L’homme médiocre par Ernest Hello

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Dites dans un salon que tel homme célèbre est un homme médiocre, on s’étonnera ; on dira que vous êtes paradoxal. C’est qu’on ne sait pas ce que c’est que l’homme médiocre.

L’homme médiocre est-il sot, stupide, imbécile ? Pas le moins du monde. L’imbécile est à une extrémité du monde, l’homme de génie est à l’autre. L’homme médiocre est mitoyen. Je ne dis pas qu’il occupe le centre du monde intellectuel, cela serait tout autre chose ; il en occupe le milieu.

L’homme médiocre est-il donc celui qu’on appelle en philosophie, en politique, en littérature, un juste milieu ? Appartient-il nécessairement et certainement à cette opinion-là ?

Non pas encore.

Celui qui est juste-milieu le sait : il a l’intention de l’être. L’homme médiocre est juste-milieu sans le savoir. Il l’est par nature, et non par opinion ; par caractère, et non par accident. Qu’il soit violent, emporté, extrême ; qu’il s’éloigne autant que possible des opinions du juste- milieu, il sera médiocre. Il y aura de la médiocrité dans sa violence.

Le trait caractéristique, absolument caractéristique de l’homme médiocre, c’est sa déférence pour l’opinion publique. Il ne parle jamais, il répète toujours. Il juge un homme sur son âge, sa position, son succès, sa fortune. Il a le plus profond respect pour ceux qui sont connus, n’importe à quel titre, pour ceux qui ont beaucoup imprimé. Il ferait la cour à son plus cruel ennemi, si cet ennemi devenait célèbre ; mais il ferait peu de cas de son meilleur ami, si personne ne lui en faisait l’éloge. Il ne conçoit pas qu’un homme encore obscur, un homme pauvre, qu’on coudoie, qu’on traite sans façon, qu’on tutoie, puisse être un homme de génie.

Fussiez-vous le plus grand des hommes, il croira, s’il vous a connu enfant, vous faire trop d’honneur en vous comparant à Marmontel. Il n’osera prendre l’initiative de rien. Ses admirations sont prudentes, ses enthousiasmes sont officiels. Il méprise ceux qui sont jeunes. Seulement, quand votre grandeur sera reconnue, il s’écriera : Je l’avais bien deviné ! Mais il ne dira jamais, devant l’aurore d’un homme encore ignoré : Voilà la gloire et l’avenir ! Celui qui peut dire à un travailleur inconnu : Mon enfant, tu es un homme de génie ! Celui- là mérite l’immortalité qu’il promet. Comprendre, c’est égaler, a dit Raphaël.

L’homme médiocre peut avoir telle ou telle aptitude spéciale : il peut avoir du talent. Mais l’intuition lui est interdite. Il n’a pas la seconde vue ; il ne l’aura jamais. Il peut apprendre : il ne peut pas deviner. Il admet quelquefois une idée, mais il ne la suit pas dans ses diverses applications ; et si vous la lui présentez, en termes différents, il ne la reconnaît plus : il la repousse.

Il admet quelquefois un principe; mais si vous arrivez aux conséquences de ce principe, il vous dira que vous exagérez.

Si le mot exagération n’existait pas, l’homme médiocre l’inventerait.

L’homme médiocre pense que le christianisme est une précaution utile, dont il serait imprudent de se passer. Néanmoins il le déteste intérieurement ; quelquefois aussi, il a pour lui un certain respect de convention, le même respect qu’il a pour les livres en vogue. Mais il a horreur du catholicisme : il le trouve exagéré : il aime bien mieux le protestantisme, qu’il croit modéré. Il est ami de tous les principes et de tous leurs contraires.

L’homme médiocre peut avoir de l’estime pour les gens vertueux et pour les hommes de talent.

Il a peur et horreur des saints et des hommes de génie ; il les trouve exagérés.

