Le libéralisme en question_ep.04 et fin.

Papa Noël : Ca fait un bout de temps que j’ai pigé que je n’aurai jamais une relation aussi géniale avec un fils qu’avec une fille. Elle m’adore comme tu ne peux pas l’imaginer :)

Je serais ravi d’avoir aussi un fils et ça va peut-être encore venir, mais je suis super heureux d’avoir ce petit bout de chou là!

[…]

Millie : Moi c’est pour ça que j’veux un garçon. Mais je m’entendais pas bien avec mon papa… alors peut-être que si j’ai un petit garçon, il me détestera lui aussi. That’s life.

Papa Noël : Mais non, Irena, il ne faut jamais partir d’une idée comme ça. Ma soeur a été en opposition totale avec notre papa et maintenant elle a 4 ganrçon (et une fille) et ça se passe à merveille.

Millie : Oui mais peut-être qu’il ne m’aimera pas. Il aura le droit après tout.
Je suis réellement effrayée à l’idée d’avoir des enfants.

Rodolfo Nezrouge : Mais non, des milliers de générations sont passés par là, pourquoi ça irait mal avec vous?

Millie : Parce que donner la vie est un processus naturel. Et la plupart des gens, je pense, est plus proche de la nature que moi. Donner la vie, c’est accepter de faire tant de mal : je ne sais pas si je pourrai m’y résoudre.

Papa Noël : Surtout n’y renonce pas, c’est la chose la plus phantastique qui soit!

Il n’y a pas plus fou que de voir un petit bout de chou et de te dire que c’est toi qui l’a fait (ok, l’essentiel du boulot, c’était Katia) :)

Il y a deux choses qui donnent un sens à la vie: d’abord le fait d’assumer ta propre survie et ton succès, ensuite de donner la vie et d’éduquer des enfants pour que eux aussi puissent réussir une belle vie.

Et si tu as eu des problèmes, ça fera de toi d’autant plus une bonne mère, parce que tu auras conscience de certains problèmes et tu esseyeras de mieux faire.

La seule chose que tu risques de perdre, c’est un peu de cynisme ;)

Et du sommeil, pendant quelque temps…

Quant à la proximité avec la nature: je suis informaticien. Je travaille avec des machines. Ca n’empêche rien!

Millie :Le pire c’est que je ne suis pas cynique. J’adore la nature (je suis née en province), j’aime la cambrousse, les petits noiseaux, les animaux, les plantes… Si je voulais me faire valoir, et faire valoir mes idées (très arrêtées) sur le couple, la stabilité, les liens du sang, le lien à la terre, la famille – et l’éducation ! -, alors je me présenterais comme la future génitrice idéale du petit garçon de mes rêves. Hélas, la perspective d’être mère me glace réellement les sangs, je suis obligée de l’admettre. C’est à peine si j’en ai envie : tout me dit que je serai inapte. Ma mère avait déjà cette sensation, elle me l’a dit, mais je pense que chez elle c’était moins fort : elle et moi n’avons pas eu la même jeunesse, – elle avait quand même moins de raisons de se croire désaxée. ^^Ce n’est pas de travailler sur des ordinateurs qui fait perdre le contact avec notre propre ‘nature’ interne (nos pulsions, nos instincts, si vous préférez). Moi je me sens comme ces animaux domestiques dégénérés, vous voyez : je suis incapable d’œuvrer à ma propre survie seule (j’ai toujours eu besoin de pouvoir compter sur autrui pour me protéger et me nourrir), je n’ai guère jamais mené que des combats symboliques, et pas vraiment dans le but de défendre mon bout de beef-steak, puisque souvent j’ai ‘combattu’ jusqu’à l’abandon de mon ‘moi’, – et c’est cela paradoxalement qui m’a provoqué les sentiments de liberté les plus intenses – c’est cela même que j’ai identifié à ‘l’accession à la Connaissance’, et que j’en suis venue à rechercher.

