St Jean-Bath’ du web & la psychanalyse déprimée du monde

Certains ont pour usage de me dire qu’écrire contre mes ennemis n’est pas me battre contre eux, et que je ferais mieux soit de porter mes combats hors du virtuel, soit de me choisir d’autres combats plus importants.

Pourtant, si l’écrivain ne se bat pas lui-même forcément en personne, à tout le moins il aide moralement d’autres individus confrontés aux mêmes problèmes que lui à affronter leur quotidien et leurs ennemis IRL , en leur donnant des arguments contre ceux-ci… L’écrivain, pour ainsi dire, enseigne à ses lecteurs quel « coups » sont susceptibles d’être joués contre les différentes offensives tactiques de leurs ennemis/adversaires existentiels. L’écrivain – et plus encore le polémiste -, sous cet angle-là, est donc à se représenter comme le stratège d’une sorte de guerre civile froide perpétuellement à l’œuvre dans la société dite globale (celle, pacifiée, bourgeoise, faite de frustration et de consommation) : la guerre de tous contre tous, la guerre entre archétypes politiques et humains, des ennemis ontologiques de la philosophie contre la philosophie, des piétés incompatibles entre elles, et de tous les extrémismes en général, en germe dans les passions des gens… L’écrivain est donc celui qui, patiemment, s’attèle en temps de paix à pister la trace du bien et du mal à travers les restes déchiquetés des blocs idéologiques du passé – lesquels se seraient retrouvés disséminés à la suite de l’explosion des ancien domaines canoniques & circonscrits de la lutte ; il est donc celui qui – aurait dit l’Autre – a vocation séparer le bon grain (ce qui fait sens) de l’ivraie (ce qui rend ivre et fou), celui qui est capable de retrouver l’aiguille dans la botte de foin.

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Dimanche 25 septembre 2011
  • « Tu vois, c’est pas parce que je suis célibataire à trente ans que je n’ai pas le droit d’être exigeante vis à vis des mecs! »
  • « Tout à fait. »
  • « Moi, tu vois, j’ai besoin d’un mec à la fois fort et sensible, présent mais pas oppressant, viril mais pas macho, rassurant financièrement mais pas matérialiste, avec du charisme mais n’en profitant pas, capable de boxer un mec dans la rue mais aussi de faire la vaisselle, qui fait fantasmer mes copines mais qui ne se les tapent pas, festif mais pas fêtard… »
  • « Ha … »
  • « Hé oui! »
  • « Ca fait beaucoup… »
  • « Oui, mais je ne doute pas que ce genre de mec existe!»
  • « Moi non plus. Mais je me demande juste pourquoi un tel mec s’intéresserait à toi…  Il est peut être exigeant lui aussi…»

SOURCE : http://amoyquechault.over-blog.com/

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Nous avons-là justement – et typiquement – l’œuvre d’un polémiste.
Une première réflexion me vient : « Où donc se trouve le combat ? » « Contre qui? »
Une seule réponse possible : l’ennemi est la femme célibataire lambda de 30 ans.
[Apparté]… *En voilà un démon d’importance !*
Une première question : « Pourquoi Amoyquechault fait-il de la trentenaire célibataire lambda son adversaire ontologique ? »
A part des banalités grossières, je n’ai aucune réponse. Je ne veux pas croire qu’un homme si plein de bonnes intentions puisse tomber si bas…

[Le prédicateur du web a ceci de commun avec un psy qu’il s’est attribué semble-t-il une sorte de vocation de même nature que celle du médecin-analyste de la psyché, à l’égard de l’humanité (internautique) pécheresse : sa mentalité est celle d’un soigneur. Il écoute les gens parler et prend des notes, mais ne désire pas communiquer avec eux, en face, sur les conclusions qu’il tire de son étude. Il préfère édicter ses petits verdicts cuisants – trop cuisants, pense-t-il, pour être supportés par l’égo boursoufflé du commun des mortels – dans le secret de son alcôve virtuelle. Il ne perd jamais alors – enfin libéré du regard bovin de ses pauvres pécheurs de contemporains ! – une seule occasion de marquer son profond dégoût pour la comédie humaine qui l’entoure. Cela le soulage, et lui permet de retourner en suite à son hypocrisie sociale ordinaire avec le sourire, et de rester patient face aux enfantillages des gens. Notons qu’il ne semble jamais être témoin que des manifestations d’une humanité inférieure à la sienne. Il n’est jamais émerveillé. « Mais au fond, de quoi s’émerveiller ? Le monde est mécanique : seuls les idiots sont parfois surpris. » – pense-t-il. Il se pose comme unique détenteur des seules vraies valeurs positives possibles et aurait beaucoup à enseigner à ce propos à autrui. Mais il ne le fait pas : « il faut qu’ils trouvent tout seuls », est-il convaincu. Évidemment les autres ne trouvent jamais tous seuls, ce pourquoi il est éternellement déçu. Son cynisme est légendaire et lui permet d’inspirer le respect en société. Il y en a même parfois qui cherchent à lui plaire. Il trouve cela tout naturel, même s’il se doit à lui-même de décourager de tels épanchements. Il doit cependant avouer préférer ça au contraire : chercher à lui plaire est déjà un signe de sagesse, après tout.]

