Conversation dans les limbes de Fb _(medley)

« La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français. »

Louis Ferdinand Céline, Le Voyage.

Irena Adler : Vieux fou mythomane, ce Merline. Bon écrivain, certes. Mais tout de même n’oublions pas son avarice, sa mesquinerie, son habitude du mensonge, son hypocondrie et son excès d’aptitude à se faire dorloter par les femmes… éternel vieux garçon, vieillard peccamineux avant l’âge… en lui agissait surtout le sale petit gosse de bourgeois pourri gâté, littéreux second-de-la-classe, prêt-à-tout pour la reconnaissance, favori de sa môman…

Calomnier, trahir, inventer, paranoïser pour la gallerie si nécessaire, telle fut toujours son option existentielle, mais surtout être plaint !
Se faire plaindre, se faire porter la soupe au lit, voilà qui sa vie durant lui aura donné tout son boulot !

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« Il est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots « coeur » et « âme » pour découvrir avec pâleur, un beau matin, qu’il ne m’en restait plus ! Je n’imagine rien d’aussi sec que moi. Je ne tiens à personne ni à rien. Je n’attends rien. Je me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l’échine glacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d’amour. Il n’y a plus aucune vie en moi. En dehors de l’ennui je ne me trouve pas, je n’ai pas de place. Tout a été surfait ! Surfaite la guerre ! Surfaits les « paradis artificiels » ! Et l’amour donc !… Quel coup ! Mais on vivrait. Il n’y a au monde qu’une seule chose qui ne soit pas supportable : le sentiment de sa médiocrité. »

Jacques Rigaut, « Propos amorphes

— avec Maurice Ronet.

Irena Adler : Pff… Que de prétention !

Que celui qui s’exprime ainsi en rabatte un peu de sa morgue, car l’amour et l’amour de la vie sont faits de mélanges, de défaites, d’abandons, de prières… La pureté c’est la mort, l’humilité c’est la vie.

Un bon foie de veau, une baignade dans l’eau glacée, trois petits tours à vélo, un peu de travail manuel, et ça repart !

Ces parisiens amorphes ne sont que gangrenés par trop d’indulgence envers eux-mêmes, trop de spiritualité désincarnée, trop de confort… Qu’ils aient mal, un bon coup, et leur instinct de survie se rappellera à eux. Ah les affres hideux de la paix trop prolongée… affres hideux de cette société pusillanime, irriguée d’hormones femelles…

Atermoiements de bonnes femmes, soupirs de châtrés.

Oui, absolument, ces pacifistes merdeux croyaient tout savoir sur tout, mais ce qu’il leur manquait, c’était une bonne guerre… Ils se grillaient les neurones à tous les feux prométhéens à seule fin de refouler cette vérité, car l’acceptation de cette vérité aurait supposé qu’ils réalisent également que leur jeunesse de mondains ne serait jamais à la hauteur de celle de leurs Combattants de parents. C’était la honte de n’être que des pleutres aux mains blanches qui les faisait bander mous et se trouver des échappatoires artificielles.

La légitimité de la noblesse toujours se conquit l’épée à la main.

Le film de Louis Malle est bon – pour un film – il est même supérieur au livre de Drieu – qui lui n’est pas mal écrit mais manque cruellement de profondeur. Mais le culte idolâtre que certains vouent à son héros – un héros tragique si l’en est – est par excellence contre-nature. On a écrit les tragédies pour avertir les hommes des erreurs de leurs Pères, pas pour que ceux-ci se vautrent dans les mêmes erreurs et dans les mêmes morts imbéciles, avec s’il était possible encore davantage d’orgueil et d’imbécilité…

Regardez leurs lourdes têtes pleines de vide qui se balancent sur des minuscules corps exsangues, dédaignés, mal baisés. Méprisables sont ces précieux-là.

Contre la décadence, l’acédie, la perversion, les pulsions transgressives et d’inceste… oui, c’est une bonne guerre qu’il nous faut.

Un petit retour à la sélection naturelle.

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Pierre Costals :« Contre la décadence, l’acédie, la perversion, les pulsions transgressives et d’inceste… oui, c’est une bonne guerre qu’il nous faut.

