St Jean-Bath’ du web & la psychanalyse déprimée du monde

Certains ont pour usage de me dire qu’écrire contre mes ennemis n’est pas me battre contre eux, et que je ferais mieux soit de porter mes combats hors du virtuel, soit de me choisir d’autres combats plus importants.

Pourtant, si l’écrivain ne se bat pas lui-même forcément en personne, à tout le moins il aide moralement d’autres individus confrontés aux mêmes problèmes que lui à affronter leur quotidien et leurs ennemis IRL , en leur donnant des arguments contre ceux-ci… L’écrivain, pour ainsi dire, enseigne à ses lecteurs quel « coups » sont susceptibles d’être joués contre les différentes offensives tactiques de leurs ennemis/adversaires existentiels. L’écrivain – et plus encore le polémiste -, sous cet angle-là, est donc à se représenter comme le stratège d’une sorte de guerre civile froide perpétuellement à l’œuvre dans la société dite globale (celle, pacifiée, bourgeoise, faite de frustration et de consommation) : la guerre de tous contre tous, la guerre entre archétypes politiques et humains, des ennemis ontologiques de la philosophie contre la philosophie, des piétés incompatibles entre elles, et de tous les extrémismes en général, en germe dans les passions des gens… L’écrivain est donc celui qui, patiemment, s’attèle en temps de paix à pister la trace du bien et du mal à travers les restes déchiquetés des blocs idéologiques du passé – lesquels se seraient retrouvés disséminés à la suite de l’explosion des ancien domaines canoniques & circonscrits de la lutte ; il est donc celui qui – aurait dit l’Autre – a vocation séparer le bon grain (ce qui fait sens) de l’ivraie (ce qui rend ivre et fou), celui qui est capable de retrouver l’aiguille dans la botte de foin.

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Dimanche 25 septembre 2011
  • « Tu vois, c’est pas parce que je suis célibataire à trente ans que je n’ai pas le droit d’être exigeante vis à vis des mecs! »
  • « Tout à fait. »
  • « Moi, tu vois, j’ai besoin d’un mec à la fois fort et sensible, présent mais pas oppressant, viril mais pas macho, rassurant financièrement mais pas matérialiste, avec du charisme mais n’en profitant pas, capable de boxer un mec dans la rue mais aussi de faire la vaisselle, qui fait fantasmer mes copines mais qui ne se les tapent pas, festif mais pas fêtard… »
  • « Ha … »
  • « Hé oui! »
  • « Ca fait beaucoup… »
  • « Oui, mais je ne doute pas que ce genre de mec existe!»
  • « Moi non plus. Mais je me demande juste pourquoi un tel mec s’intéresserait à toi…  Il est peut être exigeant lui aussi…»

SOURCE : http://amoyquechault.over-blog.com/

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Nous avons-là justement – et typiquement – l’œuvre d’un polémiste.
Une première réflexion me vient : « Où donc se trouve le combat ? » « Contre qui? »
Une seule réponse possible : l’ennemi est la femme célibataire lambda de 30 ans.
[Apparté]… *En voilà un démon d’importance !*
Une première question : « Pourquoi Amoyquechault fait-il de la trentenaire célibataire lambda son adversaire ontologique ? »
A part des banalités grossières, je n’ai aucune réponse. Je ne veux pas croire qu’un homme si plein de bonnes intentions puisse tomber si bas…

