Petits schémas

Prenez une courbe exponentielle.
Posez que cette courbe exponentielle représente le progrès technique et intellectuel dans notre société.

Schéma 1

Même si cette courbe était valable pour, admettons, la période qui va du Moyen-Age à la fin du XXe, il paraît assez improbable qu’une accélération croissante de ce type puisse se maintenir. Car une telle progression exponentielle des avancées scientifiques n’impliquerait non pas un tranquille flot continu d’incroyables découvertes année après année et siècle après siècle, mais, à court terme, l’idée complètement absurde que les révolutions industrielles et intellectuelles pourraient se succéder les unes aux autres à la vitesse de la lumière, au moins.

Il faut donc logiquement se résoudre à admettre que la progression des savoirs et des sciences avance vraisemblablement par paliers successifs, liés entre eux par des phases d’apparent sommeil (type Moyen-Age), qui font office, comme en agriculture, de phases de ‘jachère’.

Schéma 2

On peut donc s’attendre à, voire constater, un certain ralentissement (proportionnel) du progrès technique et intellectuel en Occident, sans pour autant être décliniste, pessimiste, rabougri ou je ne sais quoi. Il suffit juste d’avoir un brin de bon-sens. Ce n’est pas pour autant qu’il y ait des raisons particulières de croire à un retour imminent ‘à la bougie’.

La vision des pessimistes compare en revanche la vie des sociétés humaines (et en particulier la nôtre) à la vie des organismes vivants. Ils s’imaginent donc que nous nous dirigeons vers la vieillesse et puis vers la mort.

Schéma 3

Une telle courbe est grosso-modo valable en ce qui concerne les diverses civilisations antiques aujourd’hui disparues, mais d’autres leur ont succédé, car elles avaient des ennemis extérieurs. Ce dernier point n’est plus le cas d’une civilisation comme la nôtre… – en effet, elle n’a plus d’ennemis extérieurs, dans la mesure où elle est devenue globale. La phase 4 en vert aurait autrefois correspondu à un tsunami de barbares (type Ostrogoths ou Attila) rasant tout sur son passage. De nos jours les seuls « barbares » connus supposément désireux de mettre à bas la société « globale » sont les musulmans. Or le fait-même que leur « lutte » soit financée par l’industrie pétrolière, et dirigée par des fils de Nababs, les rend entièrement dépendants du système boursier occidental, du commerce international, ainsi que de notre consommation de gaz-oil et de plastique. Des gens qui ne possèdent rien que des déserts de cailloux et de sable ne sont pas auto-suffisants. Au contraire, en tant que tel, ils sont les parasites du système qu’ils prétendent combattre, des scieurs de branches sur lesquelles ils sont assis… en un mot, le cancer de la civilisation unique !

Que conclure d’une telle perspective ? Soit les arabes sont les anges noirs vecteurs d’une prochaine apocalypse qui débouchera ni plus ni moins que sur la fin du monde, soit l’espèce humaine survivra (ce qui est le plus vraisemblable), et le savoir occidental avec… Passée une assez longue période d’obscurité et de guerres civiles, peut-être même l’Occident unique fortifié, une fois de plus, opèrera-t-il un bond technologique, intellectuel et artistique sans précédent…. [auquel cas le schéma précédent (le schéma n°2) reprend ses droits].

Ou pas. Toutes les solutions sont possibles. Objectivement, et sans défaitisme ni optimisme fou non plus.

***

A présent résolvons quelques petits problèmes d’ordre purement philosophique…

Les occidentaux des XIXe et XXe siècle (1ère et 2nde révolutions industrielles) ont été obsédés par l’idée qu’un « homme nouveau » était sur le point d’être créé. Sans doute le progrès technique, la démocratisation des savoirs, l’évolution des mœurs, la naissance de nouvelles esthétiques et tutti quanti, laissaient supposer à ces gens que leurs petits enfants vivraient dans un monde si profondément différent du leur, et où les contraintes et les facilités ne seraient tellement pas les mêmes, qu’ils devinaient déjà que ceux-ci seraient d’une nature non seulement totalement étrangère à eux, mais aussi complètement inédite. Et c’est bien ce qu’il s’est produit. Nous pouvons comprendre Nietzsche, certains ont même la capacité de saisir ‘l’âme’ des siècles passés… – en se projetant dans la subjectivité d’auteurs depuis longtemps morts, en plongeant retrouver une mémoire enfouie à l’intérieur d’eux-mêmes, comme dans un lac souterrain.. etc. Mais eux, ces ancêtres, et même Nietzsche qui était visionnaire et qui d’une certaine façon nous anticipait, jamais n’auraient pu non seulement prévoir précisément comment nous allions être, mais fort probablement, même si nous leur avions donné la possibilité de voyager dans le temps, n’auraient eu ‘dans les tripes’ suffisamment de capacité d’empathie, de libéralité et de longueur de vue, pour comprendre les extraterrestres que déjà nous sommes.

