Les deux étendards

#Quête alchimique… #fusion des contraires

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Réponse à Mémento Mouloud sur la Nouvelle Vague et Audiard

Avant de lire ce post, je vous conseille tout de même, à titre informatif, d’aller du côté de chez Bouteille à l’Amer vous pénétrer du contenu de l’article de Mémento Mouloud, qui en est à l’origine :

http://bouteillealamer.wordpress.com/2012/06/28/contre-michel-audiard-et-pour-la-nouvelle-vague/#comment-13117

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AUDIARD au sujet de LA NOUVELLE VAGUE :

Le cinéma est une vocation, pas un métier, annonçaient ses messieurs. C’est sans doute pourquoi, tandis qu’il rêvassait à la métaphysique hitchockienne, Monsieur Doniol-Valcroze s’empatouillait dans les faux-raccords. Du moment qu’on a la vocation, qu’est-ce que ça peut faire ?

Certains disciples des Cahiers ont pourtant fait des films insinueront les vétilleux. Oui. Ils en ont fait un, parce que tout le monde, même un Jean-Luc Godard (vous voyez jusqu’où je descends) peut en faire un. Tout romancier, tout cinéaste, tout journaliste, a au fond de lui, une autobiographie qui sommeille, un nombril du monde à exhiber. Il suffit d’avoir eu des mots avec papa et maman, d’avoir été amoureux de la fille du crémier, ou d’avoir chapardé des bonbons à un étalage, pour avoir des traumatismes à étaler et des révoltes à faire connaître. Ah, la révolte, voilà du neuf ! de l’original ! du payant ! James Dean, la fureur de vivre, les queues de cheval, et le chewing-gum au pernod, ont exacerbé la révolte autour des juke-boxes et aux terrasses des Pam-Pam.

Oh ! les terribles révoltés que voilà. Truffaut est passé par là. Charmant garçon. A peine avait-il enfilé son smoking de festivalier que Monsieur Truffaut n’a eu de cesse que l’on sache qu’il avait fait un stage en maison de redressement. « J’suis un insoumis, un terrible ». Un œil sur la manuel du petit anar et l’autre accroché sur la Centrale catholique, une main crispée vers l’avenir et l’autre masquant son nœud papillon, M. Truffaut aimerait persuader les clients du Fouquet’s qu’il est un individu dangereux. Ça fait rigoler les connaisseurs, mais ça impressionne le pauvre Eric Rohmer. Lequel Eric Rohmer, patronné par M. Truffaut, fait présentement un film dont il est le seul à dire le plus grand bien et que M. Truffaut sera sans doute le seul à voir. Car, si autrefois les gens qui n’avaient rien à dire se réunissaient autour d’une théière, ils se réunissent aujourd’hui autour d’un écran. Truffaut applaudira Rohmer qui, la semaine précédente, applaudissait Pollet, lequel la semaine prochaine applaudira Truffaut. Ces messieurs font ça en couronne.

Mais ça n’empêche pas d’avoir du caractère.

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SOURCE : http://bouteillealamer.wordpress.com/2012/06/27/michel-audiard-juge-de-la-nouvelle-vague/

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Derrière l’humour, la mauvaise foi, derrière la mauvaise foi, une certaine limite. Audiard invente une figure qui n’existe pas et sur laquelle il tape, ce qui est toujours plus simple et plus facile.” (M.M)

Il invente quoi ? La déferlante à venir des métrosexuels ?

Dans ce cas, c’est un visionnaire, l’Audiard.

Parce que les petits gitons de monsieur Godard, Truffaut et compagnie – oui je pense encore et toujours à cette tête-à-claque Jean-Pierre Léaud -, ils préfigurent la société putassière dans laquelle nous vivons… société cocue, enjuponnée pour de bon, celle-là, où le néo-mâle dominant est un châtré pervers et manipulateur, et le gros cons “à la papa” de français saucisson-pinard, une scorie puante, un reliquat du passé honteux, à éliminer.

