The void of Doubt

Je dirai une chose encore l’intention de tous les persécuteurs de certitudes : ce sont eux les indéracinables, en vérité, eux qui n’ont jamais connu le doute.

Car le doute est un poison qui ne peut sembler raffiné qu’à ceux qui en prennent très peu à la fois.

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Retour à la fiction (pour vous, un avant-goût)


La Grande Chevauchée de la Postérité. Monté sur le Pégase romantique, Hugo, « roi des Hugolâtres, armé de sa bonne lame de Tolède et portant la bannière de Notre-Dame de Paris », emmène en croupe Théophile Gautier, Cassagnac, Francis Wey et Paul Fouché. Eugène Sue fait effort pour se hisser à leur niveau et A. Dumas presse le pas, tandis que Lamartine, dans les nuages, se « livre à ses méditations politiques, poétiques et religieuses. » Gravure satirique de Benjamin Roubaud.
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Confessions d’un Xénophage

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Je me souviens une blague de prof’ – entendue autrefois au cours privé catholique St Quentin  – collège très sélect – de Mottes-lès-Vallons : « Ne pas confondre philantrope et haltérophile !». Le gars – un prof’ de gym’ – était assez costaud, ancien champion d’athlétisme : cela séduisait fort nous autres les petits garçons maigrelets à qui nos mères avaient instillé la peur de nous battre. « Dans la vie je serai misanthrope ! », nous persuadions-nous tous, « Plus tard, je serai redoutable ! », « Je serai cynique, désabusé et xénophobe ! », nous promettions-nous les uns aux autres en contemplant les portraits sulfureux de Céline, Rebatet et Hitler, nos anti-héros réactionnaires préférés. – Ils étaient, en vérité, les seuls mortels, à notre connaissance, capables d’électriser de colère et de haine les meilleurs, les plus chrétiens, de nos parents, – quelle preuve supplémentaire, vous demandais-je, avions-nous besoin pour attester de leur sainteté ?

Malgré tous nos efforts, hélas, le bon naturel revenait inéluctablement au galop. Enfin, cela c’était du moins ce en quoi tout le monde croyait encore, à l’époque… – mais gare aux sagesses de vieilles femmes : elles ne valent guère pour les vrais hommes, par définition ! Les autres, oui, pour ce que j’en sais, il semble bien, effectivement, qu’ils soient demeurés bons à tondre – et tendres à cœur – comme autant de petits agneaux. En ce qui me concerne, en revanche, c’est plus douteux… Disons que j’ai aujourd’hui un certain nombre de bricoles à me reprocher… peut-être même n’est-ce pas fini ! Quoique, je me soigne… Quand à mes anciens camarades, en un sens, peut-être ne sont-ils jamais entrés véritablement dans l’économie du péché, non par vertu, mais uniquement parce qu’ils ont fini par perdre le contact avec cet arrière-monde obscur qu’est la Morale… – parfois j’ai l’impression que chez mes contemporains le sens du péché – le sentiment brûlant de la honte qui lui est attaché, aussi – est lié à l’enfance, et disparaît avec icelle. Bref, je suppose que la vie absurde du Moderne ayant fini de leur ôter tout rudiment d’éducation religieuse, ils ont aussi perdu la capacité à voir le Mal qui aurait pu éventuellement les conduire à continuer de le convoiter.

Moi pas. Moi au contraire. J’ai commencé ma fulgurante carrière de salaud, à l’heure où les autres s’émancipaient de l’enseignement des bons-pères, en me passionnant pour la religion. Alors que j’avais eu fait, de mémoire de curé, le moins sérieux des enfants de chœur, l’adolescent qui naquit de mes hormones, au lieu de courir les filles, se piqua de devenir incollable concernant toutes les questions de théologie. Cela devait amuser mon esprit scientifique, c’était un peu comme une marotte, un hochet, un casse-tête… un jeu. Un jeu dont le but (mon but) secret était de parvenir à faire dire ce que je voulais à Dieu. – Attention ! Sachez bien que je me défendais bec et ongles de vouer un tel but à mes très-nobles pérégrinations théologiques ! – y compris contre moi-même. Non, je ne répugnais point à me mentir à moi-même en cas de besoin – , si bien que personne ne parvint jamais à me faire honte de ma lubie – du moins aussi longtemps qu’elle me tint au corps. Quand j’eus fait le tour de la théologie, naturellement, je fis don à mes camarades athées de ma formidable connaissance acquise, et pour leur plus grand bonheur ils la piétinèrent à ma place. Cependant l’espace de liberté intellectuelle totale nécessaire à l’épanouissement du Mal était aménagé en moi. Les athées me rendaient service en s’occupant de nettoyer les décombres de la monstrueuse dépouille de Dieu qui encombraient la fertile plaine Armaggeddon de mon Ego.