[Voyez déjà à quoi ressemble le fossé générationnel entre ceux qui ont vécu 68 et la jeunesse réac qui fleurit partout : on ne peut déjà plus appeler ça un fossé… c’est un grand canyon, un changement de planète ! Moi-même dont le père est un soixante-huitard endurci, je suis bien placée pour savoir qu’il est sans doute la personne au monde avec qui j’ai le plus de difficulté à communiquer. Moi à qui il a transmis son système idéologique d’explication du monde, je connais l’origine de ses croyances, je sais toutes les circonstances (atténuantes) qui l’ont amené à se forger une telle weltanschauung. Quand lui, ne désirant plus rien voir objectivement de la France telle que sa génération nous l’a laissée, et de la sphère virtuelle & intellectuelle dans laquelle j’évolue, n’est pas en mesure de concevoir qu’à la fois je puisse englober son savoir et lui tourner le dos. NDLA]

A présent, de quoi seront-ils faits, nos successeurs ? Ceux-là qui dans un monde sans doute encore un peu plus « médiéval » que le nôtre, car toujours plus ralentissant, sur le plan au moins des avancées intellectuelles, prendront sur eux malgré tout de relever le flambeau du culte des ancêtres et des livres ? Ils seront sans doute des avatars de ceux que Jünger a annoncé sous le nom générique d’Anarques. Ils seront des clercs isolés dans une tour [mentale ou non] d’ivoire [ou de marbre, NDLA] parmi la populace. La chose est quasi certaine : pour penser en paix, nos enfants devront avoir recours aux forêts. Mais l’ancienne question demeure : selon quelles modalités ?… au sens figuré ou bien au sens propre ? Toujours est-il que si la vie en société continue d’aller ainsi chez nous – culpabilisant toujours davantage les consciences rebelles – inféodant tant et plus les êtres pensants à des soucis prosaïques et vulgaires -, alors nous pouvons prévoir que les quelques individu capables de continuer d’affronter à contre-courant un tel fleuve d’adversité déchaîné, bien que peut-être moins nombreux que nous, nous seront vraisemblablement supérieurs en force ! … Car c’est la loi du genre, ainsi va le monde, et ce sont les grandes épreuves qui font les hommes de valeur, .. etc.

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Conclusion :

« Vous dites que vous n’êtes pas optimiste; puis que nous sommes supérieurs a nos ainés, que nous précédons le surhumain, qui est une bonne chose selon vous, et que le futur sera donc totalement différent du présent ; en concluant que le monde est monde sans rien de nouveau, éternel ?! »  – Une lectrice.

Oui, c’est exactement ce que je dis.

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6 réflexions sur “Petits schémas

  1. Bon , ben , vous avez assez bien saisi l’esprit de mes derniers com’ , peut-être un peu confus … Ravi de voir qu’il n’y avait pas tant de malentendus que ça !!!!!
    Je dois avouer que je ne m’attendait pas à un tel esprit de synthèse de votre part .

  2. Oui en fait nous sommes exactement sur la même longueur d’onde depuis le début tous les deux. Et je dois admettre vous avoir pris à rebrousse poil avant-hier uniquement pour des raisons indépendantes du contenu de votre intervention. En fait je m’étais juste levée de très mauvaise humeur. Mon compagnon dit que c’est à cause de la période de mois. … :/

  3. Ah, des graphiques… Voilà qui m’attire, et pourtant je ne suis pas matheux. :P

    Article intéressant, un peu de tout, l’art de faire une bonne cuisine avec des thèmes qui sont trop souvent distingués les uns des autres et que l’on ne traite pas assez ensemble, je trouve.
    Totalement d’accord pour 68 et les soixante-huitards. Il y a un fossé terrible entre eux et nous : la plupart des membres de leur génération vit dans une bulle, entre confort matériel douillet et convictions politiques confortables… Je désespère d’expliquer à mon oncle la situation actuelle dans les villes et dans les écoles, il y est quasiment aveugle, et pourtant il a été prof, comme quoi…

    « alors nous pouvons prévoir que les quelques individu capables de continuer d’affronter à contre-courant un tel fleuve d’adversité déchaîné, bien que peut-être moins nombreux que nous, nous seront vraisemblablement supérieurs en force ! … Car c’est la loi du genre, ainsi va le monde, et ce sont les grandes épreuves qui font les hommes de valeur, .. etc. »

    C’est peut-être pour cela que la présence d’allogènes fouteurs de bordel en Europe, présence massive qui plus est, est une bénédiction.
    Les racailleux détruisent sans le vouloir l’illusion universaliste dans laquelle notre éducation républicaine a prétendu nous emmailloter. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont conscients de la situation dans laquelle nous nous trouvons, mais ce n’était pas le cas il y a encore 10 ou 15 ans, ou en tout cas pas du tout au même degré. Le spectacle de la rue, du monde du travail, des impôts, etc. en dit tellement que même la propagande la plus gavante ne parvient pas (plus ?) à l’occulter.
    Mieux vaut des temps durs pendant quelques années ou décennies, qu’un siècle de décrépitude « douce » pour finir brutalement comme l’empire romain.

  4. Merci Lanternier. Je ne sais qu’ajouter. Votre commentaire est des plus complet ; je ne pourrais que dériver dans la politesse qui paraphrase… Merci beaucoup. :)

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