Lettre ouverte à Charlie-Blog

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La page Officielle de Charlie Hebdo sur Facebook est de nouveau en ligne. Les centaines de commentaires qui inondent la moindre publication ont de quoi rendre perplexe. Une bonne vieille rumeur prétend que des membres de la Ligue de Défense Juive auraient été arrêtés par la police et auraient avoué. De là à affirmer qu’une « machination contre les musulmans » est en marche, il n’y a qu’un pas allègrement franchi.

Les services en charge de l’enquête, joints par nous directement, n’ont « aucune information dans ce sens ». A-t-on une chance de faire entendre la simple vérité: pour le moment, nous ne savons pas qui a mis le feu aux locaux. Après la bataille rangée islamistes vs racistes qui a sévi, notamment sur Facebook, l’enthousiasme avec lequel la thèse du complot juif est reprise est tout simplement déplorable.

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Bonjour chers amis,

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Je suis une blogueuse (réac’, commondit), et donc pour ainsi dire vous voilà aux abords de « mon » territoire (et de celui des « miens »). Vous appelez cela être SDF, d’écrire sur le net… d’écrire /virtuellement/ pour la noblesse du geste, sans pognon ni gloire… – et de le faire en crânant : » Parce que c’est plus beau lorsque c’est inutile ! » – … Or oui, effectivement, si l’on va par là, il paraît qu’il y a de vrais SDF parmi nous – qui sont blogueurs. En tout cas, grâce aux cafés internet, ça ne leur est plus impossible. Et puis au moins ici, je suppose qu’ils ne puent pas des pieds… Certes, celui qui n’a plus de toit sur sa tête peut encore posséder un chez-lui intellectuel, un « ciel des idées », au sein du /réseau/ !

Mais quand on n’a jamais connu la vocation d’écrire que sous cette forme, et que par ailleurs on ne crève pas pour autant de faim, qu’on n’est pas pour autant réduit aux dernières extrémités de la misère IRL*, je peux vous assurer qu’on parvient très bien à oublier la disgrâce dont vous vous effrayez.

N’exister pour ainsi dire plus aux yeux de l’univers du verbe rémunéré, évoluer parallèlement à la presse papier, aux business des éditeurs et des imprimeries, oui, et alors ? Oui, et après ? La qualité de son /travail/ ne suffit-elle pas amplement à rendre le /travailleur-de-l’Art/ heureux ? Croyez-vous que le sacerdoce de l’écrivain ou du polémiste se doive forcément d’être inscrit – à égalité avec ceux du plombier-zingueur, du boulanger-pâtissier et du psychanalyste – dans le vaste cadre des échanges marchands de ce monde, et cela à moins de ne porter aucun fruit ?
Ne voyez-vous pas plutôt que celui qui a dit de l’artiste qu’il deviendrait fou s’il ne se faisait pas payer comme une catin pour ses bons offices, avait pour seule ambition de protéger un ordre établi dont il était actionnaire ? Il me semble pour ma part que les diverses activités de tapin qui consistent à marchander la joie du créateur, à évaluer le prix de son don total, à étiqueter l’ineffable et à classer les génies en rang par deux, sont au moins aussi dangereuses pour l’équilibre psychique de ceux qui portent en eux un besoin de créer – au moins aussi sûrement en tout cas que leur opposé : le désintérêt total.

/Mon Seigneur Jésus-Christ/ n’a-t-il pas dit de rendre son bien à César – c’est-à-dire de rendre à l’Esprit ce qui appartenait à l’Esprit ?

Je peux vous assurer pour ma part qu’ici, c’est-à-dire loin que nous sommes des vanités séculaires, et même enfermés dans un érémitisme que nous n’avons pas choisi, le plaisir d’écrire-en-vain, ainsi purifié, demeure… et que tout le reste est emporté.