[Le prédicateur du web a ceci de commun avec un psy qu’il s’est attribué semble-t-il une sorte de vocation de même nature que celle du médecin-analyste de la psyché, à l’égard de l’humanité (internautique) pécheresse : sa mentalité est celle d’un soigneur. Il écoute les gens parler et prend des notes, mais ne désire pas communiquer avec eux, en face, sur les conclusions qu’il tire de son étude. Il préfère édicter ses petits verdicts cuisants – trop cuisants, pense-t-il, pour être supportés par l’égo boursoufflé du commun des mortels – dans le secret de son alcôve virtuelle. Il ne perd jamais alors – enfin libéré du regard bovin de ses pauvres pécheurs de contemporains ! – une seule occasion de marquer son profond dégoût pour la comédie humaine qui l’entoure. Cela le soulage, et lui permet de retourner en suite à son hypocrisie sociale ordinaire avec le sourire, et de rester patient face aux enfantillages des gens. Notons qu’il ne semble jamais être témoin que des manifestations d’une humanité inférieure à la sienne. Il n’est jamais émerveillé. « Mais au fond, de quoi s’émerveiller ? Le monde est mécanique : seuls les idiots sont parfois surpris. » – pense-t-il. Il se pose comme unique détenteur des seules vraies valeurs positives possibles et aurait beaucoup à enseigner à ce propos à autrui. Mais il ne le fait pas : « il faut qu’ils trouvent tout seuls », est-il convaincu. Évidemment les autres ne trouvent jamais tous seuls, ce pourquoi il est éternellement déçu. Son cynisme est légendaire et lui permet d’inspirer le respect en société. Il y en a même parfois qui cherchent à lui plaire. Il trouve cela tout naturel, même s’il se doit à lui-même de décourager de tels épanchements. Il doit cependant avouer préférer ça au contraire : chercher à lui plaire est déjà un signe de sagesse, après tout.]

Je dirais donc a priori qu’Amoyquechault, mû par sa vocation ordinaire de soigneur, entend très-certainement aider les femmes célibataires de 30 ans à s’en sortir dans la vie. – Et en effet, elles ont sans doute besoin d’être aidées, car elles se trouvent dans une situation en passe de devenir critique (à 40-45 ans, leur horloge biologique s’arrête). Mon problème est qu’il ne semble pas envisager de les aider autrement qu’en les culpabilisant.

La culpabilité, pourtant, ce me semble, est à faire porter en priorité à ceux qui sont coupables de quelque chose… Or, posons les faits objectivement, comme l’aurait voulu Socrate, par exemple… De quoi l’archétype de la célibataire de 30 ans, pris en lui-même et pour lui-même, une fois que lui a été dénié toute caractère d’individualité, est-il particulièrement coupable dans la vie en général ou vis-à-vis d’Amoyquechault ? Se valent-elles toutent, les femmes qui répondent au descriptif ? Ont-elles réellement à coup sûr des défauts de caractère communs ? Je pose la question innocemment : attaquer moralement des catégories sociologiques aussi vastes, est-ce possible ?

Il m’apparait personnellement que ce n’est pas d’une culpabilité réelle dont on cherche à culpabiliser ces femmes – puisqu’on ne peut évaluer qu’au cas par cas leur niveau d’implication réel dans les causes des situations dont elles se trouvent victimes -, mais de leur propre malheur en soi. On tente de les responsabiliser concernant leur avenir (ce qui est louable) en les rendant responsables (donc entièrement coupables) de l’impasse dans laquelle elles se trouvent – ce qui revient exactement à battre celui qui pleure déjà, à punir le faible parce qu’il est faible.. etc. Voilà une alternative possible, certes, à la démarche opposée qui consiste à accorder des excuses aux gens pour leurs fautes et leurs manquements à l’aune de leurs caractéristiques sociales, ethniques, de leur vécu, de leurs pratiques sexuelles ou de leur sexe… Mais étant donné que les deux conceptions sont absolument jumelles en négatif, puisqu’elles utilisent exactement le même procédé trompeur (a.k.a le même point de vue systémique sociologisant), y’en a-t-il vraiment une qui puisse être dite plus intéressante que l’autre ?

J’ai vraiment un problème avec toutes les personnes dont le raisonnement aboutit à intriquer, à identifier, à renvoyez face-à-face, les motivations psychologiques profondes des victimes en puissance et des coupables potentiels de telle sorte qu’on ne puisse plus, à terme, les distinguer en cas de procès.

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A présent, assez disserté sur les a-côtés moraux du problème. Je vais tenter de répondre sur le fond à l’argument de l’article d’Amoyquechault en produisant ma propre expérience de la vie. Je ne le fais pas uniquement parce que – comme tout le monde – j’aime à parler de moi. Je le fais aussi parce que ce que j’ai vu de mes yeux, et vécu, est tout ce dont je dispose comme appui dans la vie pour savoir que ce que je crois juste est juste, et que ce que je crois faux est faux. En l’occurrence Amoyquechault nous explique que les femmes célibataires à 30 ans qui attendent le prince charmant ne le méritent pas car elles ne sont pas des princesses charmantes. Et ce sur quoi va porter ma critique, c’est justement sur le parti-pris de réciprocité en amour qui voudrait que l’on doive donner à l’autre selon ses mérites. De même, je ne crois pas non plus que la rareté des gens simples et bons doive dispenser en quoi que ce soit ceux qui le sont vraiment de continuer à l’être.