Je dirais donc a priori qu’Amoyquechault, mû par sa vocation ordinaire de soigneur, entend très-certainement aider les femmes célibataires de 30 ans à s’en sortir dans la vie. – Et en effet, elles ont sans doute besoin d’être aidées, car elles se trouvent dans une situation en passe de devenir critique (à 40-45 ans, leur horloge biologique s’arrête). Mon problème est qu’il ne semble pas envisager de les aider autrement qu’en les culpabilisant.

La culpabilité, pourtant, ce me semble, est à faire porter en priorité à ceux qui sont coupables de quelque chose… Or, posons les faits objectivement, comme l’aurait voulu Socrate, par exemple… De quoi l’archétype de la célibataire de 30 ans, pris en lui-même et pour lui-même, une fois que lui a été dénié toute caractère d’individualité, est-il particulièrement coupable dans la vie en général ou vis-à-vis d’Amoyquechault ? Se valent-elles toutent, les femmes qui répondent au descriptif ? Ont-elles réellement à coup sûr des défauts de caractère communs ? Je pose la question innocemment : attaquer moralement des catégories sociologiques aussi vastes, est-ce possible ?

Il m’apparait personnellement que ce n’est pas d’une culpabilité réelle dont on cherche à culpabiliser ces femmes – puisqu’on ne peut évaluer qu’au cas par cas leur niveau d’implication réel dans les causes des situations dont elles se trouvent victimes -, mais de leur propre malheur en soi. On tente de les responsabiliser concernant leur avenir (ce qui est louable) en les rendant responsables (donc entièrement coupables) de l’impasse dans laquelle elles se trouvent – ce qui revient exactement à battre celui qui pleure déjà, à punir le faible parce qu’il est faible.. etc. Voilà une alternative possible, certes, à la démarche opposée qui consiste à accorder des excuses aux gens pour leurs fautes et leurs manquements à l’aune de leurs caractéristiques sociales, ethniques, de leur vécu, de leurs pratiques sexuelles ou de leur sexe… Mais étant donné que les deux conceptions sont absolument jumelles en négatif, puisqu’elles utilisent exactement le même procédé trompeur (a.k.a le même point de vue systémique sociologisant), y’en a-t-il vraiment une qui puisse être dite plus intéressante que l’autre ?

J’ai vraiment un problème avec toutes les personnes dont le raisonnement aboutit à intriquer, à identifier, à renvoyez face-à-face, les motivations psychologiques profondes des victimes en puissance et des coupables potentiels de telle sorte qu’on ne puisse plus, à terme, les distinguer en cas de procès.

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A présent, assez disserté sur les a-côtés moraux du problème. Je vais tenter de répondre sur le fond à l’argument de l’article d’Amoyquechault en produisant ma propre expérience de la vie. Je ne le fais pas uniquement parce que – comme tout le monde – j’aime à parler de moi. Je le fais aussi parce que ce que j’ai vu de mes yeux, et vécu, est tout ce dont je dispose comme appui dans la vie pour savoir que ce que je crois juste est juste, et que ce que je crois faux est faux. En l’occurrence Amoyquechault nous explique que les femmes célibataires à 30 ans qui attendent le prince charmant ne le méritent pas car elles ne sont pas des princesses charmantes. Et ce sur quoi va porter ma critique, c’est justement sur le parti-pris de réciprocité en amour qui voudrait que l’on doive donner à l’autre selon ses mérites. De même, je ne crois pas non plus que la rareté des gens simples et bons doive dispenser en quoi que ce soit ceux qui le sont vraiment de continuer à l’être.

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DE L’INSTITUTION DU MARIAGE

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Il se trouve que mon fiancé possède toutes les qualités requises par la trentenaire-de-base que fait parler A moy que chault. A mon sens, figurez-vous d’ors et déjà que je ne considère pas de telles qualités de cœur comme un idéal, mais comme le strict minimum requis. Je ne sais pas si je « mérite » cet homme qui vit à mes côtés, je ne sais pas si je suis aussi bien que lui, mais un homme de bien est avant tout un homme de bien pour lui-même (c’est-à-dire en vertu de son propre sens de l’honneur, par fidélité envers ce qu’il croit bon, vrai et beau), et non pour les autres. Il est comme il est parce que c’est son honneur, et non pour me faire plaisir… Il était fait de ce bois-ci avant de me connaître, et le cas échéant il le restera après moi. De même, je tente de le servir du mieux que je peux par fidélité envers mes propres principes avant tout [- ce qui, contrairement à ce qu’imaginent les animaux habillés en hommes qui nous environnent de toute part, n’est absolument pas un témoignage d’égoïsme, bien au contraire ; en effet celui qui s’aime vraiment lui-même est toujours celui qui est le moins à craindre pour son prochain – je publierai bientôt un extrait du Loup des Steppes qui illustre magnifiquement ce propos]. Je ne lui compte pas ce que je lui donne, et lui non plus ne fait pas ça. Dans un ménage, je le répète, c’est un minimum. – Je ne suis pas-là en train d’édifier une utopie.