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Chanson de geste

POST SCRIPTUM

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Vous écrivez ceci :

« Après la bataille rangée islamistes vs racistes qui a sévi, notamment sur Facebook […] »

Je me dois de vous détromper.
Face aux islamiste, il n’y a pas eu que des racistes primaires – (Et quand bien même ? – ai-je envie de dire, par provocation, refuseriez-vous la main tendue d’un homme – un Auvergnat comme moi, par exemple – au seul prétexte qu’il vote FN ?).
J’ai été là pour constater de visu que des gens /très bien/ (comprendre : pas des extrémistes) avaient pris le risque de venir laisser noyer leurs interventions pondérées et réfléchies par le raz-de-marrée de spam musulman dont vous avez fait l’objet – et cela dans un pur esprit de solidarité désintéressée avec Charlie Hebdo. Voilà des actes isolés particulièrement spontanés et courageux ! – Vous ne devriez pas ainsi jeter tous vos partisans et tous vos opposants dans le même sac (ne serait-ce que parce que des « racistes », comme vous dites, et des musulmans, il en existe des deux côtés du clivage qui nous intéresse). Cela a d’ailleurs beaucoup coûté à certains de vos habituels ennemis politiques, je le sais, de se retenir de vous jeter pareillement avec l’eau du bain, et d’accepter de prendre votre défense – même du bout des lèvres. – Et si cela leur a coûté, n’est-ce pas, ils n’en ont que plus de mérite.

Car, sachez tout de même que la plupart vous aurait volontiers crucifiés sur l’air connu du « Bien fait pour leur gueule – ces vieux cons ». Si vous ne le connaissez pas, je vais vous le chanter :

« Les vieux cons.

– Bien fait pour leur gueule !
– Jamais ne condamnèrent les excès des politiques immigrationnistes. Pourtant celles-ci furent initiées par les grands patrons des années 60. Mais jamais ils n’en conçurent matière à contester.
– ‘Prônèrent jusqu’au bout les vertus du métissage, et cela sans éprouver aucun besoin philosophique de se modérer ; jusqu’à atteindre la purification de leurs idées, jusqu’à atteindre leur propre inanité…
– Leurs élégantes raisons au final se muèrent en une idéologie sèche, dénuée de toute application pratique, en décalage complet avec les réalités du temps et du terrain ! Cela-même alors qu’on voyait déjà nettement se profiler à l’horizon un racisme inversé au sein des populations exogènes ! – Un racisme inversé, enfant de l’orgueil bohémien de venir-d’ailleurs, et bâti sur le mépris de notre terre et de nos vieux, des terriens qu’ils avaient été – de notre coq gaulois qui chante planté dans le fumier !
– Ils se sont peu à peu, et cela le plus naturellement du monde, et sans faire de bruit, rangés à-demi inconsciemment aux côtés des pouvoirs publiques… Célébrant par-là même un nouveau mariage princier entre sabre (ploutocratique) et goupillon (gauchisant-bien-pensant).
– Lesquels pouvoir publics, durant tout ce temps-là, au nom de ladite idéologie rassie dont ils s’étaient progressivement faits les hérauts – cette idéologie devenue aveugle et bête, dite « de la tolérance » (mais qui n’en était plus que le pâle relief mort-vivant, empaillé, synthétique) – s’évertuaient en réalité à /tolérer des intolérants/, et cela au détriment du bien-être de ses propres administrés indigènes – et en particulier, comble du contre-sens politique, ceux de basse condition !