[Je reprends tes mots : « un certain esprit français dont la bêtise est le corollaire » ; « [les] français, [leur] leur provincialisme, […] leur nonchalance étriquée, […] leur petit anti-américanisme de nation secondaire et éternellement cocue.” (M.M)

Fameux ! Ca m’est très agréable, tu t’en doutes, de comprendre par-là que tu ne te considères pas toi-même à part entière comme un français, et sentir du coup, que moi et les miens faisons de ta part l’objet d’une forme larvée de racisme.]

Mais qu’est-ce que la guerre d’Audiard contre la nouvelle vague – ces harengs aux faux-airs de sauterelles, ces michetons qui ressemblent à des grues, mais ne sont que des fils-à-papa ?

Mais c’est déjà la guerre du Desouche contre la boboïtude galopante !

C’est la guerre du savoir-faire ancestral, de l’héritage artistique sonnant et trébuchant – ce “professionnalisme” que tu désignes dédaigneusement comme une tare, – la guerre de la Civilisation, en un mot, Monsieur, contre “l’art éphémère”, contre le règne de la spontanéité totale, du jeunisme übristique, de l’autosatisfaction performative, et du “Michaël Vendetta” !

C’est l’affrontement de 68, enfin, entre une génération qui a vu la guerre, et la/les génération(s) suivante(s) qui se contentent de se la raconter

C’est la dignité de ceux qui avaient encore hérité de deux ou trois principes, confrontée à l’arrogance de ceux ont prétendu “tout réinventer” – et au lieu de ça ont tout saccagé.

La croisade d’Audiard ? Mais elle a définitivement perdu face au règne des jeunes cons ! Ils sont partout aujourd’hui, ceux prétendent faire la leçon aux collabos, au “Vichystes” comme tu dis si bien, mais qui n’ont pas eu dans leur vie un seul choix à faire, un seul défi à relever qui ait été susceptible de démontrer leur valeur propre…

Il défendait un cinéma hérité de la période de Vichy, un cinéma de professionnels comme il disait.”(M.M)

Tss tss… que ces propos sont communs, qu’ils sont superficiels… à pleurer.

La jeunesse “dans le vent” d’aujourd’hui, elle est exactement la copie conforme des jeunes et beaux parisiens aux mines dégoûtées dont se repaissait quasi pédophilement la Nouvelle Vague : totalement décadente, totalement déliquescente… totalement “Saint Germain des Prés”… et pourtant composée d’individus tellement banals ! [ En un mot, la vie rêvée des Ilysiens – aussi moderne que peut l’être la vague rétro qui s’étale partout derrière les vitrines des boutiques, et dans les magazines.]

Dans les faits, il faut quand même garder en tête que les rejetons légitimes de la Nouvelle Vague, c’est-à-dire de Saint-Germain-des-Prés, c’est BHL, le parti socialiste des partouzards, AB Productions, le Cours Florent de Francis Huster, et Plus Belle la Vie ! – Là, oui, on peut parler de mafia, on peut parler à juste titre d’une “petite jungle corporatiste qui [fait] la pluie et le beau temps du cinéma français” (sic.). Petite jungle aujourd’hui composée à 100% de minables, qui plus est.

Le snobisme à la portée des caniches, voilà ce que Godard, ce mec qui haïssait le panache et la grandeur, a engendré.

Audiard, il héritait du roman réaliste, et quand un peu de vrai romantisme malgré tout affleurait chez lui, ça n’était pas pour s’en vanter, mais il se cachait derrière la pudeur du rire pour entendre son cœur battre… Les gens comme Godard, comme Truffaut, je reprends la chanson du Grand Brel, “l’ amour leur déchire le foie » !

Ils s’éveillent à l’heure du berger
Pour se lever à l’heure du thé
Et sortir à l’heure de plus rien
Les paumés du petit matin
Elles elles ont l’arrogance
Des filles qui ont de la poitrine
Eux ils ont cette assurance
Des hommes dont on devine
Que le papa a eu de la chance
Les paumés du petit matin

[…]

Ils se blanchissent leurs nuits
Au lavoir des mélancolies
Oui lave sans salir les mains
Les paumés du petit matin
Ils se racontent à minuit
Les poèmes qu’ils n’ont pas lus
Les romans qu’ils n’ont pas écrits
Les amours qu’ils n’ont pas vécues
Les vérités qui ne servent à rien
Les paumés du petit matin

[…]

L’amour leur déchire le foie ah
Ah c’était c’était si bien
C’était ah ah ah vous ne comprendriez pas…
Les paumés du petit matin
Ah ah c’était c’était si bien
C’était ah ah ah vous ne comprendriez pas…
Les paumés du petit matin.

