Dangers du cathéchisme

Juste assez dociles pour ne jamais développer leur esprit critique contre les préceptes dans lesquelles elles ont été éduquées ; mais pas suffisamment pour s’y soumettre… Elles ont un Dieu qu’elles ne connaissent pas, elles prônent des vertus qu’elles trouvent indécent d’incarner, elles ont des goûts profanes soit-disant par humilité, leurs objets de dégoût se confondent intimement avec ce qu’il faudrait qu’elles aiment… Un vernis culturel les autorise à crucifier tous les jours le Christ en le nommant : « tabou ».

Ces femmes ne sont pas des archaïsmes. Ces femmes sont la plupart des femmes dites modernes. Elles sont également vos caricatures. Ces femmes sont ce que les hommes deviennent lorsqu’ils ont abandonné, non pas leur égo [vocabulaire psychanalytique], non pas leur narcissisme [vocabulaire que les bigots, les tenants d’une conception biaisée, hérétique, de l’humilité, utilisent pour marcher sur la fierté des braves, et ridiculiser la grandeur], mais tout simplement leur dignité… leur courage intellectuel.

Si nous autres les occidentaux sommes si prompts à écrire des traités visant à définir les contours de ce que nous n’aimons pas… si nous sommes beaucoup moins forts, en revanche, pour reconnaître dans le monde et en autrui la présence de ce que nous prétendons aimer, révérer, faire sens… c’est parce que nous les occidentaux nous piquons tous plus ou moins sans exception d’apprendre à penser… or il est bien plus facile d’apprendre à penser contre que d’apprendre à penser avec. L’homme qui dit : « Non! » (pour ne pas dire la-poupée-qui-dit-non), est un homme qui reçoit avec une grande acuité le sentiment réconfortant, valorisant, de se distinguer –  il se hisse par la dérision ou l’indignation au-dessus la bassesse générale… lequel sentiment lui procure à peu le frais la certitude secrète d’être un homme intelligent. Tandis que celui qui se soumet à des principes communément admis comme justes, non parce qu’ils sont communément admis, mais parce qu’ils lui semblent, en son âme et conscience, être justes, celui-là ne reçoit rien. Sa vanité n’est pas nourrie. Les prétentieux le traiteront de suiveur, de conformiste, et les conformistes (les vrais) ne comprendront jamais – et même rejetteront – ses raisons profondes d’avoir rejoint leurs rangs.

 

TROPHONIUS : – Et voici à présent, mesdemoiselles, l’innocente Geneviève de Brabant !

GENEVIEVE DE BRABANT : – Et voici derrière toi, Trophonius, l’enfer mondain dont j’ai été Bienheureuse que les revers du sort me délivrent.

Publicités

Eloge de la folie

« Si le fou persévérait dans sa folie, il rencontrerait la sagesse. » (Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, William Blake.)

 

Deux liens vers mes activités journalières d’écriture sur le web :

http://ilikeyourstyle.net/2012/07/16/le-plus-grand-acteur-francais/#comment-23511

http://orgul.wordpress.com/2012/07/11/ode-a-bollocks-le-trop-gentil/#comment-278

« Il est dans la bassesse des choses une certitude apaisante, c’est qu’elle exige leur conclusion. Les beaux enfants de la terre n’ont pas mille façons d’expier leurs crimes. Un grand archange, toujours, se tient à la porte des limbes. Ne craignons rien, il parlera. Il parlera, et quel que soit son visage, si terrible soit-il, la Justice est toujours bonne à prendre.« 

_Un contact

« Pourquoi être puni pour ses péchés, puisque tous, même les plus charmants, portent leur punition en eux-mêmes. »

_Paul Morand, Journal inutile

« D’ailleurs, même cela, fallait-il vous le dire ? Comme si mon visage et mon air, suivant le dicton, ne révélaient pas assez qui je suis ! Ou si un simple regard de moi – c’est le miroir de l’âme le moins menteur -, ne suffisait pas à tirer d’erreur aussitôt quiconque se mettrait en tête que je suis Minerve ou Solon ! Chez moi, le fard est exclu. Il n’y a pas côté face un sentiment que je simule, et côté pile un autre que je retiens dans mon cœur. Je suis en tout lieu parfaitement semblable à moi-même, tant et si bien qu’il est impossible de me dissimuler, même pour ceux qui se targuent le plus du titre et du rôle de sage, et qui vont déambulant comme des singes sous la pourpre et des ânes sous une peau de lion.Tout leur art du faux-semblant n’empêche pas qu’ici ou là une oreille pointe et trahisse Midas. Ah, les ingrats ! Ces individus sont mes sectateurs les plus fidèles, mais ils ont tellement honte de mon nom en public qu’ils le lancent à l’occasion comme une injure de taille à l’adresse des autres. Or donc ces fous au superlatif, qui veulent passer pour des sages, pour des Thalès, n’est-ce pas à bon droit que nous les appellerons des « morosophes », des « sages-fous » ? »

_Erasme, éloge de la Folie

 

Réponse

@Millie

Dites moi si je me trompe mais vous affirmez que l’amour est un truc de “faibles” ? :shocked:

Que plutôt qu’aimer en pure perte, il faudrait agir en bon gros bourgeois précautionneux pesant les œuvres d’art comme le gros sel ?