Un petit retour à la sélection naturelle.« 

Tu as tout dit.

« Sans doute, quand un peuple va à sa perte, quand il sent sa foi en l’avenir, son espoir de liberté, s’évanouir sans retour ; quand la soumission apparaît à sa conscience comme le premier impératif, et les vertus de l’homme soumis comme des conditions de survie, alors, il faut aussi que son Dieu change. Il devient couard, pusillanime, modeste, il conseille maintenant la paix de l’âme, la fin-de-la-haine, l’indulgence, l’amour même envers amis et ennemis. Il moralise constamment, il va se nicher au creux de toute vertu personnelle, il devient le Dieu-pour-tous, il se fait simple particulier, cosmopolite… Autrefois, il représentait un peuple, la force d’un peuple, tout ce qu’il y avait d’agressif et d’avide de puissance dans l’âme d’un peuple : maintenant, il n’est plus que le Bon Dieu… En vérité, il n’y a pour les Dieux pas d’autre choix : soit ils sont la volonté de puissance – et dans ce cas, ils seront des Dieux nationaux, – soit ils sont l’impuissance de la volonté – et alors ils deviennent nécessairement bons… »
 
Friedrich Nietzsche
L’antéchrist, 1888

Irena Adler : Non Pierre; Nietzsche se trompait, et toi tu ne connais rien au christianisme. Tu dis apprécier la personne que je suis… mais dans un monde sans valeurs chrétiennes, sans État de Droit, une personne comme moi ne peut pas exister.

La guerre n’est pas le chaos, c’est aussi quelque chose qui se fait dans les règles… et je dirais même plus, qui les réifie, ces règles, en leur restituant une légitimité dans le cœur des gens.

La guerre des pillards et des faux-jetons, elle existe aussi… Mais quand je parle de guerre, je ne pense pas à celle-là.

Nous autres, les Français, ne nous battons jamais uniquement pour notre peau, mais au péril de notre peau (nuance), pour sauver des valeurs sans lesquelles notre âme et notre cœur se retrouvent dans la peine, la solitude, l’effroi.

Je crois en un Dieu humain, en un Dieu à la portée de l’homme, et qui l’aime… Pas en un Dieu mou. Tu confonds tout.

Ceux qui s’inquiètent toujours pour leur petit nombril, dont l’obsession est de sauver leur cul, ce sont ces parisiens exsangues que je conspue, justement. En cela le geste final du héros du Feu Follet, joué par Maurice Ronet, est paradoxalement un geste d’appel à la vie… et même à la Vie dans son sens chrétien : puisque ce qu’il dit aux « autres », à ses camarades de mondanité, c’est : « Vous n’êtes pas dans la vie, vous êtes dans la mort, mais moi j’aspirais à autre chose, et c’est cette aspiration, cette envie de /vivre pour de vrai/ trop forte, qui me tue. »

Je ne veux pas la guerre pour que nous retrouvions l’instinct de survie, car la survie nous sommes dedans. Je la veux pour que nous retrouvions celui de la Vie. C’est-à-dire que nous nous rappelions combien le temps qu’il nous reste ici, tous, à vivre, est précieux… Combien l’amour est précieux… Et précieuses et rares toutes les jolies choses…

Vois-tu ces jardins merveilleux de Sicile et d’Andalousie, construits par les Arabes de Jadis ? En ces jardins clos, comme en des paradis miniatures, il faisaient pousser des roses. Et leurs systèmes d’irrigation perfectionnés le leur permettait même dans le sein des plus arides des déserts… Pourvu qu’ils disposent d’un point d’eau.

C’est ce sens que l’on attribue au signe du Verse-eau : on dit qu’en des temps difficile, les anges doivent s’allier contre les démons pour ménager quelque part au milieu de l’immensité aride, un lieu de Vie pour le Poisson, c’est-à-dire pour le Christ.

Moi je ne suis parmi vous que parce que j’ai rencontré un jour, à point nommé, à une période de ma vie des plus difficiles, une sorte d’aquariophile qui a bien voulu me tendre une patte secourable, et m’emporter contre son sein loin de toutes mes misères.

