Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ ep. 01

  1. Il y a grosso modo deux visions de la liberté, l’une libérale, l’autre constructiviste. La tradition libérale voit la liberté comme le droit de satisfaire un désir (faire l’amour par exemple), la tradition constructiviste comme le droit – opposable – de réclamer de la société la satisfaction d’icelui. Dans la vision libérale, il y a à la fois la place pour la jouissance et la frustration, la première indiquant que l’on est sur la bonne voie, la seconde sur la mauvaise. De manière « évolutionniste », le libéralisme sélectionne les bons comportements au détriment des mauvais : sur le marché de la drague, le puceau apprend de ses déconvenues avant de devenir un « tombeur ». Heureusement, le marché de l’amour est pour l’instant libéral, mais combien de temps encore va-t-il le rester ? Tout est fait, dans la culture, pour que même l’amour, aristocratique par nature, soit « démocratisé » : regardez le nombre de films où la femme choisit un loser plutôt qu’un « winner ».
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  2. Irena, vous avez totalement tort, factuellement. Les statistiques prouvent que la libido entre en chute libre quand les choses vont mal. C’est normal, la nature nous a programmés pour faire des enfants quand les chances sont bonnes de pouvoir les élever jusqu’à l’âge adulte. En cas de crise, tous les êtres vivants se mettent en état de veille – consommation minimale de ressources, préservation de l’énergie. Je vous conseille le livre Lucifer’s principle ».Le caractère supposément « sexy » des « rapports de force inter-classe », « autoritarismes forcené  », et autres « climats de guerre civile », dont vous parlez de manière si « romantique », c’est le point de vue des criminels, les chefs de « révolution » qui se permettent de violer toutes les femmes qui leur tombent sous la main. Ghengis Kahn a violé en moyenne une femme par jour. Pas du tout sexy pour les victimes, plutôt traumatisant. Demandez un peu aux femmes violées pendant la guerre des Balkans.
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  3. Par « caractère spontané de l’ordre social », j’entends la capacité d’une collectivité à former des règles implicites autour d’une règle primordiale, qui est le principe de responsabilité dans une société libre, ou sa négation dans une société encline au socialisme. Posez comme principe que l’Etat peut intervenir pour contenter les frustrés : la majorité élabore (spontanément) autour de ce principe un ensemble de codes, de règles et de contraintes implicites permettant au modèle de durer. C’est en ce sens que je dis que l’ordre spontané, en tant que processus, peut servir l’intérêt d’un principe qui le nie : en effet, dans une telle société, les individus veillent sans le savoir au respect de règles du jeu en vérité fort peu libérales. [Le déchet de l’humanité, sale, drogué et ignorant crache sur l’ordre mais tient à faire respecter sa religion socialiste, exactement comme l’individu libéral défend, à son niveau, par son propre exemple, une conception libérale de la vie en société.] Je vous renvoie à « Droit, législation et liberté », de Hayek. 

Aujourd’hui, chers lecteurs, je vais vous montrer un jeu très amusant. Cela s’appelle le jeu du Sophiste. Nous avons ci-dessus trois extraits de texte dont les trois auteurs respectifs s’entendent comme larrons en foire. Votre mission (si vous l’acceptez) est de semer la discorde entre les trois amis (qui ne forment à vos yeux qu’un seul et même ennemi) en provoquant un dialogue contradictoire forcé entre leurs arguments respectifs. Le présupposé de base étant qu’ils ignorent ne pas être exactement d’accord les uns avec les autres, et que votre devoir (ô combien moral) est de le leur révéler.

Pour cette fois je joue à votre place, afin de vous montrer comment ça marche. La prochaine fois par contre il faudra vous débrouiller seuls.

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On a donc un premier libéral – que nous appellerons, pour plus de commodité, The Winnerqui nous dit de prendre notre jouissance là où elle se trouve, sans rendre de comptes à personne, car telle est la nature, et la nature est bonne, alors que la culture crée des loosers, et qu’il en va de la virilité d’un homme de ne pas passer pour un looser.

