Mes haines ordinaires_03 – Houellebecq et les androgynes

 

J’adore ! Je m’habillais un peu comme ça quand j’étais ado. D’ailleurs je le fais toujours.

Puis ce qui est bien avec ce style, c’est que c’est la loose de l’acheter. Le jean usé, ‘faut l’avoir usé et rapiécé soi-même pour avoir la classe. Les pompes neuves avec, non plus ça ne va pas. Moi j’ai des Kickers montantes (jusqu’aux chevilles) incroyables-increvables, que j’ai ciré avec des bruns de teintes différentes au cours du temps, faute d’avoir toujours eu le bon cirage sous la main quand je revenais de marcher dans la boue avec. Elles sont vénérables : plus belles bien sûr que celles que porte le jap’ sur la photo. Pour ce qui est de son pull façon « couleur-sapin + flocons de neige = noël américain », ce qu’il a de cool pour une fille c’est qu’il est moulant. Sur une fille un tel pull, bien ajusté, taille 36, pourrait potentiellement devenir très sexy. Sur un garçon un peu maigre en revanche, cela dégage une impression de faiblesse malsaine, plus qu’androgyne, – le garçon a un air maladif – au sens presque inquiétant, pervers, du terme.

Savez-vous qu’un look androgyne, c-à-d trop soigné, peut être ressenti comme une menace par certaines femmes ? – habituées qu’elles sont, notamment dans leur milieu professionnel, à être traitées avec cruauté par les hommes de leur entourage sexuellement mal-déterminés. Il n’y a pas plus misogyne qu’un PD. On oublie ça souvent. Le dégoût de la féminité, on ne le dit pas assez, est un moyen de prédation incroyable, y compris pour ceux que la femme en tant que corps continue d’intéresser, mais qui n’entendent pas laisser permettre qu’un strict échange de fluide avec l’autre sexe les conduise à transiger avec leur ‘virilité’ – comprise au sens strict de ‘domination’, quelles que soient les voies détournées que cette ‘domination’ emprunte.

Il y a deux sens au terme ‘virilité’ : il y a la virilité, sûre d’elle-même, de celui qui n’a pas peur des femmes, et recherche l’amour-plein au paroxysme duquel advient forcément une ‘inversion des pôles’ sexuels, où donc la femme prend possession de l’homme pour son plus grand plaisir à lui, puisque cela lui permet de se sentir dépendant, donc amoureux d’elle. Il y a ensuite une définition de la virilité « à la grecque » – ou dirais-je, de façon plus contemporaine, à l’anglaise – qui se résume plus simplement/manichéenne-ment à l’exclusion ‘pure’ de toute féminité. Comme la nature est un serpent qui se mord la queue, les hommes doués de cette dernière forme de virilité-là ressemblent paradoxalement beaucoup plus à des femmes, puisque leur recherche désespérée de pureté dans la différenciation sexuelle est fondamentalement défensive, c’est-à-dire inquiète – ‘en réaction à’. Le fait-même d’être impitoyables avec les femmes les rapproche des femmes, qui de notoriété commune sont impitoyables entre elles.

Cela étant les jeunes filles continuent de craquer sur les androgynes, même asiatiques – ce qui revient  (comme l’exprime très bien – vu que c’est une idée très simple – Amélie Nothomb)  à pousser la perversion au plus loin. Or ceux-ci sont condamnés à demeurer pour elles des objets d’amour inaccessibles, et c’est ainsi – « Il faut que le coeur se bronze ou se brise » dit l’adage – qu’elles deviennent des hommes à la place des hommes, de trop avoir raffiné leur compréhension de l’ennemi et d’avoir trop prié, et trop sincèrement, pour son salut.

Alors, les fils que donnent ces amantes formidables, une fois devenues matrones omniscientes, à leur tour s’en trouvent par répercussion émasculés, et le cycle de la frustration s’envenime jusqu’à ce que la guerre entre les sexes, formellement, se déclare, dans un monde où la paix civile n’existe plus nulle part, mais où partout se déroule le trajet serpentin du front d’une tranchée tridimensionnelle-unique qui oppose des identique on-ne-sait-plus-pourquoi-ni-depuis-quand opposés. Alors la carte du territoire habité [virtualités et réalités confondues] y est désormais totalement superposable à celle du domaine de la lutte (sans possibilité d’une île aucune).

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10 réflexions sur “Mes haines ordinaires_03 – Houellebecq et les androgynes

  1. Mais qu’est-ce qui n’est pas vain en ce monde SK, au fond ?

    Qu’est-ce qui n’est pas vain, et inutile, et complètement con ?

    Moi-même je sais que je suis complètement con… alors imaginez, comparativement, le degré de connerie abyssale que parviennent à atteindre « les autres » qui ne m’arrivent pourtant pas à la cheville (bien que je l’aie par ailleurs singulièrement enflée). Je frissonne au seul vertige de me pencher sur de tant d’abyssale imbécilité inutile…

    Je vous propose une chose, SK. Et si nous nous prévoyions un petit suicide collectif, comme ça, pour le fun, à la japonaise ? Quand est-ce que vous êtes libre, au plus tôt ?

  2. Notre époque harcèle le mâle blanc pour qu’il efface en lui tout ce qui pourrait rester de machisme, de tentative de domination sur qui que ce soit, de sentiments belliqueux quels qu’ils soient.
    Je les comprends ces jeunes blancs qui se déguisent en femme.
    Tout le monde les méprise : les hommes, les femmes, jusqu’aux féministes. « Femmelettes! » « Puceaux! ».
    Demain, ils seront les enculés de la société, rescapés du chômage de masse pour avoir fait cinq ans d’études de merde pour décrocher un boulot de cadre minable, ils se mettront en couple avec des nanas qui leur demanderont de leur offrir le bel appart, de les faire jouir, de faire la vaisselle, d’être gentil, d’être patient, de jamais s’énerver et de prendre le temps lorsqu’il rentre du boulot pour écouter les problèmes psychologiques/avec les copines/au boulot de sa femme. Femme qui lui demandera aussi de ne pas être que gentil mais de savoir la cadrer et régler ses névroses à sa place, sans toutefois devenir macho. Jusqu’à ce que la séparation arrive et qu’il déménage dans un gourbi merdique et passe les dernières années avant la majorité des gosses à payer la pension alimentaire et serrer la paluche du nouveau conjoint de son ex-femme et voir ses gosses toutes les deux semaines.

    On l’enjoins à être un prince charmant charmant pas du tout autoritaire mais responsable et protecteur, doux et ferme,…
    Bon c’est trop compliqué, alors avant que d’être obligé de se conformer à cette position intenable, autant tout envoyer balader et quitte à être obligé de mettre sa masculinité de côté, autant refuser d’être un homme.

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