Je n’ai pas ‘réussi ma vie’ au sens où vous l’entendez, et je ne pense pas y parvenir : j’ai abandonné cet espoir, parce qu’il me jetait dans des contradictions internes sans fin qui me dégoûtaient du monde et de la vie, qui me les faisait voir sous la forme d’un serpent qui se mordait la queue : l’Ouroboros, symbole de l’absurde. Je ne souhaite pas non plus le bonheur ou une belle vie à mes enfants car je ne sais pas au juste ce que c’est que le bonheur ou une belle vie. – Et cela, je vous assure, je le dis sans snobisme aucun, sans cynisme non plus : j’exprime-là une conviction profonde, telle qu’elle est au fond de mon coeur : nue.

Je n’ai plus d’a-priori : je ne parviens plus à vouloir quoi que ce soit pour autrui non plus. Cela fait même longtemps que l’idée me séduit, de donner la vie puis de mourir dans la seconde qui suit, pour laisser à quelqu’un d’autre le soin d’impulser sa volonté/son désir dans l’être issu de ma chair… Mais jamais je ne pourrais décemment prétendre vouloir du bien à un enfant en le faisant naître orphelin, donc je trouille.

***

Paradoxalement, la liberté de l’esprit se fait aux dépends de la liberté spatiale et économique. C’est parce les gens sont trop occupé à leur survie qu’il n’entrent pas dans la Vie (au sens chrétien ou philosophique du terme) – qui est la vie de l’esprit, sa liberté. Une telle liberté mentale reconquise par le simple fait de ne plus ‘rien avoir au monde, de précis à faire’, les rendrait à ce point maîtres de leur destin qu’il faudrait qu’ils se chargent de choisir y compris les contraintes en réaction auxquelles ils devraient malgré tout continuer de se frayer un chemin (de désirs et de haines) vers le succès ou la connaissance… Mais peu de gens sont assez forts pour supporter une telle liberté totale sans s’effondrer psychologiquement. En vérité les gens travaillent et s’abîment des les péchés et la consommation, uniquement parce qu’ils ont peur – et à raison – d’être libres.

Papa Noël : Wow… merci pour ce témoignage sincère. C’est rare. Ca mériterait un échange approfondi, mais pas par internet interposé.

Paradoxalement (!) je pense que tu serais parfaite comme maman, car capable de transmettre des valeurs plus que superficielles. Il faut juste que tu te trouves l’appui logistique pour gérer les questions pratiques.

Millie : Merci à vous, d’accueillir ma confession avec autant d’ouverture d’esprit. Je dirai à ceux qui en doutent, que les vrais libertariens existent. :)

N’ayez crainte au sujet du caractère publique de ce long témoignage (j’aime bien le mot témoignage ^^), car c’est cela-même en quoi consiste à mes yeux la littérature.

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…Mais le libertarianisme fait un pari sur mon dos que perso je ne ferais pas.

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2 réflexions sur “Le libéralisme en question_ep.04 et fin.

  1. je ne crois pas qu’il y ait de déterminisme, de fatalité d’une femme à être mère parce qu’elle a eu des relations certaines avec sa mère.
    Ma mère a eu une enfance chaotique, et une mère folle (au sens propre du terme), et bien qu’encombrée de tout un tas de doutes et de peurs sur sa maternité, à 20 ans, elle se retrouvait enceinte.
    Sur le grand échequier de la vie il n’y a pas de determinisme, nous toutes sommes faites pour être mères alors n’ayez crainte Irena : )
    la vraie question devrait être non pas : puis-je être mère mais ai-je envie de l’être ?

  2. Chère Irena,
    je me permets d’intervenir sur ce billet même si je n’ai pas le niveau des intervenants (et j’espère que vous m’en excuserez).

    La question de la maternité (et de la paternité) est complexe et simple à la fois, effectivement il existe une angoisse légitime à savoir si l’on va faire pire ou mieux que ces propres parents.

    Mais avant toute chose il faut être pleinement conscient de ce que cela implique, à savoir une division de l’homme/la femme que l’on est ou voudrait être en un(e) père/mère qu’il va falloir être.

    Le sujet me touche péniblement ces jours-ci, et vous décrivez parfaitement les contradictions auxquelles il faut faire face lorsque tout cela vous tient à coeur.

    Mais comme le dit papa noël il semblerait que vous soyez plus que prête.

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