[Nota bene : la nature du traître est de pouvoir se trahir lui-même, c’est-à-dire de pouvoir trahir ses propres idéaux. Trahir autrui ne veut rien dire pour celui qui ne doit rien à cet « autrui » selon ses propres principes. Or celui qui donne sa parole est celui qui pose comme principe que sa parole a une valeur, et qu’il croit à la valeur des paroles qui impliquent des actes. Lorsqu’il se parjure, le parjure nie tout cela, et voilà l’objet principal de son délit.]

Je dois énormément à mon compagnon, mais il ne tient pas à ce que je me sente redevable. Je lui suis fidèle parce que c’est mon devoir, et non parce qu’il me traite mal ou bien. Je sais lui devoir obéissance, car c’est lui l’homme, mais je suis loin d’être parfaite et je ne cherche pas d’ailleurs à être parfaite – je me contente de ne jamais verser dans l’inacceptable. Les femmes qui jouent à être parfaites exigent des autres de l’être en retour avec elles et finissent généralement par ce biais par s’autoriser un despotisme absolu vis-à-vis de ceux qu’elles disent estimer : mais par respect pour mon compagnon justement, je ne lui ferai pas ça. En vérité aujourd’hui je me contente de jouer les saintes avec les gens que je n’aime pas, ou qui me poussent dans mes retranchements à mes propres risques et périls : c’est là une arme défensive imparable pour qui sait la manier.

Il faut comprendre que la relation que j’ai avec mon homme n’est pas une relation « armes à la main », c’est-à-dire au sens premier du terme qu’elle n’est pas basée sur la réciprocité, car elle n’est pas un commerce. Elle est basée sur un lien qui ne sera pas rompu, et c’est pourquoi notre devoir à lui et moi est de faire en sorte que ce lien deviennent une force et un gage de paix… et non pas de le transformer un cordon d’étranglement.

Comprenez bien qu’il ne tient qu’à nous qu’il en aille ainsi : le plus simple a priori étant toujours de résonner en individualiste par peur de l’autre, c’est-à-dire de ne jamais se laisser aller à lui accorder sa confiance, par anticipation de sa trahison. Or lorsqu’on a réellement décidé (et pas seulement sur le papier) de vivre avec une personne jusqu’à la fin de ses jours, il faut savoir que si trahison il y a, celle-ci se révèle à la longue plus dure à porter pour celui qui en est l’auteur que pour celui qui en fait l’objet. En effet la trahison de l’une des deux parties installe dans un couple, entre les deux personnes, une différence de statut moral potentiellement exploitable par le « meilleur des deux » et une culpabilité permanente pour l’autre si le « meilleur des deux » continue tranquillement à donner son cœur et sa confiance comme avant… et, conformément, aux principes de bases du mariage, ne se venge pas. C’est la pérennité du lien qui unit les gens jusqu’à leur mort qui seule permet à l’abandon de soi au service de l’autre de cesser d’être un « risque à prendre ». Elle seule permet au « lâcher prise », à la confiance en l’autre, de perdre tout pouvoir aliénant et de devenir une sagesse, c’est-à-dire un choix rationnel.

Il est très facile de transformer les liens du mariage en cordon d’étranglement lorsqu’on les conçoit comme révocables (notamment, lorsque certaines conditions ne sont pas remplies). Or il faut savoir que le mariage à l’origine n’est pas un contrat mais un serment. Et la différence entre ces deux choses est grande. Les mariés doivent avant tout avoir, pour s’engager, l’un pour l’autre une grande bienveillance, une grande amitié. Ce que nos contemporain dégénérés appellent amour (qui est en vérité l’ignoble chose passionnelle dont la seule vocation est de pousser les plus rationnels à perdre la raison et les plus fidèles natures à se trahir elles-mêmes), est en vérité absolument rédhibitoire dans un tel contexte. – Il ne s’agit absolument pas de confondre la chose passionnelle avec l’amour chrétien.

Voilà. C’est ainsi que les choses ont de tout temps marché, et devraient continuer de marcher. Je suis sans doute mieux placée pour le savoir que la plupart des gens du fait que mes parents, quoique professeur et institutrice à la retraite, étant tous deux fraîchement issus de souches paysannes, ont pu m’enseigner – et cela peut-être davantage par leurs actes que par leurs paroles – en quoi consistaient la sagesse et la vertu des humbles d’autrefois. Ils m’ont aussi enseigné en quoi aussi la sagesse et la vertu des humbles n’étaient pas foncièrement différentes de la sagesse et de la vertu des puissants.

Tout le reste, toutes les attitudes qui divergent de tels principe que l’on vous dira d’adopter avec vos compagnons de vie (afin soit-disant de vous rendre la vie plus légère et plus facile), et qui se voudront malgré tout hautement utiles à la société, à l’émancipation de la femme, à la protection de la liberté de l’homme de refuser de perdre ses vieilles manies de célibataire ou que sais-je encore, et que vous entendrez peut-être professer chez votre psychanalyste, dites-vous bien que ce ne sont que des excuses fabriquées par des vendeurs de compensations pour les lâches et les hypocrites.

Bien à vous.