Il demande à quoi servent les ordres religieux, surtout les ordres contemplatifs. Il admet les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, parce que leur action se fait, au moins partiellement, dans le monde visible. Mais les carmélites, dit-il, à quoi bon ?

Si l’homme naturellement médiocre devient sérieusement chrétien, il cesse absolument d’être médiocre. Il peut ne pas devenir un homme supérieur, mais il est arraché à la médiocrité par la main qui tient le glaive. L’homme qui aime n’est jamais médiocre.

L’homme vraiment médiocre admire un peu toutes choses ; il n’admire rien avec chaleur. Si vous lui présentez ses propres pensées, ses propres sentiments rendus avec un certain enthousiasme, il sera mécontent. Il répétera que vous exagérez ; il aimera mieux ses ennemis s’ils sont froids, que ses amis s’ils sont chauds. Ce qu’il déteste par-dessus tout, c’est la chaleur.

L’homme médiocre n’a qu’une passion, c’est la haine du beau. Peut-être répétera-t-il souvent une vérité banale sur un ton banal. Exprimez la même vérité avec splendeur, il vous maudira ; car il aura rencontré le beau, son ennemi personnel.

L’homme médiocre aime les écrivains qui ne disent ni oui ni non sur aucune question, qui n’affirment rien, lui ménagent toutes les opinions contradictoires. Il aime à la fois Voltaire, Rousseau et Bossuet. Il veut bien qu’on nie le christianisme, mais qu’on le nie poliment, avec une certaine modération dans les mots. Il a un certain amour pour le rationalisme, et, chose bizarre, pour le jansénisme aussi. Il adore la profession de foi du vicaire savoyard.

Il trouve insolente toute affirmation, parce que toute affirmation exclut la proposition contradictoire. Mais si vous êtes un peu ami et un peu ennemi de toutes choses, il vous trouvera sage et réservé. Il admirera la délicatesse de votre pensée, et dira que vous avez le talent des transitions et des nuances.

Pour échapper au reproche d’intolérance adressé par lui à tout ce qui pense fortement, il faudrait se réfugier dans le doute absolu  ; mais encore ne faut-il pas appeler le doute par son nom. II faut lui donner la forme d’une opinion modeste, qui réserve les droits de l’opinion contraire, fait semblant de dire quelque chose et ne dit absolument rien. Il faut ajouter à chaque phrase une périphrase adoucissante : ce semble, si j’ose le dire, s’il est permis de s’exprimer ainsi.

Il reste à l’homme médiocre en activité, en fonction, une inquiétude : c’est la crainte de se compromettre. Aussi il exprime quelques pensées volées à M. de La Palisse, avec la réserve, la timidité, la prudence d’un homme qui craint que ses paroles trop hardies n’ébranlent le monde.

Le premier mot de l’homme médiocre qui juge un livre porte toujours sur un détail, et habituellement sur un détail de style. C’est bien écrit, dit-il, quand le style est coulant, tiède, incolore, timide. C’est mal écrit, dit-il, quand la vie circule dans votre œuvre, quand vous créez votre langue en parlant, quand vous dites vos pensées avec cette verdeur qui est la franchise de l’écrivain. Il aime la littérature impersonnelle ; il déteste les livres qui obligent à réfléchir. Il aime ceux qui ressemblent à tous les autres, ceux qui rentrent dans ses habitudes, qui ne font pas éclater son moule, qui tiennent dans son cadre, ceux qu’on sait par cœur avant de les avoir lus, parce qu’ils sont semblables à tous ceux qu’on lit depuis qu’on sait lire.

L’homme médiocre dit que Jésus-Christ aurait dû se borner à prêcher la charité, et ne pas faire de miracles ; mais il déteste encore plus les miracles des saints, surtout ceux des saints modernes. Si vous lui citez un fait à la fois surnaturel et contemporain, il vous dira que les légendes peuvent faire bon effet dans la vie des saints, mais qu’il faut les y laisser ; et si vous lui faites observer que la puissance de Dieu est la même qu’autrefois, il vous répondra que vous exagérez.