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DE L’INSTITUTION DU MARIAGE

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Il se trouve que mon fiancé possède toutes les qualités requises par la trentenaire-de-base que fait parler A moy que chault. A mon sens, figurez-vous d’ors et déjà que je ne considère pas de telles qualités de cœur comme un idéal, mais comme le strict minimum requis. Je ne sais pas si je « mérite » cet homme qui vit à mes côtés, je ne sais pas si je suis aussi bien que lui, mais un homme de bien est avant tout un homme de bien pour lui-même (c’est-à-dire en vertu de son propre sens de l’honneur, par fidélité envers ce qu’il croit bon, vrai et beau), et non pour les autres. Il est comme il est parce que c’est son honneur, et non pour me faire plaisir… Il était fait de ce bois-ci avant de me connaître, et le cas échéant il le restera après moi. De même, je tente de le servir du mieux que je peux par fidélité envers mes propres principes avant tout [- ce qui, contrairement à ce qu’imaginent les animaux habillés en hommes qui nous environnent de toute part, n’est absolument pas un témoignage d’égoïsme, bien au contraire ; en effet celui qui s’aime vraiment lui-même est toujours celui qui est le moins à craindre pour son prochain – je publierai bientôt un extrait du Loup des Steppes qui illustre magnifiquement ce propos]. Je ne lui compte pas ce que je lui donne, et lui non plus ne fait pas ça. Dans un ménage, je le répète, c’est un minimum. – Je ne suis pas-là en train d’édifier une utopie.

[Nota bene : la nature du traître est de pouvoir se trahir lui-même, c’est-à-dire de pouvoir trahir ses propres idéaux. Trahir autrui ne veut rien dire pour celui qui ne doit rien à cet « autrui » selon ses propres principes. Or celui qui donne sa parole est celui qui pose comme principe que sa parole a une valeur, et qu’il croit à la valeur des paroles qui impliquent des actes. Lorsqu’il se parjure, le parjure nie tout cela, et voilà l’objet principal de son délit.]

Je dois énormément à mon compagnon, mais il ne tient pas à ce que je me sente redevable. Je lui suis fidèle parce que c’est mon devoir, et non parce qu’il me traite mal ou bien. Je sais lui devoir obéissance, car c’est lui l’homme, mais je suis loin d’être parfaite et je ne cherche pas d’ailleurs à être parfaite – je me contente de ne jamais verser dans l’inacceptable. Les femmes qui jouent à être parfaites exigent des autres de l’être en retour avec elles et finissent généralement par ce biais par s’autoriser un despotisme absolu vis-à-vis de ceux qu’elles disent estimer : mais par respect pour mon compagnon justement, je ne lui ferai pas ça. En vérité aujourd’hui je me contente de jouer les saintes avec les gens que je n’aime pas, ou qui me poussent dans mes retranchements à mes propres risques et périls : c’est là une arme défensive imparable pour qui sait la manier.

Il faut comprendre que la relation que j’ai avec mon homme n’est pas une relation « armes à la main », c’est-à-dire au sens premier du terme qu’elle n’est pas basée sur la réciprocité, car elle n’est pas un commerce. Elle est basée sur un lien qui ne sera pas rompu, et c’est pourquoi notre devoir à lui et moi est de faire en sorte que ce lien deviennent une force et un gage de paix… et non pas de le transformer un cordon d’étranglement.