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La chair à canon

J’en ai plus qu’assez des réacs et compagnie qui tapent sur la caste des profs.
Y’en a vraiment ras-le-bol ! Non seulement ces gens font sans doute le métier actuellement le plus difficile et exigeant de France (les jeunes recrutés envoyés en banlieue des grandes villes, se font insulter toute la journée pour la beauté du Sens du Devoir et pour des clopinettes), non seulement certains d’entre eux risquent leur peau chaque année face à des sauvageons armés dont ils n’ont pas le droit ne serait-ce que d’effleurer un petit cheveu… Mais ils sont constamment remis en cause de toute part ! Leurs hiérarchies, leurs ministères successifs, leur chient dans les bottes pour économiser des rognures de chandelles et pour se faire mousser, qui aux yeux de leurs pairs et supérieurs, qui aux yeux de leurs électeur, qui pour éviter des procès avec des meutes de parents d’élèves acculturés sans scrupules.

Le devenir de la nation entière repose sur leurs humaines épaules, plus encore le flambeau de la Civilisation qui s’écroule est entre leurs mains frêles, on leur demande le sacrifice de tout ce à quoi personne ne voudrait renoncer – gloire, argent, amour-propre, carrière littéraire ou artistique.. etc. – et cela uniquement par sens du devoir et éthique personnelle ! Qui aujourd’hui, parmi les hordes mêlées – et tellement vindicatives ! – des droitards et des parents d’élèves orgueilleux de la sauvagerie de leur progéniture débile, qui parmi eux possède encore de telles exigences ? … je veux dire à leur propre endroit ?!

Cet Ennemi suprême qu’est la Barbarie, que l’Elite intellectuelle française paradant dans les merdias et sur le net est si fière de conspuer de loin, sans le fréquenter, et sans non plus agir IRL pour le combattre, comment réagirait-elle, si elle était chargée par l’Etat de mettre à profit son haut niveau d’étude et ses capacités d’empathie supérieures pour l’évangéliser, l’acquérir à la civilisation, le domestiquer ?… Qu’en penseraient-ils, les Saint-Jean Bouche d’Or, s’ils devaient faire cela sans pour autant se voir accordés le moindre supplément de reconnaissance sociale, s’il n’y pouvaient espérer trouver non plus aucun avantage pécuniaire d’aucune sorte… si leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail étaient chaque année un peu davantage sapés par des directives anarchiques (se succédant mais ne se ressemblant pas) promulguées par un pouvoir détenu par des mafieux, des fiers-à-bras, des vantards, tous quasiment analphabètes ? … Seraient-ils aussi imbus d’eux-mêmes, aussi jaloux de leurs divers fantasmes de puissance, s’ils se voyaient comme nos pauvres forçats de l’enseignement interdits d’exercer la moindre autorité un tant soit peu coercitive vis-à-vis des « chers bambins » qui les menacent et les insultent et leur crachent à la gueule toute la sainte journée dans l’impunité totale ?!

Et nos chers chrétiens, que penseraient-ils d’être obligés par la force des choses de devenir martyrs de la Connaissance, de payer aussi cher pour un don de soi aussi total, sans se voir reconnus comme tels ni par le peuple, ni aucune Eglise ? Que diraient-ils, les amoureux des Clercs de Jadis à présent retranchés dans le commerce ou la com’, si au lieu de se pignoler sur des images d’Epinal, ils avaient dû être déclassés et méprisés comme le sont les profs, par des élites intellectuelles à la mode auxquelles ils auraient /normalement/ pu prétendre appartenir ? Quelles seraient les opinions politiques, actuellement, des grenouilles de bénitier prêchi-prêchantes, si elles avaient /véritablement/ dû porter comme le Christ l’opprobre des mains couvertes de la misères des autres et de l’humiliation ordinaire, au lieu de leur imitation d’auréole signée Hermès ou Cartier ?

Que diriez-vous d’avoir à faire le bien dans l’indignité la plus complète, l’indifférence, voire l’hilarité, la moquerie générale ? …de tendre à devenir des anges éclopés et de bon génies invisibles sans même avoir droit à ce qu’on vous le reconnaisse ? Sans même avoir le droit de le dire – et même de le penser – au risque de passer pour fous ? … Sans même vous être vus accordé de prononcer le mot tabou d’Evangile ?

Croyez-vous qu’il soit facile d’apprendre l’Histoire et les lettres à des bêtes qui s’expriment avec leurs dents, leurs ricanements et leurs poings, car ils ne savent ni lire ni parler ? Croyez-vous qu’il soit facile d’être préposé à l’éducation de personnes dont les parents-mêmes sont des sauvages ? Croyez-vous qu’il soit facile de défendre la langue, la culture, et les traditions française dans un monde qui n’en a plus rien à foutre ? Croyez-vous qu’ils soit facile d’être préposé à l’empathie systématique envers des brutes qui méconnaissent tout de la vertu d’empathie, et qui la confondent avec de la faiblesse ? Croyez-vous enfin, exactement comme le croient les racailles, et comme le croient ceux qui nous gouvernent, que ce sont des /faibles/ qui portent seuls des croix pareilles au milieu du relativisme général ?

Précisions conceptuelles

Ma question est : faites-vous équivaloir survivants et morts-vivants, ou survivants et « hommes en vie » ?