L’homme médiocre dit qu’il y a du bon et du mauvais dans toutes choses, qu’il ne faut pas être absolu dans ses jugements, etc. etc.

Si vous affirmez fortement la vérité, l’homme médiocre dira que vous avez trop de confiance en vous-même. Lui, qui a tant d’orgueil, il ne sait pas ce que c est que l’orgueil. Il est modeste et orgueilleux, soumis devant Voltaire et révolté contre l’Église. Sa devise, c’est le cri de Job : Hardi contre Dieu seul !

L’homme médiocre, dans sa crainte des choses supérieures, dit qu’il estime avant tout le bon sens ; mais il ne sait pas ce que c’est que le bon sens. Il entend par ce mot-là la négation de tout ce qui est grand.

L’homme médiocre peut très bien avoir cette chose sans valeur qu’on appelle, dans les salons, de l’esprit ; mais il ne peut avoir l’intelligence, qui est la faculté de lire l’idée dans le fait.

L’homme intelligent lève la tête pour admirer et pour adorer ; l’homme médiocre lève la tête pour se moquer : tout ce qui est au-dessus de lui lui paraît ridicule, l’infini lui parait néant.

L’homme médiocre ne croit pas au diable.

L’homme médiocre regrette que la religion chrétienne ait des dogmes : il voudrait qu’elle enseignât la morale toute seule ; et si vous lui dites que sa morale sort de ses dogmes, comme la conséquence sort du principe, il vous répondra que vous exagérez.

Il confond la fausse modestie, qui est le mensonge officiel des orgueilleux de bas étage, avec l’humilité, qui est la vertu naïve et divine des saints.

Entre cette modestie et l’humilité, voici la différence :

L’homme faussement modeste croit sa raison supérieure à la vérité divine et indépendante d’elle, mais il la croit en même temps inférieure à celle de M. de Voltaire. Il se croit inférieur aux plus plats imbéciles du dix-huitième siècle, mais il se moque de sainte Thérèse.

L’homme humble méprise tous les mensonges, fussent- ils glorifiés par toute la terre, et s’agenouille devant toute vérité.

L’homme médiocre semble habituellement modeste ; il ne peut pas être humble, ou bien il cesse d’être médiocre.

L’homme médiocre adore Cicéron, aveuglément et sans restriclion ; il ne l’appelle pas par son nom : il rappelle l’orateur romain. Il cite de temps en temps : ubinam gentium vivimus ?

L’homme médiocre est le plus froid et le plus féroce ennemi de l’homme de génie.

Il lui oppose la force d’inertie, résistance cruelle ; il lui oppose ses habitudes machinales et invincibles, la citadelle de ses vieux préjugés, son indifférence malveillante, son scepticisme méchant, cette haine profonde qui ressemble à de l’impartialité ; il lui oppose l’arme des gens sans cœur, la dureté de la bêtise.

Le génie compte sur l’enthousiasme ; il demande qu’on s’abandonne. L’homme médiocre ne s’abandonne jamais.  Il est sans enthousiasme et sans pitié : ces deux choses vont toujours ensemble.

Quand l’homme de génie est découragé et se croit près de mourir, l’homme médiocre le regarde avec satisfaction ; il est bien aise de cette agonie ; il dit : Je l’avais bien deviné, cet homme-là suivait une mauvaise voie , il avait trop de confiance en lui-même. Si l’homme de génie triomphe, l’homme médiocre, plein d’envie et de haine, lui opposera au moins les grands modèles classiques, comme il dit, les gens célèbres du siècle dernier, et tâchera de croire que l’avenir le vengera du présent.

