Le libéralisme en question – Jeu du Sophiste_ep.03

Irena, c’est très réductionniste. Tu as pris un petit argument sans même te poser la question sur mes autres prises de position…

Il faudra que tu me connaisses encore bien mieux pour pouvoir prendre la mesure de mes opinions ;)

Il est vrai que je déteste ceux qui font du mal à autrui et c’est universel. Même ceux qui infligent le mal n’aiment pas devenir victimes. Ils manquent simplement d’emphatie, c’est un défaut neurologique qui les rend dysfonctionnels et dangereux pour les autres membres d’une société.

Je ne suis pas un fanatique de la croissance matérielle, ni opposé à celle-ci. Je pense que chacun doit décider pour lui-même ce qu’il souhaite atteindre dans la vie (à n’importe quel niveau) et ce sera à lui d’y mettre l’effort requis.

Je suis un idéaliste réaliste, un pacifiste armé. Je sais parfaitement que les êtres humains sont complexes et auto-destructeurs, que ce sont souvent les enfants de bonne famille qui sont les pires idiots insatisfaits. Je ne glorifie pas un état de bien-être permanent, qui peut effectivement devenir ennui.

Nous aspirons toujours à ce qui nous manque le plus et nous méprisons ce qui est facile et disponible.

[NDLA : Gnah gnah gnah.. etc.]

Signé : Papa Noël, conférencier libertarien.

« Irena, c’est très réductionniste. Tu as pris un petit argument sans même te poser la question sur mes autres prises de position.. etc. »

Mon problème, ce n’est pas que vos diverses conceptions du libéralisme vous donnent potentiellement réponse à tout. Car cela, je n’en doute pas. C’est que les solutions que votre idéologie vous fournit à tous les problèmes de la vie, sont des réponses ou bien contradictoires entre elles, ou bien qui se présupposent les unes les autres sans fin, de telle sorte que vos « cycles vertueux » apparaissent en vérité comme la face éclairée d’une pièce qui a un revers (a.k.a des cercles vicieux) : c’est-à-dire que votre façon de créer du bonheur est la même que celle qui sert (aussi) à créer le malheur… et cela sans rémission.

Votre façon d’argumenter, c’est l’addition. L’addition aveugle d’arguments, et y compris d’arguments incompatibles entre eux. Tant que personne ne réussit à pointer ces incompatibilités, vous les balayez du revers de la main. Mais comment dénoncer ces « additions » illégitimes de votre part ? [Qui sont en vérité ce qu’on appelle – au sens premier du terme – des sophismes –> en fait le sophiste n’est évidemment pas celui/celle qu’on croit).] Eh bien, pour cela, il faut emprunter la voie socratique : au lieu de juxtaposer les arguments, il faut les lier entre eux (en employant la partie dite ‘droite’ du cerveau qui commande l’esprit de synthèse). Il faut chercher quelle proposition induit l’autre – de quel constat un autre peut-être déduit. C’est-à-dire faire dialoguer les plusieurs affirmations émise par un même ‘camp’ idéologique, au mépris des apories logiques et des conflits d’intérêts que ce dialogue potentiellement soulève. Je vous parle-là d’appliquer aux divers ‘modes de pensée’ libéraux la méthode canonique de la dissertation (encore enseignée dans les universités françaises, mais abandonnée aux States), qui fonctionne selon le mode binaire (et néanmoins non manichéen) de la déduction et de l’induction.

Là où du côté de chez vous tout est susceptible d’être affirmé, dans le monde de la logique (philosophique ou scientifique) en revanche un certain nombre d’affirmations peuvent être décrétées fausses – sans possibilité de rémission -, du simple fait qu’on les ait ‘démontrées’ telles. Le monde de la raison est donc discriminatoire et intolérant. Et cela pourtant sans totalitarisme aucun. Dans ce monde-là de la logique tout n’est pas possible : l’homme doit soumettre ses diverses lubies et ses passions de môme [a.k.a : « tout est possible! »] à l’évidence du 1+1=2 et 1+1 n’est pas égal à 3. Tout n’est pas possible, l’homme n’est pas libre, dans le monde de la physique : car celui-ci est distinct de celui des rêves. Et c’est bien là où le bas blesse. La raison explique aisément que « Just do it » ne suffit pas pour « y arriver ». La raison démontre sans effort qu’il ne suffit pas « to have a dream » et de s’y accrocher, pour qu’il se réalise. La raison dit aux hommes – et ne peut être contredite à moins de nier toute valeur au langage-même (qui est par nature organisé, donc rationnel) – la raison, donc, dit aux hommes que la liberté est un concept qui n’existe pas dans l’absolu ; c’est un concept qui n’existe que ‘par-rapport à’ (la contrainte), c’est à dire que la liberté n’existe que ‘relative’. La liberté, sur le plan du Vivant, c’est la contrainte, (et plus encore, le Vivant c’est la contrainte), en quelque sorte, parce qu’elle est « réaction à la contrainte », ou sa transgression – et rien de plus. L’absence totale de contrainte en revanche est synonyme d’anarchie, qui sur le plan de la physique (dans la nature) est le contraire du Vivant – car le Vivant est synonyme d’organisation, c-à-d de hiérarchisation complexe (notamment des particules). Et le phénomène de destruction de cette hiérarchie propre au vivant est ce qui se produit lorsqu’il disparait dans les flammes (le feu est un plasma : c’est-à-dire une agitation désordonnée de particules élémentaires). C’est aussi ce qu’il se produit, de façon moins soudaine et incandescente, lorsqu’un être de chair est soumis à de fortes doses de radioactivité : il se déconstruit, se désorganise.

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