La Nouvelle Vague, avec Truffaut, Malle, Godard, Chabrol, Cavalier, Rohmer ont permis aux français de sortir de leur provincialisme, de leur nonchalance étriquée, de leur petit anti-américanisme de nation secondaire et éternellement cocue. Les portes et les fenêtres se sont ouvertes, les français donnaient le « la » et les autres ont suivi. Et ces gens étaient jeunes, ils avaient donc le temps de se tromper et quelque panache. Le langage que causait Audiard dans cet article est un langage récurrent, on le reconnaît bien, c’est celui des vieux cons. Comme quoi, nobody’s perfect.” (M.M)

So jew, Memento… So f*cking jew…

Mais qu’est-ce que c’est que ce cosmopolitisme à la noix, ce jeunisme sans fondement, ce mépris de la terre et des morts, ce regard du parisien méprisant à l’égard d’un “provincialisme” qu’il ne connaît pas, ce terme répugnant de “nation secondaire” qui insulte tous les amateurs d’histoire, ce mythe de la cocufixion de nos aînés alors que nous n’avons jamais vécu dans une société aussi féminisée, aussi peu couillue, qu’aujourd’hui ? Qu’est-ce que c’est, enfin, que ce discours qui crache sur mon héritage, qui me le dénie, qui crache sur le bal musette, la java, le patois de mon pays, l’argot parisien, c’est-à-dire une culture dont j’ai moi-même hérité, en un mot la culture de mes grands-mères ?

Tu crois réellement que ce que tu appelles la “France d’antan” est morte ? Mais je suis réellement une française de souche, moi, et je suis encore enracinée, Mémento ! Pourtant, excuse-moi du peu, et tant pis si tu trouves ça narcissique, mais je ne suis pas morte !

Où est-on, ici ? Avec qui parle-t-on ? Bordel !

Quand aux personnages de femmes dans ces deux cinémas, je vois que tu leur as réservé un petit passage (et tant que tu y étais, un autre petit point Godwin, non mais allons-y ! pourquoi se gêner?) :

Des femmes dangereuses, pas des vamps, juste des femmes à portée d’objectif qu’on croise à la dérobée et qui se fixent sur notre rétine. Les types de la Nouvelle Vague avaient saisi les jeux d’Ingrid Bergman ou d’Harriett Andersson, filmées par Rossellini et Ingmar Bergman. Le plan final de Monika, aucun cinéaste français post-vichyssois n’aurait été capable de le fixer sur la pellicule.” (M.M)

Pouah ! Il y aurait beaucoup de choses à dire encore sur les femmes de la Nouvelle Vague (du Mépris à la Maman et la Putain, en passant par le Feu Follet et Jules et Jim, lesquels deux derniers sont des films qu’à l’instar d’Audiard je rachète – car il ne faudrait pas non plus être extrémiste)… Je me contenterai de faire remarquer que chez Audiard, les personnages féminins (je pense en l’occurrence à certains rôles d’Annie Girardot, à la grande Arletty pour laquelle A. avait une admiration sans bornes, et à Romy Schneider dans l’impressionnant : “Garde à Vue”) sont plus réels et plus complexes, donc plus réellement féministes au final, que les ectoplasmes en jupons, les poupées gonflables irais-je même jusqu’à dire, ces gravures de mode caricaturales et minaudantes, qu’on trouve chez les pisseux jamais déniaisés d’en face… Eh oui, mine de rien, le misogyne, le droitard, il savait encore “y faire”, il savait encore les aimer… Quand le métrosexuel “moderne”, de trop leur ressembler, finit par devenir aussi vache avec les femmes qu’elles le sont entre elles.

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Quoi ?! C’est pas un chef d’œuvre, ça ? ;P

Amours d’antan et PQR

Jules MICHELET sur la femme, extraits de L’amour, 1858.