[J’ai appris par la suite que le type en question – The Winner, donc –  venait justement à cette époque de piquer la compagne de son ami – en l’occurrence un petit intello trop tendre et trop compréhensif. The Winner éprouvait donc manifestement – malgré toute sa ‘winnitude’ – un certain besoin de donner une justification politique à l’acte en question – à tout le moins demandait-il à son Dieu libéral de l’exempter de sa responsabilité morale dans cette affaire – car vraisemblablement notre Winner était suffisamment fort pour pécher, mais pas assez encore pour accepter de se considérer comme un pécheur.]

On a ensuite un second libéral – appelons-le Papa Noël, pour le funqui nous parle de la difficulté de vivre heureux, de croître et de multiplier (comme Dieu nous prie de le faire, dans la Bible), dans un monde en proie au chaos, à la guerre civile, à la violence et où les femmes et les enfants (c’est-à-dire tout ce qui est doux et mignon), sont traumatisés et abîmés par la vie. Il prône la Croissance infinie, et sa hantise majeure c’est la Crise.
[J’ai appris par la suite que ce monsieur – que j’avais pris au premier abord pour un puritain à la Disney – était en réalité un brave homme : jeune papa d’une petite fille blonde aux yeux bleus, adorable et éveillée, son seul souci à l’époque (et encore aujourd’hui) était de lui assurer un avenir le plus radieux possible, et de la protéger du mal… « Adieu esprit de conquête… Droit de propriété & investissements à long terme,  me voilà ! Oh please, protégez-nous du mal.»]

Le dernier, enfin, je ne sais s’il est vraiment sage de le révéler, est un juif nouvellement acquis à la foi chrétienne… A mon sens, il possède la fibre casuistique, c’est un dogmatique, un idéologue dans l’âme… Il incarne à mes yeux ce que furent autrefois les Jésuites, ces théologiens de l’extrême : le dernier rempart de la foi. C’est le seul des trois libéraux dont la pensée – en l’occurrence pas vraiment personnelle, puisque inspirée directement de celle du théoricien libéral Hayek (que j’aime beaucoup) -, aurait pu résister un moment à mes sophismes… s’il n’avait pas eu le malheur d’être entouré d’amis aussi peu rationnels et désintéressés. Je donne son pseudo véritable, puisque le dernier larron est blogueur : il s’agit de Maxime Zjelinsky, du blog que voici : http://ploucdumidi.blogspot.com/

C’est à l’époque au premier olibrius (a.k.a, The Winner) que j’ai choisi d’adresser ma raiponce unique à l’adresse des 3 larrons – je vous la donne, re-formulée (en mieux) :

« Alors… si je vous comprends bien, il y a d’une part les libéraux : ce sont ceux qui s’accordent inconditionnellement le « droit de faire », n’est-ce pas ?… Il ne réclament pas le droit de vivre en-dehors du droit : ils le prennent ! … Naturellement, puisqu’ils rejettent toute intervention étatique. Ce sont eux, si l’on vous en croit, qui se font un point d’honneur de ne jamais frustrer le moindre de leurs désirs, et répandent le chaos si nécessaire pour arriver à leurs fins – j’en déduis que ce sont eux aussi les criminels en puissance, et les « chefs de révolution » quand il y a des révolutions. Rien ne les empêche en effet, selon une telle philosophie, de violer des femmes si cela leur chante, et le cas échéant de voler ce qui appartient à autrui – le désir est impérieux ou il ne mérite pas d’être appelé désir, n’est-ce pas ?… On est viril ou on ne l’est pas ! Et puis, de l’autre côté, il y a vos constructivistes : ce sont ceux qui attendent de la société qu’elle les autorise – voire les encourage, les pleutres ! – à satisfaire leur désirs pour y céder – y compris celui de baiser, un comble ! -, et acceptent éventuellement de se voir découragés par des institutions étatiques (comme sont les chambres des députés qui édictent les lois et les tribunaux qui les font appliquer) dans l’exercice de certaines libertés et pulsions… Ah les mauviettes, n’est-ce-pas ? Ah les faibles ! Car un homme libre n’a besoin de l’autorisation de rien ni de personne pour être libre, n’est-ce pas ? – Ne sommes-nous pas d’ailleurs plus libres encore, lorsque nous transgressons les lois – voire lorsque nous trahissons nos proches et nous-mêmes – que lorsque nous prétendons exercer nos liberté avec l’accord des services de police, en conformité avec le manuel des bonnes-mœurs bourgeois, en suivant un code de l’honneur immémorial et en songeant au bonheur d’autrui avant que de songer au nôtre-propre ?