Comprenez bien qu’il ne tient qu’à nous qu’il en aille ainsi : le plus simple a priori étant toujours de résonner en individualiste par peur de l’autre, c’est-à-dire de ne jamais se laisser aller à lui accorder sa confiance, par anticipation de sa trahison. Or lorsqu’on a réellement décidé (et pas seulement sur le papier) de vivre avec une personne jusqu’à la fin de ses jours, il faut savoir que si trahison il y a, celle-ci se révèle à la longue plus dure à porter pour celui qui en est l’auteur que pour celui qui en fait l’objet. En effet la trahison de l’une des deux parties installe dans un couple, entre les deux personnes, une différence de statut moral potentiellement exploitable par le « meilleur des deux » et une culpabilité permanente pour l’autre si le « meilleur des deux » continue tranquillement à donner son cœur et sa confiance comme avant… et, conformément, aux principes de bases du mariage, ne se venge pas. C’est la pérennité du lien qui unit les gens jusqu’à leur mort qui seule permet à l’abandon de soi au service de l’autre de cesser d’être un « risque à prendre ». Elle seule permet au « lâcher prise », à la confiance en l’autre, de perdre tout pouvoir aliénant et de devenir une sagesse, c’est-à-dire un choix rationnel.

Il est très facile de transformer les liens du mariage en cordon d’étranglement lorsqu’on les conçoit comme révocables (notamment, lorsque certaines conditions ne sont pas remplies). Or il faut savoir que le mariage à l’origine n’est pas un contrat mais un serment. Et la différence entre ces deux choses est grande. Les mariés doivent avant tout avoir, pour s’engager, l’un pour l’autre une grande bienveillance, une grande amitié. Ce que nos contemporain dégénérés appellent amour (qui est en vérité l’ignoble chose passionnelle dont la seule vocation est de pousser les plus rationnels à perdre la raison et les plus fidèles natures à se trahir elles-mêmes), est en vérité absolument rédhibitoire dans un tel contexte. – Il ne s’agit absolument pas de confondre la chose passionnelle avec l’amour chrétien.

Voilà. C’est ainsi que les choses ont de tout temps marché, et devraient continuer de marcher. Je suis sans doute mieux placée pour le savoir que la plupart des gens du fait que mes parents, quoique professeur et institutrice à la retraite, étant tous deux fraîchement issus de souches paysannes, ont pu m’enseigner – et cela peut-être davantage par leurs actes que par leurs paroles – en quoi consistaient la sagesse et la vertu des humbles d’autrefois. Ils m’ont aussi enseigné en quoi aussi la sagesse et la vertu des humbles n’étaient pas foncièrement différentes de la sagesse et de la vertu des puissants.

Tout le reste, toutes les attitudes qui divergent de tels principe que l’on vous dira d’adopter avec vos compagnons de vie (afin soit-disant de vous rendre la vie plus légère et plus facile), et qui se voudront malgré tout hautement utiles à la société, à l’émancipation de la femme, à la protection de la liberté de l’homme de refuser de perdre ses vieilles manies de célibataire ou que sais-je encore, et que vous entendrez peut-être professer chez votre psychanalyste, dites-vous bien que ce ne sont que des excuses fabriquées par des vendeurs de compensations pour les lâches et les hypocrites.

Bien à vous.

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14 réflexions sur “St Jean-Bath’ du web & la psychanalyse déprimée du monde

  1. Eisangélie a quand même l’art d’écrire des textes incroyablement glauques qui suintent le vécu:

    http://amoyquechault.over-blog.com/article-rupture-85173808.html

    Sauf que dans la vraie vie, le quarteron de libidos succombe à ses désirs dans 99% des cas. Le fiancé parti en Afghanistan fait une dépression à son retour. La fille passe à autre chose. La vie continue quoi.

    Cette histoire, je l’ai déjà vécu (c’était moi qui portait les cornes). Ce sont les banalité tragiques de l’existence. Enfin, je n’accorde plus aucune confiance en l’humanité, mais je continue à être son nigaud de service.

    • C’était donc vous, FF, le sujet de cet article ?

      Hé bien ! -_-‘

      Moi, je vous l’avoue, j’ai déjà fait porter les cornes à un garçon autrefois. Mea maxima culpa. Mais j’ai beaucoup payé pour mes fautes. Depuis que je suis petite, je pense que Dieu me fait payer pour mes fautes parce qu’au fond il m’aime bien. Au final, j’ai beaucoup appris : aujourd’hui je ne les reproduis plus.

