Les Suicidés

« Le courage consiste à savoir choisir le moindre mal, si affreux soit-il encore. »

STENDHAL (1783-1842), « La Chartreuse de Parme ».

***

Lorsque j’étais môme, un passage d’un film de guerre m’avait fortement impressionné. On y voyait une escouade de soldats français en Indochine. Ils rampaient sous les tirs des avions dans un paysage lunaire enfumé, entre les barbelés et les cadavres de leurs camarades, pour conquérir une colline de rien du tout qui portait un nom de femme. Quand ils en atteignaient enfin la crête, faute de renforts, ils devaient battre retraite et tout abandonner.

Soldat, un métier ingrat, sans doute… l’engagement ne promettait rien. Rien, ou bien un avenir de souffrance, de misère, d’abnégation et de sacrifices… et pourtant c’est ce qui m’avait poussé, je crois, à intégrer l’armée. J’étais pressé, curieusement, de prendre ma part au carnage. De défendre à mon tour ma place dans les rangs des condamnés… je n’étais pas du genre de ces gamins, de ces « adulescents », ce qui est pire encore, débile mentaux, vaniteux, qui se rêvent  en vedettes insipide de « Secret Story ».

Mémoires d’un ami.

Adolescente, je n’arrivais pas à vivre… ce qui n’a rien d’exceptionnel, je le concède, en soi. Mais je ne pouvais pas décemment me résigner à mourir non plus. Car j’aurais bien voulu mourir, oui – ç’aurait été simple, sans doute – trop simple pour moi, peut-être ? -,  mais pourvu que cela serve à quelque chose, au moins ! – En effet, quelle dérision supplémentaire, sinon !

Quand on a détesté autant que j’ai pu le faire la vacuité au quotidien, l’absence de sens profond qui meuble les actes de tous les jours – ce vide ontologique, dirait le physicien, dont est composé la matière ! -, au point d’avoir vécu uniquement dans l’expectative d’un miracle, alors on ne peut pas non plus s’être ridiculisé à disparaître sans raison : c’est-à-dire à disparaître comme on est venu !

C’est ainsi que j’ai fini par comprendre que si vivre-pour-vivre m’importait aussi peu, et que si ce que je recherchais ici-bas était quelque chose comme la vérité, l’intensité, le sublime… alors cela voulait dire en filigrane que j’étais sans doute aussi – paradoxalement – une personne, vu sous cet angle particulier-là du moins, un peu moins égo-centrée que les autres ; car mon intérêt majeur dans la vie – au contraire de mes contemporains – ne consistait précisément pas en la préservation de mon véhicule terrestre – mais en autre chose, que les personnes obsédées par leur propre survie ne savaient ni comprendre ni cautionner. Ce qui donc aurait pu passer pour un défaut d’énergie vitale, d’appétence à la vie, et une volonté d’inspirer l’indulgence par un comportement victimaire, était en réalité – mais en puissance hélas seulement ! – un désir de sacrifice à plus grand que soi, et pouvait constituer – à condition de déterminer la nature de ce plus grand que soi – une force à part entière !

Instinctivement j’ai toujours su que ce désir d’absolu que je ressentais ne pouvait décemment se résumer à être un handicap social : qu’il consistait en soi potentiellement une arme, à laquelle il s’agissait tout simplement de donner sa plus ample portée, en apprenant à m’en servir d’une part, et en trouvant mes ennemis de l’autre… – afin que plus jamais on n’imputât à mes idéaux d’être mes ennemis, sous prétexte qu’ils détruisissent mon égo et attirassent sur moi le ridicule.

Car la question n’est pas de savoir si nous allons mourir – nous allons tous mourir en vérité ! – mais de quelle façon, et quand. Dès lors, aussi longtemps que la vie semble n’avoir aucune importance pour soi, pour quelle raison – diable – s’empresser de l’achever ? Alors qu’un homme réellement libéré de toute attache envers ce qui est superflu ici-bas et vil, est potentiellement si utile à la société ! – est potentiellement une telle source de réconfort pour ses frères en espérance !

