Mes haines ordinaires_04 – Comment d’obliger les époux à s’aimer, on a tué l’amour.

 

Qui est cette homme qui peut résoudre ses « tensions » par la fréquentation des prostituées, évacuant ainsi des fantasmes potentiellement destructeur du couple, couple qu’il protège et qu’il chérit ?

Je rigole doucement.

Cela dit, il doit y avoir des connes qui gobent ce discours.

Maintenant il y a un moment où il faut quand même dire les choses. Ces mecs ont un « problème ». Résoudre ses « tensions » en allant aux putes est déjà le signe d’un problème, alors vous imaginez… Attention, c’est pas grave d’avoir un problème. On en a tous. Si ce n’est pas celui-là, ce sera un autre. Mais voilà. Après, entre la perversité, la lâcheté, la petitesse, la médiocrité, la stupidité, etc. Je ne sais pas. Mais au final, quelque soit la raison, c’est le signe qu’on a un « problème ».

Signé : Blueb’

 

Quand vous parlez comme ça, Blueberry, sérieusement, je me demande si vous êtes un homme… Ce n’est pas parce que vous n’avez pas de pulsions (et que vous ne savez même pas en quoi ça consiste manifestement), que personne ne doit en avoir !

Je ne comprends pas comment on peut attacher une telle importance métaphysique au fait d’éprouver ou non une passion charnelle pour son époux/sa femme quand on est véritablement chrétien. C’est à partir du XIXe siècle seulement, permettez-moi de vous le rappeler, que l’on a commencé à vêtir la mariée en blanc et à cesser de juger la passion amoureuse strictement incompatible avec le sacrement du mariage.

Dans le temps on avait conservé des antiques une vision de la passion charnelle plutôt négative – radicalement opposée à l’amour chrétien (lequel était défini comme désincarné et asexué). La passion était considérée comme une forme d’hubris autodestructrice et menaçante pour l’ordre social établi, comme un démon s’abattant sur le pauvre pêcheur pour le tenter. On ne condamnait pas pour autant le pêcheur ravi par la Bête, mais enfin on ne souhaitait ce tourment à personne. On savait que l’amour non désincarné, charnel, de nature païenne et démoniaque, était (comme dit dans la chanson) : « Un enfant de Bohème et ne connaissait pas de loi ». On savait que cet amour avait l’esprit de contradiction, et qu’il suffisait de l’appeler pour qu’il ne vienne pas, de faire un serment pour qu’il désire le briser, qu’on lui interdise un objet, enfin, pour qu’il s’y attache comme le lierre : jusqu’à faire mourir son hôte. Et on avait sans doute raison de traiter ainsi « l’enfant de Bohème », avec dureté et mépris, car dans un tel carcan étriqué il s’épanouissait.

C’est l’hypocrisie du mariage chrétien actuel, célébré par des nègres empapaoutés dans des églises muséifiées, au sein duquel sont confondus dangereusement Eros luciférien romantique et amour fraternel chrétien, qui a tout gâté, – et en s’en mêlant, alors qu’elle n’était pas de leur ressort, que ce n’était absolument pas leur domaine, les prêtres nous ont même dégoûtés de la passion amoureuse.

Le mariage désormais se perpètre dans l’ombre car il y règne le plus parfait chaos théologique : on y flatte le populo qui refuse de ne pas vivre dans le meilleur des mondes possible, on y crée des futurs ménages consommateurs de trucs&bidules-pour-ménages, au lieu de révéler aux gens que le mariage est avant tout un sacrifice (synonyme du mot sacrement), en particulier pour la femme, et certainement pas la promesse d’un bonheur Disney-Land avec pleins de robes de princesses, de nuits torrides à Acapulco et de robots-ménagers [beurk].

« Résoudre ses tensions en allant aux putes est déjà le signe d’un problème »

Où est-ce qu’on vous a appris à penser comme ça, Blueberry, si ce n’est dans les séries américaines ? Vous ne savez même pas expliquer au juste pourquoi vous êtes convaincu de ça ; une telle chose semble aller de soi, c’est tout le fond de votre pensée, mais vous n’avez jamais encore songé à interroger une telle conviction. Vous vous contentez de réciter « c’est un problème », comme reviendrait, par bribes, de l’enfance, un catéchisme qui n’aurait pas dit son nom.

Tout ça parce que vos parents, comme les miens, comme la plupart des parents du monde, n’ont pas eu les couilles de vous révéler (et de s’avouer à eux-mêmes) qu’ils ne s’aimaient pas vraiment, au moins qu’ils ne s’aimaient pas au sens romantique-échevelé Shakespearien du terme. Tout ça parce que laisser planer la confusion était plus joli, plus acceptable… juste plus facile. Tout ça parce qu’avec toutes les aimables salades qu’on racontait dans les livres et à la télé depuis quelques décennies et avec la défection des prêtres qui n’étaient plus là pour aider les gens à rester humbles et à garder les pieds sur terre, il était devenu impossible pour des parents isolés dans un monde complètement fake, de ne pas se mentir entre eux et à eux-mêmes, et accessoirement trop difficile aussi de préparer leurs enfants à un réel désormais enfoui/oublié sous des montagnes d’images, d’espoirs et de spectacles « qui faisaient rêver ».

Alors on nous a mis au monde dans un univers vide de sens. Et on nous a fait ça uniquement par faiblesse et par facilité.

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3 réflexions sur “Mes haines ordinaires_04 – Comment d’obliger les époux à s’aimer, on a tué l’amour.

  1. Pour revenir sur l’escroquerie du mariage d’amour dont vous parliez sur le fil d’Ilys, Irena Adler.

    Cassavetes dénonçait déjà à son époque ce revival foireux du « romantisme » chez les jeunes générations (comme par hasard la génération de mes parents, celle des multi-archi-divorçés sous Xanax).

    Il y voyait un signe d’immaturité confondante, un délire régressif et réactionnaire dans ce qu’il y a de pire (« se consacrer à l’autre – se jurer fidélité ») alors même que les conditions économiques, religieuses et sociétales qui permettaient l’existence de tels serments de principe avaient complètement disparu.

    Nos parents se sont durablement mentis sur le mariage d’amour tout en abolissant d’un commun accord le Bordel et l’Eglise, et tout ce qu’ils lègueront comme héritage, ce sont des générations d’enfants boîteux élevés par des mères seules quémandant la pension alimentaire à leur ex-mari dérésponsabilisés.

    On ne dira jamais assez à quel point le Féminisme a libéré les hommes. Aux femmes, la Justice a confié les chiards, des peines incompressibles de 20 ans en série, pendant que les hommes avaient tout le loisir de faire leur vie en kiffant la vibe.

  2. Je n’irai pas jusqu’à dire que le féminisme a libéré les hommes. Elles ont détruit certaines des interactions les plus intéressantes. Essayez d’aborder une jeune urbaine si vous n’êtes pas androgyne de nos jours. Par ailleurs je sais de source sûre que certains pères ne kiffe pas du tout la vibe, une fois privés de leurs enfants. Pour ce qui est du mariage d’amour, je n’ai rien a ajouter.

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