La femme de dix-huit ans sera volontiers la fille, je veux dire, l’épouse docile, d’un homme de vingt-huit ou trente ans.

Elle se fie à lui de tout, croit sans peine qu’il en sait plus qu’elle et que tout le monde, plus que son père et sa mère (qu’elle quitte en pleurant, mais sans trop de peine). Elle croit tout ce qu’il lui dit, et, lui remettant son cœur, lui remettant sa personne, elle est bien loin de discuter les nuances d’opinion qui pourraient les séparer au fond, et, sans s’en rendre compte, elle lui remet aussi sa foi.

Elle croit, elle veut commencer une vie absolument nouvelle, sans rapport avec l’ancienne. Elle veut renaître avec lui et de lui […]

Il faut vouloir ce qu’elle veut, et la prendre au mot, la refaire, la renouveler, la créer.

Délivre-la de son néant, de tout ce qui l’empêche d’être, de ses mauvais précédents, de ses misères de famille et d’éducation.

C’est son intérêt d’ailleurs, c’est l’intérêt de votre amour. Sais-tu pourquoi elle désire se renouveler par toi : c’est parce qu’elle devine que tu l’aimeras davantage, et toujours de plus en plus, si tu la fais tienne et toi-même.

Prends-la donc, comme elle se donne, sur ton cœur et dans tes bras, comme un tendre petit enfant.

***

La femme, si maladive et interrompue si souvent, est un très-mauvais ouvrier […]

Elle n’est guère propre au travail, même en sa pleine santé.

Dans tous les lieux, dans tous les temps, la femme n’a été et n’est occupée qu’aux travaux domestiques, qui, chez les tribus sauvages […] comprennent un peu d’agriculture ou de jardinage. […]

La femme agit autant que nous, mais de tout autre manière. J’en vois qui travaillent douze heures par jour et ne croient pas travailler. Une des plus laborieuses me disait modestement : « Je vis comme une princesse. C’est lui qui travaille et qui me nourrit. Les femmes ne sont bonnes à rien. »

Ce rien veut dire un travail doux, lent, coupé, volontaire, toujours en vue de ce qu’elle aime, pour son mari ou son enfant. […]

Il faut que le travail de la femme soit pour elle de l’amour encore, car elle n’est bonne à autre chose.

***

LA FEMME AU MARI : « Garde-moi, aie pitié de moi, soutiens-moi … Je sens que j’enfonce … Si faible est ma volonté, que d’heure en heure elle glisse, et elle va m’échapper … Que dis-je ? C’est elle qui m’entraîne, et je n’ai de force que pour me noyer … Oh ! que j, ai eu tort d’être fière ! j’en suis punie. Je suis plus faible que n’était notre petit au berceau … Je t’en supplie, prends-moi comme un enfant et traite-moi en enfant, car je ne suis que cela. Tu as été jusqu’ici trop bon pour moi, sois sévère et sois mon maître. Châtie-moi. Le corps maté, mortifié, me guérira l’âme … Il faut que je te craigne un peu, que j’aie peur … Meure ma volonté ! … Je n’en veux plus, je te la donne. C’est toi qui est ma volonté véritable et ma meilleure âme. Mais ne me quitte point d’un pas, pour qu’à chaque chose je puisse te demander si je la veux et si je dois la vouloir. »

***

Que peut-on sur la femme dans la société ? Rien. Dans la solitude ? Tout.

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  • Irena Adler:
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    L’amour est chose très-haute et très-noble dans la femme. Elle y met sa vie pour enjeu.Chaque fois qu’elle consent à l’union et cède au désir de l’homme, elle accepte de mourir pour lui. […]L’amour est le frère de la mort. On l’a dit et répété. Mais qui a sondé encore à quelle profondeur il est le frère de la douleur ? […]Elle accepte tous les périls, la mort, l’infini de la souffrance, pour donner à celui qu’elle aime l’infini de la jouissance, la vie des siècles en un instant, l’abrégé de l’éternité.« Sois heureux, et que je meure ! Sois heureux une seconde, et que j’en souffre à jamais ! » C’est le mot qu’elle a dans le cœur...
    ..
    Ce dernier passage m’émeut…Ah, que les femmes n’ont-elles changé ! En s’émancipant, il semble bien qu’elles soient devenues de véritables teignes… et qu’elles aient troqué une capacité d’amour infinie contre une poignée de bas talents, pour le marchandage et la manipulation…

  • Z. comme…: J’aime tellement !