Celui dont le seul désir est réellement de ne pas vivre en vain, acquière par là-même toute la liberté nécessaire – et la longueur de vue – pour agir avec courage et indépendance d’esprit ! En effet, la distance critique par rapport à tout ce que la survie terrestre peut comporter de vicieux et d’aliénant est un don dont il s’agit d’apprendre à tirer parti. En premier lieu on dirait que celui dont c’est le seul don naturel connu est le plus lésé des enfants de Dieu – comme le cadet de la fratrie du conte de Perrault qui avait hérité du Chat Botté se sentait le plus malheureux et le moins aimé des fils de son père. En second lieu seulement, s’il parvient à se rendre compte de ce que Dieu en vérité l’aime tout autant que ses autres enfants, le déshérité se doit à lui-même (et à son Dieu) de découvrir la nature particulière du cadeau qui lui a été fait. Comme le jeune maître du chat botté, l’apanage de celui dont le seul héritage est un héritage immatériel, est la magie de la liberté : l’ingéniosité, la bravoure, l’imaginaire…

Dans la Bible, je suis récemment tombée sur un étrange passage qui parle exactement de cela. Il y est question de jeunes filles se consumant dans l’attente d’un être aimé – avatar du Messie. Certaines meurent consumées avant que l’heure de la délivrance ne vienne, quand d’autres au contraire, prévoyantes, prennent leur mal en patience, et l’entretiennent doucement, au lieu de laisser celui-ci les dévorer, afin que ce mal brûlant se mue à force de temps en vertu, se mue en antidote, se mue en lumière… et qu’il porte des fruits.

Voici, je le cite :

Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole :

« Le Royaume des cieux est comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s’en allèrent à la rencontre du jeune marié. Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq étaient sages : les folles avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les sages avaient pris, avec leur lampe, de l’huile en réserve.

Comme le jeune marié tardait elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : « Voici le jeune marié ! Sortez à sa rencontre. » Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe. Les folles demandèrent aux sages : »Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. » Les sages leur répondirent : « Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands. »

Pendant qu’elles allaient en acheter, le jeune marié arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l’on ferma la porte. Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : « Seigneur, Seigneur, ouvre nous ! » Il leur répondit : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas « 

Veillez donc, car vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. »

Hermann Hesse parle également très bien des hommes pour qui le suicide (ou plutôt la volonté du suicide) est un départ, et une source de force. Il y a ce passage dans le Loup de Steppes, que j’aime beaucoup :

Hermann HESSE, réflexion sur les suicidés :

Un autre était d’appartenir aux suicidés. Précisons cette expression : il est faux de n’appeler suicidés que ceux qui se suppriment réellement. Parmi ceux-là, il s’en trouve beaucoup qui, en quelque sorte, ne deviennent des suicidés que par hasard et n’ont pas nécessairement le suicide dans le sang. Parmi les hommes sans personnalité, sans empreinte puissante, sans destinée, il en est qui périssent de leur propre main, sans pour cela, de leur sceau et leur empreinte, appartenir au type des suicidés ; par contre, parmi ceux qui, par essence, appartiennent aux suicidés, beaucoup, la plupart même, ne suppriment pas la réalité. Le propre du suicidé – et Harry* l’était – n’est pas de se trouver forcément en relations constantes avec la mort, mais de sentir son moi, à tort ou a raison n’importe, comme un germe particulièrement dangereux, douteux, menaçant et menacé par la nature ; c’est de le croire toujours exposé au danger, comme s’il se trouvait sur la pointe extrême d’un rocher d’où la moindre poussée du dehors et la moindre faiblesse du dedans peuvent suffire à le précipiter dans le vide. On reconnaît ces hommes à une ligne de destin qui prouve que, pour eux, le genre de mort le plus vraisemblable est le suicide, du moins dans leur imagination. Cet état d’âme, qui se manifeste presque toujours dans leur première jeunesse et ne les quitte pas de toute leur vie, n’est pas conditionné par une trop faible vitalité ; au contraire, on trouve parmi les suicidés des natures extraordinairement tenaces, avides et même téméraires. Mais, de même qu’il est des tempéraments chez qui la moindre indisposition provoque la fièvre, de même, chez ceux que nous appelons suicidés et qui sont toujours infiniment sensibles et impressionnables, le moindre bouleversement provoque l’abandon à l’idée de la mort. Si nous avions une science possédant l’audace et le sentiment de responsabilité nécessaire pour s’occuper des hommes et non seulement du mécanisme des phénomènes vitaux, si nous avions quelque chose comme une anthropologie, comme une psychologie, ces faits seraient connus de tous.

Hermann HESSE, Traité du Loup des Steppes, 1927

* Harry Haller est le nom du héros surnommé « Loup des Steppes ».