Je dis qu’en mon jeune temps, je flirtais avec Blaise Pascal et les Jésuites au lieu de courir la gueuse… ceci n’est pas tout à fait vrai. En fait, de ne jamais baisser les yeux sur les seins des pucelles induisait – par une espèce de répercussion maline –, qu’elles fuyaient devant les autres – qu’elles prenaient pour des satyres – et couraient après moi. Je leur parlais de Saint Augustin et elles entrouvraient la bouche, j’enchaînais sur Abélard de Clairvaux au moment crucial où il aurait fallu les embrasser… Et croyez-moi ou non, les lycéennes en jouissaient ! Les chastes lycéennes à qui leur corps se transformant faisait peur, sans entrave – pour si peu ! – atteignait déjà l’orgasme ultime, – que toutes les caresses appuyées du monde, à cette époque de leur vie, n’auraient pas réussi à leur donner ! Et ce phénomène mystérieux faisait baver d’envie mes frères de condition ; et cet injuste état des choses, quand j’en plaisantais avec mes compagnons, m’attirait leur estime immodérée, et même une sorte de crainte religieuse. Car un Saint qui se serait vu ainsi cerné par les petites chattes, en aurait conçu une haine de la chair d’autant supérieure : il les aurait vues présentée à lui par le Seigneur-Diable pour le tenter. Mais moi, pauvre pécheur, à qui la piété n’avait rien retranché entre les jambes, et qui ne manquais pas de profiter des plus jolies de mes vulnérable aubaines, je ne me mettais pas martel en tête… Je n’en éprouvais pas même la moindre culpabilité ! Au contraire, je ne pouvais m’empêcher – sans doute le jeune âge – de voir-là comme une sorte de rétribution divine. Un peu comme si ma grande élection indubitable se trouvait tout naturellement récompensée par un succès d’estime général. Quoique je ne pouvais m’empêcher de penser aussi, quelque part, que je n’avais pas encore atteint mon sommet : et la preuve en était à mes yeux que les gourgandines boutonneuses qui papillonnaient autour de moi ne me suscitaient guère de pulsions conséquentes. Ces filles trop faciles n’avaient que bien peu de saveur, décidément.

« Ne pas confondre philantrope et haltérophile !» – Ha ha ! Oui, j’étais déjà très fort à cette époque ; mais bien moins encore, certes, que je n’étais amené, comme je le subodorais, à devenir par la suite ! Non pas que j’aie jamais fréquenté assidûment les salles de sport, non. Ma musculature n’avait point besoin de s’exercer sur la fonte pour se développer. – Manger de la viande rouge, cela suffit à ton âge pour profiter, disait ma grand-mère ; en cela elle n’avait pas tort ! Donc, je n’étais ni haltérophile ni philanthrope à proprement parler, et pourtant je ressemblais de façon troublante aux deux : j’étais, exactement, ce que j’avais moi-même théorisé comme un « Xénophage ». Un type qui tire son énergie vitale de la substance d’autrui, à force d’empathie et de commisération chrétienne, de charisme aussi : bref en le captivant.

68, année hérétique !

Missive à l’intention des soixante-huitards

Je dédie ce texte à Mano Solo et à son père, Cabu.
– Tous les deux ayant vécu dans l’erreur.

Bande de vieux connards… A cracher sur leurs enfants en permanence… la jeunesse, que vous le vouliez ou non, ce n’est plus vous. Et vos enfants, ils vous mettent en moyenne une trentaine de points de QI dans le cul, ce pourquoi peut-être ils sont plus aptes à la contemplation et à la lecture, et ne se jettent pas partout, tête la première, dans des pseudo révolutions débiles à 360° sur eux-mêmes qui ne seraient jamais susceptibles que de les ramener là d’où ils viennent, c’est-à-dire chez papa-maman.

