Piss Christ_ep. 02

Pascal Labeuche

Sourit jaune de voir autant de gens ravis par la destruction du Piss Christ (dont il n’a personnellement rien à foutre) ; gens qui, bien souvent, sont les mêmes qui hurlent à la liberté d’expression lorsqu’il s’agit de caricatures danoises, par exemple …
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Irena Adler L’art n’est pas sacré. Et Mahomet non plus.

Irena Adler ‎ »Allons, compagnons, raffermissez votre coeur ! », disait Jeanne d’arc aux croisés.

Pascal Labeuche Et le Christ ? Et Irena Adler ?

Irena Adler Le Christ est sacré parce qu’il est mon Dieu.

Irena Adler est un personnage de fiction (=pas sacré). Millie est un être humain (= pas sacré), on ne lui doit ni plus ni moins qu’à n’importe quel autre être humain. Irena Adler ne vaut rien et Millie est inestimable, en cela elles sont égales, mais pas équivalentes à Dieu.

Pascal Labeuche « Le Christ est sacré parce qu’il est mon Dieu. »
S’il n’était pas le vôtre il ne le serait donc pas. Savoureux !

Irena Adler Nonon. Mon Dieu n’a pas besoin de moi pour être le bon. Je l’ai juste choisi pour ça.

Irena Adler En langage numérique je dirais que l’homme est 0 et Dieu est 1

Pascal Labeuche Trêve de connerie : le sujet n’est pas là. La liberté d’expression doit-elle exister ? Si oui on a le droit de caricaturer Mahomet et de montrer le Christ dans la pisse, quel que soit le regard des uns et des autres et la valeur de l’oeuvre en question. Si non en effet revenons à des lois contre le blasphème.

Irena Adler

‎ »Mon Dieu n’a pas besoin de moi pour être le bon. »
Réflexion faite, cela n’est pas totalement vrai, dans la mesure où c’est l’homme qui est chargé de faire exister le Christ. Donc moi aussi, parmi tant d’autres.
« La liberté d’expression doit-elle exister ? »
Qui a inventé la liberté d’expression, sinon la société judéo-chrétienne ? Cette notion, avant l’Occident, n’existait même pas. Il faut savoir se mettre au service, parfois, de Celui à qui nous devons tout. Et d’ailleurs, l’art contemporain doit tout au Christ, dans la mesure où son dessein ultime est de choquer, de provoquer, de « faire réfléchir et réagir », d’invoquer le Pathos éternel de la Condition Humaine, enfin. L’Art contemporain s’identifie (plus que de raison) au Christ, dans la mesure où son but est d’atteindre le quart-d’heure de célébrité Wharolien qui consiste à voir les « Gentils », les Tartuffes et les femmes lubrique se jeter sur soi dans un maelström d’hystérie antique, c’est-à-dire à devenir une « Star » (une étoile du berger ?) en empruntant la voie de la ‘bouc-émissairation’.

Cela faisait des décennies que tous les artistes contemporains cherchaient à provoquer la ‘réaction’ qu’a suscité le Piss Christ, sans succès. On ne pouvait pas faire une plus belle publicité à son auteur ; et je suis certaine, puisqu’il paraît qu’il est lui-même catholique, que quelque part en son fort intérieur, un fibre mystique s’émerveille et remercie. Les manifestants ont dit : « Non ! Plus jamais ça ! Plus jamais nous ne cautionnerons Jésus humilié, couvert de crachats et d’urine par la foule en délire ! Non, nous souffrons de le voir sali ! »Et c’est cela précisément en quoi consiste la charité chrétienne.

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Les mahométans, de leur côté, on pris pour symbole le croissant de lune, qui est le miroir du soleil, en feignant d’ignorer que si le croissant de lune c’est eux, alors le soleil c’est nous. Et que s’ils sont ‘soumis’ à un Dieu, c’est à celui de ce peuple ‘mâle’, qui n’a pas peur de se consumer en regardant la lumière de la Connaissance en face, quand eux, gens-de-la-nuit obscurantistes, en détournent les yeux comme des pucelles – en guise de piété. Les plus emburkinnés des musulmans sont en vérité les hommes : ce sont ceux qui sont allés porter leur sens critique à l’encan, là-bas dans ce grand coffre-fort qu’est la Kaaba, tombeau géant vertical de toutes leurs illusions, et qui ressemble étrangement à leurs femmes.

Pascal Labeuche La charité chrétienne (pléonasme) consiste à aimer son prochain (n’importe quel prochain, même le plus éloigné de ses goûts) comme soi-même, pas à ne pas vouloir voir le Christ dans la pisse …

Irena Adler

‎ »La charité chrétienne (pléonasme) consiste à aimer son prochain (n’importe quel prochain, même le plus éloigné de ses goûts) comme soi-même »
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Ce n’est pas si simple… Le « prochain » doit être un semblable, c’est-à-dire un frère en humanité. Or on ne nait pas homme, on le devient (Descartes). La Déclaration des Droits n’est pas faite pour les chiens et les Barbares. Qui ne reconnaît pas le Christ, ne peut pas se reconnaître lui-même en bourreau du Christ lorsqu’il manque de charité. Toute charité à son égard est donc superflue dans un premier temps. L’éducation morale prime : et l’éducation est avant tout une coercition, un corsetage, une brimade, un crime, on ne le dira jamais assez. Car elle consiste à faire passer, de force, un Simple de l’état de nature à l’état de culture. Le seuls Simples autorisés à y échapper, sont les Simples à la Dostoïevski : ontologiquement doux et bons.