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35 réflexions sur “Les Suicidés

  1. J’ai toujours pensé qu’il y avait une forme de désespoir trompeur dans le suicide – un désespoir qui demande une seconde chance, comme si le suicidé voulait prouver quelque-chose et envisageait de récolter plus tard les fruits de cette démonstration. Un homme qui déciderait vraiment, en son âme et conscience, que la vie est une plaisanterie qui a assez duré ne se mettrait pas fin à ses jours de manière brutale : comme toutes les personnes fatiguées, il s’assoirait dans un coin tranquille et attendrait patiemment son dernier sommeil. Un acte, même désespéré, est toujours conquête de quelque-chose – tel que vous le dites : une force à part entière.

  2. Sincèrement. Non. Il m’est arrivé quelquefois, au bord d’une balustrade un peu élevée, de me dire que mes tracasseries pourraient finir avec un simple geste, mais je ne l’ai jamais envisagé comme une véritable option. En revanche, il m’est arrivé de frôlé la catastrophe pour des hardiesses dignes d’un Darwin Award… C’est une forme de tendance suicidaire, je pense.

  3. Ah oui ? Tiens. Je ne connais quasi pas ce genre de pulsions brutales, de désinvolture casse-cou viriles, moi en revanche, voyez. Au contraire, si nous parlons du strict point de vue pratique, mon instinct de conversation est fort. J’ai pas mal de courage physique, mais toujours uniquement lorsque je sais qu’objectivement je ne risque rien. ^^
    J’ai beaucoup /pensé/ au fait de mourir – c’est quelque chose à quoi je songe toujours profondément, à tête reposée – mais jamais en observant le vide je n’ai pour autant, je crois, songé que m’y jeter serait « le moindre mal » possible – pour reprendre les mots de Stendhal en exergue de mon article. ^^

  4. Le « moindre mal » avec un suicide, cela dépend pour qui : pour le suicidé, certes, pour son entourage, parfois seulement… Ce qui est formidable avec le suicide, c’est qu’il est à la fois l’acte le plus lâche et le plus courageux.

  5. « Le « moindre mal » […] pour le suicidé, certes »

    Non, justement. Enfin pas pour le « suicidé »(TM) au sens où je l’entends.

    « Ce qui est formidable avec le suicide »

    Il n’y a rien de formidable dans le suicide. Êtes-vous chrétien, oui ou non ?

  6. « Certes », mais pas « certainement ». Le suicide, à la différence du sacrifice, est toujours un acte égoïste, c’est tout ce que j’ai voulu dire.

    Pour le reste, je suis chrétien. Chrétien et lecteur de Nietzsche, ce qui n’a rien d’évident, vous en conviendrez.

  7. « Chrétien et lecteur de Nietzsche, ce qui n’a rien d’évident, vous en conviendrez. »

    Moi je trouve ça évident. Après, ce que d’autres en pensent, ça les regarde.

  8. Je ne crois pas que les ex-candidats au suicide soient les plus habilités à parler de leur expérience, laquelle se trouvera toujours être incomplète.

    Pour moi, le suicide évoque une baignore noire de sang, des traces dégueulasses sur les bras et une famille qui vous traîtera quelques années plus tard de « tapette ».

    C’est le paradoxe de toute expérience indicible : on ne peut l’éprouver qu’à condition de ne pas en parler (forcément puisqu’on est mort LOL ^^).

  9. Nous ne parlons pas de la même chose, Fascisme Fun.

    Vous, vous parlez d’une chose triviale, vous me parlez des suicidaires.

    Que les suicidaires aillent donc se pendre, s’ils n’ont que ça à foutre ! Cela laissera de la place sur terre pour ceux qui ont un destin à rechercher.

    Les gens qui n’ont pas de respect pour leur propre vie, comment voulez-vous que le « aime ton prochain comme toi-même » biblique les concerne ? Celui qui ne s’aime pas lui-même, en vérité, est autant à craindre pour autrui qu’un serpent venimeux.

    Moi je vous parle d’un concept Hesse-ien, qui est le concept du /Suicidé/(TM).
    Rien à voir.

  10. Cioran fait sûrement partie de cette catégorie des suicidés. Il explique que sans cette idée du suicide, il n’aurait pu supporter la vie.

