La chair à canon

J’en ai plus qu’assez des réacs et compagnie qui tapent sur la caste des profs.
Y’en a vraiment ras-le-bol ! Non seulement ces gens font sans doute le métier actuellement le plus difficile et exigeant de France (les jeunes recrutés envoyés en banlieue des grandes villes, se font insulter toute la journée pour la beauté du Sens du Devoir et pour des clopinettes), non seulement certains d’entre eux risquent leur peau chaque année face à des sauvageons armés dont ils n’ont pas le droit ne serait-ce que d’effleurer un petit cheveu… Mais ils sont constamment remis en cause de toute part ! Leurs hiérarchies, leurs ministères successifs, leur chient dans les bottes pour économiser des rognures de chandelles et pour se faire mousser, qui aux yeux de leurs pairs et supérieurs, qui aux yeux de leurs électeur, qui pour éviter des procès avec des meutes de parents d’élèves acculturés sans scrupules.

Le devenir de la nation entière repose sur leurs humaines épaules, plus encore le flambeau de la Civilisation qui s’écroule est entre leurs mains frêles, on leur demande le sacrifice de tout ce à quoi personne ne voudrait renoncer – gloire, argent, amour-propre, carrière littéraire ou artistique.. etc. – et cela uniquement par sens du devoir et éthique personnelle ! Qui aujourd’hui, parmi les hordes mêlées – et tellement vindicatives ! – des droitards et des parents d’élèves orgueilleux de la sauvagerie de leur progéniture débile, qui parmi eux possède encore de telles exigences ? … je veux dire à leur propre endroit ?!

Cet Ennemi suprême qu’est la Barbarie, que l’Elite intellectuelle française paradant dans les merdias et sur le net est si fière de conspuer de loin, sans le fréquenter, et sans non plus agir IRL pour le combattre, comment réagirait-elle, si elle était chargée par l’Etat de mettre à profit son haut niveau d’étude et ses capacités d’empathie supérieures pour l’évangéliser, l’acquérir à la civilisation, le domestiquer ?… Qu’en penseraient-ils, les Saint-Jean Bouche d’Or, s’ils devaient faire cela sans pour autant se voir accordés le moindre supplément de reconnaissance sociale, s’il n’y pouvaient espérer trouver non plus aucun avantage pécuniaire d’aucune sorte… si leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail étaient chaque année un peu davantage sapés par des directives anarchiques (se succédant mais ne se ressemblant pas) promulguées par un pouvoir détenu par des mafieux, des fiers-à-bras, des vantards, tous quasiment analphabètes ? … Seraient-ils aussi imbus d’eux-mêmes, aussi jaloux de leurs divers fantasmes de puissance, s’ils se voyaient comme nos pauvres forçats de l’enseignement interdits d’exercer la moindre autorité un tant soit peu coercitive vis-à-vis des « chers bambins » qui les menacent et les insultent et leur crachent à la gueule toute la sainte journée dans l’impunité totale ?!

Et nos chers chrétiens, que penseraient-ils d’être obligés par la force des choses de devenir martyrs de la Connaissance, de payer aussi cher pour un don de soi aussi total, sans se voir reconnus comme tels ni par le peuple, ni aucune Eglise ? Que diraient-ils, les amoureux des Clercs de Jadis à présent retranchés dans le commerce ou la com’, si au lieu de se pignoler sur des images d’Epinal, ils avaient dû être déclassés et méprisés comme le sont les profs, par des élites intellectuelles à la mode auxquelles ils auraient /normalement/ pu prétendre appartenir ? Quelles seraient les opinions politiques, actuellement, des grenouilles de bénitier prêchi-prêchantes, si elles avaient /véritablement/ dû porter comme le Christ l’opprobre des mains couvertes de la misères des autres et de l’humiliation ordinaire, au lieu de leur imitation d’auréole signée Hermès ou Cartier ?