L’homme médiocre est beaucoup plus méchant qu’il ne le croit, et qu’on ne le croit, parce que sa froideur voile sa méchanceté. Il ne s’emporte jamais. Au fond, il voudrait anéantir les races supérieures : il se venge de ne le pouvoir pas, en les taquinant. Il fait de petites infamies, qui, à force d’être petites, n’ont pas l’air d’être infâmes. Il pique avec des épingles, et se réjouit quand le sang coule, tandis que l’assassin a peur, lui, du sang qu’il verse. L’homme médiocre n’a jamais peur. Il se sent appuyé sur la multitude de ceux qui lui ressemblent.

L’homme médiocre est, dans l’ordre littéraire, ce qu’on appelle dans l’ordre social un homme à bonne fortune. Les succès faciles sont pour lui. Oubliant le côté essentiel, et saisissant le côté accidentel de chaque chose, il court après les circonstances ; il est à l’affût des occasions ; et quand il a réussi, il est dix fois plus médiocre encore. Il se juge, comme il juge les autres, sur le succès. Tandis que l’homme supérieur sent sa force intérieurement, et la sent surtout si les autres ne la sentent pas, l’homme médiocre se croirait un sot s’il passait pour tel, et trouve son aplomb dans les compliments qu’on lui fait ; sa médiocrité augmente en raison de son importance.

Mais enfin, me dites-vous, pourquoi et comment réussit-il ?

Assis à votre bureau, en face d’un livre signé d’un nom connu, et que le bruit public désignait à votre attention, ne vous est-il jamais arrivé de le fermer avec une tristesse inquiète et de vous dire: Comment ces pages ont-elles conduit l’auteur à la réputation, au lieu de le condamner à l’oubli ? Et comment tel nom, qui pourrait figurer à côté des grands noms, est-il absolument inconnu aux hommes ? Pourquoi les quelques amis, les rares amis de celui à qui je pense en ce moment murmurent-ils timidement son nom entre eux, n’osant pas le prononcer devant tous, parce qu’il n’a pas eu la sanction de tous ? La gloire a-t-elle des secrets, ou bien a-t-elle des caprices ?

Voici la réponse : la gloire et le succès ne se ressemblent pas ; la gloire a des secrets, le succès a des caprices.

L’homme médiocre ne lutte pas : il peut réussir d’abord ; il échoue toujours ensuite.

L’homme supérieur lutte d’abord et réussit ensuite.

L’homme médiocre réussit parce qu’il suit le courant ; l’homme supérieur triomphe parce qu’il va contre le courant.

Le procédé du succès, c’est de marcher avec les autres ; le procédé de la gloire, c’est de marcher contre les autres.

Tout homme qui fait connaître son nom produit cet effet, parce qu’il est le représentant d’une certaine partie de l’espèce humaine.

Voilà le mot de toutes les énigmes.

Les races supérieures se font représenter par les grands ; les races inférieures se font représenter par les petits.

Les unes et les autres ont leurs députés dans l’assemblée universelle.

Mais les unes donnent à leurs députés le succès, et les autres donnent à leurs députés la gloire.

Ceux qui flattent les préjugés, les habitudes de leurs contemporains, sont poussés et vont au succès : ce sont les hommes de leur temps.

Ceux qui refoulent les préjugés, les habitudes ; ceux qui respirent d’avance l’air du siècle qui les suivra, ceux- là poussent les autres, et vont à la gloire : ce sont les hommes de l’éternité.

Voilà pourquoi le courage, qui est inutile au succès, est la condition absolue de la gloire. Ceux-là sont grands qui s’imposent aux hommes au lieu de les subir ; qui s’imposent, à eux-mêmes au lieu de se subir ; qui étouffent du même effort leurs propres découragements et les résistances extérieures. Ce que nous appelons grandeur, c’est le rayonnement de la souveraineté.

L’homme médiocre qui a du succès répond aux désirs actuels des autres hommes.

L’homme supérieur qui triomphe répond aux pressentiments inconnus de l’humanité.

L’homme médiocre peut montrer aux hommes la partie d’eux-mêmes qu’ils connaissent.

