Cioran le /suicidé/(TM)

L’idée d’être ‘coincé ici-bas’, n’est-ce-pas… pour moi l’idée de suicide est toujours liée à l’idée de liberté.

Or j’ai remarqué que dans la vie, il y a très peu d’êtres qui aient compris. Vous pouvez rencontrer de très grands écrivains qui n’ont RIEN compris !
Des gens qui ont un talent… et qui ne valent RIEN ! [Rire]

___

Voilà, tout est là ! Tout est exactement là !

Allez, un petit extrait de Cioran, juste pour le plaisir :

Mais sans une forte dose de démence, nulle initiative, nulle entreprise, nul geste. La raison : rouille de notre vitalité. C’est le fou en nous qui nous oblige à l’aventure ; qu’il nous abandonne et nous sommes perdus : tout dépend de lui, même notre vie végétative ; c’est lui qui nous invite à respirer, qui nous y contraint, et c’est encore lui qui force notre sang à se promener dans nos veines. Qu’il se retire, et nous voilà seuls! On ne peut être normal et vivant à la fois. Si je me maintiens dans une position verticale et que je m’apprête à remplir l’instant qui vient, si, en somme, je conçois le futur, un heureux détraquement de mon esprit en est cause. Je subsiste et j’agis dans la mesure où je déraisonne, où je mène à bien mes divagations. Que je devienne sensé, et tout m’intimide : je glisse vers l’absence, vers des sources qui ne daignent pas couler, vers cette prostration que la vie dut connaître avant de concevoir le mouvement, j’accède à force de lâcheté au fond des choses, tout acculé à un abîme dont je n’ai que faire puisqu’il m’isole du devenir.

La Tentation d’Exister – Emile Cioran

Publicités

3 réflexions sur “Cioran le /suicidé/(TM)

  1. Merci encore, Lilou, pour cette chanson ! Je l’aime beaucoup, elle me trotte dans la tête depuis au moins deux jours à présent. :)

    C’est le fils de Bobby Lapointe, n’est-ce-pas ? :'(

    Je ne sais pas, en revanche, si l’on peut dire que Cioran explique, ou pire justifie le festivisme (le festivisme à la Muray)… Relisez la définition des « Suicidés » selon Hermann Hesse, que j’ai copiée dans un article précédent, il y est avant tout question d’exigence envers soi-même, du Memento Mori perçu comme un aiguillon moteur, de la pensée du suicide possible comme un moyen de ne jamais s’endormir sur ses lauriers. Cioran parlait de son Exil exactement dans les mêmes termes : il l’interprétait comme une sorte de condamnation à l’intelligence, à la gymnastique mentale… Cioran n’était pas un adepte du laisser-aller – loin de là ! – C’était même un sacré bosseur : voyez son style.

    Tous les incompris ne sont pas géniaux, tous les dépressifs ne sont pas des « Suicidés » comme Harry Haller (le héros du Loup des Steppes), tous les va-nu-pieds loqueteux portant symbole autour du cou et conduisant moutons ne sont pas le christ.. etc. ;)

    Ce qui est sacré, ce n’est pas la peine, c’est ce qu’on en fait.

Les commentaires sont fermés.