Raiponce à Nietzsche sur la question du bien et du mal (chez NCFWM)

« Nier la moralité » cela peut vouloir dire d’abord : nier que les motifs éthiques invoqués par les hommes les aient vraiment poussées à leur actes, – cela équivaut donc à dire que la moralité est affaire de mots et qu’elle fait partie de ces duperies grossières ou subtiles (le plus souvent de soi-même) qui sont le propre de l’homme, surtout peut-être des hommes célèbres par leurs vertus. Et ensuite cela peut signifier : nier que les jugements moraux reposent sur des vérités. Dans ce cas, l’on accorde que ces jugements sont vraiment les motifs des actions, mais que ce sont des erreurs, fondement de tous les jugements moraux, qui poussent les hommes à leurs actions morales. Ce dernier point de vue est le mien : pourtant je ne nie pas que dans beaucoup de cas une subtile méfiance à la façon du premier point de vue, c’est-à-dire, dans l’esprit de La Rochefoucauld, ne soit à sa place et dans tous les cas d’une haut utilité générale. – Je nie donc la moralité comme je nie l’alchimie ; et si je nie les hypothèses, je ne nie pas qu’il y ait eu des alchimistes qui ont cru en ces hypothèses et se sont fondés sur elles. – Je nie de même l’immoralité : non qu’il y ait une infinité d’hommes qui se sentent immoraux, mais qu’il y ait en vérité une raison pour qu’ils se sentent ainsi. Je ne nie pas, ainsi qu’il va de soit – en admettant que je ne sois pas insensé -, qu’il faille éviter et combattre beaucoup d’actions que l’on dit immorales ; de même qu’il faut exécuter et encourager beaucoup de celles que l’on dit morales ; mais je crois qu’il faut faire l’une et l’autre chose pour d’autres raisons qu’on l’a fait jusqu’à présent ? Il faut que nous changions notre façon de voir – pour arriver enfin, peut-être très tard, à changer notre façon de sentir.

Nietzsche – Aurore, II, 103.

  1. « Nier la moralité » cela peut vouloir dire d’abord : nier que les motifs éthiques invoqués par les hommes les aient vraiment poussées à leur actes,[…] Et ensuite cela peut signifier : nier que les jugements moraux reposent sur des vérités. »

    Tout-à-fait. Ce pourquoi il ne faudrait pas nier la moralité… au risque de se trouver la raison enchevêtrée dans les ronces des diverses pseudo-philosophies déterministes et matérialistes qui ont engendré le monde moderne absurde dans lequel nous vivons. Car les voici, les ‘nouvelles façons de penser’ (les nouvelles chapelles) dont rêvait Nietzsche, et qui ont remplacé (sans avantage aucun pour les hommes) la morale :

    – La sociologie (marxiste), mère de la religion de l’excuse, qui engendre une corruption de la Justice d’Etat.
    – La psychologisation du criminel comme celle de la victime (indifféremment), relayée par les médias, qui les renvoie face-à-face dans l’opinion publique.
    – La société du spectacle totalisante – société ‘de l’Histoire dont tous le monde est le héros’ – , aboutissant à terme à une confusion totale entre vie privé et vie publique, à la destruction des barrières entre réel et virtuel, c’est-à-dire à la transgression de tous les tabous, y compris moraux.
    – La réduction de l’instinct du mal ‘ad Hitlerum’ qui permet aux bisounours de s’innocenter de tout (de se libérer du poids du Péché Originel, aurait dit un chrétien).
    – Le bisounoursisme/religion du XOXO, en remplacement de l’instinct du bien, engendrant une haine collective à l’encontre de l’individu (supposément) haineux, qui encourage les ressorts grégaires de la majorité (or René Girard explique très bien que les Evangiles visent précisément à dénoncer ce genre de phénomène d’autosatisfaction de masse – car la crucifixion du Christ se trouve en être la conséquence finale).

  2. M. Nice Guy

    Je ne sais pas s’il en rêvait, de ces chapelles-là, sûrement que non…

    De toute façon, il serait bien impossible de nier LA moralité dans son ensemble, étant donné qu’il n’y a pas UNE morale.