    C’est une forme de nihilisme passif, dans la mesure où le passage à l’acte reste virtuel. Il n’empêche qu’on ne joue pas impunément avec cette idée. Je comparerais ça à la roulette russe. Il y a toujours la probabilité d’un acte fatal. C’est peut-être l’intérêt du jeu.

  11. Voilà une superbe illustration de mon texte, Sébastien. Je pense d’ailleurs que je vais la publier…

    Je retranscris ses paroles :

    « L’idée d’être ‘coincé ici-bas’, n’est-ce-pas… pour moi l’idée de suicide est toujours liée à l’idée de liberté.

    Or j’ai remarqué que dans la vie, il y a très peu d’êtres qui aient compris. Vous pouvez rencontrer de très grands écrivains qui n’ont RIEN compris !
    Des gens qui ont un talent… et qui ne vallent RIEN ! [Rire] »

    Tout est là ! Tout est exactement là !

    Merci.

  12. Il me semble que chez Cioran, l’idée du suicide procède d’une profonde lâcheté, d’un état de dégoût constant de la Vie et de ses aléas, toujours sur le qui-vive, un verre rempli de cachetons comme doudou des plus rassurant.

    Le suicide, chez Cioran, c’est l’objet transitionnel qui lui permet de s’éloigner du vide, comme le nourisson têtant son pouce.

    Bizarrement, vous faite du suicidaire une sorte de sous-homme, auquel vous refusez même votre charité judéo-chrétienne (ce qui est comiquement très catholique ^^) tandis que vous accordez votre estimes aux éternels anxieux casse-couillesques à la Cioran (qui lui ne dépréciait ni les suicidaires pathétiques et les suicidés grotesques – voir sa maxime sur « tel qui se tue pour une garce… »).

    Comme disait Céline, il y a un univers de galaxies entre celui qui vit l’émotion même la plus médiocre (le suicidaire) et celui qui est allé chercher dans les classiques grecs ce que sa carcasse de lettré manquera toujours de saisir au vol.

    Bref, je trouve que vous avez manqué de sensibilité sur ce coup, Irena.

  13. « un verre rempli de cachetons comme doudou des plus rassurant. »

    Non, vous n’y connaissez rien, gros lourdaud. L’idée du suicide à la Cioran, c’est elle précisément qui permet à terme pour les gens comme lui – a.k.a les gens de valeur, qui ne sont pas uniquement dans l’économie du « je sauverai ma peau » – de se passer des cachetons.

    Pour moi ceux qui prennent des cachetons sont à jeter dans la même fosse à médiocrité que les suicidaires : car eux aussi font partie de ceux qui se voilent la face pour ne pas affronter courageusement le sens de la vie – les drogues sont, au même titre que les lames de rasoir, des armes que l’ont retourne contre soi-même, contre la clarté de sa propre raison, au lieu de les brandir (symboliquement) contre ses ennemis.

    « Le suicide, chez Cioran, c’est l’objet transitionnel qui lui permet de s’éloigner du vide, comme le nourisson têtant son pouce.  »

    Vocabulaire psychologisant = vocabulaire des lâches, de ceux qui se cherchent des excuses là où ils devraient se considérer comme des pécheurs, s’apitoient toujours sur eux-mêmes, et exigent d’autorité l’indulgence d’autrui à l’égard de leur crimes&manquements.

    « Bizarrement, vous faite du suicidaire une sorte de sous-homme, auquel vous refusez même votre charité judéo-chrétienne »

    Oui. Pourquoi bizarrement ? Le suicide est une chose que ne pardonne pas la religion chrétienne.

    « ce qui est comiquement très catholique »

    Pourquoi comiquement ? Oui je m’estime catholique. Davantage même que beaucoup de gens baptisés. Je l’avoue.

    « tandis que vous accordez votre estimes aux éternels anxieux casse-couillesques à la Cioran »

    Une amie me disait tantôt qu’elle n’avait longtemps pas réussi à faire la différence entre être casse-couille et être libre… je lui ai répondu que je ne la faisais toujours pas non plus.

    « qui lui ne dépréciait ni les suicidaires pathétiques et les suicidés grotesques – voir sa maxime sur « tel qui se tue pour une garce… » »

    Les maximes de ce genre, venant de Cioran, sont remplies d’humour. D’ailleurs Cioran lui-même était un type plein d’humour. C’est cela que vous, avec votre façon de tenir à votre peau avec autant de sérieux, ne comprenez pas.