Aux enfants des vampires monopolisant l’Eternelle Jeunesse, il ne reste, s’ils sont courageux, qu’à penser à la mort à la place de leurs vieux sans sagesse, et à devenir vieux à leur place – comme des personnages beckettiens… Aux enfants des vaniteux qui ont prétendu « apprendre aux autres à apprendre », « apprendre aux autres à se révolter », il ne reste, s’ils sont effectivement révoltés, qu’à devenir réactionnaires, c’est-à-dire reprendre la course de l’évolution « A Rebours » : remettre sur pieds l’ordre bourgeois.

Facile, facile, de votre part, de critiquer ceux qui, à petits-coups d’efforts humbles, tentent patiemment de tout reconstruire derrière la génération de ceux qui ont tout détruit. On ne reconstruit pas en un jour la Rome que vous vous êtes amusés, tel un château de sable, à piétiner…

Vous-mêmes, étiez dans l’ombre de la génération de vos parents qui avait fait la guerre. Et depuis cette époque vous n’avez pas eu d’autre obsession que de faire tout ce qui était en votre pouvoir pour être à même un jour, vous aussi, à leur image, d’écraser du poids de votre propre supposée expérience originale de la vie, la génération de vos enfants.

En l’absence « d’une bonne guerre » pour faire de vous des héros à l’image des vrais Résistants qui avaient des couilles, vous avez entrepris une remise-en-cause de tout ce qui existait, qui n’a laissé que de la terre brûlée où s’enraciner, pour votre progéniture. Alors que ceux qui avaient fait la guerre n’étaient pas dans la parlotte mais dans l’action : ce pourquoi ils étaient un vrai exemple de courage à suivre et non pas comme vous des donneurs de leçons, des écrivains de mots-d’ordres – la plupart du temps planqués derrière le luxe de la bonne-éducation et de la haute extraction sociale.

Cette éducation traditionnelle, sévère et juste, élitiste en un mot, qui vous avait permis en votre temps de vous émanciper d’un certain nombre d’idées reçues à la mode [Quand on réalise que c’est là tout ce en quoi consiste votre orgueil, au fond, on réalise combien effectivement vous nous dépassez en superficialité !] ; cette bonne éducation que vous aviez reçue, propre à vous nicher des étoiles dans la tête (et non pas réellement la tête dans les étoiles), sans pour autant, vieux brigands que vous êtes, vous faire perdre contact avec la terre des vaches, vous en avez, comble de la vilénie, privé les jeunes qui devaient venir vivre sur la terre après vous – et s’occuper d’elle !

Cette éducation « à coup de trique », avec référent paternel, visant à expurger le petit d’homme de la bête qui sommeillait en lui, cette éducation que Zemmour réclame aujourd’hui à nouveau à corps et à cris pour l’ensemble des enfants de la République, vous continuez, comme des mômes, sous couverts d’idéologies pédagogiques vaguement rousseauistes et d’amour, de vous rebeller contre, et de prétendre que ceux qui vous suivront ici-bas n’en n’ont pas besoin !

Or, hélas, c’est ainsi, en refusant d’incarner pour eux, à votre tour, l’image du Père (et donc l’image du Mal), que vous avez rendus inaptes à la vie les plus « couronnés » d’entre eux ! C’est parce que vous avez refusé de prendre votre tour dans le manège des générations, c’est parce que vous refusez de vous voir dépassés par eux (même si la plupart du temps, aux yeux de Dieu, je vous assure qu’ils vous dépassent), que ces jeunes se voient obligés de réfugier leur génie, quand ils en ont, dans le virtuel et l’invisibilité – et vous laissent à contre-cœur le monde des apparences puisque vous l’avez trusté jusqu’à l’os.

Vous avez élevé vos enfants comme des Oblomov ou des Néron, en total dépit du bon-sens. Ils ont été comme des rats de laboratoire pour vous… Vous avez expérimenté tout et n’importe quoi sur la nature humaine, comme si un jardinier essayait de faire pousser des tomates en mélangeant du Destop à son terreau! Et, après coup, vous osez vous plaindre de ce que vos enfants soient moins « sympas » que vous ? – vous les résistants de la première heure contre la tyrannie des pâquerettes ?