    Sur NoCountry, on trouve moral et légitime d’attirer l’attention sur la disparition de l’occident. Dans bien des endroits on nous traiterait de monstres à la morale rétrograde, voire inexistante, si on demandait l’arrêt de l’aide humanitaire complet pour l’Afrique afin de ralentir l’explosion démographique qui est en cours. Alors que cette aide est aussi en place pour des raisons morales.

    Donc on peut à la limite nier celles qui ne nous conviennent pas. Juste histoire de ne pas « se trouver la raison enchevêtrée dans les ronces des diverses pseudo-philosophies déterministes et matérialistes qui ont engendré le monde moderne absurde dans lequel nous vivons. » – comme vous le dites bien.

  3. « De toute façon, il serait bien impossible de nier LA moralité dans son ensemble, étant donné qu’il n’y a pas UNE morale. »

    Faux. La morale est une discipline sans mystère, qui consiste très-simplement à poursuivre le « bien » (et/ou le « vrai, et/ou le « bon »). Toute apparente différence entre les morales réside dans la façon dont les hommes ont tendance à loger ce « bien » dans une chose ou dans une autre… et là où le travail du moraliste se révèle subtil et complexe, c’est dans les circonstances particulières où un « bien » en chasse/en contrarie un autre.

    -> C’est sur ce genre d’aporie logique que sont d’ailleurs basées toutes les tragédies grecques antiques [ex : Créon et son idée de « bien commun » s’opposant au Bien « dans l’absolu », « selon la volonté divine » (a.k.a la piété filiale), défendu par Antigone. ==> Ces deux-là ne parlent pas un langage différent, car ils parlent tous les deux le langage de la morale : ils ont juste des priorités différentes. Le caractère dramatique de leur opposition radicale réside paradoxalement aussi dans le fait qu’ils pourraient potentiellement se comprendre (entre être moraux qu’ils sont), mais que leurs fonctions respectives (de chef de la cité, et de sœur d’un ennemi de la cité) les en empêche… sans que le spectateur ne puisse réussir, s’il est lui aussi un être moral, à trancher un tel noeud gordien sans trancher aussi une part de lui-même.]

    Après arrive une autre question, qui est celle de la nécessité de la morale, et qu’on pourrait formuler ainsi : « Quel homme peut-il raisonnablement, et continuer à se perpétuer dans l’être en affirmant sa personnalité et en s’exprimant au quotidien, et n’avoir aucune prétention au « bien » ? »

    Il se trouve qu’il est techniquement impossible sur le plan logique d’affirmer : « je suis », et à la fois de nier toute croyance en une vérité absolue quelle qu’elle soit. Car « je suis » en est précisément – forcément – une. (« Je suis » étant une parole performative – c’est-à-dire dont le fait-même qu’elle soit exprimée par quelqu’un la rend vraie.)

    Ainsi, je demande aux personnes qui pensent que toute vérité est relative (et qu’aucun bien n’est absolu) de se poser à elles-mêmes la question de savoir si elles sont capables de relativiser y compris le fait-même de leur existence (si elles sont capables de douter y compris du ‘bien’-fondé de l’affirmation « Je suis »)… Si elles sont honnêtes, elles s’apercevront que pour n’importe quel être, nier sa propre existence, même s’il le désire, est techniquement impossible.

    Voilà.

    Pour plus de détails, lire les dialogues socratiques et Blaise Pascal.

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9 réflexions sur “Raiponce à Nietzsche sur la question du bien et du mal (chez NCFWM)

  1. Je vais tenter une réponse sans avoir lu Blaise Pascal (pas eu le temps j’avais piscine…), et sans vouloir m’embarquer dans des débats fleuves dont vous raffolez.

    « Toute apparente différence entre les morales réside dans la façon dont les hommes ont tendance à loger ce « bien » dans une chose ou dans une autre… et là où le travail du moraliste se révèle subtil et complexe, c’est dans les circonstances particulières où un « bien » en chasse/en contrarie un autre. »

    Tout à fait, et c’est bien là le problème. Que les hommes placent ce bien (la morale) dans une chose ou une autre, c’est une affaire de subjectivité. Le véritable Bien lui, n’est pas subjectif. La morale est l’interprétation humaine du Bien, donc partielle et partiale, et parfois multiple.