    « il y a un univers de galaxies entre celui qui vit l’émotion même la plus médiocre (le suicidaire) et celui qui est allé chercher dans les classiques grecs ce que sa carcasse de lettré manquera toujours de saisir au vol. »

    Par ce ré-emploi, très-ironiquement à contre-sens, d’un propos Célinien, vous montrez très bien que vous appartenez, vous, à cette catégorie dont je parle, des gens très-certainement de bonne intention, qui ont très-certainement lu des livres, mais qui n’ont absolument rien compris à rien.

    « Bref, je trouve que vous avez manqué de sensibilité sur ce coup, Irena. »

    Ce que vous « trouvez » n’a aucune valeur à mes yeux, gros lourdaud. Le contre-sens énhaurme que vous venez de faire en me renvoyant (à moi!), ces propos de Céline – lesquels traitent bien-évidemment du problème majeur de l’humanité civilisée qu’est le Pharisaïsme – vous discréditent radicalement sur le plan philosophique. Cela, cependant, ne vous empêche pas de rester un bon bougre, mais enfin bon… *soupir*.

    Évidemment, les contre-sens du genre de celui que vous venez de faire ne relèvent pas uniquement du zéro pointé dans un devoir de philo (ou une dissertation) – qu’avons-nous à f* des zéros pointés ? – ; ils relèvent bien-évidemment aussi d’un grave défaut d’empathie à l’égard de votre interlocutrice. Ne nous leurrons pas.

  14. Il y a tout de même dans cette vision du suicide un rapport malsain à la survie . Le suicidaire ne considère que l’option Vie/Mort , Vie prise ici au sens « grande Vie » , vie accomplie , destin réalisé . Entre les deux , il y a la survie .
    Un simple survivant n’est pas un zombie , un mort-vivant , c’est surtout celui qui hiberne . La vie a ses printemps , ses hivers , le héros sait attendre . Le suicidaire veut donner à sa vie un caractère Héroique , sans même se rendre compte que c’est dans le quotidien , l’adversité , les temps de vaches maigres , que l’Héroisme a sa place . Le suicidaire n’est jamais qu’un enfant gâté qui réclame l’héroisme sur un plateau , qui refuse la vie quand elle n’est pas grande . Il y a une « nature héroique » , quand on la possède , la vie prend une dimension héroique , que ce soit une vie de représentant en assurances ou de preux chevalier . Des hommes standards ont été emportés dans le tourbillon de l’histoire , sont devenus des héros . Ils n’avaient que très rarement une nature héroique . Les héros acceptent la disette , ne réclament pas le grand soir ou une guerre civile pour exister , ils donnent à leurs vies un caractère héroique .
    Un enfant gâté qui réclame l’héroisme sans en payer le prix ni en avoir les moyens , en somme …

    • 1 – vous confondez encore une fois suicidaire et Suicidé(TM)

      2 – Les hivers de la vie, comme vous dites, les temps de vache maigre, le quotidien, l’adversité, la disette des grandes choses, ne sont précisément des expériences à portée symbolique, donc héroïque, que lorsqu’elles sont vécues dans l’Attente [- que Justice immanente soit faite]… C’est-à-dire vécues par des hommes aspirant paradoxalement à autre chose qu’à la sécurité de leur cul et à la facilité matérielle et spirituelle en général… Par des hommes possédant de hautes aspirations, donc, et qui pourtant, comme expliqué dans la fameuse parabole biblique des jeunes fiancées et des lampes à huile, sont contraints – dans cette interminable Attente du Christ (ou de Godot) que nous connaissons tous – d’alimenter en carburant les véhicules terrestres les plus vulgaires et prosaïques, afin d’éventuellement passer outre la tourmente de leurs tracas frustes… – puisque ces /véhicules terrestres/ sont le seul moyen connu d’avancer dans la vie.

      Bien à vous.

  15. Pas lu Cioran. Par contre je retiens que Camus disait que le suicide, c’est à dire la question de savoir si la vie valait (ou pas) la peine d’être vécue était la question philosophique fondamentale de par les actes qu’elle implique (la mort étant définitive).

    • Oui, c’est tout à fait ça, ce dont nous parlons.

      Camus le disait aussi, absolument ! – Il faut absolument avoir lu La Chute & L’Etranger, je crois. Cela prépare une conscience à affronter la vie moderne, cela forme un homme.

      Et Blaise Pascal, plus encore – scientifique de génie qu’il était – l’a démontré.