Vos enfants, les enfants des 68-ards, quand ils sont arrivés à l’âge adulte, quand ils se sont retrouvés confrontés au monde du travail concentrationnaire que vous leur aviez laissé, ils se sont mangé un mur réel de violence indicible dans les dents par votre faute. En vous faisant passer pour des saints laïques, vous ne leur avez pas appris à se méfier d’autrui. En ne leur ayant jamais appris à défendre leur beefsteak, vous les avez envoyés au casse-pipe. Ils se sont retrouvés comme des indiens dans la ville : la modernité, l’histoire récente de l’occident, leur étaient devenues incompréhensibles. Ils avaient été conçus pour un monde idéal de paix et de simplicité, et ce à quoi ils devaient faire face était un monde d’une complexité telle que même vous, avec vos petites valeurs bourgeoises, n’aviez plus les moyens mentaux pour le comprendre et en faire des concepts.

Si certains s’en sont sortis malgré tout et malgré vous, je peux vous assurer d’une chose : votre petitesse sans nom fait que vous n’avez de toute façon pas le jugement pour les juger, ni les yeux pour les voir. Ils planent si haut en-dehors du monde des apparences que seule leur fiente provient jusqu’à vous, et même leur fiente est trop immatérielle pour que sa salissure vous soit sensible.

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A présent, je vous livre le fil de conversation de cet article (sur FB), parce que, vraiment, je trouve qu’il vaut le jus :



Sarkozy était un philosophe… :/

« Connais-toi toi-même, je n’ai jamais rien entendu de plus con. » (Nicolas Sarkozy)

Je ne savais pas que Sarkozy était philosophe. Son assertion est très fine, en vérité, puisqu’elle le légitime « philosophiquement » à être tout ce qu’il est déjà.

De plus, il n’y a rien d’absurde ni même d’irrationnel à prétendre tourner le dos au « Connais-toi toi-même », puisque personne, que je sache, ne fut jamais en mesure de « prouver » (scientifiquement parlant) l’existence a-priori du « moi » (au même titre que celle de l’âme). – Il n’y a qu’à lire l’excellente charge d’Onfray contre Freud pour se rendre compte qu’en la matière, il n’existe aucune certitude. L’existence posée de la « personnalité » chez l’homme, conçue comme fixe et irréductible, est encore un mythe : elle reste à démontrer. – A noter d’ailleurs que la quête effrénée de leur identité-propre (a.k.a, d’une éventuelle définition « supérieure », métaphysique, d’eux-mêmes) mène systématiquement les individus à une aporie logique, quand ce n’est pas à un épisode de dépersonnalisation. [Pour s’en convaincre, consulter la biographie de Blaise Pascal – ou comment le mathématicien auvergnat, de retour de sa grande « mise en abîme » personnelle, s’avisa que s’il ne postulait pas l’existence de Dieu a-priori, alors plus rien au monde n’aurait jamais de sens, et lui-même devrait renoncer à penser.]

Les péripathéticiens

Mon problème est que beaucoup (beaucoup trop?) de monde s’accorde à apprécier un certain nombre d’auteurs que j’aime. Et pour autant, combien y’en a-t-il, parmi ces fiers amateurs, que je ne pourrais pas, dans leur vie de tous les jours, dans leurs propos, même écrits sur le net à la vue de tout de monde, prendre en flagrant délit de trahison au moins trois fois par jour, de ce en quoi ils disent croire et des haut idéaux qu’ils disent servir et louer ?

C’est alors qu’on s’aperçoit que ce n’est pas parce qu’une autorité intellectuelle supposément reconnue de tous a pu, par le passé, graver un certain nombre de réflexions très justes dans la pierre de la postérité, qu’il est pour autant superflu, lorsque l’occasion se présente, de remettre sa pensée en marche…

C’est la grande différence entre le minéral et le vivant : il est relativement aisé de trouver un diamant parfait, presque autant que de dénicher, dans les entrailles poussiéreuses d’une vénérable bibliothèque, un essai de philosophie-politique « parfait » (comprendre, « sans peur » sur le fond, et « sans reproches » sur la forme). Mais les hommes ? Il est déjà si difficile (en tant qu’hommes) de nous accorder sur ce que serait pour un homme d’atteindre « la perfection »! Aurions-nous même, s’Il existait, les yeux pour le voir ?