  • Irena Adler: C’est une chose que d’aimer (de loin), une autre que de le faire…Michelet supposait aussi que tous les maris étaient bons pour une épouse obéissante, – car lui-même, sa biographie le révèle, était bon avec son épouse, comme le bon pain. Hélas de nos jours, peut-être les jeunes hommes occidentaux ont-ils été trop longtemps trop frustrés de leur pouvoir ancestral sur les femmes, j’ai remarqué à mes dépens que sitôt qu’on leur donnait le moyen d’agir impunément dans le cadre d’une intimité totale, que sitôt qu’une fille leur donnait vraiment le loisir d’user et d’abuser d’elle, alors ils ne pouvaient résister à faire le mal. Hélas aujourd’hui, beaucoup trop d’hommes pensent le pouvoir et l’amour comme de vraies petites putes : ils marchandent tout, et ne donnent rien sans rien non plus. Et les filles qui se donnent pour rien, par amour, ils les méprisent, et s’en moquent, et en abusent, et ils ne respectent au final que les manipulatrices, qui fortes de leur méchanceté naturelle, savent les tenir en respect.

  • Z. comme… : Absolument ! Je remarque cependant, chez mes jeunes amis se situant dans la petite vingtaine, une peur réelle des femmes -que je dirais dévouées plutôt que soumises- ce qu’ils (à mon avis) déguisent en une certaine forme de mépris. C’est à mon sens, et dans une moindre mesure, le signe d’un échec et pas autre chose… ( :

  • Irena Adler : Vous remarquez chez vos amis une peur des femmes dévouées/soumises/offertes qu’ils n’éprouvent pas à l’égard des autres, c’est bien cela que vous dites ?

  • Z. comme… : Oui, c’est bien ça ! Et ce n’est pas rare.

  • Irena Adler: En effet, ce n’est pas rare… puisque je l’ai constaté aussi. Je voulais juste être bien sûre que nous parlions de la même chose… car le sujet m’intéresse tout-particulièrement, et cependant je crois avoir eu rarement l’occasion d’en parler avec un autre homme, sans que celui-ci se mette à nier au moins partiellement les faits, ou à en chipoter les termes. :)
    ..
    La question que je me pose à ce sujet est la suivante : les femmes qui sont capable de se donner et d’aimer sans retour sont-elles plus fortes que les autres (malgré les apparences), ce pourquoi les garçons auraient raison de les craindre davantage – comme on craint un fauve, ou un prédateur naturel ? Ou bien est-ce leur faiblesse manifeste, en elle-même, qui effraie leurs prétendants, c’est-à-dire l’idée qu’accepter pareil abandon de la part d’une femme, représente une responsabilité en soi ? En effet, la femme indépendante subvient à ses propres besoins, elle ne pleure pas au petit matin quand on la laisse, elle ne fait pas d’esclandre lorsqu’on la trahit… cela réserve au fond, pour l’homme du moins, de nombreux avantages.

  • Z. comme…: Oui voilà, la peur du « fauve », et surtout de ne pas être à la hauteur face à la demande… Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une faiblesse de la part des femmes, bien loin de là.
    ..
    C’est pour ça que je parlais d’échec ! ( :
    ..
    (la « féminisation » des hommes joue aussi peut-être un rôle dans tout cela.)