L’homme supérieur révèle aux hommes la partie d’eux- mêmes qu’ils ne connaissent pas.

L’homme supérieur descend au fond de nous plus profondément que nous n’avons l’habitude d’y descendre. Il donne la parole à nos pensées. Il est plus intime avec nous que nous-même.

Il nous irrite et nous réjouit, comme un homme qui nous réveillerait pour aller voir avec lui un lever de soleil. En nous arrachant à nos maisons pour nous entraîner dans ses domaines, il nous inquiète, et nous donne en même temps la paix supérieure.

L’homme médiocre, qui nous laisse là où nous sommes, nous inspire une tranquillité morte qui n’est pas le calme.

L’homme supérieur, incessamment tourmenté, déchiré, par l’opposition de l’idéal et du réel, sent mieux qu’un autre la grandeur humaine, et mieux qu’un autre la misère humaine. Il se sent plus fortement appelé vers la splendeur idéale, qui est notre fin à tous, et plus mortellement endommagé par la vieille déchéance de noire pauvre nature : il nous communique ces deux sentiments qu’il subit. Il allume en nous l’amour de l’être, et éveille en nous sans relâche la conscience de notre néant.

L’homme médiocre ne sent ni la grandeur, ni la misère, ni l’Être, ni le néant. Il n’est ni ravi, ni précipité ; il reste sur l’avant-dernier degré de l’échelle, incapable de monter, trop paresseux pour descendre. Dans ses jugements comme dans ses œuvres, il substitue la convention à la réalité, approuve ce qui trouve place dans son casier, condamne ce qui échappe aux dénominations, aux catégories qu’il connaît, redoute l’étonnement, et n’approchant jamais du mystère terrible de la vie, évite les montagnes et les abîmes à travers lesquels elle promène ses amis.

L’homme de génie est supérieur à ce qu’il exécute. Sa pensée est supérieure à son œuvre.

L’homme médiocre est inférieur à ce qu’il exécute. Son oeuvre n’est pas la réalisation d’une pensée : c’est un travail fait d’après certaines règles.

L’homme de génie trouve toujours son œuvre inachevée.

L’homme médiocre est plein de la sienne, plein de lui-même, plein du néant, plein de vide, plein de vanité. Vanité ! Cet odieux personnage est tout entier dans ces deux mots : froideur et vanité !

Ernest Hello, L’homme, 1872.

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Nico de Montreuil – The Return !

Ary Scheffer, L’amour divin et l’amour terrestre.

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Il n’y eut pas, en son temps (et peut-être encore de nos jours), de femme plus détestée des femmes que Bardot… De femme davantage sous-estimée, aussi. Car les quelques hommes auxquels fut donné d’apprendre à la connaître par-delà les paillettes et le fard (Gabin s’est déjà ouvert à ce sujet, notamment), ont pu constater avec stupeur que la réputation d’idiote qu’on lui avait faite était non seulement une erreur, mais le résultat d’une calomnie de chaque instant. Les femmes sont pour plus grande part qu’on ne croit responsables du chiendent qui aujourd’hui a recouvert les portes ouvertes en ce monde terrestre sur la Vérité divine et le Bon-Sens. Je vais vous en dire sans plus tarder la raison : pour une ou deux qui sont satisfaites de la nature, qui leur a donné suffisamment de beautés en héritage, toute une basse-cour d’une centaine de poules caquetantes passe son temps à se plaindre des Dieux et de la fatalité qui les a créées trop grasses et/ou trop déplumées. Ainsi, la majorité d’entre elles n’est pas seulement ennemie des miroirs, mais aussi ennemie de toutes les lumières un tant soit peu éclairantes, susceptibles de les révéler. La majorité des femmes, par coquetterie, est pour cela ennemie congénitale de la Vérité.

NICO : Peut-être… Mais suivant cette logique, on peut soutenir que beaucoup de belles femmes prennent pour la vérité ce qui n’est que l’apparence de la vérité.

