Dans les limbes il y a des soldats

…Young men standing on the top of their own graves
Wondering when Jesus comes
Are they gonna be saved…
    • Cobra 21 : ‎…Welcome to the Soldier Side
      Where there’s no one here but me
      People all grow up to die
      There is no one here but me…

    • Irena Adler: Mon Roudoudou, il vient de finir Orage d’Acier, on en a parlé hier soir… il était tout émotionné.

      Moi aussi, après lui, je le lirai.

      Il paraît que ce n’est pas un ouvrage à laisser entre toutes les mains… ou du moins qu’on ne peut se passer d’avoir lu également d’autres témoignages (moins bellicistes) de la guerre de 14. Jünger n’aurait pas eu la littérature pour perpétuer sa guerre et la mémoire de sa guerre (et la mémoire de son héroïsme), ce serait vraisemblablement la paix qui l’aurait tué. Il y a de la perversité, hélas, à chanter la beauté de la guerre, du sang versé, de la mort comme on chanterait celle d’une fleur, d’un paysage habité, d’une exaltante plaine où le soleil se lève… Mais même si cette perversité est bien palpable, elle ne me rebute pas. Elle est semblable à ce que je nomme moi aussi l’enthousiasme – étymologiquement, le fait d’être-en-la-présence-de-la divinité.

      Je ne conçois pas moi non plus comment l’on peut vivre sans, à tous les instants, combattre…Nous devons avoir un ressort de cassé.

    • Cobra 21 : ‎ »Le chagrin de la guerre, dans le cœur d’un soldat, est semblable à celui de l’amour : une sorte de nostalgie, d’infinie tristesse, dans un monde qu’il ne reconnaît plus. Il ne lui reste plus que le chagrin d’avoir survécu »
      .
      Bao Ninh, écrivain vietnamien.
      .

      « All wars are different.

      All wars are the same.
      A story. A man fires a rifle for many years and he goes to war. And afterward he comes home and he sees that whatever else he might do with his life… build a house, love a woman, change his son’s diaper, he will always remain a Jarhead. And all the Jarheads killing and dying, they will always be me. We are still in the desert. »
      .
      Jarhead, Swofford

    • Irena Adler: Le chagrin de la guerre est semblable au chagrin de l’amour, oui, mais alors de l’amour tragique, de l’amour impossible, de l’amour déçu.On ne peut totalement parler du souvenir de la guerre comme du souvenir d’une joie pure… les japonais ne craignent certainement pas de le faire… tous les sauvages du monde non plus… mais, une telle vision n’est pas suffisamment humaniste pour être conforme aux exigences de l’Occident. Ce qu’il y a de particulièrement délicieux et douloureux à la fois dans le souvenir de la guerre, c’est d’une part le fait qu’on a goûté à un moment donné au sentiment de liberté totale qu’éprouve l’homme de devoir se livrant à son devoir – a.k.a le fameux « oui » Nietschéen qui rend semblable à Dieu – et le fait que cette liberté avait un prix, à savoir celui de donner sa vie, de s’en déposséder pour toujours… de ne s’appartenir plus. En cela, oui, celui qui a été soldat un jour le sera pour toujours, de la même façon que l’amoureux vrai est condamné à ne jamais récupérer son coeur, tout simplement car il l’a donné. En ce sens, le soldat et l’amoureux dorment également tous les soirs dans la terre (auprès des autres/auprès de l’Autre) : là est leur maison, ils vivent sur la terre en exil, comme s’ils étaient déjà passés.

    • Cobra 21 : Le coeur des hommes est ainsi fait qu’il aime à se ruer dans des maisons en flammes pour sauver des morts, qu’il en ressort meurtrit de constater qu’il ne peut pas sauver tout le monde et que la mort est la plus forte, partout, tout le temps, que nous sommes des pions sur des échiquiers trop grand pour nous… on se cogne dans tout les murs, ivre de bruit et de colère, perdu et les mains vide de ce fusil reprit… se sentant coupable d’avoir survécu, se sentant un témoin inactif quand bien même on était au coeur de l’action et que l’on a fait le maximum, que l’on a tenu sa place, remplit son rôle… incapable de dire ce qu’on a vu (ou alors du bout des lèvres et à mots couvert) car dire c’est faire s’agiter à nouveau tout ce qui doit reposer, c’est enfoncer un peu plus l’éponge de vinaigre à la bouche du sauveur… il n’y a pas de solution, on est éclaboussé de l’intérieur pour le restant de ses jours, broyé par la compréhension de ce qui nous est arrivé, on fait comme on peut pour vivre avec… donc mal, forcement… entre ressassement et tentative désespérée d’oubli, voir refus du passé, regret d’y « être allé »…et pourtant, on est parfois prit d’un frisson avec l’envie d’y retourner, d’affronter à nouveau ce grand néant, même sachant que l’on en reviendra plus amer à chaque fois… trouver une cause, c’est plus ou moins secondaire, dans les faits… d’abord c’est l’envie d’aller là où ça se passe, de vivre intensément chaque seconde comme la dernière, de se dire « je peut le faire » ou « je suis là où les autres ne veulent pas aller »… alors évidement, après, tout le reste… c’est du rab !

    • Irena Adler : C’est de toi, ça ?
    • Cobra 21: cette question… sinon, j’aurais indiqué l’auteur ! ^^

    • Irena Adler: C’est vraiment très beau, ce que tu viens d’écrire. Tu en as conscience ?

    • Cobra 21: j’écris de façon nerveuse, comme les pensées que l’on a en galopant avec son pétard en pogne, quand ça claque dans tout les sens… le style, j’en juge après !

    • Irena Adler: Oui, le style ne doit pas être une construction consciente. Le style, c’est la vie, c’est la peau. On ne choisit pas sa peau.

      Cobra, il faut que tu écrives… que tu continues l’aventure en écrivant… comme ton maître Jünger. Sinon tu vas être trop malheureux…

    • Cobra 21 : c’est en celà que j’aime bien la construction de Céline, échevelée et nerveuse, de crève la dalle, pas le temps de tourner autour du pot… avec les limites que ça a aussi… ou Jünger, en plus construit et alambiqué… évidement mais tout aussi intensif !

      J’y songe, j’y songe… ;-)

    • Irena Adler: Cobra, est-ce que je peux publier notre discussion sur mon blog ?Si oui, tu veux un pseudo ou je mets ton nom ?


    • Cobra 21 : met mon indicatif radio au 3e RIMa : Cobra 21 ! ^^
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