une telle liberté impossible! Cette liberté dont je parle, celle de se payer le « luxe de la gratuité », dans les actes comme dans l’être, est pourtant celle qui donne tout son sens au terme d’ « individu ». Car si nous sommes entièrement conditionnés par notre milieu et notre chimie interne, alors nous ne sommes rien d’autres que des ordinateurs occupés – et à quoi bon ? – à se rentrer toute la sainte journée, des informations les uns dans les autres. Auquel cas, puisque d’après nos meilleurs auteurs de S.F, il n’est pas un crime de débrancher un androïde qui déconne, il n’apparaît plus non plus comme un crime de débrancher un matériel humain surnuméraire, une fois devenu inutile. Cette sourde négation de la morale, – qui de toute évidence autorise (car dédramatise) le meurtre -, à laquelle l’Occident est actuellement à l’œuvre, est naturellement à l’origine-même de l’auto-destruction de sa singularité.

 

 

Pour en revenir au sujet du clochard de Carla Bruni, qui m’avait amené à aborder précédemment la même thématique ; ce qui dans son comportement indique que sa clochardisation ne lui a pas accordé tant de liberté qu’il le prétend vis-à-vis du mode de vie bourgeois, c’est précisément sa réponse très matérialiste faite à la noble dame : »Elle m’a offert un baladeur mais n’a pas pensé que je ne pourrais pas le recharger dans la rue. »

Et, en effet, Carla Bruni n’avait pas pensé à ça, et pour cause… Voilà ce que je suppose que de son côté à elle, elle s’était dit :

« Cet homme, malgré sa déchéance, aime encore tant la musique ! Arrivé à un tel point de dénuement, voilà qui assez incroyable en soi, et pour tout dire inespéré. Il ne faudrait pas qu’il meure avant d’avoir écouté les chansons de sa jeunesse au moins une fois… »

Lui, en revanche, s’est projeté plus avant dans l’avenir, il a ressenti la douleur qu’il y aurait à ne pouvoir ré-écouter le contenu du baladeur à l’envie ; il a ressenti la douleur qu’il y aurait à se dire : maintenant je peux mourir en paix. Carla Bruni avait donc surestimé son Diogène de service en le croyant sur parole lorsqu’il s’était répandu en vantardises :

« J’ai choisi mon sort, j’ai choisi ma liberté ; dans le caniveau, j’échappe aux humiliations, je suis dans la Vie« .

Car dans le caniveau le pauvre homme demeurait tant et tant aliéné au strict nécessaire qu’il ne pouvait – lui non plus – se payer le luxe d’apprécier la valeur du don en lui-même, pour lui-même. A l’image du bourgeois qui revend aux puces un chandail hideux que lui a tricoté sa grand-mère, il a vu le baladeur, il a vu l’objet-en-tant-qu’objet, mais a dédaigné la valeur-ajoutée du cadeau – il a dédaigné ce supplément d’âme qui était précisément à son image : comme le vaut-rien, le geste désintéressé d’une femme, son empathie, n’avaient pas de prix.

Tous les clochards ne sont pas Diogène. Dans son caniveau, l’homme n’était pas devenu plus noble, il n’était pas non plus devenu un Homme, car il demeurait – comme les autres – aliéné à sa survie.

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Ceci était un hommage aux racines latines de notre culture. La suite (part. 02)y sont questionnées nos racines sémitiques – est  disponible : ICI