Retour à la fiction (pour vous, un avant-goût)


La Grande Chevauchée de la Postérité. Monté sur le Pégase romantique, Hugo, « roi des Hugolâtres, armé de sa bonne lame de Tolède et portant la bannière de Notre-Dame de Paris », emmène en croupe Théophile Gautier, Cassagnac, Francis Wey et Paul Fouché. Eugène Sue fait effort pour se hisser à leur niveau et A. Dumas presse le pas, tandis que Lamartine, dans les nuages, se « livre à ses méditations politiques, poétiques et religieuses. » Gravure satirique de Benjamin Roubaud.
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Confessions d’un Xénophage

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Je me souviens une blague de prof’ – entendue autrefois au cours privé catholique St Quentin  – collège très sélect – de Mottes-lès-Vallons : « Ne pas confondre philantrope et haltérophile !». Le gars – un prof’ de gym’ – était assez costaud, ancien champion d’athlétisme : cela séduisait fort nous autres les petits garçons maigrelets à qui nos mères avaient instillé la peur de nous battre. « Dans la vie je serai misanthrope ! », nous persuadions-nous tous, « Plus tard, je serai redoutable ! », « Je serai cynique, désabusé et xénophobe ! », nous promettions-nous les uns aux autres en contemplant les portraits sulfureux de Céline, Rebatet et Hitler, nos anti-héros réactionnaires préférés. – Ils étaient, en vérité, les seuls mortels, à notre connaissance, capables d’électriser de colère et de haine les meilleurs, les plus chrétiens, de nos parents, – quelle preuve supplémentaire, vous demandais-je, avions-nous besoin pour attester de leur sainteté ?

Malgré tous nos efforts, hélas, le bon naturel revenait inéluctablement au galop. Enfin, cela c’était du moins ce en quoi tout le monde croyait encore, à l’époque… – mais gare aux sagesses de vieilles femmes : elles ne valent guère pour les vrais hommes, par définition ! Les autres, oui, pour ce que j’en sais, il semble bien, effectivement, qu’ils soient demeurés bons à tondre – et tendres à cœur – comme autant de petits agneaux. En ce qui me concerne, en revanche, c’est plus douteux… Disons que j’ai aujourd’hui un certain nombre de bricoles à me reprocher… peut-être même n’est-ce pas fini ! Quoique, je me soigne… Quand à mes anciens camarades, en un sens, peut-être ne sont-ils jamais entrés véritablement dans l’économie du péché, non par vertu, mais uniquement parce qu’ils ont fini par perdre le contact avec cet arrière-monde obscur qu’est la Morale… – parfois j’ai l’impression que chez mes contemporains le sens du péché – le sentiment brûlant de la honte qui lui est attaché, aussi – est lié à l’enfance, et disparaît avec icelle. Bref, je suppose que la vie absurde du Moderne ayant fini de leur ôter tout rudiment d’éducation religieuse, ils ont aussi perdu la capacité à voir le Mal qui aurait pu éventuellement les conduire à continuer de le convoiter.

Moi pas. Moi au contraire. J’ai commencé ma fulgurante carrière de salaud, à l’heure où les autres s’émancipaient de l’enseignement des bons-pères, en me passionnant pour la religion. Alors que j’avais eu fait, de mémoire de curé, le moins sérieux des enfants de chœur, l’adolescent qui naquit de mes hormones, au lieu de courir les filles, se piqua de devenir incollable concernant toutes les questions de théologie. Cela devait amuser mon esprit scientifique, c’était un peu comme une marotte, un hochet, un casse-tête… un jeu. Un jeu dont le but (mon but) secret était de parvenir à faire dire ce que je voulais à Dieu. – Attention ! Sachez bien que je me défendais bec et ongles de vouer un tel but à mes très-nobles pérégrinations théologiques ! – y compris contre moi-même. Non, je ne répugnais point à me mentir à moi-même en cas de besoin – , si bien que personne ne parvint jamais à me faire honte de ma lubie – du moins aussi longtemps qu’elle me tint au corps. Quand j’eus fait le tour de la théologie, naturellement, je fis don à mes camarades athées de ma formidable connaissance acquise, et pour leur plus grand bonheur ils la piétinèrent à ma place. Cependant l’espace de liberté intellectuelle totale nécessaire à l’épanouissement du Mal était aménagé en moi. Les athées me rendaient service en s’occupant de nettoyer les décombres de la monstrueuse dépouille de Dieu qui encombraient la fertile plaine Armaggeddon de mon Ego.