Face à une bibliothèque, je me dis : « Toutes les vérités ne sont-elles pas mille fois dites ? La Solution à tout n’est-elle pas ici mise entre nos mains, et nos problèmes humains ne découlent-ils pas de ce que nous ne parvenons pas à tout lire et tout assimiler ? …Le monde, au fond, ne serait-il pas parfait sans nos lacune intellectuelles ? »

Quand face au monde (à la Création), je me dis : « Quel chaos, quel mystère ! Où est le Nord ? Qui a raison, qui a tord ? Qui est bon, qui est mauvais ? Quand on a raison, est-on bon ? Et ceux qui sont bons en ayant tord ? Et ceux qui sont mauvais en ayant raison ? Doit-on espérer des gens mauvais qu’ils aient tort ? Et ces questions on-t-elle un sens ? Peut-on sacrifier la vie aux idées ? Ou les idées sont-elles un luxe superflu, qui n’est pas nécessaire pour vivre ? Mais vivre dans un monde dénué de sens, est-ce désirable ? Que doit-on penser des gens à qui cela semble intolérable, voire impossible ? A écouter ces gens, le Sens prime à la vie. Tout est-il donc Ecrit ? Ou bien c’est à travers les action, dans le mouvement de la vie, que le sens des écrits se révèle ? Et si je trouvais la Vérité, jusqu’où pourrais-je l’imposer à mes contemporains sans les contraindre et leur manquer de respect et d’amour ? Ou bien cette Vérité, si elle existait, s’imposerait-elle d’elle-même ? Mais alors pourquoi les vérités qui sont dans les livres ne s’imposent-elles pas d’elles-mêmes à l’esprit des gens, mais sont encore et toujours à ré-exposer ? « 

C’est bien de retour face à la Création que toutes les questions Essentielles réintègrent leur sens et se posent… et c’est pourtant là que les « Grands Auteurs » et toutes les Vérités des livres sont en exil ou bien ne se trouvent ordinairement pas.

Toutes ces grandes valeurs (Liberté! Justice! Honneur! Foi! Courage! Sainteté!) dont nous allons chercher la gracieuse présence dans les livres, elles n’ont pourtant, la plupart du temps, de définition que relative et dynamique : c’est l’épreuve du feu seule qui peut nous en révéler la force et l’identité. Le visage sous lequel nous les adorons dans les livres, est rarement celui que ces Divinités nous présentent au quotidien pour nous éprouver, ce pourquoi nous nous croyons à tort abandonnés d’elles, alors que nous n’avons simplement pas les yeux pour voir. Nous n’avons seulement que les oreilles en entonnoir pour recevoir la Parole, et la bouche en égout pour la recracher.

Ainsi quand Jésus vint parler de leur Dieu aux Pharisiens, ils ne le reconnurent pas : car ils répugnaient trop à se voir dans la peau de ceux qui chaque jour où ils s’étaient cru à l’abri de Son jugement en demeurant dans Son culte, en vérité L’avaient offensé. Socrate, Père de la philosophie que l’on voudrait si souvent détrôner, n’a pas voulu expliquer autre chose en n’écrivant pas. Et pourtant son Eglise continue à mépriser l’humilité de la parole et à imprimer des livres à reliure d’or, en arguant que le silence des bibliothèques est d’or, quand la parole du prophète est d’argent [ce qui est un contresens].

***

Vous me dites que du dialogue entre Marc Alpozzo et moi, vous ne retirez rien. Je dis : soit.
Vous me dites que vous préférez lire la philosophie dans les livres, vous me dites qu’ici n’est pas le lieu – que je ne suis pas un philosophe suffisamment reconnu pour que vous perdiez votre temps à lire sous ma plume ce qu’ailleurs et en d’autres temps d’autres auteurs (Anna Arendt par exemple) ont pu dire mieux et plus longuement.

Je n’ai rien à vous répondre. A part que moi, je ne lis pas la philosophie dans les textes. Je me contente de la pratiquer, sous la forme d’un combat et d’une interrogation.

Je suppose que vous êtes bien au-dessus de ce qui m’interroge moi (et qui intéresse Marc Alpozzo). Mais peut-être un jour viendrai-je chez vous poser les bonnes questions : celles que vous jugerez « importantes »… et alors peut-être comprendrez-vous la raison pour laquelle j’attache tant d’importance à l’agôn ?

Que dire ? Vous tapez réellement là où ça fait mal… Puisque j’aime le matériau « vivant », quel prix en effet accorder à ce que je consigne sur CAER de mes joutes sur FB, puisque sur CAER par définition, ce matériau devient « mort » ?