Je suis d’accord sur l’ensemble de votre texte mais ce passage m’a particulièrement horrifié.

Peut être est-ce vos expériences douloureuses avec le genre humain qui vous amènent à penser cela, mais je veux croire qu’il existe encore des gentils au cœur ouvert (qui finissent par se rencontrer la chance aidant) et des méchants au cœur sec que la Retibution karmique achèvera de pourrir l’existence.

Aimer en pure perte quitte à se faire michetonner et battre, ce n’est pas seulement une marque de faiblesse ou d’imbecilité mais la marque d’une présence divine.

Dans le type qui donne tout à une salope, dans la fille qui continuer à prendre soin de son copain qui la cogne, il y a la présence de Dieu.

Le micheton et la femme battue, c’est la preuve que la pureté existe quelque part dans cet Univers objectivement froid et  répugnant (Houellbecq).

Non-calcul et le désintéressement, vive les femmes battues et les michetons ! (ils auront de belles réincarnations) 

A votre avis, mon cher Bollocks, pour quelle raison une femme comme moi affirmerait-elle que l’amour est « un truc de faibles » ? … Vous donnais-je l’impression d’être la personne désignée pour tenir ce genre de propos ? … Ne l’aurais-je pas fait tout simplement dans l’espoir de provoquer – par réaction – un beau discours de vertu courroucée comme celui que vous m’avez tenu ? … – Car quelle femme au fond, je vous le demande, ne rêverait pas de se voir adresser un tel discours ?

A présent, réfléchissez bien, Bollocks, pourquoi était-ce à moi précisément, alors que j’étais justement en train d’exposer avec verve et méchanceté mon mépris des choses du cœur, que vous avez choisi d’ouvrir le vôtre ? … Pourquoi avez-vous réagi ainsi, et comment ai-je pu m’amuser en mon for intérieur de la prévisibilité votre réaction, sinon précisément parce qu’elle illustrait justement, tout en désirant faire le contraire, que pour éprouver l’envie de s’ouvrir de la sorte, le cœur a besoin de se sentir offensé dans sa douceur, menacé de faiblesse… c’est à dire blessé ?

Jeune connasse illustrant par sa bêtise la loi de l’offre et de la demande

Naissance d'un Homme

Naissance d’un Homme

Gratuité

Ils sont tous là, je distingue leurs profils dans la pénombre… Ils sont tous là, ils me haïssent, je n’ai pas le droit de le penser mais je sais bien que c’est vrai. Ils veulent ma peau. Parce que je les ai aimés. Leurs femmes sont les pires… celles à qui j’ai le plus accordé, ce sont elles qui m’ont le plus déçu. Toutes les occasion de m’aider, elle les ont saisies pour me nuire… Je crois que je me suis retrouvée sacrifiée à partir du moment où elles ont compris que je n’avais ni argent ni entregent. Je paraissais grande ; elles ont cru que je devais cela, comme elles-mêmes, comme les autres femmes dans cette position, à un travail d’intrigue de tous les instants, ou à quelque ascendance illustre, ou je ne sais quelles relations haut-placées… Aussi longtemps qu’elles m’ont crue puissante, elles se sont dit que je pourrais leur être utile – ainsi elles ont cherché à se rendre utile. Mais quand elles ont vu que je n’avais ni besoin d’ « amies utiles », ni surtout de prédisposition à être utilisée, elles se sont servies de ma tête comme d’un marchepied. Parce que sans ça j’allais être pour elles un objet de chute. D’ailleurs, j’ai été pour elles un objet de chute. Si j’ai paru grande, à un moment donné, je n’ai jamais dû cet honneur à personne – et je ne me suis certainement pas compromise pour cela. Certains – si peu nombreux fussent-ils – ont célébré ce que j’étais, ce que je faisais, de façon désintéressée. C’est cela qu’elles croyaient impossible, c’est cela qui leur avait toujours été refusé, et à quoi on les avait convaincu, à force de réprimandes diverses et de frustrations, de renoncer : l’hommage de l’être. Parce qu’elles avaient renoncé à toute transcendance, elle avaient tout misé sur l’avoir. La réalité ne démentait pas, jusque là, que dans leur cynisme elles eussent accédé au stade le plus élevé de la raison. Puis je suis venue, et j’ai montré sans le vouloir qu’un autre rapport avec les hommes – non pas fondé sur la lutte, la rivalité, le chantage, mais la caresse, l’hommage, le pardon – était possible. Elles n’ont pas apprécié ces offrandes à mes pieds – si maigre fussent-elles ; ces offrandes qui en étaient vraiment, et non pas des rémunérations.

Les faits sont têtus

..

Tristesse
..

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

Alfred de MUSSET, Poésies nouvelles.