Je dis qu’en mon jeune temps, je flirtais avec Blaise Pascal et les Jésuites au lieu de courir la gueuse… ceci n’est pas tout à fait vrai. En fait, de ne jamais baisser les yeux sur les seins des pucelles induisait – par une espèce de répercussion maline –, qu’elles fuyaient devant les autres – qu’elles prenaient pour des satyres – et couraient après moi. Je leur parlais de Saint Augustin et elles entrouvraient la bouche, j’enchaînais sur Abélard de Clairvaux au moment crucial où il aurait fallu les embrasser… Et croyez-moi ou non, les lycéennes en jouissaient ! Les chastes lycéennes à qui leur corps se transformant faisait peur, sans entrave – pour si peu ! – atteignait déjà l’orgasme ultime, – que toutes les caresses appuyées du monde, à cette époque de leur vie, n’auraient pas réussi à leur donner ! Et ce phénomène mystérieux faisait baver d’envie mes frères de condition ; et cet injuste état des choses, quand j’en plaisantais avec mes compagnons, m’attirait leur estime immodérée, et même une sorte de crainte religieuse. Car un Saint qui se serait vu ainsi cerné par les petites chattes, en aurait conçu une haine de la chair d’autant supérieure : il les aurait vues présentée à lui par le Seigneur-Diable pour le tenter. Mais moi, pauvre pécheur, à qui la piété n’avait rien retranché entre les jambes, et qui ne manquais pas de profiter des plus jolies de mes vulnérable aubaines, je ne me mettais pas martel en tête… Je n’en éprouvais pas même la moindre culpabilité ! Au contraire, je ne pouvais m’empêcher – sans doute le jeune âge – de voir-là comme une sorte de rétribution divine. Un peu comme si ma grande élection indubitable se trouvait tout naturellement récompensée par un succès d’estime général. Quoique je ne pouvais m’empêcher de penser aussi, quelque part, que je n’avais pas encore atteint mon sommet : et la preuve en était à mes yeux que les gourgandines boutonneuses qui papillonnaient autour de moi ne me suscitaient guère de pulsions conséquentes. Ces filles trop faciles n’avaient que bien peu de saveur, décidément.

« Ne pas confondre philantrope et haltérophile !» – Ha ha ! Oui, j’étais déjà très fort à cette époque ; mais bien moins encore, certes, que je n’étais amené, comme je le subodorais, à devenir par la suite ! Non pas que j’aie jamais fréquenté assidûment les salles de sport, non. Ma musculature n’avait point besoin de s’exercer sur la fonte pour se développer. – Manger de la viande rouge, cela suffit à ton âge pour profiter, disait ma grand-mère ; en cela elle n’avait pas tort ! Donc, je n’étais ni haltérophile ni philanthrope à proprement parler, et pourtant je ressemblais de façon troublante aux deux : j’étais, exactement, ce que j’avais moi-même théorisé comme un « Xénophage ». Un type qui tire son énergie vitale de la substance d’autrui, à force d’empathie et de commisération chrétienne, de charisme aussi : bref en le captivant.

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6 réflexions sur “Retour à la fiction (pour vous, un avant-goût)

  1. Mais je t’emmerde, Prolo. Tu ne vois pas que ce texte enrichi est un copié-collé ?

    Tu n’as pas envie de commenter le texte, ou tu le trouves nul? Allez crache ta Valda.

  2. Merci Guard ! Mais il semble vraiment qu’il n’y ait que toi qui apprécie quand je me livre à ça. C’est démoralisant.

    Bah, je vais continuer quand même parce que j’y crois.

  3. Mais non , mais non . Juste un moyen de vous reveiller sans caféine .
    Léger , grave , orageux , très raiponcien . Malgré tout , quelque chose sonne faux . Fort peu masculin . Non pas qu’il faille plus de poils ou de cojones , mais le ton est clairement féminin . Je sais , ce n’est pas votre faute . A la limite , je vois bien une ange-gardienne dressant le bilan de son protegé . Mais pas mauvais , en aucun cas , c’est juste comme Rambo en collants . J’attend de lire la suite . Et également « les nouvelles aventures de Constance et Wilhermy » .

    « C’est démoralisant »
    Genre . Vous vous nourrissez des éloges , maintenant ?!?

  4. Merci Prolo !!

     » « C’est démoralisant »
    Genre . Vous vous nourrissez des éloges , maintenant ?!?  »

    Chut ! Chuut ! Tais-toi !

    « Malgré tout , quelque chose sonne faux . Fort peu masculin . Non pas qu’il faille plus de poils ou de cojones , mais le ton est clairement féminin . Je sais , ce n’est pas votre faute . »

    « c’est juste comme Rambo en collants . »

    Graoôr !

    Je devrais peut-être prendre de la testostérone… M’enfin… et si on danse ? J’ai peur de n’être plus très présentable…

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