Certes !!

Très bien vu, Nico ! :)

Et inversement, il doit bien se trouver des filles au physique disons, difficile, qui soient indulgentes envers Dieu… Combien plus saintes sont-elles, celles-là, n’est-ce pas ?

Oui, sans doute. Les saintes sont peut-être celles qui vont au-delà de l’apparence, de leur propre choix, et non par la nécéssité de supporter- ou d’utiliser – leur physique. Ce n’est pas si évident. Mettez une belle femme au milieu d’une pièce remplie d’hommes, et… Vous connaissez la suite. Ce n’est donc pas si évident de laisser l’apparence pour ce qu’elle est : un simple apparence.

Tu avais écrit un très beau passage sur ce sujet sur FB.

J’avais surtout écrit que le véhicule terrestre était avant tout un véhicule mis à notre disposition par la Providence… Or la Ferrari voyage plus vite que la Twingo d’occasion, elle est plus fiable aussi, c’est connu.

Comme le veut la croyance médiévale, beauté et féminité sont des ouvroirs de sacré potentiels. Rien n’est à négliger dans ce que Dieu nous offre de ponts entre notre subjectivité et celle des autres. Or, justement, le charme, la puissance de séduction sont des « ponts », des chevaux de Troie excellents ! Je connais peu d’autres dons naturels qui rendent aussi aisée la pénétration intellectuelle en autrui. Je maintiens que le fait de bénéficier, dans le cadre du tête-à-tête avec un frère humain, quasi systématiquement d’un « capital sympathie » de départ supérieur à la moyenne, facilite grandement au développement des facultés d’empathies – et par là-même à l’acuité de l’œil psychologique critique. Plus encore, c’est la garantie d’une plus grande liberté d’action : là où un homme aux yeux petits, au front court, sans stature, n’aura que rarement droit à l’erreur en matière de savoir-vivre, une femme belle pourra se permettre beaucoup plus en société avant que d’être reléguée aux oubliettes.

Les masques, les apparences, la chair sont des médiums. Et non pas de vulgaires pellicules de « crasse » qu’il s’agirait de décaper pour que l’âme brille mieux.

C’est là tout le sens du destin de Jean-Baptiste l’ascète acrimonieux : qui fut décapité par la faute d’une Hérodiade en furie, et par le truchement d’une beauté sauvage et juvénile innocente, pour qu’un Messie généreux et charnel puisse lui succéder à la tête de la communauté des Croyants.

« Car vous aurez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’aurez pas toujours… »

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« J’estime un philosophe dans la mesure où il peut donner l’exemple. »
(F. Nietzsche, Considérations intempestives, III. 3.)
[Citation en exergue du nouveau « brûlot » d’Onfray,
L’Ordre Libertaire, La vie philosophique d’Albert Camus.]
 

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Fascisme Fun/Fafounet de la Fafounière/Bollocks
· 6 amis en commun:
Irena Adler, votre christianisme n’est qu’une posture intellectuel. Il n’est ni traditionnel ni mystique, c’est votre joujou mondain. Eisangélie a maintes fois écrit sur l’hypocrise de ces cathos Louis Vuitton qui après la messe vont s’empiffrer de viennoiseries sans daigner à jetter un regard sur l’estropié gitan qui fait la manche au coin de la rue. C’est amusant que vous citiez tout le temps Eisangélie, lui qui ne cesse de crucifier votre posture et celle de tous les cul-bénis emplis de tiédeur qui contribuent autant à vider les églises que Darwin et Vatican 2.

30 décembre 2011, 19:15 ·

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Eisangélie et toi, qui contrairement à moi avez été baptisés, qui contrairement à moi avez reçu une éducation bourgeoise, qui contrairement à moi sortez régulièrement le samedi soir et menez tranquillement vos petites vies de célibataires parisiens, vous pensez pleinement chrétiens lorsque vous donnez la pièce à un gitan et que vous vous privez de viennoiseries.