  • Irena Adler : Le « fauve » ? Ha ha !
    ..
    Est-ce que le chat domestique, qu’il suffit de nourrir et caresser pour rendre heureux, et dont le chez-soi se confond intimement avec celui de son maître, est un fauve ?
    ..
    Je pense qu’il ne le devient que si par magie il se retrouve brusquement, du jour au lendemain, doué de la parole… ^^

  • Z comme…: Charmant ! ( :

  • Irena Adler : Tiens, cela me fait penser à l’excellent scénario du premier album du Chat du Rabbin de Joann Sfar (ce premier album étant définitivement le seul qui vaille de toute la série – et encore, je ne parle que du scénario, et pas de l’abominable dessin, qui depuis les origines arrache les yeux).
    ..
    Pour moi, la féminisation des hommes ne peut qu’être une conséquence de la virilisation des femmes, due à leur émancipation. Cette fichue émancipation : on y revient toujours !
    ..
    Cependant, je pense aussi que les hommes conservent une part de culpabilité dans cette situation, je pense qu’il l’ont laissée s’installer, dans la mesure encore une fois où le fait qu’ils n’aient plus personne d’autre qu’eux-même à s’occuper, car plus aucune responsabilité à assumer vis-à-vis des femmes indépendantes – et fières de leur indépendance ces idiotes! -, les arrange… Ils peuvent rester ainsi des enfants très longtemps. ^^

  • Z. comme… : Touché !

  • Irena Adler : Je sais.  ;)
    ..
    Exemple de « femme indépendante et fière de l’être » :

    Ha ha ! La grosse arnaque !

  • Z. comme… : Elle est belle l’indépendance… lol

  • Irena Adler : Bah, eh, y’en a à qui ça plaît. C’est normal. ^^

Songerie aphoristique (avec Cioran)

Deux voies s’ouvrent à l’homme et à la femme : la férocité ou l’indifférence. Tout nous indique qu’ils prendront la seconde voie, qu’il n’y aura entre eux ni explication ni rupture, mais qu’ils continueront à s’éloigner l’un de l’autre, que la pédérastie et l’onanisme, proposés par les écoles et les temples, gagneront les foules, qu’un tas de vices abolis seront remis en vigueur, et que des procédés scientifiques suppléeront au rendement du spasme et à la malédiction du couple.

Qu’il y ait ou non une solution aux problèmes, cela ne trouble qu’une minorité; que les sentiments n’aient point d’issue, ne débouchent sur rien, se perdent en eux-mêmes, voilà le drame inconscient !

L’art d’aimer ? C’est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone [:] l’instant où nous croyons avoir tout compris nous prête l’apparence d’un assassin.

Si le sang n’avait pas ce goût fade, l’ascète se définirait par son refus d’être vampire…

Supporterais-je une seule journée, sans cette charité de ma folie qui me promet le Jugement dernier pour le lendemain?

Si je puis lutter contre un accès de dépression; au nom de quelle vitalité m’acharner contre une obsession qui m’appartient, qui me précède? Que je me porte bien, j’emprunte le chemin qui me plaît; « atteint » ce n’est plus moi qui décide : c’est mon mal. Pour les obsédés point d’option : leur obsession a déjà opté pour eux, avant eux. On se choisit quand on dispose de virtualités indifférentes; mais la netteté d’un mal devance la diversité des routes ouvertes au choix.

Se demander si on est libre ou non, — vétille aux yeux d’un esprit qu’entraînent les calories de ses délires. Pour lui, prôner la liberté, c’est faire montre d’une santé déshonorante.

La liberté? Sophisme des bien portants…

[Làs,] nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes.

En nous obligeant à sourire tour à tour aux idées de ceux que nous sollicitons, la Misère dégrade notre scepticisme en gagne-pain.

Qui n’a connu l’humiliation ignore ce que c’est qu’arriver au dernier stade de soi-même…

Atténuer nos affres, les convertir en doutes, — stratagème que nous inspire la lâcheté, ce scepticisme à l’usage de tous.

Mes doutes ? Je les ai acquis péniblement [lorsque, liquidés les sujets de révolte, on ne sait plus contre quoi s’insurger, on est pris d’un tel vertige qu’on donnerait sa vie en échange d’un préjugé] ; mes déceptions [en revanche], comme si elles m’attendaient depuis toujours, sont venues d’elles-mêmes, — illuminations primordiales.

[Car voilà,] plus nous fréquentons les hommes, plus nos pensées noircissent. [Chose étrange,] lorsque, pour les éclaircir, nous retournons à notre solitude, nous y trouvons l’ombre qu’elles y ont répandu…


NB : A l’exception des mots de liaison entre crochets, l’intégralité du texte qui précède est issu d‘Emile Cioran
, Syllogismes de l’amertume.