      Malheureusement, j’ai l’impression aussi d’être devenue aujourd’hui, à cause de cela, une nature beaucoup plus mélancolique. Des fois il me semble qu’il y a moins de force vie en moi aujourd’hui qu’à l’époque où les St Jean-Baptistes de mon entourage (car j’en ai connu plusieurs !) me considéraient et me traitaient comme la /Grande Pécheresse de l’Apocalypse/. Des fois je pensais même, dans le temps, que c’était leur regard intransigeant sur moi qui m’avait souillée, et au final poussée – par un effet de réaction à leur perversité à eux – à me conduire comme une fille de peu. En réalité j’étais très malheureuse, mon compagnon me rendait très malheureuse, c’est pourquoi je me conduisais ainsi.

      A force d’être regardée comme une fille de peu, on se conduit comme telle… Et puis les filles ont besoin aussi de donner, ainsi que d’être aimées à l’aune de leurs capacités de dons. – Hélas, en général les hommes nous aiment davantage quand nous donnons peu, c’est-à-dire au compte-goutte ! Or il semble parfois aux filles généreuses que pour donner peu, d’une part, il faut peu de mérite… d’autre part, et plus encore, autant il est agréable de se sentir aimée parce qu’on est une personne généreuse et bonne, autant il est insupportable de ne se savoir aimée que parce qu’on parvient de haute lutte à « compter » ce qu’on donne à chacun, de façon rationnelle, pour inspirer à chacun le respect… Parfois hélas la pudeur est simplement utilisée ici-bas comme un moyen de « se faire valoir » au sens premier du terme : faire valoir sa propre valeur à l’aune de sa propre rareté.

      C’est pourquoi dans notre jeunesse, surtout quand nous avons été élevée dans l’illusion de posséder un corps glorieux – c’est-à-dire dans l’illusion de l’absence du péché originel – comme ce fut mon cas, au milieu des hippies – nous avons parfois l’impression que si les garçons veulent nous voir nues, c’est pour pouvoir mieux nous donner leur amour ; de même, il est étonnant pour une très jeune fille de réaliser à quel point le corps féminin représente un bien de valeur aux yeux des hommes… à la base il faut quand même savoir que si elle est réellement innocente, ce n’est pas une chose forcément évidente pour elle. En effet, le corps féminin est un drôle de bien : c’est le seul bien dont ne peut jouir – qu’on ne peut se sentir posséder – que lorsqu’on le donne…

      Ceci dit sans l’once de la moindre critique à votre égard ; je n’entends absolument pas cautionner l’attitude de votre ex. , soyons clairs… Cependant je connais le regard qu’elle a lancé aux garçons en les raccompagnant, c’est un regard coupable, certes, mais coupable dans les deux sens du terme. Car il s’agissait aussi d’un regard grévé de honte ; un regard qui disait : « Bon sang ! Les hommes sont-ils encore des hommes ? – S’il n’y avait plus que des bons chrétiens sur la terre, trouverait-on encore des hommes qui aiment les femmes ? »

      Pour moi, être chrétien consiste aussi à s’abstenir de juger trop durement les pécheurs (et surtout les pécheurs conscients de l’être)… La conscience d’être un pécheur est en effet le premier des pré-requis pour être un bon chrétien. Autant je comprends que le compagnon de cette joueuse de piano, parti risquer sa vie en Afghanistan, se considère comme personnellement mortellement blessé par l’attitude, pendant son absence, de celle qu’il aime – et concernant les différents graves entre personnes, concernant les trahisons de cet ordre, comme je dis toujours, Dieu pardonne, mais l’homme tranche le nœud gordien à son propre intérêt… Autant je ne comprends pas comment le regard extérieur d’Eisangélie peut diamétralement refuser son empathie à la femme adultère sans ressentir comme une sorte de manquement.. sans ressentir que quelque chose manque sur son chemin d’humilité, que quelque chose dans sa démarche de moraliste lui échappe…

      Je ne dis pas qu’il doit l’absoudre, attention ! Je dis que celui qui s’identifie systématiquement à la dignité offensée, et jamais au pécheur (ou à la pécheresse), n’est pas un bon chrétien. Car un bon chrétien est quelqu’un qui, au quotidien, et de haute lutte, choisit le bien alors que le mal s’est déjà proposé à lui ; et qui connait la difficulté inhérente à ce choix. Il faut paradoxalement avoir déjà été tenté pour faire de la morale… Un bon chrétien est quelqu’un qui ne se contente pas de fustiger la nature humaine ; c’est quelqu’un aussi qui l’aime de tout son cœur. C’est quelqu’un qui se sait lui-même humain, trop humain, et qui éprouve de la tendresse pour l’humanité qui est en autrui…