Que diriez-vous d’avoir à faire le bien dans l’indignité la plus complète, l’indifférence, voire l’hilarité, la moquerie générale ? …de tendre à devenir des anges éclopés et de bon génies invisibles sans même avoir droit à ce qu’on vous le reconnaisse ? Sans même avoir le droit de le dire – et même de le penser – au risque de passer pour fous ? … Sans même vous être vus accordé de prononcer le mot tabou d’Evangile ?

Croyez-vous qu’il soit facile d’apprendre l’Histoire et les lettres à des bêtes qui s’expriment avec leurs dents, leurs ricanements et leurs poings, car ils ne savent ni lire ni parler ? Croyez-vous qu’il soit facile d’être préposé à l’éducation de personnes dont les parents-mêmes sont des sauvages ? Croyez-vous qu’il soit facile de défendre la langue, la culture, et les traditions française dans un monde qui n’en a plus rien à foutre ? Croyez-vous qu’ils soit facile d’être préposé à l’empathie systématique envers des brutes qui méconnaissent tout de la vertu d’empathie, et qui la confondent avec de la faiblesse ? Croyez-vous enfin, exactement comme le croient les racailles, et comme le croient ceux qui nous gouvernent, que ce sont des /faibles/ qui portent seuls des croix pareilles au milieu du relativisme général ?

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8 réflexions sur “La chair à canon

  1. Ce sont les néolibéraux qui font croire que les profs sont tous de gauches et militent pour la transformation progressiste et sociétale de l’éducation nationale. Sauf que ce sont des profs qui les premiers luttent contre leurs collègues gauchistes en vue d’en finir avec ce pédagogisme médiocre, cet enseignement de l’ignorance, au profit du marché.

    • Exactement, Paracelse ! Les démagogues et les pédagos progressiste, qui sont à l’origine d’un réel cancer civilisationnel, sont par définition des extrémistes et des passionnés, donc ils ne représentent pas la majorité – loin de là. Ceux qui restent, et qui essayent de faire leur métier du mieux qu’ils peuvent – l’écrasante majorité -, sont également les premières victimes de ces démons-là (en particulier lorsqu’au début de leur carrière ils sont obligé de suivre des (dé-)formations dirigées par eux). L’horreur, quoi. La lutte de tous les côtés !

  2. Vous visez juste. Le professorat appartenait qu’il le veuille ou non à la bourgeoisie, on ne le rémunérait pas en argent mais en temps libre, vraiment libre, il est désormais traité comme la dernière valetaille, moins qu’un conducteur de bus ou de tramway puisé dans le diversité. Autant dire qu’il puise sa force ailleurs que dans la reconnaissance sociale, dans un rapport au savoir et à la civilisation qui le tient à l’écart. Et vous l’indiquez parfaitement. Quand on attaque un prof (et généralement c’est un homme de lettres, voire dans le cas général une femme, vous imaginez une femme de lettres, terrifiant, pas un rescapé de club de gym) on s’attaque à une supériorité, à une singularité, on voudrait qu’il soit nul, lui faire honte de sa nullité mais voilà c’est impossible, un peu comme ces parents qui vous demandent de morigéner leur fille parce qu’elle s’habille de manière indécente ou qu’elle trimballe son i-phone 24 heures sur 24 et qui s’étonnent que vous leur répondiez que c’est là leur devoir de parent et qui vous en veulent et vous conchient de dîner en dîner parce que cette foutue école accepte qu’on se dandine dans les couloirs en tenue d’hétaïre et qu’un satané prof a confisqué le portable de leur fille sans aucune raison valable faisant preuve d’un fascisme insupportable.