    Il n’y a qu’à voir les sciences molles pour s’en convaincre. L’économie : il y a plusieurs discussions toujours ouvertes (relation finance/croissance opposant Schumpeter à Robinson par exemple, et s’il n’y avait que celle-là…). Le lien avec la vérité n’a pas encore été décelé. Leurs travaux s’opposent depuis des décennies, et ne se basent « que » sur des hypothèses. Il se peut qu’ils aient tous deux raison, tout aussi bien qu’ils pourraient avoir tort.

    Je pense que le schéma Vérité-Hypothèse est le même que celui Bien-Morale. Les seconds sont des points de vue tendant à atteindre avec plus ou moins de succès les premiers. Nier la morale selon Nietzsche, revient à nier tout jugement moral qui ne serait ni honnête, ni lié à la vérité. Et c’est finalement assez con : il veut nier le faux : par la duperie (volontairement) ou par la méconnaissance (involontairement).

    Faut-il y voir un semblant d’apologie de la recherche et de l’empirisme ? Aucune idée.

    Une précision tout de même : je ne confonds pas Bien et Vérité. Elles ne marchent pas main dans la main sur tous les chemins.

    Bonne fin de journée.

  2. « Et c’est finalement assez con : il veut nier le faux : par la duperie (volontairement) ou par la méconnaissance (involontairement).  »

    Oui, effectivement, ce serait assez con de sa part… car pouvoir connaître le faux impliquerait paradoxalement qu’on puisse connaître le vrai/le bien.

    Et je ne veux pas croire que N. ait été aussi simplet que ça…

    J’essaierai quand j’aurai le temps de formuler selon moi ce que le Maître entendait par la nécessité de dépasser la morale… mais pas tout de suite, Mister Nice Guy : j’ai sauna.

    Merci en tout cas pour votre intervention, c’était vraiment très enrichissant. :)

  3. TU N’AURAIS JAMAIS DU ME PRENDRE POUR UN FILS DE PUTE SALOPE; J VAIS TE TROUER TOI ET CET ENCULE D’ALEX QUI M’A PRIS POUR UN FILS E PUTE; MAINTENANT C’EST FINI J’AI PETE UN PLOMB ET JE VAIS EGORGER CET ENCULE DE SA RACE; IL A PAS COMPRIS A QUI IL A AFFAIRE CET ENCULE DE SA MERE;

  4. JE JURE QU’IL VA RAVALER SES PAROLES CE FILS DE PUTE. IL MA PRIS POUR SON COPAIN. ET BIEN TU VAS VOIR ENCULE DE TA MERE QUI JE SUIS EN VRAI. FILS DE PUTE DE GEEK JE VAIS TE MONTRER CEST QUOI LA REALITE : JE VAIS TE TROUER TOI ET TA SALE RACE DE MERDE. JE LE JURE DEVANT DIEU. MAINTENANT TU VAS VOIR QUI JE SUIS. ALLAH I3AOUN.

    AL MAWT LIL KHANZIR ALEXANDRA. CHAHID ALLAH. FISABILLILAH.

  5. Dans la généalogie de la morale, au début du deuxième traité, Nietzsche dit quelque chose d’assez puissant : « Dresser un animal qui puisse promettre : n’est-ce pas précisément la tâche paradoxale que la nature s’est assignée à l’égard de l’homme ? […] Ne faut-il pas que l’homme soit devenu prévisible, régulier, nécessaire, conforme à ses semblables, pour qu’il puisse se porter garant de lui-même comme avenir. »
    Derrière la question de la morale, c’est tout le problème civilisationnel qui se dessine. Et s’il est bien évident que plusieurs morales ont pu aboutir à plusieurs civilisations, il n’est pas moins clair que chacune de ces morales doit se considérer comme la seule morale valable pour atteindre son but, c’est-à-dire : faire un homme « prévisible », « régulier », « nécessaire » – bref, faire un homme « solide » pour travailler de façon cohérente l’esprit d’une société. Le relativisme moral et la décadence d’une civilisation vont bien de paire.

    Je reviendrai dans le coin, on y dit des choses intéressantes. (Avec Nietzsche, on ne s’ennuie jamais…)

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