Parce que moi, quand j’emploie le concept de « survie », c’est la même chose à mes yeux que lorsque je parle des morts-vivants. Mon concept de survie est négatif, en ce qui est opposé à la Vie (à la vie de l’âme) – je reprends-là le sens de ces expressions telles qu’utilisées dans la Bible.

Mais si par contre on s’en réfère à Jünger, et à l’homme du « Recours aux Forêts » (forêts métaphoriques), d’aucuns pourront croire qu’il est dans la survie, parce qu’il mène sa barque comme « un survivor » (ce qui est mon cas, au passage)… pourtant étant donné qu’il est contraint à une certaine pauvreté de moyens ici-bas au nom de ses nostalgies et de ses idéaux, au sens chrétien du terme il n’est pas dans la survie, mais dans la Vie.

Est-ce plus clair à présent ?

Hauts standards

Je ne me bats pas que pour moi en réalité, non… Mais c’est tellement plus confortable d’attribuer toutes mes actions à une boursoufflure de mon égo !

En réalité, j’ai un égo qui est réellement, et de beaucoup, moins fort que la moyenne. Ca c’est ma vérité sur le plan psychologique. J’ai un égo pas costaud, qui manque à tout moment de s’abandonner lui-même au profit d’autre chose. La plus grande conquête de ma vie a été d’apprendre un tant soit peu à me défendre. Enfant et adolescente, non seulement je ne connaissais pas la rancœur, ni même la colère lorsqu’on me faisait du mal, mais je n’avais ni réflexe de défense verbal, ni intellectuel, ni physique. Je ne rattrapais pas un seul ballon en sport. Je les prenais tous dans la gueule.

Vous comme les autres, vous ne savez pas tout ça. Vous croyez que je me bats pour ma peau. Mais non. Toujours pas. Je me bats pour défendre les raisons qui font que je suis toujours en vie. Ce qui est très différent. Car de cette façon je me conçois comme une Vestale à qui a été confiée une flamme, une flamme dont il ne faut pas qu’elle s’éteigne.

C’est cela précisément vivre selon de hauts standards, et pas uniquement pour sauver son cul.

Leurs vîts, mon oeuvre !

Mais voyez, elle est là mon œuvre ! – C’est la Comédie Humaine !

Pourquoi irais-je chercher ailleurs mon destin ? Pourquoi irais-je chercher ailleurs mon absolu, alors que cela reviendrait à me chercher un nouveau champ de bataille, une nouvelle pleine Armageddon, une nouvelle guerre contre de nouveaux cons, et tout reprendre à zéro ? Car en vérité, les cons sont partout ! – Et je possède le don naturel de les démasquer et de les voir. L’incapacité dans laquelle sont certains de saisir dans quelle fange marine l’humanité quasi-entière, provient uniquement de ce que leur cœur et leur yeux sont trop plein eux-mêmes de cette boue. Mais celui a qui a été donné de juger autrui comme il se juge lui-même, et dont le jugement sans appel lui signale qu’il paye chaque jour sa dette au Seigneur, alors que ses ennemis ne le font pas, celui-là va au-devant, immanquablement, d’une vie de grands malheurs. Il croira échapper à Charybde, et il ira à Scylla : partout la fange des autres voudra avoir raison de lui et de ses yeux qui savent encore voir. Je veux transmettre cela, c’est ma seule ambition.

Ici sont mes ennemis. Vous me dites qu’ils sont trop infimes ? On ne choisit pas ses ennemis, c’est Confucius qui le dit (en substance), il ne faut jamais les mépriser.

Juger que nous sommes trop bien pour nos ennemis est un péché suprême : car il n’y a qu’un seul moyen de prouver que nous sommes réellement supérieur à eux, et c’est de leur tenir tête avec des armes qui ne sont pas les leurs. Personne n’est supérieur, même moralement, à qui que ce soit, a-priori. Toute supériorité réelle doit faire ses preuves. Celui qui tourne le dos à ses combats, les perd, celui qui tourne le dos aux méchants qui le jugent, se laisse juger. Je crois foncièrement que nous demeurons à nos propres yeux ce que ceux qui nous ont vaincu en dernier ont dit que nous étions. Si je veux que les dés soient relancés, si je veux changer la donne, je dois le faire moi-même. Personne ne saura que j’ai raison si je ne me donne pas la peine de le prouver et le montrer.

Ceux qui m’ont offensée méritent par-là-même que je leur répondre. En réalité il n’y a pas de choix pour moi. Tout comme ceux qui se sont rendus complices de mes ennemis à cause de leur apathie, de leur bêtise, de leur je-m’en-foutisme, de leur jalousie larvée, de leur paresse intellectuelle et de leur vices multiples en général, ne se sont pas vus en vérité proposer de liberté d’action réelle : ils auraient pu m’aider quand j’avais besoin d’aide, ils auraient pu être là pour le Christ quand le Christ avait besoin d’eux… ils auraient même pu, pour certains d’entre eux, m’éviter de vivre toutes les souffrances que j’ai connues par la suite. Ils n’ont pas été présents au monde quand le monde les appelait. Il n’y aura donc pas d’issue pour eux. Ils ont été jugés par leurs actions. Dès lors, leurs paroles resteront vaines. Dans les Evangiles il est dit que leur manquement à l’Appel se soldera en définitive par des remords éternels et des grincements de dents.