Mais pourquoi de mon côté donnerais-je mon goûter à des gitans, dites-moi ? – Vous autres dont les aïeuls étaient déjà gras et contents, habitaient en ville et portaient l’hiver des vêtements qui leur tenaient chaud, avez beau jeu de cracher sur les croissants aux amandes et les brioches… pour vous ils sont synonymes de décadence, car à vous ils n’ont jamais manqué. Pour ma part, quand je vais acheter du pain, figurez-vous que je prends garde d’en réserver l’éventuel surplus au congélateur : je sais d’où il vient, je sais comment pousse le blé. Je n’aime pas à le gaspiller car je ne suis pas sans savoir qu’il est le fruit de la terre, et pas de n’importe quelle terre : celle de la France, mon pays. Il y a une superstition héréditaire, dans les campagne, en rapport avec l’acte de jeter ou de gaspiller la nourriture : par instinct nous croyons que cela porte malheur, car autrefois le boulanger bénissait son ouvrage avant de l’enfourner, car nous devinons que le corps du Christ dort dans les nourritures terrestres dont nous vivons. On dit que les Bourbonnais et les Auvergnats sont avares… non ils ne sont pas avares ; ils sont économes. C’est le lot des peuples chez qui se transmet, par l’éducation, la peur de manquer.

En vérité c’est vous autres, qui êtes dans la droite ligne de Vatican 2 ! Nantis de votre rebellitude à la gomme épinglée en sautoir, vous incarnez la chrétienté du XXIe siècle, celle qui pense qu’il suffit de rejeter la vie, l’en-vie, la faim de pain, la faim de chaleur humaine et l’amour charnel, pour ne pas pêcher. Vous êtes Frigide Barjot aux JMJ, vous êtes le père Guy Gilbert chez Ardisson… Des marionnettes grimaçantes remplies de culpabilité mais dénuées d’humilité vraie.

Wannabe, déclassés, élevés pour vivre au-dessus de vos moyens, par dépit vous avez fini par vous retourner contre l’or qui vous manque… contre la richesse. Mais comme c’est l’aigreur de n’en avoir pas qui fondamentalement vous guide, et non pas une haine véritable de l’injustice, au lieu de vous en prendre à l’injustice, à ses racines, vous vous attaquez à la richesse sous toutes ses formes ; c’est-à-dire y compris aux richesses du cœur et à celles qui ont trait à l’esthétique, à la beauté. En cela aussi, vous êtes des socialistes. Là où les vrais pauvres n’aspirent qu’à s’élever, vous n’aspirer qu’à tout niveler par le bas.

La tiédeur morale, elle est de votre côté : là où vous devriez songer en priorité à vous soumettre à vos propres principes, vous n’avez de cesse d’accabler les autres… Lorsque je donne à lire le récit de certains de mes actes et aventures pour donner de la crédibilité à mes paroles, vous me taxez d’impudeur. Mais si je me contente d’exposer mes opinions sans prendre la peine de m’en justifier sur le plan existentiel, alors vous vous mettez à me prêter un mode de vie qui n’est pas le mien et à m’inventer des vices cachés à seule fin de discréditer mes paroles ! Existe-t-il pour autant le seul petit début d’une véritable aspiration à la cohérence philosophique, de votre côté ? Songez-vous régulièrement à dans quelle mesure vos engagements politiques et idéologiques interfèrent avec votre mode de vie, à la façon dont vous devriez être tenus de vivre en conformité avec vos piétés ? Je ne le crois pas.

Eisangélie aurait beau jeu de critiquer ma supposée mondanité, lui qui est entouré d’amis et sort souvent, alors que je n’ai pour ainsi dire pas d’amis et ne sors quasi jamais ! Par ailleurs, vous autres qui me traitez de pute, il y a de grandes chances que votre vie soit d’un type bien moins monacal que la mienne : car on peut être épicurien – et à ma façon, effectivement, je le suis – sans pour autant être décadent… Voyez Onfray l’hédoniste, qui vit reclus dans sa cambrousse, solitaire, attaché à son oeuvre, le coeur empli de piété filiale !