« Oui, vous les vieux cons,

– Bien fait pour vos gueules !
– Votre façon de valoriser des pseudo-cultures d’importation, en bon héritiers inconscients que vous êtes de l’orientalisme onirique des romantiques du siècle avant-dernier, et d’abandonner peu à peu toute fierté de la votre, de culture (à savoir la nôtre aussi : celle de vos enfant)… c’est la véritable origine du mal ! – Car c’est la raison profonde pour laquelle l’intégration des populations immigrées à notre identité-nationale propre s’est muée en échec.
– Comment vouliez-vous leur donner envie d’appartenir à une nation désormais honteuse de ce qui avait constitué sa propre grandeur – honteuse de l’âme de son peuple, âme libre (étymologiquement /affranchie/) et ombrageuse – donc honteuse de son histoire ?
– Et comment vouliez-vous nous donner à nous, vos propres enfants, l’envie d’être nous-mêmes, nous qui étions les enfants d’une génération qui avait bradé ce qui aurait dû être son héritage ? – Nous avions été élevés pour adorer tout ce qui n’était pas nous, alors qu’on ne nous avait même pas informé de ce que nous étions censés être nous-même !
– Comment vouliez-vous transmettre aux jeunes – indigènes et exogènes confondus – l’orgueil d’être français, si désormais Marianne ne parvenait plus à se définir elle-même autrement que comme une sorte d’/amoureuse/ – a.k.a, l’amoureuse putassière collabo-tondue de tout ce qui ne lui ressemblait pas ?
– Marianne, à cause de votre génération, ressemble davantage aujourd’hui à une actrice de cabaret qu’à la fière & belliqueuse Pallas.
– Oh, dites-nous seulement dans quelle contrée éloignée, périlleuse et sauvage, vous êtes allés enchaîner l’esprit philosophique de la Nouvelle Athènes qu’était censé devenir notre pays !… Dites-le nous, que nous allions délivrer la Déesse !

Pour survivre, il nous faudra trancher un nœud gordien. Car voici : vous nous avez légué une aporie logique. Une aporie logique : voici tout notre héritage – l’héritage-en-creux des générations suivantes sacrifiées !
Certes, l’ « aporie », sous la forme primitive, exaltante, du paradoxe, alors qu’elle n’en était encore qu’à l’étape de la germination, a permis aux vieux cons de se sentir libres durant leur propre jeunesse. Mais désormais elle a évolué sous la forme dangereuse d’une plante grimpante et carnivore : elle est devenue l’entrave des jeunes ! Il faudra donc s’en débarrasser à l’épée.
Que les Saint-Jean-Bouche-d’Or crèvent par là où ils ont péché ! Qu’en disparaisse jusqu’à notre souvenir malade!

– Et bien fait pour leurs gueules. »

Tel est l’ « air connu » qu’aurait volontiers chanté la plupart des « réacs » (comme on les appelle), durant votre montée au Golgotha, au jour de votre écartèlement sur la croix de vos propres contradictions internes. Pourtant certains (comme moi-même) ne l’ont pas fait, et se sont souvenus avec tristesse, à travers vous, de l’égarement intellectuel et politique dans lequel végètent actuellement leurs propres parents. Certains comme moi se sont remémorés, plus encore, avoir été nourris, étant encore tout jeunes, au lait étrange de vos textes sensuels et de vos images obscènes… et, le court temps d’un accès de piété filiale, pour prendre votre défense, ils ont oublié leur dégoût ordinaire de cette mauvaise éducation

Bien à vous,

I.A


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* IRL = In real life

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2 réflexions sur “Lettre ouverte à Charlie-Blog

  1. La dernière fois que j’ai acheté Charlie Hebdo, c’était lors des caricatures de Mahomet, en 2006. Ils avaient fait preuve de courage. Cette fois, on ne peut pas dire qu’ils ont été à la hauteur. C’est peut-être dû au départ de Philippe Val. La réaction de Charb face aux incendiaires a été pitoyable. Ils n’ont pas lu le journal, a-t-il déclaré. Ce qui prouve que leur numéro n’était pas très méchant à l’égard de l’islam. On sent que les dessinateurs ont la trouille. Il est vrai que la réaction des musulmans est autrement plus agressive que celle des autres croyants.

  2. « La réaction de Charb face aux incendiaires a été pitoyable. Ils n’ont pas lu le journal, a-t-il déclaré. »

    Oui, une réaction pitoyable, merdique, lâche… on ne le dira jamais assez.

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