La nature trop bonne

J’essayais justement tantôt d’expliquer à une femme arabe (pourtant étudiante en philosophie !) que même si Carla Bruni faisait beaucoup parler d’elle, y compris chez les philosophes, cela n’en faisait pas pour autant une femme philosophique. Elle s’est montrée absolument incapable de le comprendre. Pourtant cela revient exactement au même que de dire que le rat sur lequel a été trouvé la puce qui a permis à Pasteur d’identifier le virus de la rage, était un rat scientifique couvert de puces scientifiques ! Cela équivaut à prêter du talent à un artiste contemporain au seul motif qu’il fait parler de lui dans la capitale… Or, rien de plus facile que de faire crier les gens lorsqu’on insulte ce qui leur est cher, ou qu’on leur fait caca sur les chaussures ! L’insulte et le caca n’ont absolument pas besoin d’être artistiques pour parvenir à ce but ! De même, toutes les bêtes noires contre lesquelles le peuple a envie de dresser des piques, auxquelles le peuple a envie de foutre le feu – même si ces bêtes noires sont des artistes ou des juifs – ne sont pas forcément des bouc-émissaires christique ; il peut arriver que le peuple ait lieu de se venger d’une injustice véritable qu’on lui a faite. Ainsi, un despote déchu n’est pas un despote christique ; un rom expulsé n’est pas un rom christique non plus. Cependant, prétendre à généraliser l’absence de comportement christiques ici-bas conduit également à sombrer dans de grands écueils : ce n’est pas parce que le peuple rejette massivement l’un des siens qui lui semble néfaste à la bonne perpétuation de son vivre-ensemble que le peuple a forcément raison. – Celui qui gène le monde peut très bien être un empêcheur de pécher en rond ! En somme, il faut comprendre que l’antique renommée – qu’on appelle aujourd’hui le buzz – n’est pas un indice fiable qui permette de juger de la valeur des gens. Elle n’est pas fonction non plus du mérite des individus.

Voyez par exemple, le raisonnement de la plupart  des psys… Il se trouve que bien des psys – et elles sont tellement nombreuses, les personnes qui raisonnent comme ces psys ! -, il se trouve que bien des psys continuent de nos jours de décréter certains de leurs patients malades uniquement parce qu’ils ont une vie sociale conflictuelle ou parce qu’ils n’arrivent pas à conserver un emploi. Or, je pose la question, et si certains étaient mal-aimés, mal compris du public, à cause précisément de leurs trop grands mérites ?… Et tristes du fait que personne, – pas même leur psy ! (sans parler de leurs parents, leurs égaux supposés, leurs maîtres) – ne daigne le leur reconnaître ? Ce phénomène humain-là – celui de l’individu victime de ses mérites – est suffisamment fréquemment rapporté dans la Bible, la littérature (d’inspiration chrétienne en particulier) et dans l’Histoire occidentale en général, pour qu’on le puisse supposer possible, non ? Je ne comprends pas en tout cas pourquoi ce cas devrait – au nom du bon-sens, qui plus est ! – être systématiquement écarté par les analystes. Ce n’est pas parce qu’un cas médical est rare qu’il doit devenir un mythe au point d’être rangé parmi les chimères ! De même, qu’en sait-on, s’il est si rare, puisqu’on l’écarte à chaque fois ?

Attention, je ne dis pas que le stéréotype de la « nature trop bonne, victime de sa bonté » est généralisable à tous les fauteurs de troubles et à toutes les mauvaises femmes ! Il existe bien évidemment des gens très immatures, ou bien méchants et pervers, qui sèment sans cesse le vent et méritent de récolter la tempête ! Il existe tant de femmes avec un réel mauvais fond qui méritent, à cause de leur cupidité et de leur talents de manipulatrices, d’être qualifiées de putes !… Rien à voir, certes, avec l’Agneau de Dieu qui plongea le monde dans la zizanie autour de lui malgré lui, par un effet rebond de Son innocence.
Tous les incompris ne sont pas des incompris géniaux. Toutes les femmes battues ne sont pas des saintes. Mais tous les gens qui s’estiment incompris ou victimes d’injustice ne méritent pas non plus qu’on leur latte la gueule à coup de Rangers ! Sinon, à raisonner d’une telle manière, on finira par enfermer tous les être « différents » sur le plan mental, légitimer la lapidation des femmes suspectées d’adultère, ostraciser les originaux, remplacer toute procédure juridique équitable par la loi de la rumeur… Et c’est là tout le fond de mon propos.

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