Amours d’antan et PQR

Jules MICHELET sur la femme, extraits de L’amour, 1858.

La femme de dix-huit ans sera volontiers la fille, je veux dire, l’épouse docile, d’un homme de vingt-huit ou trente ans.

Elle se fie à lui de tout, croit sans peine qu’il en sait plus qu’elle et que tout le monde, plus que son père et sa mère (qu’elle quitte en pleurant, mais sans trop de peine). Elle croit tout ce qu’il lui dit, et, lui remettant son cœur, lui remettant sa personne, elle est bien loin de discuter les nuances d’opinion qui pourraient les séparer au fond, et, sans s’en rendre compte, elle lui remet aussi sa foi.

Elle croit, elle veut commencer une vie absolument nouvelle, sans rapport avec l’ancienne. Elle veut renaître avec lui et de lui […]

Il faut vouloir ce qu’elle veut, et la prendre au mot, la refaire, la renouveler, la créer.

Délivre-la de son néant, de tout ce qui l’empêche d’être, de ses mauvais précédents, de ses misères de famille et d’éducation.

C’est son intérêt d’ailleurs, c’est l’intérêt de votre amour. Sais-tu pourquoi elle désire se renouveler par toi : c’est parce qu’elle devine que tu l’aimeras davantage, et toujours de plus en plus, si tu la fais tienne et toi-même.

Prends-la donc, comme elle se donne, sur ton cœur et dans tes bras, comme un tendre petit enfant.

***

La femme, si maladive et interrompue si souvent, est un très-mauvais ouvrier […]

Elle n’est guère propre au travail, même en sa pleine santé.

Dans tous les lieux, dans tous les temps, la femme n’a été et n’est occupée qu’aux travaux domestiques, qui, chez les tribus sauvages […] comprennent un peu d’agriculture ou de jardinage. […]

La femme agit autant que nous, mais de tout autre manière. J’en vois qui travaillent douze heures par jour et ne croient pas travailler. Une des plus laborieuses me disait modestement : « Je vis comme une princesse. C’est lui qui travaille et qui me nourrit. Les femmes ne sont bonnes à rien. »

Ce rien veut dire un travail doux, lent, coupé, volontaire, toujours en vue de ce qu’elle aime, pour son mari ou son enfant. […]

Il faut que le travail de la femme soit pour elle de l’amour encore, car elle n’est bonne à autre chose.

***

LA FEMME AU MARI : « Garde-moi, aie pitié de moi, soutiens-moi … Je sens que j’enfonce … Si faible est ma volonté, que d’heure en heure elle glisse, et elle va m’échapper … Que dis-je ? C’est elle qui m’entraîne, et je n’ai de force que pour me noyer … Oh ! que j, ai eu tort d’être fière ! j’en suis punie. Je suis plus faible que n’était notre petit au berceau … Je t’en supplie, prends-moi comme un enfant et traite-moi en enfant, car je ne suis que cela. Tu as été jusqu’ici trop bon pour moi, sois sévère et sois mon maître. Châtie-moi. Le corps maté, mortifié, me guérira l’âme … Il faut que je te craigne un peu, que j’aie peur … Meure ma volonté ! … Je n’en veux plus, je te la donne. C’est toi qui est ma volonté véritable et ma meilleure âme. Mais ne me quitte point d’un pas, pour qu’à chaque chose je puisse te demander si je la veux et si je dois la vouloir. »

***

Que peut-on sur la femme dans la société ? Rien. Dans la solitude ? Tout.

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  • Irena Adler:
    ..
    L’amour est chose très-haute et très-noble dans la femme. Elle y met sa vie pour enjeu.Chaque fois qu’elle consent à l’union et cède au désir de l’homme, elle accepte de mourir pour lui. […]L’amour est le frère de la mort. On l’a dit et répété. Mais qui a sondé encore à quelle profondeur il est le frère de la douleur ? […]Elle accepte tous les périls, la mort, l’infini de la souffrance, pour donner à celui qu’elle aime l’infini de la jouissance, la vie des siècles en un instant, l’abrégé de l’éternité.« Sois heureux, et que je meure ! Sois heureux une seconde, et que j’en souffre à jamais ! » C’est le mot qu’elle a dans le cœur...
    ..
    Ce dernier passage m’émeut…Ah, que les femmes n’ont-elles changé ! En s’émancipant, il semble bien qu’elles soient devenues de véritables teignes… et qu’elles aient troqué une capacité d’amour infinie contre une poignée de bas talents, pour le marchandage et la manipulation…

  • Z. comme…: J’aime tellement !