  16. Je ne confond rien , c’est vous qui ne savez pas lire . Votre « Suicidé(TM) » est précisément un enfant gâté , rien de plus . Il ne dispose pas de la puissance de feu nécessaire pour bâtir sa Vie héroique , il trépigne , chouigne , et à défault de hisser le quotidien dans une dimension héroique , rabaisse l’héroisme dans les choses sans importances . En vérité , votre suicidé commet le péché qui est probabement à l’origine de tout les autres : l’ennui .

    Celui qui est porté par de hautes aspirations prend largement plus soin de son cul que celui qui vit dans la survie . Celui qui vise à tout pris le salut de son âme , veut graver son nom dans la roche est précisément celui qui prend soin de son cul pour l’éternité , l’héroisme n’est dans ce cas absolument pas un désintéressement . C’est un égoisme qui n’est pas que matériel .

    Le suicidaire est un égoiste qui place sa vie sur le plan matériel , s’aménage une porte de sortie . Le « suicidé(TM) » un enfant gâté qui salit l’égoisme ET le divin en corrompant les deux . Il rabaisse l’héroisme à défault de se hisser à sa hauteur .
    La survie n’est jamais que la base de l’héroisme potentiel , en aucun cas son opposé . Oui , il demande travail , abnégation , sacrifice , et donc courage . La vie du suicidé n’est pas suffisament importante pour que sa perte soit un sacrifice . Le suicidaire peut rester suicidaire toute sa longue vie , le suicidé rentre dans le rang , grandit .
    Vous pouvez l’oublier .

  17. Je vois ce que vous voulez me dire par là. En gros, ma vie et ce que je peux écrire en rapport à ma vie, illustrant le sens que j’accorde à icelle, ainsi que les preuves que je donne de ma fidélité à mes principes, tout cela n’a aucune importance. C’est ce que vous pensez vraiment ? Dans ce cas il va vous falloir à votre tour devenir l’un de mes ennemis, car je ne suis guère en mesure de cautionner la négation de mon existence. Comme je disais antérieurement, tout part de ce constat : je pense donc je suis. Et je peine donc je sue. [Et j’épine donc Jésus, ad. lib.]

  18. Celui qui prône la survie au détriment de la Vie, de la vie de l’âme, se trompe. Car en vérité la survie-même, à ce compte-là, ne lui sera même pas accordée. Il se trompe, celui-là qui croit que la matière n’est constituée que du visible.

  19. Plus sérieusement, mon cher ami Prole, avant que tout ceci ne dégénère, revenons à des considérations moins éthérées… Je sens bien que ce n’est pas vraiment vous, qui vous exprimez-là, mais ceux qui me veulent du mal et m’ont fait du mal, qui parlent par votre bouche. Vous essayez de rétablir le dialogue entre eux et moi, et c’est fort louable. Qu’on ne dise pas après coup que je ne vous en aurai pas su gré.
    Voulez-vous mon opinion au sujet des héros du quotidien ? Je crois sincèrement que leur place est dans ce ‘quotidien’. Il y sont fort utiles, puisqu’ils donnent l’exemple. Sont-ils les mieux placés en revanche pour théoriser sur l’héroïsme, et expliquer au monde sa nature véritable et sa nécessité ? Tout comme Socrate avant moi, je ne crois pas.
    Où sommes-nous, ici, mon Prole ? Sur le /terrain de chasse/ d’un représentant de commerce, ou dans un espace de parole libre où les gens pratiquent la rhétorique ?
    Soyons sérieux une minute, mon Prole, dans l’humble cadre de notre Athènes virtuelle, de qui d’entre Socrate et le représentant de commerce lambda, la parole est-elle la plus rare, la plus précieuse… et finalement, puisque cette question vous importe, la plus utile ?

  20. Please, ne me répondez pas que rien dans le monde virtuel ne doit être pris au sérieux, puisque d’une part la parole en elle-même est et a toujours été une /virtualité/ en soi, ce qui n’a jamais retenu les philosophes de dire aux hommes de régler leur actes sur leurs paroles, et les juifs et les chrétiens de partir du principe que Dieu Lui-même avait créé le monde en parlant.