Ce n’est pas une fois que je serai dans les limbes de la pensée, à manier des concepts abstraits, qu’il sera temps pour moi de me battre contre tout ce que cette abjection généralisée signifie ! Il sera trop tard : j’aurai tourné le dos à mes monstres lorsqu’ils me donnaient l’occasion de me montrer brave. Je pourrai bien parler de bravoure, autant que je le voudrai, et de piété, et de morale, cela n’aura plus aucun sens si au moment où le Diable est venu me chercher pour le combattre, j’ai tourné le dos à mon devoir.
Rejouer littérairement, après-coup, les bravoures que je n’aurais pas eues, ferait de moi une pharisienne, à l’image de mes ennemis. Or voyez-vous, j’ai trop souffert du pharisaïsme d’autrui pour me résoudre à cette éventualité : cela reviendrait à me – symboliquement – poignarder moi-même.

Courrier personnel

Voici, je vais te raconter, cher lecteur, tout ce qu’il s’est passé.

J’arrive, je montre de l’intérêt pour ce que mes contemporains écrivent, je les critique, j’exprime mes pensées.

Ils me disent, tu parles beaucoup, c’est donc que tu dois être mal baisée, c’est donc que tu dois être mal-aimée, parce que tu es laide.

Pour qu’ils puissent juger par eux-mêmes de si je suis laide ou non, je leur montre comment je danse, je leur montre comment j’aime, je leur montre des photos.

Ils me trouvent belle et ils me disent : « c’est donc que tu dois être une pute ».

Je leur explique que la caractéristique d’une pute est de savoir se vendre ; mais qu’en revanche, et par définition, une fille qui se donne uniquement par amour, et ne demande rien en échange, n’en est pas une.

Ils me disent que si je me donne pour rien, c’est que je ne vaux rien.

Je leur dis, l’amour n’est pas rien. Je leur explique que celui qui pense cela est l’homme de mentalité servile ; car en vérité celui qui ne vaut rien est celui au contraire qui ne connaît aucune valeur qui soit supérieure aux valeurs marchandes.

Les uns me traitent de communiste, les autres m’encouragent à faire travailler mon capital physique.

Je leur dis, non, je n’ai pas besoin d’avoir lu Marx pour vous dire que les valeurs marchandes ne sont pas les valeurs suprêmes – d’ailleurs je n’ai pas lu Marx. Il me suffit d’être chrétienne : j’appelle Vie la vie de l’âme, et mort ce que vous appelez économie de survie.

Ils me disent : c’est toi qui est morte ! Tu es là, à quémander des bons traitements alors que tu es incapable de te faire respecter. Dans ce monde il y a deux espèces de gens : ceux qui peuvent payer le pain qu’il mangent, et les autres ; ceux qui ont une arme, et les autres.. etc.

Je réponds aux uns : « Ainsi vous prétendez que si l’on jure par le sanctuaire, cela ne compte pas; mais si l’on jure par l’or du sanctuaire, on est tenu. Insensés et aveugles ! Qu’est-ce donc qui l’emporte, l’or ou le sanctuaire qui a rendu sacré cet or ? » – Pharisiens insensés, Jésus Lui-même n’eut jamais pour personne de mots plus durs que ceux qu’il eut contre les gens de votre espèce. Car vous êtes ceux qui l’ont crucifié. Ainsi, en mémoire de Lui et à son image, effectivement, les gens de mon espèce sont restés morts comme Lui aux yeux des vôtres. Car notre cœur nous empêche d’être autrement. [Et c’est uniquement aux yeux de ceux qui ont des yeux pour voir, que nous sommes comme Lui ressuscités]. »

Je réponds aux autres : « Oui, vous avez raison, oui je suis morte au monde, oui je suis suicidée. Car en moi, à l’époque de la genèse de ma pensée actuelle, s’est déchaîné une guerre silencieuse, qui m’a révélé ma propre vérité. J’ai connu une Apocalypse, qui veut dire Révélation, et j’en suis sortie indemne, pour transmettre ce que m’avait appris l’affrontement des plusieurs partis opposés qui étaient en moi-même. Aujourd’hui je traverse la vie uniquement dans le but de transmettre à autrui ce que sur le sens de cette vie m’a révélée la fréquentation assidue de mon propre ennemi intérieur. »

Ils me traitent de folle, de mégalomane, d’insensée. Et cependant, tous se disent pour eux-mêmes : « La jeune femme est bien naïve, bien confiante… et bien imprudente, de nous révéler que sa propre vie n’a aucune importance à ses propres yeux. Voilà l’occasion rêvée d’abuser d’elle sans pour autant commettre de crime ! Car celle qui n’accorde aucun prix à sa propre vie, la rend gratuite par-là-même ; or s’emparer de ce qui ne vaut rien n’est pas du vol. »

Je leur répète qu’ils se trompent, que je ne vaux pas rien pour autant, mais ils n’écoutent pas. Ils abusent de moi, me manquent de respect mille fois, rient et recommencent.