  • Irena Adler: C’est une chose que d’aimer (de loin), une autre que de le faire…Michelet supposait aussi que tous les maris étaient bons pour une épouse obéissante, – car lui-même, sa biographie le révèle, était bon avec son épouse, comme le bon pain. Hélas de nos jours, peut-être les jeunes hommes occidentaux ont-ils été trop longtemps trop frustrés de leur pouvoir ancestral sur les femmes, j’ai remarqué à mes dépens que sitôt qu’on leur donnait le moyen d’agir impunément dans le cadre d’une intimité totale, que sitôt qu’une fille leur donnait vraiment le loisir d’user et d’abuser d’elle, alors ils ne pouvaient résister à faire le mal. Hélas aujourd’hui, beaucoup trop d’hommes pensent le pouvoir et l’amour comme de vraies petites putes : ils marchandent tout, et ne donnent rien sans rien non plus. Et les filles qui se donnent pour rien, par amour, ils les méprisent, et s’en moquent, et en abusent, et ils ne respectent au final que les manipulatrices, qui fortes de leur méchanceté naturelle, savent les tenir en respect.

  • Z. comme… : Absolument ! Je remarque cependant, chez mes jeunes amis se situant dans la petite vingtaine, une peur réelle des femmes -que je dirais dévouées plutôt que soumises- ce qu’ils (à mon avis) déguisent en une certaine forme de mépris. C’est à mon sens, et dans une moindre mesure, le signe d’un échec et pas autre chose… ( :

  • Irena Adler : Vous remarquez chez vos amis une peur des femmes dévouées/soumises/offertes qu’ils n’éprouvent pas à l’égard des autres, c’est bien cela que vous dites ?

  • Z. comme… : Oui, c’est bien ça ! Et ce n’est pas rare.

  • Irena Adler: En effet, ce n’est pas rare… puisque je l’ai constaté aussi. Je voulais juste être bien sûre que nous parlions de la même chose… car le sujet m’intéresse tout-particulièrement, et cependant je crois avoir eu rarement l’occasion d’en parler avec un autre homme, sans que celui-ci se mette à nier au moins partiellement les faits, ou à en chipoter les termes. :)
    ..
    La question que je me pose à ce sujet est la suivante : les femmes qui sont capable de se donner et d’aimer sans retour sont-elles plus fortes que les autres (malgré les apparences), ce pourquoi les garçons auraient raison de les craindre davantage – comme on craint un fauve, ou un prédateur naturel ? Ou bien est-ce leur faiblesse manifeste, en elle-même, qui effraie leurs prétendants, c’est-à-dire l’idée qu’accepter pareil abandon de la part d’une femme, représente une responsabilité en soi ? En effet, la femme indépendante subvient à ses propres besoins, elle ne pleure pas au petit matin quand on la laisse, elle ne fait pas d’esclandre lorsqu’on la trahit… cela réserve au fond, pour l’homme du moins, de nombreux avantages.

  • Z. comme…: Oui voilà, la peur du « fauve », et surtout de ne pas être à la hauteur face à la demande… Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une faiblesse de la part des femmes, bien loin de là.
    ..
    C’est pour ça que je parlais d’échec ! ( :
    ..
    (la « féminisation » des hommes joue aussi peut-être un rôle dans tout cela.)

  • Irena Adler : Le « fauve » ? Ha ha !
    ..
    Est-ce que le chat domestique, qu’il suffit de nourrir et caresser pour rendre heureux, et dont le chez-soi se confond intimement avec celui de son maître, est un fauve ?
    ..
    Je pense qu’il ne le devient que si par magie il se retrouve brusquement, du jour au lendemain, doué de la parole… ^^

  • Z comme…: Charmant ! ( :

  • Irena Adler : Tiens, cela me fait penser à l’excellent scénario du premier album du Chat du Rabbin de Joann Sfar (ce premier album étant définitivement le seul qui vaille de toute la série – et encore, je ne parle que du scénario, et pas de l’abominable dessin, qui depuis les origines arrache les yeux).
    ..
    Pour moi, la féminisation des hommes ne peut qu’être une conséquence de la virilisation des femmes, due à leur émancipation. Cette fichue émancipation : on y revient toujours !
    ..
    Cependant, je pense aussi que les hommes conservent une part de culpabilité dans cette situation, je pense qu’il l’ont laissée s’installer, dans la mesure encore une fois où le fait qu’ils n’aient plus personne d’autre qu’eux-même à s’occuper, car plus aucune responsabilité à assumer vis-à-vis des femmes indépendantes – et fières de leur indépendance ces idiotes! -, les arrange… Ils peuvent rester ainsi des enfants très longtemps. ^^

  • Z. comme… : Touché !