Donc Hayek non seulement est constructiviste, mais c’est aussi une tata. Ai-je bon ? »

Au Petit-Papa-Noël, si ma première raiponce n’avait pas d’ors et déjà provoqué un tollé général, et fait reconduire hors du débat (pour trollage caractérisé et sophisme), j’aurais adressé le questionnement suivant :

« Vous avez raison de faire valoir la société libérale (qui est aussi la société du libre échange), comme un gage de prospérité et de paix. Les grandes nations n’ont-elles pas tout-à-fait cessé de se faire la guerre, depuis que leurs nationalisme respectifs se sont progressivement inclinés devant l’individu unique mondial, – consommateur repus et satisfait ? Cependant, une question demeure, il me semble… Qu’est donc le libéralisme sans l’insatisfaction et la faim ? Qu’est-donc la sacro-sainte Croissance, sans la Crise ? Il est faux de prétendre pouvoir encore créer de nouveaux désirs à l’infini, une fois que la société est devenue parfaitement prospère : The Winner exprime avec force cette tragédie-nôtre de tous les désirs qui s’émoussent – le désir sexuel y compris – quand la vie (amoureuse en particulier) se résume à exprimer des demandes et attendre que l’on vous fasse des offres… et que l’on ne conquière plus. Il a raison aussi de dire qu’un homme qui a besoin d’y être autorisé par sa société pour être libre là où on lui dit d’être libre, n’est pas un homme libre du tout. Un homme capable de prétendre trouver sa liberté en dehors de toute transgression, en balayant tout appel au romantisme du revers de la main , comme s’il s’agissait d’un appel du Diable ; un homme qui se refuse catégoriquement à convoiter le bien d’autrui (c-à-d qui refuse l’en-vie lacanienne), qui se refuse à commettre des injustices (c-à-d qui en vient à refouler le Péché originel), est en vérité l’homme le plus policé du monde… et c’est aussi un homme qui se ment à lui-même. Chez lui, la frustration, complètement domestiquée, ne joue même plus son rôle d’aiguillon moteur, puisqu’elle est devenue une seconde nature : au point qu’il ne l’identifie plus. ».

Troisième et dernière incarnation du libéralisme enfin, Maxime Zjelinsky , en est la plus maline. Quelles sont-elles donc, en pratique, les fameuses règles implicites de Maxime Zjelinski, censées se développer ‘spontanément’, selon un procédé social ‘naturel’, autour de sa chère règle primordiale du principe de responsabilité ? Je pense secrètement qu’il serait bien en peine de nous décrire précisément un tel processus… Mais après tout, qu’en sais-je ? Dois-je projeter des images sur son discours abstrait en lui prêtant des implications politiques qu’il aura beau jeu de rejeter comme étant le fruit de mon imagination partisane ? Ou bien demeurer en sa compagnie dans le simple jonglage de concepts… au risque de m’abîmer moi-même, sans retour, dans le flou rempli d’écueils de la Raison Pure ?

… La raiponce au prochain épisode de cette série d’articles sur le libéralisme. :)

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