      Je sais qu’il est difficile pour l’homme de base de se projeter dans la femme adultère, et de lui accorder sa compréhension. Difficile pour l’homme de base, mais pas, normalement, pour celui qui s’élève au-delà de ses propres problèmes relatifs au sexe. Les femmes sont des êtres humains comme les autres, elles sont vos frères en humanité et en christianisme, elles ont une âme aussi ; vous outrepassez vos droits de chrétiens en portant sur elles un regard surplombant, comme si à la fin des fins vous n’étiez pas destinés à êtres jugés devant le même Tribunal, comme si vos crimes par rapport aux leurs étaient forcément mineurs, comme si elles n’étaient pas également écartelées par la Croix.

  2. @Irena

    Eisangélie = Travis Bickle ?

    C’est marrant, on m’a dit plusieurs fois en soirée que je ressemblais au personnage de Scorese, mais en plus « fun ».

    Je sais pas si je dois prendre ça pour un compliment ou la honte ultime (être l’homme du ressentiment).

    • « Eisangélie = Travis Bickle ? »

      Et pourquoi pas ? :)

      ***

      Etre un homme du ressentiment n’est pas « la honte ultime », c’est juste être humain. Les hommes ne sont pas le surhomme nietzschéen, FF… Ils doivent juste tendre perpétuellement à « suivre leur pente » le moins possible.

  3. Vraiment Irena, on sent bien qu’il y a quelque chose qui vous subjugue chez Eisangélie, mais que vous n’arrivez pas à saisir.

    Je m’en réfère encore une fois à Céline: il faut avoir vécu, s’être fait cabossé par l’existence en bonne et due forme, pour accéder à certaines formes d’émotions.

    Être un loser occidental revenu de tout, en perpetuelle déception de ses pairs, à la recherche d’une pureté introuvable, et déjà on comprend un peu mieux A Moy Que Chault.

    Dans 90% de ses textes, il ne fait pas le prédicateur mais décrit simplement une réalité devenue ultra-naze.

    De quoi nous parle exactement « Ambition » ?

    De la Kate Moss de Monoprix, pétasse célibataire, malheureuse et exigeante, devenue un quasi-archetype des sites de rencontre.

    Et plus ce genre de meuf tombe en ruine, plus elle se sent obligé de vous en faire baver.

    Cette humanité médiocre est très concrête, très au ras des paquerette. Nul besoin d’aller chercher le cheval de Dostoïevsky pour la comprendre, juste essayer de la séduire.

  4. Je ne crois pas que AMQC se prenne pour un prédicateur, ou un donneur de leçons de vie, sinon, il aurait ouvert les commentaires. Il n’aime pas la polémique, car elle lui semble souvent hypocrite et guidée par du narcissisme, (surtout sur internet).
    Personnellement en tant que spectatrice et non actrice des blogs, c’est celui que j’aime le plus lire, d’abord par sa sincérité (il n’attend rien des lecteurs sinon justement qu’ils soient des lecteurs), par son auto-dérision (les dialogues sont parfois à mourir de rire) et la beauté de certains de ses textes (je pense notamment à certains passages sur François au cimetière) Ce que j’aime c’est que tout est naturel, et pas prétentieux, ça n’est pas le long texte qui dit : « commentez-moi, polémiquez-moi » bref « aimez-moi » que l’on trouve parfois sur internet.
    Peut-être prétend il dire la vérité, mais ça n’est pas agaçant car il ne semble pas courir après les internautes en disant « voilà ma vérité, regardez ma belle vérité comme elle est cinglante et politiquement incorrecte ». Non, il dit les choses comme il en a envie, sans esthétique (il n’a pas de liens, ni de bannière). Du coup, sa lecture m’est vraiment agréable, peut être parfois je lève les yeux au ciel car je repère ses « tics » ou des maladresses mais c’est beaucoup plus supportable car je sais qu’il n’y a aucune prétention.
    Ainsi, je pense que vouloir analyser le personnage de AMQC est vain et inintéressant. Quand je le lis je préfère faire abstraction du reste et projeter mon univers, en essayant de fermer les yeux et penser à ce que fait écho en moi sa lecture : Céline, Tardi, les textes de Paris Violence, les vieux au bar PMU, un petit côté soral se moquant de lui même….etc. Et malgré toutes la grande différence de génération nous liant je reconnais vraiment en le lisant des choses déjà vues, déjà entendues, des pensées déjà eues en écoutant telles ou telles bribes de conversations.