  3. J’ai fait l’école publique durant toute ma scolarité et effectivement c’est fou de voir le nombre de profs se « tuer » à enseigner à des gamins qui ne savent pas quoi faire de tout se savoir.
    Une telle qui faillit être pilote de ligne dans l’armée de l’air ayant fait des études plus poussées que nous n’en ferions jamais, simple prof d’histoire-géo dans un lycée, un autre ayant côtoyé les plus grands noms de la sociologie moderne et ayant pris part à l’élaboration du programme qu’il enseignait lui-même en tant que simple prof de socio dans un lycée de province, une autre passionnée de littérature française, premier poste dans mon collège avec une classe de fumeurs de shit…elle nous suppliait de lire des livres et je penses sincèrement que j’étais le seul à m’intéresser à ce qu’elle racontait tout en jouant l’ élève branleur pour plaire à mes camarades.
    Et tout un tas d’autres profs qui se faisaient emmerder par les gosses de bourges qui menaçaient de balancer à papa-maman si il était trop sévère ou trop exigeant, et puis les mi-racailleux/mi analphabètes qui en avaient tout simplement rien à foutre et qui visaient tout juste un CAP après le brevet des collèges. Chaque fois que je vois un étudiant me dire qu’il veut être prof je me dis que vraiment c’est ce qu’on appelle une « vocation ».

    Après il y a toujours le petit con qui se la joue prof cool de gauche, qui n’est rien d’autre qu’un commissaire politique et idéologique ayant trouvé un terrain de jeu idéal puisque payé à formater des élèves, pour la plupart du temps complètement malléables. On en rencontre au minimum un dans sa scolarité.
    Moi, disons que c’est cette impression d’être pris pour un con qui m’a rendu sceptique envers l’idéologie sociale-démocrate pseudo humaniste déjà omniprésente à en vomir dans les médias mainstream. Entendre une prof d’éco affirmer sérieuse que l’Islande mérite la crise financière car elle n’a pas accepté d’accueillir suffisamment de sans-papiers, se faire menacer d’être renvoyé parce parce qu’en exposé on a dit « invasion » au lieu « d’immigration » (pari stupide), lire des livres de Daeninckx auteur marxiste « anti-raciste » alors que t’es en primaire (je vous conseille une petite recherche wiki vous allez tout de suite comprendre le personnage, ses livres sont balaises niveau propagande idéologique à destination des moins de 12 ans), passer trois mois de cours à commenter le même tableau de Guernica de Picasso et à parler de la Guerre Civile espagnole de façon ultra-manichéiste avec des trémolos dans le voix et des milliers d’autres anecdotes …
    Finalement ces profs, qui faisaient assez bien leur boulot tout en menant leur travail de sape idéologique, m’ont permis de mener un travail de « résistance intellectuelle » très précoce, je leur en suis très reconnaissant. :-)

  4. Je n’arrive pas à plaindre ces gens qui pour une bonne partie ont passé toute leur vie à l’école, n’ont d’autre soucis que celui d’être confontré à des gamins une vingtaine d’heures par semaine, sont en vacances toutes les six semaines, bénéficient de vieux privilèges d’Etat, démarrent leur carrière à 2k brut, et qui manquent rarement au cliché du branleur pervers ou de la moche névriotique.

    Pour en avoir cotoyer et en cotoyer encore quelques uns : les profs sont des enfants. Ils ne survivraient pas deux semaines en milieu naturel. Bien entendu je vous dis tout ça parceque je suis un monstre de jalousie et que j’aime dire du mal.

  5. Bravo, Anonyme & Mémento Mouloud, pour vos courageux témoignages !

    Guard, je ne sais trop quoi te dire… pense ce que tu veux. Moi non plus je ne « survivrais » pas en « milieu naturel », par ce que je suis justement comme eux un être trop pétri de culture (ce qui n’a rien à voir en ce qui me concerne avec une quelconque érudition supérieure à la moyenne ; je veux dire que je suis un être de culture, je porte la mémoire des siècles dans moi)… Pourtant crois-tu qu’il faille m’achever ? Que je n’aie aucune utilité en ce monde ?

    Jünger s’adresse pourtant aux gens comme moi lorsqu’il dit d’avoir « recours aux forêts » – de se cacher, se mettre à l’abri, durant les temps obscurs, les temps de sauvagerie, en somme… afin de conserver, pour après, la mémoire des siècles.

    Tous les êtres sont dépendants de l’écosystème où ils ont évolué, pas seulement les organismes fragiles. Certains êtres sont nés dans la civilisation, et sont faits pour un monde civilisé, retirez-leurs, et ils sont comme des poissons sans eau.

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