Après, question contenu, au moins en ce qui me concerne, ce que je dis est sensiblement du niveau de ce que dit Zemmour, ni plus ni moins… Mais moi j’aime beaucoup Zemmour ! Je ne vois rien de méprisable à cela ! Aimez-vous ce que dit Zemmour ? Que pensez-vous de lui ?

Car à ce propos justement, je vous dirai que la question de la valeur-ajoutée de la présence de Zemmour dans un débat télévisuel, est sensiblement du même ordre, à mon sens, que celle de la valeur-ajoutée sur un blog (par rapport à l’article péremptoire lambda), d’un dialogue rapporté entre le blogueur et ses opposants.

Nous avions autrefois d’une part le petit microcosme parisien qui se passait les plats, et de l’autre les érudits qui crachaient dedans, se considérant, avec plaisir, exclus de ces salons-là à cause de leur supériorité intellectuelle manifeste. Tant que les journaleux et les parigots gauchos s’endormaient sur leurs lauriers, ils n’avaient pas tort. Mais voilà que Z comme Zemmour est arrivé, et a confronté les propos des uns avec ceux des autres. Le dialogue a été rétabli entre des milieux qui étaient forts heureux auparavant de se mutuellement exclure, et cela n’a vraiment plu à aucun d’entre ces membres-là des « deux étendards » de l’Elite. Cela n’a plu qu’au téléspectateur français lambda exclu depuis toujours du débat, qui se trouva soudain rétabli dans sa fonction primitive de Roi de la République, en maître des jeux du cirque. Enfin les « Elites » se battaient (et s’auto-neutralisaient entre elles) pour ses beaux yeux : pour le conquérir. Au responsable de son rétablissement sans ses privilèges, échut donc la préférence tout-naturelle du peuple : Zemmour et tous les autres « dissidents » du système médiatique français firent recette.

Ma propre pratique de l’agôn vise ce même but. Que penser de la parole d’un propriétaire de blog s’il en est le seul auteur ? Ne s’y positionne-t-il pas, dans la mesure où les blogs politiques ont un peu vocation à faire le procès du monde tel qu’il va, à la fois en tant que juge et parti ? Un auteur qui partagerait au contraire, et de bonne grâce, le maigre espace où il tient la vedette, avec des représentant de son « opposition », ne serait-il pas, de fait, un auteur bien plus courageux ? Or il est plus important qu’on croit d’être à même de donner la preuve de son courage, lorsqu’on écrit (surtout de la politique), car alors lorsqu’on utilise le mot « courage », le public se souvient d’office que l’auteur sait ce que c’est.

Il en va de même avec l’emploi des mots « justice », « liberté de ton », « esprit critique », « originalité » et autre… Si l’auteur se conçoit comme un enseignant, il doit se souvenir qu’on enseigne mieux en donnant l’exemple quand faisant des sermons. Plus encore, un auteur de mauvais poil, en apparence peu généreux et très-impitoyable, s’il peut régulièrement donner la preuve à ses lecteurs qu’en ce monde sa parole est plus souvent dans le box des accusés que dans celui du procureur, alors même si, dans l’intimité de sa minuscule antre webienne, il se conduit – pour se défouler – en accusateur impitoyable et en tyran, ses lecteurs attentifs ne l’oublieront pas.

A coups de trique ! (Et pis c’est tout !)

Jacques-Armand du Gâtinais : Zemmour semble reprendre à l’envers la position des pédagogistes : quand eux disent que l’éducation n’est absolument pas rapport de force, Zemmour dit qu’elle n’est que cela, et donc qu’elle est un dressage. Je crois qu’il se trompe. Le but du dressage, c’est d’apprendre à un animal à être vivable (par exemple en lui apprenant à se retenir) et utile (par exemple un chien qui apporte le journal). L’éducation comprend le même but, mais ce n’est pas le seul. S’il y a bien une part de dressage dans l’éducation, ce n’est pas seulement pour apprendre à un enfant à vivre en société, mais aussi et surtout pour lui apprendre à être libre, c’est-à-dire autonome. Un animal dressé n’est jamais autonome, parce que le dressage ne vise pas cette finalité. L’éducation, si. Par conséquent, je dirais que la position la plus pertinente sur le sujet est à mi-chemin entre deux excès, entre la mollesse bien-pensante pédagogiste et l’autoritarisme du dressage. Guillaume Faye avait fait la même erreur je ne sais plus où.