Dépassée par les évènements, vulnérable comme le sont toutes les dames, si fortes soient-elles de cœur, face à un bataillon de hussards, je reviens à l’écriture pour expliquer au monde de quelle manière une simple vision-du-monde philosophique abstraite est capable, lorsqu’on vit fidèlement à elle, d’engendrer un destin. Je raconte de quelle manière mes simples propos ont engendré des réactions violentes de la part d’autrui, comment j’ai suscité l’amour et la haine mêlées rien qu’en parlant de philosophie. On ne me croit pas.

Même les bonnes gens, même mes proches, se disent que les raisons que je donne ne peuvent pas être les vraies causes première de mes problèmes. Ils se disent : il n’y a pas de fumée sans feu.

Je dois donc quitter mes parents et toutes les bonnes gens qui m’avaient aimée dans mon enfance ; car les causes véritable de mes déveines successives In Real Life sont du même ordre que celles de mes malheurs dans le monde virtuel – à cette différence près que (et pour cause) les tenants et aboutissants en sont forcément plus graves. Or, exactement comme la grande majorité de mes amis internautes, mes pères, mères, amis, amants, s’acharnent à vouloir attribuer des cause viles et frustes à mes actions les plus désintéressées, à celles qui procèdent le plus de mon idéalisme. Mon père lui-même, mon père l’idéaliste, me reproche de l’être trop. Je surprends sur son visage à lui aussi, une grimace narquoise qui se rit de moi. Ils veulent faire guérir par un psychiatre une maladie philosophique qui n’a d’autre origine qu’un questionnement existentiel légitime, à savoir : « Comment la puissance de Vie qui a créé toute chose (par la parole, dit-on), s’y est-elle prise ?  » et encore : « Comment vivre en conscience ? » et enfin : « Que désire-t-Elle de moi ? » … Même si, arguant de ma fragilité supposée, mes parents tentent de toutes leurs forces de me retenir dans leur giron protecteur-accusateur, et même si je ne parviens toujours pas à gagner mon pain moi-même, car je me révèle incapable de prendre pour chefs des hommes plus petits que moi, je réussis finalement, grâce à l’intervention inespérée d’un bienfaiteur, à échapper à l’étau des miens, et à refermer la porte de mon enfance trop longue sur leur trahison inconsciente.

Une fois la tête hors cette eau-là, car mon histoire demeure le seul bien que je possède, et qu’il faut bien tuer le temps, et qu’il faut bien entretenir la flamme de connaissance dont je suis chargée, à nouveau, je me raconte…

On me dit alors : « Tu es planquée. Où est le courage, à parler ainsi de courage, lorsque comme toi on n’a jamais eu à descendre dans la mine, ni à faire la guerre, ni jamais eu faim, ni jamais été battue, ni même jamais eu à perdre sa vie à la gagner dans un bureau, à se compromettre pour nourrir une famille, à tirer le diable par la queue ? – Les plus courageux sont ceux qui ne vivent pas sur un nuage comme toi. »

Je réponds : « Les hivers de la vie, les temps de vache maigre, le quotidien, l’adversité, la disette des grandes choses, ne sont précisément des expériences à portée symbolique, donc héroïque, que lorsqu’elles sont vécues dans l’Attente [– que Justice immanente soit faite]… C’est-à-dire vécues par des hommes aspirant paradoxalement à autre chose qu’à la sécurité de leur cul et à la facilité matérielle et spirituelle en général… Par des hommes possédant de hautes aspirations, donc, et qui pourtant, comme expliqué dans la fameuse parabole biblique des jeunes fiancées et des lampes à huile, sont contraints – dans cette interminable Attente du Christ (ou de Godot) que nous connaissons tous – d’alimenter en carburant les véhicules terrestres les plus vulgaires et prosaïques, afin d’éventuellement passer outre la tourmente de leurs tracas frustes… – puisque ces véhicules terrestres sont le seul moyen connu d’avancer dans la vie. »

L’ouvrier au visage maculé de suie me répond : «  ‘comprends pas. « 

Je continue : « C’est bien pour cela que je suis venue dans la réacosphère. Je me disais qu’au moins là, on ne me reprocherait pas de vivre et de me comporter comme une princesse – mais une princesse aux-yeux-du-Seigneur, s’entend ! Les sans-culotte ont coupé la têtes aux belles dames nobles de jadis, douces chrétiennes aux mains blanches, sous prétexte que les mille et une bassesses que le peuple avait vécues leur avait été épargnées. Mais est-ce un crime en soi, que de pouvoir échapper à la bassesse ? Si personne n’échappe à la bassesse, si même les Vestales sont souillées, alors je vous le prédis, le flambeau de la civilisation disparaîtra ! »

« Mon père lui-même aurait voulu que j’attende moins des autres et de moi-même. Est-ce bien un vœu d’amour que celui-ci ? Je ne dis pas que certaines humiliations ne m’auraient pas été épargnées si j’étais parvenue à « rentrer dans le rang »… mais les justes sont-ils réellement humiliés lorsqu’ils mangent de la boue qui jadis tâcha le visage du Christ ? En revanche, quelle humiliation est supérieure à celle de laisser enculer le petit Jésus qui est en soi ? »