Dans ma vie j’ai eu souvent besoin de l’aide de mes contemporains. Mais celui qui m’a un jour tendu sa main non pour baiser mon front mais pour me jeter avec les lions dans l’arène, et m’emporter dans un enfer de rire, loin de ma paix, dans un monde chaotique où le Bien et le Mal se donnaient la main dans une farandole démoniaque, alors celui-là ne s’est pas rendu compte qu’il avait simplement sorti un poisson hors de l’eau, et l’avait simplement mis dans la poussière du chemin, à ramper et suffoquer.

Nietzche dit en substance qu’un Dieu mou nous a amené à confondre nos ennemis et nos amis, en les aimant tous (Ô Hérésie, s’il parle du Christ !)… Moi, figure-toi que c’est l’absence de mon Dieu qui me fait cet effet. Lorsque je suis jetée en pâture aux imbéciles et aux moqueurs, loin de Sa souveraine protection, alors je me trouve dans l’obligation de pactiser avec Scilla pour échapper à Charybde… C’est le démoniaque qui de tout temps poussa les hommes à la compromission : la faim, la jalousie, la colère, le feu du ressentiment, du désir de vengeance, qui brûlent les tempes.

Pourtant, réfléchis, si la confusion utilitariste entre bien & mal est bien ce qui inquiète Nietzsche (car la couardise, l’art de sauver son cul, est un utilitarisme comme un autre, naturellement)… dans ce cas, paradoxalement, c’est lui aussi la mort de Dieu qu’il pleure !

Croit-il comme Rousseau à la possibilité d’un instinct du Bien et du Mal qui se passerait de Dieu (ou de la mémoire acquise par bain culturel de l’enseignement des textes sacrés), chez l’homme ? Dans ce cas je suppose que la plupart de ses contemporains l’ont lui aussi continuellement déçu – à l’instar de Rousseau que ses contemporains ont continuellement déçu, et auxquels il l’a bien rendu, du reste – pour les mêmes raisons que mes contemporains m’ont continuellement déçue moi-même ; mais sans que je m’efforce pour autant de le leur rendre.

Il me semble parfois qu’il n’y a que les idiots, les « Simples », qui soient de tout temps restés, même en ces période de trouble où les calculateurs sont rois, en contact avec leur « instinct du Bien » – cet instinct qui s’il est présent chez tous, n’est généralement pas beaucoup écouté, ou alors est corrompu trop aisément par l’éducation.

NOTE BIOGRAPHIQUE : En Allier nous appelons les idiots (du village) des « bredins » et nous avons une véritable tradition de compassion à leur égard (cf : les romans de René Fallet qui se passent en Bourbonnais, et tout particulièrement « Un Idiot à Paris », dont Audiart a fait un excellent film – BO de Brel). C’est un mot patois qu’en langue sémitique on fera aisément équivaloir à « michkine ». De là vient d’ailleurs ma passion pour l’Idiot de Dostoïevski, roman dont le héros est précisément un Simple dénommé le « Prince Mychkine ». A Saint Menoux, nous avons une église munie d’un sarcophage (le sarcophage de Saint Menulphe, dit Menoux) très-spécial, contenant encore quelques reliques, et dans lequel ont été aménagés des trous par lesquels les fidèles sont invités à venir passer la tête… Ce sarcophage moyenâgeux est dénommée la Débredinoire, et sa vertu légendaire est censément de guérir les simples d’esprits et la folie en général, c’est-à-dire les bredins et leur « bredinerie ». ^^

La "Débredinoire" de Saint Menoux

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J’ajouterai (@ bon entendeur) que ceci n’est pas de l’hérésie.

Ceci, c’est du catholicisme. Que les cathos se débrouillent avec leur propre religion, honni soit qui mal y pense, c’est comme ça.

Il n’y a qu’une chose à dire aux nombreux « saints siliconés » et autres « ascètes garnis », qui errent, en parfaites âmes en peine, partout et tout le temps sur le net : Ce qu’il vous manque, pour comprendre la religion, c’est la tendresse… Sans la tendresse, vous ne comprendrez jamais rien.

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