Fernão de Magalhães : La position la plus pertinente est souvent à la mi-chemin entre deux excès, mais quand un excès a pris beaucoup de terrain, il faut donner de grands coups avec l’autre.

  • Irena d’Adler: Oui, sauf que l’enfant indiscipliné porte déjà en lui, très fort, ce désir d’être libre. Le désir d’autonomie et de liberté est en quelque sorte déjà compris dans le logiciel humain. L’éducation est faite pour apprendre à ces petites bêtes à se tenir droit. Car sans rigueur, sans travail, sans peine, l’indiscipline tue dans l’œuf tout talent naturel, détruit l’intelligence, et empêche d’en récolter les fruits. Seuls les pédagogues dégénérés d’aujourd’hui ont la prétention folle « d’apprendre aux élèves à apprendre »… Cette formule ressemble au « il est interdit d’interdire » de mai 68 : il y a une aporie logique, comprenez-vous, qui se loge, tel un cancer, là-dedans.

    Quant à la volonté sans cesse affichée d’ « apprendre aux jeunes à penser par eux-même », pour moi il s’agit simplement d’un sophisme de plus; dont la vocation secrète est de permettre (au contraire) un endoctrinement qui ne dit pas son nom… Comme si le professeur qui apprenait à l’enfant à penser ne se comptait pas lui-même, et ses propres désirs, et ses ordres affichés, et ses propres désordres mal compris, comme une contrainte extérieure susceptible de perturber le jeune esprit en formation dans son évolution naturelle ! Si cela n’est pas du totalitarisme en puissance, alors rien n’en est. – Rien de pire, pourtant, que l’autorité qui refuse d’être considérée comme telle, puisque, de fait, elle n’engendre que non-dits et tabous.

    Plus encore, il me semble que les individus qui sont faits pour penser par eux-mêmes (chose rare ; par démagogie on l’oublie trop!) développent de telles facultés avec l’expérience et le temps, en réaction à une certaine adversité et par définition spontanément : sans aide. – Etant donné que l’originalité esseule, il faut bien pour qu’un homme en vienne à s’éloigner du troupeau, généralement, que sa chaleur rassurante lui soit d’une façon ou d’une autre refusée…

    C’est paradoxalement l’éducation trop lâche, trop maternante, trop « gentille », et pas assez musclée qui, loin de permettre à l’enfant d’apprendre en douceur à penser par lui-même, lui donne l’illusion qu’il pourra éternellement se maintenir dans la vie sans jamais avoir à se soucier de sa survie. – Or facilité n’est pas mère d’intelligence, et illusion de facilité encore moins.

    Or, lorsque l’âge adulte arrive… et n’étant aucunement préparé au pire, c’est un mur de violence indicible et d’incompréhension que le jeune trop choyé se prend dans la gueule : le monde est injuste, crie-t-il à tue-tête, et l’humanité des gens bien-adaptés, l’humanité qui se perpétue machinalement dans l’être, se moque de lui, géniteurs y compris, bien que ces derniers soient la cause première du scandale…

    Loin d’avoir protégé ses enfants, la cohorte des éducateurs qui s’est montrée trop lâche pour présenter aux jeunes la vie telle qu’elle est, à coups de belles idées, les a envoyés au casse-pipe. A n’avoir pas eu les couilles d’incarner l’autorité/l’image du Mâle/le Mal, ils ont condamné leurs petits à une vie d’échecs cuisants. Cela n’est ni de l’amour, ni de la douceur : c’est tout simplement du crime.

    Un peu de restriction dans les désirs habitue le futur homme à se soucier des problèmes matériels… Un peu d’injustice assumée au foyer, et moins de prétention idiote à l’exemplarité/la sainteté (religieuse ou laïque) de la part des parents, prépare l’enfant à affronter la bêtise et la méchanceté d’autrui, qui sont l’une des grandes épreuves de ce monde. Un peu de méfiance à l’égard de sa propre famille biologique, en lieu et place de « l’amour à tous les étages qui résout tout », prépare le jeune à se méfier des diverses familles de substitutions que lui offriront plus tard la société (partis/état/entreprises/religions).