« Justement ! » – s’exclame un petit malin. « Il faut laisser enculer le petit Jésus qui est en soi ! Voilà l’acte d’humiliation suprême, celui que le suprême chrétien doit briguer ! Tourne-toi. « 

Étourdie un instant par l’humour pernicieux du brigand, je pèse douloureusement le pour et le contre. Je pense à monsieur Houellebecq qui s’est rendu capable de narrer sa propre expérience de la bassesse moderne, je pense à son grand mouvement d’empathie pour les plus humbles – voir les plus viles – de nos contemporains. Puis je surprends sur le visage de mon interlocuteur le sourire canaille de celui qui est venu me tenter. Je me récrie en moi-même : « Mais quel est-il donc, ce monde dont le Dieu-qui-est-bon est capable d’emprunter les voies les plus ignobles et nous faire honte de toute aspiration à plus de noblesse ? Quel est-il donc ce Dieu qui me demande en personne de Le maltraiter ? Je ne puis faire cela… du moins le faire à nouveau… Plutôt mourir ! » – Or, rendue immédiatement honteuse par une telle pensée – car mourir n’est jamais la solution – quelque chose en moi se reprend. Un éclair d’intelligence vient sauver l’impasse dans laquelle s’est jeté mon cruel manque de malice. Grâce à Dieu je trouve enfin une réponse pour le petit plaisantin :

« Chère âme, – lui fais-je – croyez-vous sincèrement que la course à la Grâce soit un concours de bite ? Ai-je besoin de prouver que je souffrirais de voir humilié ce qui en moi est resté pur et innocent, si je courais par exemple me prostituer (au propre comme au figuré) pour gagner deux malheureux kopeks, quand je souffre déjà de voir la chose se produire chez autrui ? Qui peut le plus peut le moins, n’est-ce-pas ? De par le fait de cet épiderme fragile que vous me voyez, qui me rend hautement sensible à toute injustice, et de ma promptitude (pour ne pas dire ma témérité) à réagir lorsque je sens confusément que mes valeurs fondatrices sont bafouées, ne prouvais-je pas que la moindre occasion de combattre l’ennemi In Real Life, éventuellement à balles réelles, serait une libération pour moi ? »

« En revanche alors qu’aucun enjeu matériel réel ne les retenait le moins du monde de réagir sainement, des individus affamés de pouvoir, surveillant, pour s’engouffrer dans la brèche, la moindre latitude laissée au crime par les lois républicaines, ont profité de l’impunité que leur offrait le web pour se livrer vis-à-vis de moi à un intense et suivi harcèlement moral à distance – pratique que les anglo-saxons appellent bullying. Allant jusqu’à intégrer en fraude, à force de danse abdominable, mon intimité sentimentale, l’un d’eux a même profité d’une époque où mon égo avait particulièrement été mis à mal, et où je me trouvais particulièrement abandonnée de tous, pour me pousser, dans sa haine farouche, à effectuer devant webcam des gestes abaissants, et malgré ma défense, et se parjurant, en a capturé des images, avant que de me renvoyer brutalement à ma honte – pour ainsi dire brisée et nue, plus seule que jamais, le cul sur le pavé. L’objet de son larcin, une fois rapporté à ses maîtres, ainsi que ma tête sur un plateau, lorsqu’il fut livré en pâture à une soit-disant bonne mère de famille, aura tout juste décroché à icelle un rire strident et un juron du style : « Elle n’a qu’à en prendre de la graine, cette petite pute ». – Je n’ose imaginer quel sort cette monstrueuse matrone supposément chrétienne réserve à ses filles, si jamais celles-ci ont le malheur un jour de se faire avoir comme moi (et tant d’autres avant moi) par des salauds, comme des novices. Aujourd’hui, comble de l’horreur, la vieille vidéo dont je vous parle est en train de circuler sur le net. De mains en mains un nombre considérables de personnes se la refilent – et ce sont toutes peu ou prou des personnes de la même sale espèce que la bande des brigands à cause de laquelle  cette vidéo a été enregistrée. »

A propos de ces humbles pécheurs-là, cher lecteur, c’est à toi que je pose finalement la question suivante : crois-tu que confrontés à des enjeux moraux majeurs, ceux-ci répondraient présents ? Quand je parle d’enjeux majeurs, je parle de ceux que soulèveraient une guerre civile par exemple, lorsqu’il ne s’agirait pas seulement, comme pour mes agresseurs, de résister au plaisir bien-humain de torturer un petit moineau, mais plutôt de savoir si l’on est prêt à griller sa situation sociale, à donner sa vie, à abandonner sa famille, plutôt que de se livrer à ce genre de pratiques.

Je demande tout simplement à mon lecteur :

« Es-tu prêt à me soutenir mordicus, les yeux dans les yeux, que les types incapables, dans leur vie de tous les jours, de résister à l’animale tentation d’écraser plus faible qu’eux-même sous le talon de leurs bottes lorsque personne ne les regarde et que la coutume le permet, puissent être faits du même bois que les héros capables, en cas de besoin, des plus grands sacrifices qui soient au nom de leur Nation et de leurs Pères ? « 

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Bien à tous,

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Millie.