  21. D’autre part j’ai prouvé que le simple fait d’avoir personnellement pris la vie virtuelle au sérieux avait en soi eu pour effet de lui donner des répercussions – hélas de nature tragique (mais pas seulement) – dans le /réel/. En effet, qui s’intéresserait au virtuel, s’il n’était /que/ virtuel, justement? ;)

  22. Enfin, dernière remarque, pourquoi diable partez-vous du principe que je suis une enfant gâtée, et pas moi aussi, sans pour autant en faire tout un fromage, un petit héros du quotidien ?

    C’est comme tous ces drôles qui s’imaginent que je suis une salope infidèle, voire même une prostipute… En vérité je crois qu’ils prennent leurs désirs pour des réalités. ^^

  23. Non , votre vie n’a aucune importance . Parce que vous existez , vous êtes autres chose que le reste du monde . Et vous pouvez vous en retirer à l’aide d’une lame de rasoir .
    Jusqu’a preuve du contraire , la vie est uniquement biologique . Et ceux qui ont admis le contraire l’on fait avec leur biologie .
    Quelle parole est utile ? Celle qui sert sa propre biologie .
    La parole du contremaître d’une plantation de coton aux Caraibes à des esclaves est globalement utile à son sang , à plus ou moins long terme , dans des proportions variables .
    La parole d’un Luther a-t-elle été utile à son sang ? Oui , bien sûr , sur le long terme . Ce qui n’était guère évident à l’époque .
    La parole d’un Diogène a-t-elle été utile à son sang ? Hum … Mais nous nous en souvenons , elle a trouvée écho .
    On ne sait jamais quelle parole est ou sera à l’aveinr utile , dans tout les cas la parole est libre quand elle est inutile , ceux qui on laissé leur trace étaient le surplus biologique de leur sang . Ils étaient inutiles , donc libres . Ils peuvent moralement disparaître , ils sont libres .
    Celui qui chantait la gloire d’un Roi des Balkans est oublié , celui qui chantait les yeux d’une femme (pour l’épouser et transmettre son sang , biologiquement utile) a trouvé écho aujourd’hui . Seul reste le vain , l’inutile , l’éternel . Donc le luxe , le libre .
    Votre écriture n’a pas besoin de justifications , elle est libre , elle ne sert à rien . Mais peut-être vous est-elle utile , peut-être vous a-t-elle permise de ne pas mourir , et peut-être serez-vous mère dans 5 ans grâce à elle . Vos enfants devrons leur vie à votre plume , qui est inutile , rappellez-vous .
    J’espère de tout coeur que vos enfants seront inutiles .
    La parole n’est jamais que de la biologie virtuelle , elle n’est permise que par la production d’un surplus biologique inutile , permit lui-même par des représentants de commerce .
    On ne sait jamais ce qu’il en adviendra . Il vous appartient de décider du prix de votr vie . Mais elle est vaine , donc libre .

  24. « Je parlait du suicidé(TM) !!!
    Pourquoi vous sentir visée ?!? »

    Vous êtes en train de commenter un billet où je raconte mon expérience personnelle de suicidée(TM) – concept Hesse-ien -, mon Prole.

    ****

    Votre dernière réponse est d’un abscons… avez-vous bu, encore, mon Prole ?

  25. « Et comment raconte-t-on une expérience de suicidée ? »

    Pas de suicidée au sens vulgaire du terme, de suicidée(TM) – concept Hesse-ien !

    Putain mais vous avez lu l’article que vous commentez ouioumerde ?

  26. @Irena.

    Vous avez raison, je suis très « terre à terre ».

    Je trouve simplement qu’il y a plus de noblesse et de vie, plus d’héroïsme et de « fun pure » (c’est à dire de réhaussement du réel), chez un idiot qui se tue pour une garce que pour votre héros qui bouleverse le monde en pensant au suicide (on a bien évidemment autre chose à foutre que de songer à l’auto-supression quand on fend la steppe sur un pur-sang arabe : ce qui est juste « rock’n’roll »).

    Le suicidaire est un personnage éminement humain, attachant et grotesque, avec sa Dame mortuaire qu’il courtise comme un puceau tripatouillant des fausses notes de Cythare en bas de la tour où sa Dame de qualité pionce lourdemment.

    Je trouve ça beau, théâtral, et triste à la fois. Le suicidaire mérite toute notre attention (mépris et charité mélangé).

    Votre Hesse-nisme est une quête intérieure, spirituelle, limite indicible. Très noble sans doute, mais j’ai beaucoup de mal à en voir les contours héroïques comme Prolo de la Lite.

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