Pascal Labeuche Mais si, justement, la déclaration des droits de l’homme est aussi faite pour ceux que vous appelez les barbares, que vous le vouliez ou non !

Irena Adler

Descartes est chrétien, en l’occurrence ça me suffit.
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[Digression] De son temps les protestants causaient théologie, puisqu’ils étaient philosophes – aussi longtemps qu’ils furent minoritaires en France et aux prises avec les catholiques, la disputatio, Bible à l’appui, fut leur occupation principale. [Ils étaient en quelque sorte les descendants d’Abélard l’Amoureux contre Saint Benoït l’Austère – cela a bien changé !] C’est après coup, lorsque la papauté a relâché son étau, qu’ils se sont formidablement embourgeoisés (déjà qu’ils avaient toujours appartenu à la caste bourgeoise !), et que leur appétence pour l’intellectualité pure a décru. A l’époque de Descartes et de Marguerite d’Angoulême, évidemment, les protestants n’avaient rien à voir avec les ravis de la crèche américains actuels.La Déclaration des Droits de l’Homme a été écrite tardivement, à une époque où l’on s’interrogeait encore beaucoup (cf : les « bons sauvages » et autres exotiques de Rousseau, de Diderot, Montesquieu ou Voltaire) sur la notion « d’humanité », et les limites de cette notion au sein-même de l’espèce (des espèces ?) humaine(?). Vu que ce sont les Sans-Culotte qui ont écrit la fin – donc la morale – de cette histoire – à la pointe du couteau, avec du sang -, forcément, on a été contraint d’étendre – au moins sur le papier – ‘l’Humanité’ au genre humain (dans son sens le plus vulgaire). Et l’Eglise parce qu’elle continuait de juger les individus à l’aune de leurs actes, et de fonctionner de façon discriminante et élective, fut déclarée ennemie du peuple, cela tout le monde le sait. Or si l’on se penche sur les valeurs de la IIIe république de Jaurès et Jules Ferry, on constate que l’ancien bon-sens n’était pas encore tout-à-fait perdu, même à cette époque, puisque la gauche d’alors continuait de considérer qu’il fallait « mériter » la République pour bénéficier de ses charités. Je pense que le peuple de France (qui n’est pas seulement constitué de sans-Culottes) aurait continué de poser un certain nombre de conditions à l’entrée « en République » ou « en Chrétienté » du genre humain entier, si l’idéologique libérale-libertaire (idéologique forcément illusoire et mensongère du sans-limites) véhiculée en premier lieu par le Soft-Power, n’avait pas achevé de saper ce qui dans notre humanisme était véritablement « humaniste », – c’est-à-dire l’idée qu’un homme ne nait pas homme, mais doit travailler d’abord sur lui-même, à se hisser à la hauteur de ses propres idéaux, avant d’en exiger autant d’autrui – chose que dans leurs geintes hargneuses, et leurs reproches sans fin à notre égard, les Arabes et les Roms, en particulier, ne semblent pas prêts à comprendre. [/Digression]

Pascal Labeuche

Ils ne sont pas chrétiens, les Roms ? Chrétien, Descartes ?
Quoiqu’il en soit, tout cela n’a rien à voir avec ma perplexité source de cette « discussion ».
Ah, et pour « libertaire », non, ce n’est pas forcément sans limites, malgré les apparences soixante-huitardes.
Mais nous partons vraiment dans tous les sens, là, hein …
Pour terminer dans cette confusion : personne n’a attendu le christianisme pour comprendre qu’un homme doit travailler sur lui, je pense que nous serons d’accord sur ce point. Les philosophes grecs, tout de même, pour ne parler que d’eux…

Irena Adler

‎ »Ils ne sont pas chrétiens, les Roms ? Chrétien, Descartes ? »
Oui Descartes est Occidental, il fait partie du monde judéo-chrétien. Les philosophes grecs sont pré-Occidentaux, ils font partie de notre héritage et de notre culture… en tant qu’individus judéo-chrétien. Nous ne partageons rien de tout cela avec les Rom. Donc converti ou pas au catholicisme, un Rom n’a pas droit de Cité chez nous au sens antique, du moins pas tant qu’il se considèrera lui-même comme un ennemi de l’Occident. Bien sûr que le Christianisme, ce n’est pas qu’une question de catéchisme. C’est l’acculturation (et l’acclimatation) qui va avec, aussi et surtout.

Pascal Labeuche En faire partie, ce n’est pas l’être ! Nous avons encore le choix de notre foi, que diable ! De plus, l’Occident ne peut se circonscrire au christianisme, qui lui-même doit tout non seulement au judaïsme, certes, mais aussi aux civilisations grecques et romaines (sans parler des conquêtes franques)

Irena Adler Je n’ai pas dit que le christianisme devait tout au judaïsme, putain, me faites pas dire ce que je ne pense pas !

Pour le reste vous avez décidé de n’être pas d’accord avec moi tout en pensant au fond la même chose, qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?

Pascal Labeuche Digne de figurer en une du Monde, cette causerie de sourds ! Mais j’vous aime bien, hein !

Irena Adler Moi aussi j’vous aime bien.

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