  • Irena Adler : Je sais.  ;)
    ..
    Exemple de « femme indépendante et fière de l’être » :

    Ha ha ! La grosse arnaque !

  • Z. comme… : Elle est belle l’indépendance… lol

  • Irena Adler : Bah, eh, y’en a à qui ça plaît. C’est normal. ^^

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5 réflexions sur “Amours d’antan et PQR

  1. Bel échange…
    J’ai été très impressionné par ce texte de xyr sur les femmes.
    http://www.pvr-zone.ca/veulent_femmes.htm
    Vous le partagez sans doute puisqu’il vous cite. Je dois dire que je suis impressionné par sa puissance évocatrice et un peu comme s ‘il déposait la pièce manquante d’un puzzle.

    • Bah en fait, je crois qu’à l’origine il s’adressait à moi, dans ce texte, non ?

      En tout cas nous avons pas mal échangé en public à ce sujet par le passé… ce billet doit en être une relique… je ne sais plus très bien, cela fait longtemps.

      Mais, non, son vieux texte à lui n’est pas la pièce manquante du puzzle… c’est le présupposé de base en fait. La pièce manquante du puzzle, je crois que c’est l’article que vous venez de lire.

      ***

      Sinon, je suis assez contente que vous trouviez qu’il s’agit d’un bel échange… mon interlocuteur semble un peu passif, comme ça, un peu comme s’il voulait me flatter, ou ne pas me contrarier, mais il n’en est rien en réalité.

      • L’homme me semble-t-il est déchiré par la contradiction entre la responsabilité d’être le chef de famille et d’accepter ainsi la femme dans un rôle de soumission et ce que lui réclame son environnement, soit de devoir la traiter comme son égale. Rôle qu’il pourra jouer en se soumettant lui même, afin de tenter de démontrer qu’il est un homme moderne.
        Je pense que les femmes ne s’assument pas plus dans leur indépendance. Même si elles ne réalisent pas d’où vient leur frustration.

        • « Rôle qu’il pourra jouer en se soumettant lui même, afin de tenter de démontrer qu’il est un homme moderne. »

          Tout à fait. On le lui demandera « à la maison », par ce que la femme est le grand héraut, le grand conservateur devant l’éternel de toutes les pensées dominantes, de toutes les modes idéologiques, quelles qu’elles soient, mais pas seulement. Notamment, dans son milieu professionnel, l’homme « moderne » en est également souvent réduit à adopter non seulement des comportements « politiquement-corrects », mais aussi des attitudes typiquement féminines, perfides, de louvoiement et de chantage « doux » pour exercer la moindre autorité hiérarchique. En effet, les manifestations d’autorité « autoritaires », c’est-à-dire franches et manifestes, étant devenues très mal vues de nos jours, pour évincer un/une rival(e), ou contraindre un/une subordonné(e) à bosser, les métrosexuels qui font marcher les bureaux des grandes villes françaises en sont réduits à adopter des techniques de pressions psychologiques, de manipulation pure, tout-à-fait cachées, donc hypocrites, mensongères… en un mot indignes.

  2. C’est tout à fait cela.
    C’est même devenu la politique de nombreuses entreprises. Ne jamais se fâcher, ne jamais exercer de pression directe, cacher donc ses réelles pensées par des discours convenus. La performance elle-même est gommée. Tout le monde fait du « oustanding job ». Tout le monde est récompensé régulièrement d’efforts normaux. Même le management doit plaire aux employés. Ce qui compte, c’est de respecter le politiquement correct.
    Cela se traduit donc naturellement par coups bas, manoeuvres basses et hypocrites.
    Je n’avais pas fait le rapprochement avec une forme de féminisme, mais il ya de cela.
    Et je ne parle pas, aussi en entreprise, du bourrage de crane citoyen, du respect de la parité, du respect des différences, et de ce que doivent être tous les attributs de l’honnète homme, de l’homme nouveau.

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