C’est une poutre qu’il y a dans votre œil ! La paille qu’il y a dans le mien en tout cas vous obsède bien trop pour que vous n’ayez rien à vous reprocher !

Quoi qu’il en soit, pour ma part, je m’efforce de vivre une vie qui ne fasse pas injure à ma piété. Ce pourquoi j’estime par ailleurs qu’exposer par le menu les différentes aventures tragiques dans lesquelles ma piété ordinaire m’a jetée à plusieurs reprises, ne devrait pas poser problème… Quel honte y a-t-il en effet à évoluer dans la vie en empruntant des chemins ronceux d’expiation ? De même, où se loge-t-elle, la fameuse vanité que toujours l’on me reproche, dans cet exposé difficile de mes infortunes ? Si j’étais vaniteuse prendrais-je la peine de vous faire voir les trous de ma chemise, et les entailles faites à plusieurs reprise par des auctoritas et des mondains, en ma dignité ?

Il y en a tant d’autres qui se comparent au Christ – artistes, « performers », écrivains et tutti quanti – pourquoi suis-je la seule à peu près à qui vous l’interdisez ? Pourquoi la chose, chez moi, fait-elle davantage ricaner et médire qu’à l’habitude ?

Quand un Jean-Louis Costes, une miss-France, une Lady Gaga, se fait prendre (en photo) sur la croix de Jésus, tout le monde s’en fout, pourtant, personne n’y prend garde.

La question qui vous obsède, enfin, la voilà : « Est-elle riche ? » « Est-elle pauvre ? » – Eh bien, une fois n’est pas coutume, je ne vous répondrai pas. A la place je citerai les Evangiles (selon Matthieu) :

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6.16
Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.
6.17
Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,
6.18
afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
6.19
Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent;
6.20
mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent.
6.21
Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur.
6.22
L’oeil est la lampe du corps. Si ton oeil est en bon état, tout ton corps sera éclairé;
6.23
mais si ton oeil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres!
6.24
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.
6.25
C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?
6.26
Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux?
6.27
Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie?
6.28
Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent;
6.29
cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux.
6.30
Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi?
6.31
Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus?
6.32
Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
6.33
Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
6.34
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

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26.6
Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,
26.7
une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de grand prix; et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête.
26.8
Les disciples, voyant cela, s’indignèrent, et dirent: A quoi bon cette perte?
26.9
On aurait pu vendre ce parfum très cher, et en donner le prix aux pauvres.
26.10
Jésus, s’en étant aperçu, leur dit: Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme? Elle a fait une bonne action à mon égard;
26.11
car vous avez toujours des pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours.

***

11.15
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
11.16
A qui comparerai-je cette génération? Elle ressemble à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s’adressant à d’autres enfants,
11.17
disent: Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés.
11.18
Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent: Il a un démon.
11.19
Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent: C’est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la sagesse a été justifiée par ses oeuvres.
11.20
Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties.

***

Matthieu 12 :

12.1
En ce temps-là, Jésus traversa des champs de blé un jour de sabbat. Ses disciples, qui avaient faim, se mirent à arracher des épis et à manger.
12.2
Les pharisiens, voyant cela, lui dirent: Voici, tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat.
12.3
Mais Jésus leur répondit: N’avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui;
12.4
comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, qu’il ne lui était pas permis de manger, non plus qu’à ceux qui étaient avec lui, et qui étaient réservés aux sacrificateurs seuls?
12.5
Ou, n’avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat, les sacrificateurs violent le sabbat dans le temple, sans se rendre coupables?
12.6
Or, je vous le dis, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple.
12.7
Si vous saviez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents.