Paracelse en force

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Comme je le disais l’autre jour à Marchenoir, le gauchiste lambda voudrait que nos différences nous rapprochent… Il voudrait faire discuter les contraires et les réconcilier. Hélas, il ne comprend pas lui-même la nature de ce qu’il demande, comme la plupart de nous tous, du reste. Et c’est bien dommage, car le cas échéant, nous pourrions rire un peu.

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Tous égaux dans la misère

Quelque chose est pourri dans mon royaume… Ce matin le printemps s’est levé, mais il s’est levé sans moi. Je l’avais trop attendu, je crois. Je crois que je suis morte d’impatience… Des gens se rassemblent, là-bas dans Paris, pour défendre des idées qui sont censées être les miennes. Moi je ne me reconnais pas en eux. J’ai perdu l’habitude de me reconnaître en d’autres personnes… Ces gens pourraient bien venir me voir, me démarcher, me taper dans le dos, me tendre les mains ; mon hiver fut trop rude. Un bris de verre glacé reste fiché dans mon cœur que toutes les démonstrations d’unité populaire du monde n’évacueront plus. A présent je sais ce que c’est qu’un homme seul. Et je n’arrive plus à me représenter le sens du mot fraternité. Bientôt d’ailleurs, c’en sera fait du rêve parisien – illusion grotesque et néanmoins tellement populaire, qui avait pour vertu de me rattacher encore à quelques uns de mes semblables ; parce que je n’ai pas les moyens d’y vivre décemment, je quitterai cette ville… Peut-être sera-ce le moyen de refaire au rêve une virginité.

« People are strange when you’re a stranger, people look ugly when you’re alone. »

Pourtant, Dieu sait que j’ai longtemps aspiré – comme tout le monde – à appartenir à un clan, un parti, une équipe… Le problème c’est que les gens ne se fédèrent jamais que /contre/ un ennemi commun – ennemi qu’en sport on appellera l’adversaire… Moi ce dont j’avais rêvé, c’était de la douce guerre… De mon point de vue, une amitié qui ne s’épanouissait que dans le consensus ne méritait pas le nom d’amitié. Plus encore, je n’aurais jamais voulu – paradoxalement – avoir à me battre que contre des amis. Parce que le cas contraire implique fatalement qu’on ne rencontre jamais l’autre que pour le tuer. Par mon éducation, j’étais curieuse surtout de ce qui pouvait représenter une altérité. J’avais soif de connaître l’inconnaissable… Cependant, les gens étaient ensemble avant tout pour se tenir chaud. Je pensais qu’on devait aimer par-delà le bien et le mal… pour moi l’amour n’aurait su être autre chose qu’une transcendance. Hélas, cela m’a conduite à considérer que la plupart des gens qui se fréquentaient, parce qu’ils se fréquentaient, ne s’aimaient pas.

Je me souviens quand j’étais petite, mes parents m’emmenaient dans leurs manifestations ; c’est là, je crois, que j’ai ressenti les premières secousses du mauvais esprit. C’est en ces occasions que j’ai commencé à me dissocier, non pas encore de leurs idées politiques, mais déjà d’un certain crime contre l’esthétique perpétré pour leur donner corps ; très tôt j’ai été sensible au nivellement par le bas que représentait toute activité militante. Ce capharnaüm, ces cornes de brumes, la voix de mon père qui débite d’ineptes slogans de son cru dans le phono, ma mère que les cris défigurent, et qui semble heureuse de cela, la violence effrayante du troupeau qui roule, les odeurs de brûlé, le fluo criard des banderoles… Là, il n’y a plus de tendresse, là il n’y a plus de douceur, et la Ferveur déambule mal peignée, grimaçante, arrogante, en habits de souillon…

« Ma môme, elle joue pas les starlettes, elle porte pas des lunettes de soleil, elle pose pas dans les magazines, elle travaille en usine, à Créteil. »

Ca, c’est la chanson de Ferra. L’humilité démocrassouille vaut bien l’humilité catholique. Voyez ces belles blondes naturelles, typées bretonnes ou bien schleues, qui férues d’écologie, vendent des légumes bios au marché, vivent les deux pieds dans la bouzasse au lieu de continuer leurs études, dissimulent leurs formes dans des treillis, couvrent leur gorge avec le keffieh palestinien et détériorent leur chevelure pour adopter la coupe rasta… Le sacrifice de leur beauté – leur refus tous azimuts de toute beauté – ne rappelle-t-il pas, à bien des égards, celui des saintes à peine pubères du temps jadis, qui se défiguraient et se faisaient nonne par peur que le désir des hommes ne les détourne de leur devoir envers Dieu ?
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Le-look-treillis-d-Elle-Macpherson_portrait_300x600Le-look-treillis-d-Elle-MacphersoAprès, on me dira : c’est possible d’être sexy en treillis.
Et je répondrai, oui, la mode n’est pas seulement un art mineur,
c’est aussi l’un des outils d’aliénation majeurs de la société actuelle.
La mode, ou l’art de recycler éternellement du signifiant,
– mais sans jamais en créer –
jusqu’à ce qu’il ne signifie plus rien.

« Le beau, c’est le laid, le laid c’est le beau. Hare Krishna. »
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J’ai connu dans ma prime enfance un petit garçon sensible et touchant, qui avait un naturel matheux – je me souviens ses yeux qui pétillaient d’intelligence et les institutrices qui en raffolaient… A ce garçon, un jour, des parents gauchistes férus de néo-pédagogie ont jugé bon de donner un petit frère noir – un petit frère adopté, importé de je ne sais quel pays en guerre, et qui avait souffert – entre autre – de malnutrition. Pendant des années durant, ces parents indignes ont refusé de voir que le « petit frère » en question, sans doute traumatisé définitivement par un début de vie atroce, était attardé mental – attardé mental, obèse et violent, par-dessus le marché ! – Ils ont également refusé que quiconque le leur fasse remarquer – mus par la peur panique d’être éventuellement conduits par cette « révélation » à devoir /discriminer/ l’un de leurs deux enfants. Quelle horreur, n’est-ce pas, aurait-ce été, de préférer l’enfant des gênes et de l’amour à celui de l’idéologie ! Mon camarade, le pauvre garçon, a dû se construire toute sa jeunesse durant dans l’idée qu’il ne valait pas mieux que son petit frère l’attardé mental noir obèse et violent – lequel, extrêmement précoce sur le plan physique, le martyrisait, causait sans cesse des problèmes dans la cour de récré, et ne parvenait même pas à apprendre à parler correctement sa langue néo-maternelle. Plus encore, il avait obligation de défendre en toute circonstance ce danger public contre les autres, et était prié de mettre ses propres désirs et besoin en veilleuse, lui qui avait pour insigne avantage d’être bien portant et de comprendre le français. L’omerta politique la plus absolue avait cours en permanence dans sa propre maison : point de répit pour lui, point de refuge en ce bas monde. Je l’ai recroisé bien plus tard : le pauvre garçon avait viré fou, il tentait avec difficulté de reprendre ses études après plusieurs séjours en HP.

Combien de familles nombreuses catho n’ont-elles pas ainsi défavorisé leurs enfants les plus beaux et les plus vifs en faveur d’un petit frère ou d’une petite sœur trisomique, qui dès sa venue au monde devenait le réceptacle indu de tout l’amour maternel, et de toute la piété de la famille ?
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Intéressez-vous-donc au travail de l’artiste Raoef Mamedov. Ca vaut le jus. ^^
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J’ai bien connu une Rennaise qui suivait des cours de psycho, son truc c’était l’analyse transactionnelle, elle voulait travailler dans le social, ou bien devenir magnétiseur, elle n’avait pas encore décidé. Cheveux courts filasses, visage piercé de part en part, t-shirt XL et jean troué, elle fréquentait des graphers et des punk-à-chiens..  Elle se percevait elle-même comme une marginale mais moi je ne crois pas qu’elle agissait ainsi pour exercer une quelconque forme de liberté. S’habiller comme un clodo était plutôt à mon avis le seul moyen qu’elle avait trouvé à Renne pour se faire des amis. Elle pensait que chacun était libre de vivre sa vie comme il l’entendait mais n’aurait pour rien au monde porté les petites boucles d’oreilles en or offertes par sa grand-mère pour sa communion solennelle… Elle aurait eu bien trop peur que /Joyah/ le musicos, dealeur de beuh à ses heures perdues, qui l’avait introduite dans son crew, ne lui retire sa confiance… Parce qu’elle vivait parmi les clebs comme un clebs, sa plus grande hantise dans la vie : se voir rétrogradée symboliquement dans la hiérarchie du groupe… et conséquemment laisser le champ libre à Mèl, la nouvelle. – Mèl, ou l’éternel féminin : celle qui-sert-à-rien, celle qui fait sa chaudasse… celle qui resquille son tour d’être aimée, celle qui ne s’enlaidit pas suffisamment pour que son discours altermondialiste paraisse crédible. Dans le milieu cool dans lequel la Rennaise évoluait, des ragots circulaient comme partout ailleurs : on disait entre autre que Mèl possédait un apart’ rien qu’à elle, et qu’elle le cachait de peur que la bande ne vienne la squatter. Un jour que la Rennaise avait beaucoup bu, elle s’est promise, en présence des mecs de la tribu, de suivre un jour Mèl lorsqu’elle rentrerait chez elle, histoire d’en avoir le cœur net. Grégarité.
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– Dis papa, c’est quoi ce tag sur le mur de notre maison ?
– C’est le symbole de l’anarchie, ma chérie.
– Qu’est-ce que ça veut dire anarchie, papa ?
– L’anarchie c’est le rejet de ceux qui incarnent l’ordre, c’est quand on refuse de baser les rapports humains sur de la soumission ou de la domination.
– Mais alors, papa. L’anarchie ça n’existe pas. C’est impossible !
– Oui mais non, ça dépend. Tu n’auras qu’à aller le leur expliquer.
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J’ai bien connu également une Lorraine. Lorraine de son côté, comme son nom ne l’indique pas, n’était pas lorraine. Elle n’était pas rennaise non plus. Oh non, Lorraine était tout-bien-comme-il-faut ! Externe au collège Saint-Dominique, établissement privé, elle faisait du cheval, du piano, de la danse ; deuxième de sa classe, elle aimait autant le sport que le français… Elle plaisait bien sûr aux garçons, oui mais en toute simplicité ; jamais vulgaire, sérieuse sans excès, bonne camarade, elle était respectée des filles parmi lesquelles elle jouait un rôle moteur (vocabulaire pédagogique oblige). Toujours première sur les œuvres de charité, elle ne faisait jamais valoir son écrasante supériorité sur les autres. Ce qui était très chic de sa part, convenons-en. Un jour, en cours d’année, est arrivée dans sa classe une certaine Mélanie. Mélanie n’avait rien de commun avec Lorraine, Lorraine peina d’office à saisir à quelle catégorie de fille Mélanie appartenait – et de cela Lorraine, qui d’ordinaire était si fine psychologue, n’avait pas l’habitude… Mélanie n’était pas une mauvaise élève, Mélanie n’était pas méchante ni égoïste, ce n’était pas une fayotte, elle n’était pas réservée non plus. Elle n’était pas même dénuée de charisme ; Mélanie semblait apprécier la compagnie de ses semblables et pourtant son regard était celui d’un être solitaire. Par quel bout, donc, saisir cette enfant ? Quand on lui posait une question, sa façon de répondre avait toujours un je ne sais quoi de déstabilisant. Quand elle était au milieu des autres filles, il semblait parfois que son esprit s’absentait, elle était souvent distraite en cours, et quand on l’invitait à jouer, elle répondait de manière excessivement polie mais manquait clairement d’entrain. En revanche, quand les garçons lui parlaient, alors on voyait tout d’un coup son visage s’animer. Pourtant elle n’avait rien d’un garçon manqué. Elle leur répondait vivement en faisant de grands gestes avec les mains ; avec un air sérieux, elle les reprenait à toutes sortes de sujets, des sujets en général tous plus bizarres et rébarbatifs les uns que les autres. Elle agissait comme si elle ne savait pas que les garçons ne s’intéressaient pas aux filles pour cela. Lorraine trouvait le comportement de Mélanie hypocrite, car il était évident que les garçons ne lui adressaient la parole que parce qu’elle adoptait une attitude provocante et qu’ils avaient l’esprit mal placé. Même avec certains professeurs, en particulier avec le nouveau jeune professeur de français, il lui arrivait de susciter toutes sortes de disputes sur des points de détail, disputes fatigantes, qui retardaient l’avancée du programme, et défavorisaient ainsi les élèves en difficulté. Mélanie ne passait pas inaperçu, tout le monde s’accordait à la trouver gentille, certains disaient même qu’elle était jolie… Certains professeurs faisaient preuve d’une indulgence mystérieuse à l’égard de son tempérament rebelle et brouillon. Cependant Lorraine ne l’aimait pas. Dans le monde mental équilibré de Lorraine où chacun avait sa fonction, où chacun tenait son rôle, Mélanie n’avait aucune place, Mélanie était une aberration. Un jour, la curiosité se fit plus forte, Lorraine décida de suivre Mélanie jusqu’à chez elle pour voir où elle habitait, et dans quelles conditions. Elle découvrit alors à sa grande stupeur que Mélanie ne résidait pas comme tout le monde dans une belle maison avec jardin, mais à côté de la gare, dans le quartier de la ville le plus mal famé. Son immeuble avait une façade sale, les gens qui l’habitaient étaient laids, petits et mal habillés. Le lendemain à la récré, Lorraine entourée de ses amis et subordonnés les sermonna : « Je vous défends désormais de vous moquer de Mélanie. Vous n’êtes vraiment pas charitable avec elle. C’est une pauvre, et nous devons être charitables avec les pauvres. Parce qu’ils n’ont pas eu de chance, Dieu leur pardonne beaucoup. »
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Clique salope !

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Des scientifiques américains ont récemment établi que la sociabilité avait son siège dans la zone du cerveau dénommée amygdale, et que le développement particulièrement important de celle-ci chez les hommes était pour ainsi dire à l’origine-même de sa supériorité sur l’animal, dans la mesure notamment où les néandertaliens ont probablement disparu parce que chez eux cette arme-là était moins développée. Les scientifiques américains confondent allègrement capacité d’empathie et sociabilité.
Ils ont sûrement leurs raisons…

L’expérience me dit à moi que les êtres les plus sociables sont rarement les plus empathiques… Voyez combien d’histrions nombriliques sont de vraies coqueluches parmi leurs amis, ne serait-ce que parce qu’ils fédèrent le monde autour de leur nombril… Et voyez combien de personnes particulièrement sensibles aux sentiments d’autrui peinent à cause de cela à exposer leurs vues en société, à prendre la parole en public, à faire valoir leurs mérites… De même, quand on aime vraiment quelqu’un, ne devient-il pas tellement plus difficile de le juger et de s’autoriser à intervenir dans sa vie ? Pour aller au-devant d’un étranger lui offrir du pain, des conseils ou de l’aide, ne faut-il pas une certaine dose d’indifférence à son égard ? Il me semble que le plupart des gens qui font la charité préfèrent encore que leur débiteur ait une mentalité de voleur et d’ingrat, plutôt que de devoir compter avec l’aliénation affective que le fait de se trouver redevable envers autrui représente pour un individu libre et une sensibilité pudique. De même, pour pouvoir tolérer en permanence la présence d’un individu à ses côtés qu’il n’a pas choisi (comme c’est quasiment toujours le cas dans le cadre professionnel), un homme est trop souvent obligé de faire fi de ses propres ressentis intimes… La tâche lui est plus ardue encore lorsque si ce prochain est souffrant, si sa personnalité est complexe, s’il est hypersensible… Un homme qui refoule ses propres ressentis intimes, scrupules et susceptibilités, comment peut-il dès lors prêter attention à ceux des autres ? – ne pas demander à autrui d’en faire autant pour lui ? – ne pas imposer dans son sillage un silence de mort sur les choses du cœur ? Les hôpitaux et les hospices, qui sont par excellence des lieux d’accueil – où l’on est censé permettre à autrui d’abandonner toute pudeur en toute confiance – qui sont donc par définition des lieux de haute sociabilité – ces lieux où l’on est si souvent confronté à la grande douleur et misère affective de son prochain, ne sont-ils pas, par la force des choses, tenus majoritairement par des gens cyniques et endurcis ? Les médecins qui ouvrent des bides du matin au soir, les infirmières qui perfusent les mourants, les aides-soignantes qui torchent les vieux, se révèlent bien souvent capable d’une légèreté excessive vis-à-vis de tout ce qui relève du tragique, et ne se montrent sérieux pour la plupart qu’en ce qui concerne leurs divertissements. Même si les gens qui travaillent dans le social, comme on dit, sont mus à l’origine pas une capacité d’empathie supérieure à la moyenne, mieux vaut pour eux qu’ils ne la conservent pas trop longtemps. Car le /social/ c’est la mort de l’humain. Tous les gens un peu rétifs aux embrouillaminis administratifs et aux milieux médicalisés vous le confirmeront.

Quand les scientifiques américains font valoir les avantages que représente l’aptitude à la sociabilité pour la préservation de notre espèce, ils notent entre autre le fait que nos ancêtres étaient davantage susceptibles que les néandertaliens de s’adapter à de nouveaux congénères lorsque leur tribu d’origine avait été décimée. Il échangeaient plus volontiers des affects et des services contre toutes sortes de biens, puisqu’ils étaient de nature serviable et avaient des affects à revendre… Cela aurait facilité selon eux le développement des capacités mémorielle, et donc l’apparition d’une culture.
Quelque chose d’assez indéfinissable me choque là-dedans… Est-ce moi qui ait un problème, ou la capacité à considérer ses amis et ses proches comme des moyens-de-parvenir potentiellement interchangeables : – est bien un truc de psychopathe ? – a quelque chose de contradictoire en soi avec la notion d’amitié ?
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Je repense à présent la haine du régime Khmer pour l’intelligentsia cambodgienne… Certaines personnes ont été systématiquement perçues par les dignitaires de cette dictature comme étant fondamentalement trop intelligentes, trop indépendantes d’esprit, trop savantes, ou tout simplement trop « remarquables » au sens étymologique du terme, pour accéder à l’idéal communiste de fraternité universelle… L’intelligence elle-même, le talent en tant que tel, a été soupçonné par certains marxistes d’être de nature ontologiquement bourgeoise. Se trompaient-ils ? Si une tête dépasse, l’identification réciproque est moins aisée, forcément. En Russie comme en Chine, on s’est méfié des intellectuels, on a surveillé les artistes comme du lait sur le feu. En Russie comme en Chine, on a également demandé aux travailleuses de ne pas se maquiller. Une jolie femme crée un désir, la création de désir induit des rivalités, des jalousies, donc des injustices. La belle femme, parce qu’on veut toujours la posséder, équivaut à un signe extérieur de richesse et engendre du déséquilibre social, forcément.

Dans les milieux pieux, catholiques ou protestants (je n’évoquerai même pas le cas musulmans), on remarquera que les belles femmes suscitent également la méfiance… Et pour à peu près les mêmes raisons. On les taxe souvent de vanité, parce qu’aux yeux de la brebis lambda, tout signe de distinction signale forcément un manque d’humilité. On veut aussi des belles qu’elles soient fainéantes, car on les voudrait comme la paresse : mères de tous les vices… ne serait-ce que parce que la beauté est un don de Dieu qui ne requière aucun travail ni mérite, et que les bonnes mères sont par définition travailleuses et méritantes… Raccourci aisé.

La beauté, parce qu’elle est gratuite et parce qu’elle divise, quand elle n’est pas réservée à la Vierge, c’est-à-dire au surhumain, est aux yeux des bigots un don de Dieu suspect. Pour les communistes comme pour les gauchistes ordinaires, c’est exactement la même chose : la beauté, quand elle n’est pas réduite à sa plus simple fonction allégorique, mais se manifeste sous la forme d’une propriété privée, quand elle est incarnée et vivante, relève d’un privilège indu réservé uniquement à quelques uns. Crime contre l’égalité en la demeure.
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Pour les cathos, pour les muzz, comme pour les Marxistes, l’archétype de la Belle est quelque peu comparable à celui du Juif – (où du moins à l’idée qu’ils s’en font).

« Comment cela, Dieu te préfère ? » – « Non, cela ne peut être. Dieu te préfère seulement en apparence ! » – « Un Dieu qui a ses favoris n’est pas Dieu. » – « Un dieu qui a ses favoris n’existe pas ! » – « Il n’y a pas de Dieu/il n’y a pas de justice, en vérité, si les riches comme toi doivent toujours conserver leur avantage sur les autres… Insurrection ! » – « Ton domaine à toi est celui des apparences… » – « Et Satan est le maître des apparences. » – « Sois belle mais par pitié tais-toi ! » – « Tu n’as pas ta place parmi les gens simples et vrais. » – « Retourne d’où tu viens, tu appartiens aux superficialités du monde marchand. » – « Vous avez ma parole, dans le royaume des cieux/dans le ciel des idées/à la fin des temps/après la révolution, les justes et les purs auront leur revanche ! » – « Parce que nous spirituels, méprisons la matière » – « Parce qu’à nous matérialistes, on ne fait pas miroiter des veaux d’or » – « Parce que nous ne raisonnons pas en terme d’avoir, parce que nous ne jurons que par l’Être » – Parce que l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Pour les gens qui s’expriment ainsi, je vous le demande : qu’est-ce qu’un juif pauvre ? Qu’est-ce qu’une belle qui ne se vend pas ? – En vérité, dans la mentalité de la majorité des muzz, des marxistes et des cathos brutaux, ces deux erreurs de la nature n’existent pas, ces deux exception à la règle ne portent pas de nom.

« Personne ne sait mon nom, et personne ne connaît ce refuge. » – Ernst Jünger

Ce qui dérange le monde en vérité, ce n’est pas tant la différence, mais la différence qui demande un traitement d’exception. L’étranger qui présente son étrangeté comme un handicap ne restera pas esseulé très longtemps. Celui qui se la représente comme un signe d’élection, en revanche, entame l’ascension du Golgotha. Parce qu’ici-bas on est tous tolérants aux défauts des autres. Beaucoup moins en revanche à leurs qualités.
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Tous différents à condition que ta différence soit un handicap.
Tous égaux à condition de l’être dans la nullité.

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Recent happenings on the web

Sur ILYS – où l’on pastiche Céline

Chez BAM :

Les hommes déchets – envolée nietzschéenne un peu ratée
Michel Onfray Contre Freud – mes vieilles lunes ont la peau dure
De la Haine – où l’on faisait du Houellebecq sans le savoir
Sur le « Je » et la possibilité d’une science infuse – jalons posés pour plus tard
L’âne
(liste en cours)

Chez Didier Goux – où il est question de psycho-politique comparée

Chez Carine005 alias la Mouette Joviale :

et de une, et de deux, et de trois, et de quatre – où l’on fait l’éloge des Dames du temps jadis (et pour cause !)

Chez Carine encore  et encore – où l’on se rappelle pourquoi les femmes sont sorties du foyer

Par delà la gauche et la droite – Une fascinante rencontre avec l’homme postmoderne

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L’autre jour, en me promenant du côté de chez l’Amiral Woland, je suis tombée sur une vieille connaissance… Un contradicteur de toujours, que nous connaissons tous, un habitué de nos milieux : j’ai nommé L’Indien, distingué troll gauchiste.

Provocateur comme à son habitude, il était venu expressément à l’occasion de l’ordonnancement du nouveau Pape… histoire de cracher un peu de bile. L’Indien est un athée avec un couteau entre les dents (oui, cela existe !) – ses réflexes hargneux, dès qu’il est question de religion, rappellent fortement ceux des communistes à l’ancienne mode.

C’est alors qu’il m’est venu à l’esprit une chose toute bête : l’Indien, en tant que lecteur assidu de la réacosphère, a pu se faire une idée extrêmement précise de nos modes de pensées, il en est venu à anticiper coup sur coup nos façons de réagir, de contrer ses piques… cependant que nous, tandis que nous étions continuellement en butte à ses agressions, coincés dans une posture défensive, nous n’avons jamais pris la peine d’étudier son cas.

Qui est vraiment l’Indien ? En quoi croit-il ? C’est ici ce qu’il vous sera donné l’occasion de découvrir…

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..SOURCE : Chez l’Amiral Woland, le 14/03/2013 – L’article s’intitule : François, notre Pape

[NDLA : j’ai pris la liberté de corriger rapidement quelques fautes d’orthographe et de ponctuation chez l’Indien, pour faciliter la lecture.]

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L’INDIEN| 15 mars 2013 à 18 h 01 min | Réponse

Rien a changé ici évidemment ! Toujours aussi peu objectifs. Etonnant de vous voir vous appuyer sur le nombre de moutons qui suivent votre nouveau berger, depuis quand des réacs se cachent derrière un gros nombre pour en juger un autre plus petit. Tous vos milliards de crétins et votre chef ne vaudront jamais un seul des vrais papes modernes, les savants, scientifiques qui font désormais avancer le monde, loin des égarements mentaux des milliards de bigots figés dans leurs us ridicules faute d’avoir eu une vraie éducation variée.

  1. L’Indien !!!!!!!!!!!!!
    Bonjour !

  2. Le troll a pour objectif de créer une polémique dans le but de perturber l’équilibre d’une communauté. Ca me va, mais dans le cas ou mes propos correspondent a ma pensée, ça ne fait plus de moi un troll. Et encore moins si je n’agis pas de façon perverse, ce qui est le cas. Il y’a toujours chez vous cette manière de ne jamais apporter d’arguments convenables, esquivant la confrontation. Ce qui ressemble beaucoup a une communauté recroquevillée dans son coin, butée qui ne trouve son équilibre qu’en s’entendant dans la critique des autres. Je fais mon relou là, mais vous êtes graves, franchement. Sinon a propos de ce pape, c’est pas pour critiquer mais je voudrais dire que ses lunettes sont très mal ajustées, je suis désolé mais je sais de quoi je parle, on voit bien que les pli des branches sont trop courts, enfin bref mon dieu laisse pas passer ça, il se flingue la vue le gars.

    • Mais on vous aime bien et puis on est toujours le troll d’un autre de plus quand je lis Troll de Troy, je suis aux anges.

      Quant au recroquevillement que vous évoquez, il est identique chez les gentils de gauche, voire plus méprisant , plus agressif.

      Bonne journée

  3. L’Indien a changé !
    Avant, dans le bon vieux temps, il répondait quand on le saluait. Il était d’une politesse exquise, enfin normale quoi. On a le droit de changer de qualificatif.
    C’est ptet un autre Indien, c’est plus le nôtre.
    Et puis, stylistiquement parlant, la mode étant aux comparaisons, on ne le reconnaît pas.
    Il faisait des paragraphes il me semble, non ?
    Cet Indien-ci est un imposteur.

  4. Comme je n’ai pas l’habitude de mettre la parole de mon amiral en doute, je dirais que monsieur l’indien a mûri, les épreuves l’ont mûri avant l’âge. On sent un doute dans son intervention, on sent un vécu difficile à reconnaître, on sent un appel au secours vers cette communauté recroquevillée dans son coin mais au combien sécurisante. Courage monsieur l’indien comme dit l’autre « les bons mûrissent. Les mauvais pourrissent »

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 16 h 35 min |

Vous êtes d’une condescendance insupportable et avez ce comportement typique des bandes, avec des membres qui s’embrigadent les uns les autres au point de ne plus être capables d’apporter de crédit aux idées qui ne vont pas dans votre sens. On ne peut pas parler avec vous, le débat n’a jamais été possible ici. Tout ce que vous trouvez a répondre c’est que je n’ai pas fait de paragraphe, que je ne réponds pas aux bonjours et a faire vos petites blagues privées.

Il y’a quand même Coach Berny qui soulève le fait que vous vous sentez en sécurité dans votre communauté. Ça n’est surement pas une bonne raison pour mépriser a ce point les autres. Alors je sais bien que l’évolution des choses ne vous facilite pas l’existence, que rien ne va dans votre sens avec les mariages pour tous, la mort a petit feu de la religion, les libertés laissées a la liberté de circulation, les arrivées de la gauche aux pouvoirs, de toutes façons tout est toujours trop a gauche pour vous. Vous devriez tout de même faire un effort de comprendre qu’on n’essaye pas d’organiser une révolution quand on est isolé dans son coin. Parce que j’en ai entendu des désirs de reconquista etc, vous nagez en plein délire, les gens sains d’esprits ne veulent pas de ce que vous souhaitez. Continuez d’ignorer tout ça, faites vos petites prières dans votre secte, vos petites blagues sur les blogs en vous rassurant tant bien que mal en vous donnant la position du chêne isolé et solide qui ne plie pas devant vents et marées d’ordure. Ca n’empêche qu’il a de grosses œillères ici. Vous fonctionnez par biais cognitif, et c’est pas étonnant pour un groupe qui s’est auto marginalisé et qui a tendance a se perdre dans la religion. Si vous ne respectez pas le point de vue des autres et aimez l’exprimer, alors allez leur dire, plutôt que rester entre vous a ressassez les même choses ou vous vous retrouvez et à refuser la discussion quand y’en a un qui vient essayer de percer votre coquille.

MOI | 18 mars 2013 à 16 h 57 min | Réponse

Vous approuvez la marche du monde, l’Indien ?

Libre circulation des hommes comme des marchandises, Bruxelles dépossédant les vieilles démocraties d’Europe de leur souveraineté, le mariage pour tous accompagné du « droit à l’enfant » qui empiète sur la Déclaration des Droits de l’Enfant, les belles églises du patrimoine de la France qu’on n’entretient pas voire qu’on détruit, les moches mosquées modernes qu’on construit avec l’argent public en dépit des principes les plus élémentaires de séparation de l’Eglise et de l’Etat.. etc. Et j’en passe… Vous approuvez tout ça ?

L’INDIEN | 18 mars 2013 à 17 h 47 min | Réponse

Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde, mais j’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre à se remettre en question. L’intelligence, notre place dans le monde animal, nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et à notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. Qu’ils élèvent des gamins, aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance.

Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. Ca va pour tous les théismes. Détrompez vous l’Islam ne bafoue pas plus la laicité que les autres, c’est juste qu’on était pas habitué a leur présence.

Merci d’expliquer vos soucis, mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde, plutôt que de prendre en compte un ensemble de beaucoup de chose.

MOI | 19 mars 2013 à 9 h 28 min | Réponse

Bonjour l’Indien.

Tout ce que vous nous dites est proprement fascinant. Je trouve totalement regrettable que nous ne nous soyions pas penchés plus tôt sur vos opinions à vous, tandis que continuellement nous nous bornions à prendre le plus grand risque en vous exposant les nôtres. En effet, notre ignorance de votre personne, jusqu’ici, nous laissait en butte à vos provocations incessantes, et bloqués dans une inconfortable position défensive. J’espère que dorénavant lorsqu’on verra paraître l’Indien, on ne se contentera plus de s’exclamer comme des enfants : « Oh voilà le gauchiste ! Oh voilà le troll ! », mais qu’on saura à qui l’on a affaire. Vous êtes aussi un libéral, l’Indien, un partisan du « laisser-faire », un vrai.

Cela tombe bien pour moi, voyez-vous l’Indien, parce que contrairement à certains ici (que vous avez peut-être effectivement, quelque part, coincés dans leurs propres contradictions idéologiques – notamment quelques unes de vos allégations ne sont pas sans me rappeler celles d’un certain denis l. – remember ?), cela tombe bien pour moi, disais-je, car de mon côté je suis plutôt du genre anti-libéral acharné (sisi ! ^^), ainsi je réalise que vous synthétisez tout ce que je déteste le plus au monde en terme de posture idéologique. Rien que pour cela vous mériteriez que je vous consacre un article – pourquoi pas une interview ? – sur mon blog. Si l’Amiral voyait un inconvénient à ce que nous occupions le présent fil de commentaire pour nous affronter, c’est ce que je ferais.

Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de se confronter aux opinions adverses, je vous suis à 100%. Quand vous dites qu’il faut avoir le courage de ses propres opinions jusqu’au bout, je vous baise les pieds. Avec moi, vous pouvez être certain que votre vœu de cohérence interne sera respecté. Plus encore, je ne vous laisserai pas manquer à une telle exigence envers vous-même. Un tel jusqu’au-boutisme me plait trop.

Vous avez dit également : « la morale d’aujourd’hui, c’est la science ». Je suppose que vous allez voir en moi une personne excessivement morale, car je m’apprête à user pour vous contrer de la méthode scientifique. Je vais numéroter les réflexions que me suscitent vos allégations par le menu. Si vous n’êtes pas trop indigne de cet entretien, vous me ferez le plaisir d’y répondre en usant des mêmes repaires. Ainsi la lecture en sera facilitée pour notre hôtes et ses hôtes.

Merci.

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1 – « Ca serait vraiment idiot de se satisfaire de ce qu’est le monde. »

Pourquoi idiot ? Mais allez-y, développez…

2 – « J’approuve comme la plupart des gens, l’orientation qu’il prend. »

Pour vous, « les gens » éprouvent globalement le sentiment de vivre dans un monde de progrès. Intéressant.

Ces gens auxquels vous pensez, à quelle catégorie sociale appartiennent-ils ? Vous devez connaître un certain nombre de jeunes, si nous exceptons les jeunes issus de l’immigration, dont les parents ont parfois vécu la grande misère, trouvez-vous que les jeunes européens ont un niveau de vie égal à celui de leurs parents ? Vous devez notamment connaître un certain nombre de personnes issues de la génération Baby-boom, qui ont connu le plein-emploi des trente glorieuses, si vous deviez comparer ce que c’était qu’avoir vingt ans à leur époque, avec ce que ç’a été d’avoir vingt ans pour leurs enfants (leurs enfants qu’on nomme aussi « la génération sacrifiée »), et ce que c’est que d’avoir vingt ans aujourd’hui, quelle réflexion vous viendrait-elle à l’esprit ?

A vos yeux, progrès technique égale progrès tout-court. Pensez-vous que la découverte de l’arme nucléaire soit un progrès humain ?

Dans le même ordre d’idée, les guerres du XXe siècle ont été les plus meurtrières de toute l’histoire de l’humanité, et cela grâce au progrès technique. Notamment le régime nazi a eu ceci de particulier qu’il a planifié des massacres de manière /scientifique/ (tout comme le régime communiste de l’ex. URSS) , et qu’il a fait avancer la médecine par un certain nombre d’expériences directement sur matériau humain. Cette façon moderne de faire la guerre a-t-elle constitué un progrès à vos yeux comparativement aux anciennes façons de faire, moins « rationnelles » ? [SVP ne me parlez pas de religion ici, car cela serait hors sujet. La religion nous y viendront plus tard].

3 – « L’être humain a toujours été une marchandise, comme tout le reste, il se déplace là ou ça l’arrange, il se fait envoyer là ou ça va dans l’intérêt de sa communauté, de son entreprise, ça n’est pas la source du problème. »

Lorsque vous dites qu’il est normal que l’homme soit réduit à l’état de marchandise, vous admettez que l’homme est un loup pour l’homme et que cela est dans l’ordre des choses.

« à notre époque la morale c’est la science »

Cela donne-t-il raison à votre avis aux scientifiques nazis qui ont travaillé sur matériau humain vivant ? S’il apparaissait éventuellement à la science actuelle qu’un homme vivant (par exemple un fou, grandement handicapé, chômeur de longue durée, sans famille) était plus utile à la société sous forme de pièces détachées, c’est-à-dire en donnant ses organes à des accidentés de la route ou à la science, que sous la forme d’un homme vivant, trouveriez-vous normal que la science le condamne à mort ? A quoi servent à votre avis les comités de bioéthique, si la morale et la science ne font qu’un ?

Lorsqu’une femme qui vit dans la grande misère, quelque part sur la planète, se fait payer par un occidental pour porter un enfant qui n’est pas à elle et ne le sera jamais (car on le lui retirera à sa naissance), cela ne s’apparente-t-il pas à de l’esclavage ? Puisque vous trouvez normal de vendre du matériau humain, quels arguments pouvez-vous avancer en défaveur de l’esclavage ? Si en vertu de la science, l’esclavage lui-même – pratique archaïque abolie en Occident dès la fin de l’antiquité pour des raisons morale, contre laquelle les Etats-Unis-d’Amérique se sont constitués en démocratie, condamnée fermement par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – si l’esclavage lui-même, en vertu de la science, n’apparaît plus comme étant une pratique immorale, alors la science livrée à elle-même n’apparaît-elle pas dès lors, quant à elle, comme conduisant à une régression sur le plan des mœurs, à un retour à la barbarie ?

4 – « L’être humain a toujours été une marchandise. »

Quand vous lisez une tragédie grecque, avez-vous le sentiment que les hommes qui y sont dépeints sont des marchandises ?

5 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. »

Vous comparez les nations, les démocraties, à des hommes, et vous dites qu’elles doivent vivre en bonne intelligence les unes avec les autres. Pourquoi pas. A présent, en quoi l’art de vivre en bonne intelligence avec son voisin consiste-t-il ? Suffit-il pour bien s’entendre avec son prochain d’être gentil avec lui ? Ne faut-il pas aussi veiller à s’en faire respecter ? Celui qui respecte l’intégrité (la vie privée, la liberté d’opinion, le droit de réserve) de son prochain n’est-il pas en premier lieu celui qui sait respecter les siens-propres ? Et face à un voisin agressif ou intrusif, comment fait-on ? Les méchants voisins n’existent-ils pas ? Et suis-je absolument forcée d’aimer mon voisin pour vivre paisiblement à ses côtés ? N’ai-je pas le droit de l’ignorer complètement ? De vouloir qu’il m’ignore ? C’est mon cas en ce qui concerne certains voisins que j’ai dans mon immeuble : ce sont des gens qui ne pourraient pas me comprendre, avec lesquels je ne partage aucune valeur, qui passent eux-mêmes à côté de moi sans me voir, et cela m’arrange bien, et qui attendent de moi que j’en fasse autant. A l’inverse, quand une personne donnée témoigne un intérêt particulier, voire excessif, pour son voisin, et que celui-ci se voit forcé ou bien de rendre une telle sympathie sans coup férir, ou bien de passer pour un ingrat, voire même (pour les plus faibles) de se claquemurer chez lui dans l’angoisse de voir l’autre faire irruption dans sa vie à tout moment, cela n’engendre-t-il pas bien souvent toutes sortes de malentendus et d’embrouilles ? Dans bien des cas – si ce n’est dans tous les cas – c’est à la condition-même qu’une saine distance de sécurité soit respectée entre individus différents, par les uns et les autres, entre les uns et les autres, que paradoxalement des relations – prudentes donc respectueuses, donc subtiles, riches et variées – peuvent éventuellement se nouer entre eux. Nous faisons mine de ne pas le voir, mais bien souvent les êtres que nous aimons le plus sont ceux qui nous laissent libres de ne pas les aimer. Et la pire illusion du monde en termes relationnels est de croire qu’il faille coûte que coûte entrer en fusion sentimentale ou intellectuelle complète avec tout le monde.

6 – « Pour les vieilles démocraties d’Europe qui n’ont plus leur souveraineté, c’est comme ça. Les pays comme les personnes doivent apprendre qu’on fait partie d’un tout et qu’on ne peut s’occuper de sa personne en ignorant les autres. Faire partie d’un groupe c’est apprendre a se remettre en question. . »

Vous comparez les démocraties, les nations, à des hommes, et vous sous-entendez qu’elles ont comme eux une durée de vie limitée, et qu’il faut s’y résoudre. Très bien, pourquoi pas. A présent j’ai tout de même envie de vous poser une question. Etant donné que les nations (et les démocraties également – de /demos/, peuple) ne valent que par les hommes qui les composent, que faut-il faire à votre avis des hommes qui se définissent eux-même par-rapport à leur appartenance à une nation ? – chose qui n’est pas beaucoup plus folle, vous en conviendrez, que celle de se définir par-rapport au nom qu’on porte, à l’éducation qu’on a reçue, à la classe sociale d’où l’on vient – il faut bien se définir soi-même d’une manière ou une autre. Que faites-vous donc des hommes qui composent les nations désuètes ? Sont-ce des hommes désuets ? Et s’il est normal de voir mourir les nations désuètes, doit-on également pousser à la mort les hommes désuets ? Vous prônerez sans doute encore une fois une sorte d’arrangement à l’amiable, vous direz qu’il faut convaincre les gens d’évoluer, pour leur propre bien. Et là je vous dirai – patatras ! – dans quelle mesure peut-on prétendre faire le bien des gens contre leurs propres volontés et choix d’appartenance ? Figurez-vous le dernier des Mohicans : doit-on le convaincre qu’il n’est pas un Mohican pour le faire accéder au bonheur qu’ont les autres de ne pas appartenir à une race éteinte et à une nation en ruines ? Figurez-vous Don Quichotte, qui se serait plutôt laissé découper sur place par un démon à six-têtes plutôt que d’admettre que le temps rêvé des Chevaliers sans peurs et sans reproches était révolu. Don Quichotte ne se laisserait pas raisonner par vous, il ne se laisserait pas convaincre qu’il doit être autre chose que Don Quichotte. Faut-il donc le découper en tranches ? Se moquer de lui avec la cantonade ? Se féliciter de sa prochaine élimination naturelle ?

Si vous pensez que les Don Quichotte doivent disparaître, vous ressemblez un peu en cela aux requins, ces nazis de la mer, donc le rôle dans l’écosystème qu’ils habitent est de faire disparaître les animaux blessés ou frappés de faiblesse, afin de laisser la place libre à ceux qui, en bonne santé, doivent se reproduire pour améliorer le pool génétique de leur espèce. Cela veut dire que lorsque vous trouvez un être fragile et mal adapté, un Albatros (aux-ailes-trop-grandes-qui-l’empêchent-de-marcher) qui dans la nature n’est rien mais que dans une civilisation on fait apprendre aux enfants des écoles, une pauvre âme en souffrance, un blessé de la vie, alors au nom de cette Vie-même – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle puisse être cruelle à l’homme de cœur, au rêveur, au sensible – alors au nom de votre déifiée nature – dont vous ne voulez pas admettre qu’elle soit l’éternelle ennemie de la civilisation, de la culture, donc de l’homme -, vous décrétez qu’il doit disparaître sans laisser de trace.

Or c’est le propre des animaux, encore une fois, de disparaître sans laisser de traces. Pas celui des hommes qui bâtissent et écrivent, pas celui des Nations et des Civilisations non plus.

7 – « l’intelligence, notre place dans le monde animal nous vient de cette particularité, de savoir se percuter aux idées opposées pour évoluer ou les faire évoluer. »

« L’intelligence, c’est la capacité d’adaptation. » Je connais cette phrase, c’est ce que me disait toujours ma mère.

Elle pourrait être de Machiavel. Ou de Confucius. Celui qui pense et agit, toujours en toute chose, conformément à ce que la nécessité/l’avidité/son boss commande, conformément au sens où le vent tourne, celui-là n’est-il pas toujours le plus intelligent ? En tout cas le plus victorieux ? On se demande bien à ce compte-là pourquoi il y a encore (et toujours) des ahuris pour ne pas toujours faire tout ce que l’appel de leur estomac leur commande… C’est vrai, quoi, là où y’a d’la gène y’a pas de plaisir ! … y’a pas d’bon sens non plus ! Après tout, hein, puisque nécessité fait loi !

On se demande bien aussi pourquoi une telle façon de voir a toujours été identifiée, dans la mentalité populaire, à celle du voleur ou du traître… On se demande bien pourquoi d’ailleurs aux yeux du vulgus pecum le voleur et le traître ont toujours été perçus comme des individus dépourvus de sens moral… C’est vrai quoi, pourquoi ne pas retourner sa veste quand le revers est de vison ? Par ici la bonne soupe, les plus gênés cèdent la place !

Quand vous dites, l’intelligence c’est savoir s’adapter, j’en déduis aussi que les cloportes mutants qui ont su résister à un accident nucléaire (là où tous les hommes ont clamsé) nous sont supérieurs en intelligence. J’en déduis aussi que les amibes capables de continuer à vivre dans les conditions climatiques, chimiques, de pression, de chaleur ou de froid les plus extrêmes, surpassent l’homme du point de vue de l’intelligence dans des proportions incommensurables…

8 – « Sinon pour le mariage pour tous, encore heureux que tout le monde puisse s’unir comme il le souhaite tant que ça reste dans la morale, et a notre époque la morale c’est la science et elle nous dit qu’il n’y a pas de raisons de refuser ces droits aux gays. »

La science la plus élémentaire dit aussi qu’un homme ça porte une bite, et qu’une femme ça n’en a pas, et qu’il faut un ovule et un spermatozoïde (chacun étant – forcément – sexuellement différencié) pour faire un bébé. Mais manifestement ces pseudo-progressistes (vrais esclavagiste, héraults du retour à la barbarie) ne s’intéressent à la science que lorsque celle-ci les arrange.

9 – « Qu’ils élèvent des gamins aussi s’ils le souhaitent. C’est quoi cette histoire de droit de l’enfant? Depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Un enfant, je vais vous expliquer ce que c’est. C’est un individu tellement faible qu’il ne peut pas encore s’occuper de lui-même tout seul, ce pourquoi il est obligé de compter sur la tendresse des adultes, leur générosité, leur amour. Il n’a pas le choix. Les Droits, je vais vous expliquer ce que c’est, il s’agit de privilèges justifiés qu’on accorde prioritairement aux individus faibles. Exemple : tu es handicapé, tu es vieux, tu es malade, tu es prioritaire sur les autres dans le bus en ce qui concerne le droit à la place assise. Autre exemple : tu es un petit enfant, tu portes une couche, tu es vulnérable, tu ne comprends pas tout ce qu’il se passe autour de toi, tu n’as encore jamais eu l’occasion de faire du mal à ton prochain, tu as donc le droit à ce qu’on te change ta couche, qu’on te protège, qu’on t’explique ce que tu ne comprends pas, et qu’on respecte ton innocence en ne te confrontant pas à des problèmes d’adulte (sexe, dialectique du péché, etc..) qui ne sont pas encore de ton âge.

Voilà, alors ça l’Indien, c’est la base, c’est le fondement de toute morale. En dehors de ça en fait il n’y a pas de morale. Je suis d’accord avec vous pour dire que si l’on oublie ça, il n’y a plus que des coutumes bidon. C’est là-dessus aussi qu’on fonde la notion de justice telle qu’elle est employée par nos tribunaux laïcs, car il s’agit encore une fois de pur bon-sens, 100% rationnel. Pas non plus besoin de religion pour comprendre ça.

10 – « depuis quand un enfant a des droits? Il prend le monde tel qu’il lui vient, avec des parents et un entourage plus ou moins bien selon sa chance. »

Ok. Donc vous votre truc, c’est le laisser-faire. Non mais c’est cool, parce que vous le dites clairement : à chacun sa merde, à chacun « selon sa chance ». Plus loin vous confirmez : « mais je trouve que quand vous vous révoltez pour critiquer les affronts qui sont fait au monde, vous pensez a votre monde ». En gros, ce que vous dites c’est que le bien-être des uns faisant le malheur des autres, personne ne devrait être habilité à lutter pour son bien-propre, sauf à prendre le risque de priver son prochain des privilèges qu’il s’arroge à lui-même. Bon, ce à quoi vous n’avez pas pensé, c’est que les Occidentaux ne sont pas seuls à lutter pour leur bien-propre. En réalité, tout le monde le fait. Par contre, si jamais les Occidentaux se convainquaient eux-même, comme vous aimeriez qu’ils le fassent, d’arrêter de rechercher leurs propres bonheur et succès, il seraient peut-être les premier êtres vivants jamais créés à agir ainsi. Ils deviendraient par là-même, à proprement parler, de véritables /erreurs de la nature/. De véritables erreurs que la nature (et sa cruelle loi) aurait tôt fait d’éliminer. – En réalité, je vais vous dire ce qu’il se passe, personne au monde n’est en mesure de se perpétuer sans l’être (de continuer à vivre, quoi) en agissant à l’encontre de son propre bien. Ceux qui prétendent le faire sont juste des hypocrites. En demandant aux gens d’agir ainsi vous leur demandez simplement d’agir en hypocrites – comme le ferait un authentique bigot.

Laissez-moi vous conter à présent une petite fable sur le /laisser-faire/. Il était une fois un petit garçon qui voulait un aquarium rempli de poissons de toutes les couleurs. Sa maman l’emmène au magasin, le petit garçon en fait le tour et il s’écrie : « Ils me plaisent tous ! J’en veux un de chaque ! ». Aussitôt quémandé, aussitôt acheté. Le soir venu, quand le petit garçon se retrouve chez lui muni de son nouveau jouet, il se dit que son aquarium est résolument le plus beau qu’on ait jamais vu, qu’il est encore bien plus beau que tous ceux que présentent les animaleries à leurs clients, et il s’en va se coucher des rêves pleins la tête. Hélas, tandis qu’il dort en rêvant à toutes sortes d’alter-mondes radieux, dans le salon obscur est en train d’avoir lieu une terrible guerre. Le petit garçon ignorant les règles les plus élémentaires de aquariophilie, a mélangé de terribles prédateurs d’eau de mer avec de petits poissons d’eau douce, il a fait se côtoyer de fragiles espèces pacifiques venues des climats tempérés avec d’autres, extrêmement belliqueuses, issues des grands lacs d’Afrique (où la survie en eaux trouble demande des capacités d’adaptations hors-norme). Au matin, quand le petit garçon se réveille, il ne reste plus rien de son paradis de la veille. Un gros poisson prédateur au visage balafré, le ventre gonflé d’avoir mangé toute la nuit, tourne et tourne encore sur lui-même, avec un air de défi, seul dans les débris des autres au milieu du bocal.

11 – « Les belles églises sont bien assez respectées surtout sachant les horreurs passée et présentes qui sont faites au nom de la religion. Inversons les choses si les églises étaient des lieux athées ou agnostiques et la population religieuse, ça fait longtemps que les clochers n’existeraient plus. Mais heureusement tout le monde n’a pas pour désir de vouloir évangéliser les autres selon les préceptes d’un livre qu’on croit écrit par Dieu mais qui n’est que le fruit d’humains qui ont manuscrit des rumeurs de chamans et autres soit-disant prophètes qui n’étaient que des épileptiques. »

Je veux bien que les grands inquisiteurs de naguère se soient rendus coupable de bien des crimes, l’Indien. Mais qu’avez-vous au juste à leur apprendre sur leur métier, vous qui venez de nous montrer que l’« humanisme » d’un genre nouveau que vous prônez est susceptible de sanctifier, dans le désordre :

– l’esclavagisme
– la marchandisation du vivant
– la planification technocratique de massacres à grande échelle
– la loi du plus fort/la loi de la jungle
– la morale du traître ou du voleur, à savoir l’opportunisme
– la persécution des plus faibles
– le non-respect de la Déclaration des droits de l’Homme et de l’Enfant
– la non-assistance à personne en danger

…et j’en passe…

12 – « détrompez-vous l’islam ne bafoue pas plus la laïcité que les autres, c’est juste qu’on n’était pas habitué a leur présence. »

Je veux bien. Cependant, en France, on ne construit plus d’églises. En revanche, on construit beaucoup de mosquées. Pourquoi alors les gens de votre obédience s’en prennent-ils si souvent aux chrétiens et laissent les musulmans tranquilles ? Parce qu’il faut savoir s’adapter au sens du vent, s’adapter comme les cloportes, c’est ça ?