Archétypes

« Ou de l’inconvénient d’être belle! Oui, bien sûr, jeune fille! Vous découvrez, à votre tour, qu’être belle suscite des convoitises, pas uniquement de vieux messieurs pervers, j’imagine.

Que vous dire, de songer aux moches, qui, pour une journée, échangerait leur sort contre le votre.

Cette suggestion va vous énerver, bien sûr. Au moins, vous n’êtes pas obligée, comme à des époques plus anciennes, dépouser un vieux barbon. » (Signé Paul)

« Il suffit de n’accepter en ami que les gens que vous connaissez dans la realite. Accepter des inconnus a pseudonyme, c’est s’exposer a ce qu’on se foute de votre gueule. Et si vous ne voulez pas vous faire draguer (soi-disant), mettez un avatar neutre ou repulsif plutot que des photos aguicheuses que plein d’inconnus se montrent sur leur iphone en ricanant. » (Signé Roberte)

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Brouillet_Une leçon à la Salpêtrière


 

Cher Paul,

Ce sont surtout les vieux messieurs frustrés qui sont méchants. Les jeunes gens bien élevés et/ou épanouis savent encore courtiser les jeunes filles sans leur faire offense. Je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas discriminer les uns des autres. Certains méritent ma compagnie, d’autres pas. Voilà tout.

Chère Roberte,

En premier lieu, ne préjugez pas du caractère inoffensif des gens que je connais dans la réalité. Si j’écris sous pseudo c’est précisément pour écrire à l’abri des regards bovins et/ou des cancannages reptiliens de ces individus-là, alors je ne vais certainement pas les appeler à ma rescousse pour me défendre contre mes ennemis virtuels ! Les pires d’entre ces derniers sont encore plus moraux et de meilleurs chrétiens (sans parler du niveau intellectuel et culturel !) que n’importe lequel des individus que j’ai eu à me coltiner durant mes études et/ou mon enfance, que ce soit au fin fond de ma province ou à Paris. Quant aux membres de ma famille (et assimilés), ce sont des gauchistes tellement enragés qu’ils seraient les premier à venir m’écrire les fameux « mots » susceptibles de me faire craquer la cervelle – comme dans un casse-noisette – et non seulement ils n’en concevraient aucun remord, mais ils seraient ravis de m’avoir ainsi à nouveau à leur merci – ils auraient l’illusion que j’ai encore besoin de recevoir leur « rééducation » et leurs « pieux » conseils : ils le feraient avec le sentiment du devoir accompli, les mains tendues et le regard mouillant.

En second lieu, mes contacts ne sont pour la plupart pas des inconnus. Ils sont ma nouvelle « famille » politique et sensible. Eux comprennent ce que IRL personne, malgré mes appels et mes diverses tentatives d’explications pédagogiques, n’a jamais compris. Ils me soutiennent dans ce qui a été pour moi jusqu’ici le choix d’un chemin ronceux essentiellement hanté par la solitude. Ils m’encouragent à continuer là où partout au-dehors IRL, on m’engagerait à renoncer et à me compromettre. J’ai rencontré ces gens en écrivant et en fréquentant les blogs réacs sur le net. Ils sont pour moi à la fois des lecteurs et des auteurs. Ils font grandir ma popularité, ils me disent que j’ai du talent. Personne parmi mes contacts virtuels réguliers ne se moque jamais de moi. Ceux qui se moquent, ce sont les gens comme vous : les rignasseurs du cercle virtuel étendu. La jalousie ambiante des Saint-Jean Bouche-d’Or répand des bruits sur mon compte : cela crée un buzz permanent qui m’attire constamment de nouveaux affiliés, par réaction. Avec sévérité, l’une de mes activités principale sur le net consiste d’ailleurs à « modérer » les lieux de parole dont je suis l’auteur principal et le propriétaire, de façon à départager l’assemblée des curieux divers que ma réputation m’apporte : en discutant avec eux, j’améliore ma rhétorique, je trouve sans cesse de nouveaux sujets d’articles, parfois même j’enrichis mes fictions de nouveaux ‘types’ psychologique, et par la force des choses je sépare le bon grain de l’ivraie.

Ma conclusion sera donc la suivante, Roberte : c’est grâce aux gens comme vous que je sais que je suis dans le vrai. Ce de quoi – sans ironie aucune – je vous rends grâce humblement.

Quant à prétendre ne pas vouloir me faire draguer, cela ne fut jamais mon cas. Vous extrapolez, Roberte. Ce que je ne tolère pas, c’est qu’on me manque de respect. Les discours courtois (au sens médiéval du terme) sont donc tout-naturellement les bienvenus.

Je ne considère pas ‘normal’, comme la plupart des filles, de traiter comme des chiens les individus qui me rendent hommage et me signalent qu’ils m’aiment. Au contraire j’accueille avec gratitude l’amour de mon prochain – remarquez justement l’acception noble et désincarnée dans laquelle j’emploie ici le mot amour ! – indépendamment de son sexe, vous pouvez vérifier.

Si votre fiancé ou votre amant se trouve par hasard parmi mes contacts réguliers, sachez d’ors et déjà que je ne suis au courant de rien. Je défends la liberté de tous à utiliser un pseudo sur le net : car lorsqu’on sait comment va le monde – et quelle compromission atroce avec le Mal est le lot quotidien de ceux qui prétendent y gagner leur croûte – on sait aussi que le port du masque – comme au Carnaval de Venise – est paradoxalement la condition sine qua non de toute vraie liberté.

Cher Paul,

L’exemple que vient de nous donner Roberte nous montre bien que les hommes n’ont pas l’exclusivité du ressentiment nietzschéen envers les jolies femmes, et de la haine de la beauté en général.

Comme quoi nul besoin d’être communiste pour haïr la beauté par souci de couper les têtes qui dépassent. Il suffit apparemment d’être « militant » – et peu importe le parti.

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_ Quand de jolies jeunes femmes se querellent, l’homme courtois se tient à l’écart, afin de ne pas envenimer les choses et pouvoir séparer les belligérantes si la situation l’exigeait! (Paul)

_ Vous avez raison. Bravo. (Moi)

_ Je ris de tout ce narcissisme typiquement facebookien. Mes conclusions: chacun fait ce qu’il veut, donne de lui l’image qu’il veut. Et nul besoin de s’exhiber pour apprecier soi-meme ce qui est beau. (Roberte)

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