    Peu de blogs me donnent envie de parler autant sur internet, finalement, le fait qu’il ne se livre à aucun dialogue est peut être une bonne chose. : )

  5. Merci Fascisme Fun, de me renvoyer face à face avec cet individu avec lequel j’ai tant de désaccords ! C’est trop d’honneur que vous faites-là à ma sainte colère. Vous illustrez bien ce passage :

    « J’ai vraiment un problème avec toutes les personnes dont le raisonnement aboutit à intriquer, à identifier, à renvoyez face-à-face, les motivations psychologiques profondes des victimes en puissance et des coupables potentiels de telle sorte qu’on ne puisse plus, à terme, les distinguer en cas de procès. »

    ***

    Merci Ariane pour ces quelques passages savoureux :

    « Il n’aime pas la polémique, car elle lui semble souvent hypocrite et guidée par du narcissisme, (surtout sur internet). »

    « Ce que j’aime c’est que tout est naturel, et pas prétentieux, ça n’est pas le long texte qui dit : « commentez-moi, polémiquez-moi » bref « aimez-moi » que l’on trouve parfois sur internet. »

    « Peut-être prétend il dire la vérité, mais ça n’est pas agaçant car il ne semble pas courir après les internautes en disant « voilà ma vérité, regardez ma belle vérité comme elle est cinglante et politiquement incorrecte ». Non, il dit les choses comme il en a envie, sans esthétique (il n’a pas de liens, ni de bannière). »

    Vous avez raison, la rhétorique et l’esthétique sont des préoccupations de gens prétentieux. L’agonistique, c’est pour les hypocrites (pourquoi, on ne le saura jamais – vérité révélée, cécomça)… « Surtout sur internet ! » – Oui, internet c’est le maâaâl…

    « ça n’est pas le long texte qui dit : « commentez-moi, polémiquez-moi » bref « aimez-moi » »

    Vous avez raison, je m’attire vraiment trop d’amours en écrivant des longues diatribes comme ça, il faut vraiment que j’arrête. Trop d’amour tue l’amour…

    « Peut-être prétend-il dire la vérité, mais ça n’est pas agaçant »

    C’est vrai qu’en règle générale les gens qui prétendent dire la vérité, c’est agaçant. Mais quand on ne peut pas leur répondre, donc marquer un éventuel désaccord, c’est déjà mieux. La vérité en règle générale est agaçante. Les gens qui prétendent la dire devraient tous être ostracisés comme AMQC. Parce qu’AMQC a de bonnes manières, lui au moins s’ostracise spontanément.

    « « voilà ma vérité, regardez ma belle vérité comme elle est cinglante et politiquement incorrecte » »

    Vous avez raison, la beauté aussi, c’est un truc agaçant.

    Non, vous n’avez pas tort, au final, c’est AMQC qui est dans la sagesse, puisqu’il ne laisse pas s’exprimer les gens comme vous. Les gens comme vous ça se tient en respect à coup de mépris, comme certains animaux se tiennent en respect à coups de cravache. Et moi au lieu de ça je vous laisse vous répandre dans mes commentaire pour me dire que c’est une faiblesse de laisser les commentaires ouverts ; et je vous réponds qui plus est ! Oui, c’est bien la preuve au final que je suis vraiment faible, vous avez raison.

  6. Je n’ai pas compris votre réponse, je voulais juste profiter de la mention du blog d’AMCQ pour dire que j’aimais lire son blog. Il n’y avait pas de critique du votre. Mais ça n’est pas grave si vous l’avez mal pris, je suis contente d’avoir dit ce que je pensais sur un blog que j’ai plaisir à lire.

  7. Ben, quand vous dites que je me « répand » sur votre blog, j’ai envie de dire qu’à un commentaire de ma part tous les 6 mois sur votre blog, je suis un peu surprise.

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