Tous égaux dans la misère

Quelque chose est pourri dans mon royaume… Ce matin le printemps s’est levé, mais il s’est levé sans moi. Je l’avais trop attendu, je crois. Je crois que je suis morte d’impatience… Des gens se rassemblent, là-bas dans Paris, pour défendre des idées qui sont censées être les miennes. Moi je ne me reconnais pas en eux. J’ai perdu l’habitude de me reconnaître en d’autres personnes… Ces gens pourraient bien venir me voir, me démarcher, me taper dans le dos, me tendre les mains ; mon hiver fut trop rude. Un bris de verre glacé reste fiché dans mon cœur que toutes les démonstrations d’unité populaire du monde n’évacueront plus. A présent je sais ce que c’est qu’un homme seul. Et je n’arrive plus à me représenter le sens du mot fraternité. Bientôt d’ailleurs, c’en sera fait du rêve parisien – illusion grotesque et néanmoins tellement populaire, qui avait pour vertu de me rattacher encore à quelques uns de mes semblables ; parce que je n’ai pas les moyens d’y vivre décemment, je quitterai cette ville… Peut-être sera-ce le moyen de refaire au rêve une virginité.

« People are strange when you’re a stranger, people look ugly when you’re alone. »

Pourtant, Dieu sait que j’ai longtemps aspiré – comme tout le monde – à appartenir à un clan, un parti, une équipe… Le problème c’est que les gens ne se fédèrent jamais que /contre/ un ennemi commun – ennemi qu’en sport on appellera l’adversaire… Moi ce dont j’avais rêvé, c’était de la douce guerre… De mon point de vue, une amitié qui ne s’épanouissait que dans le consensus ne méritait pas le nom d’amitié. Plus encore, je n’aurais jamais voulu – paradoxalement – avoir à me battre que contre des amis. Parce que le cas contraire implique fatalement qu’on ne rencontre jamais l’autre que pour le tuer. Par mon éducation, j’étais curieuse surtout de ce qui pouvait représenter une altérité. J’avais soif de connaître l’inconnaissable… Cependant, les gens étaient ensemble avant tout pour se tenir chaud. Je pensais qu’on devait aimer par-delà le bien et le mal… pour moi l’amour n’aurait su être autre chose qu’une transcendance. Hélas, cela m’a conduite à considérer que la plupart des gens qui se fréquentaient, parce qu’ils se fréquentaient, ne s’aimaient pas.

Je me souviens quand j’étais petite, mes parents m’emmenaient dans leurs manifestations ; c’est là, je crois, que j’ai ressenti les premières secousses du mauvais esprit. C’est en ces occasions que j’ai commencé à me dissocier, non pas encore de leurs idées politiques, mais déjà d’un certain crime contre l’esthétique perpétré pour leur donner corps ; très tôt j’ai été sensible au nivellement par le bas que représentait toute activité militante. Ce capharnaüm, ces cornes de brumes, la voix de mon père qui débite d’ineptes slogans de son cru dans le phono, ma mère que les cris défigurent, et qui semble heureuse de cela, la violence effrayante du troupeau qui roule, les odeurs de brûlé, le fluo criard des banderoles… Là, il n’y a plus de tendresse, là il n’y a plus de douceur, et la Ferveur déambule mal peignée, grimaçante, arrogante, en habits de souillon…

« Ma môme, elle joue pas les starlettes, elle porte pas des lunettes de soleil, elle pose pas dans les magazines, elle travaille en usine, à Créteil. »

Ca, c’est la chanson de Ferra. L’humilité démocrassouille vaut bien l’humilité catholique. Voyez ces belles blondes naturelles, typées bretonnes ou bien schleues, qui férues d’écologie, vendent des légumes bios au marché, vivent les deux pieds dans la bouzasse au lieu de continuer leurs études, dissimulent leurs formes dans des treillis, couvrent leur gorge avec le keffieh palestinien et détériorent leur chevelure pour adopter la coupe rasta… Le sacrifice de leur beauté – leur refus tous azimuts de toute beauté – ne rappelle-t-il pas, à bien des égards, celui des saintes à peine pubères du temps jadis, qui se défiguraient et se faisaient nonne par peur que le désir des hommes ne les détourne de leur devoir envers Dieu ?
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Le-look-treillis-d-Elle-Macpherson_portrait_300x600Le-look-treillis-d-Elle-MacphersoAprès, on me dira : c’est possible d’être sexy en treillis.
Et je répondrai, oui, la mode n’est pas seulement un art mineur,
c’est aussi l’un des outils d’aliénation majeurs de la société actuelle.
La mode, ou l’art de recycler éternellement du signifiant,
– mais sans jamais en créer –
jusqu’à ce qu’il ne signifie plus rien.

« Le beau, c’est le laid, le laid c’est le beau. Hare Krishna. »
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J’ai connu dans ma prime enfance un petit garçon sensible et touchant, qui avait un naturel matheux – je me souviens ses yeux qui pétillaient d’intelligence et les institutrices qui en raffolaient… A ce garçon, un jour, des parents gauchistes férus de néo-pédagogie ont jugé bon de donner un petit frère noir – un petit frère adopté, importé de je ne sais quel pays en guerre, et qui avait souffert – entre autre – de malnutrition. Pendant des années durant, ces parents indignes ont refusé de voir que le « petit frère » en question, sans doute traumatisé définitivement par un début de vie atroce, était attardé mental – attardé mental, obèse et violent, par-dessus le marché ! – Ils ont également refusé que quiconque le leur fasse remarquer – mus par la peur panique d’être éventuellement conduits par cette « révélation » à devoir /discriminer/ l’un de leurs deux enfants. Quelle horreur, n’est-ce pas, aurait-ce été, de préférer l’enfant des gênes et de l’amour à celui de l’idéologie ! Mon camarade, le pauvre garçon, a dû se construire toute sa jeunesse durant dans l’idée qu’il ne valait pas mieux que son petit frère l’attardé mental noir obèse et violent – lequel, extrêmement précoce sur le plan physique, le martyrisait, causait sans cesse des problèmes dans la cour de récré, et ne parvenait même pas à apprendre à parler correctement sa langue néo-maternelle. Plus encore, il avait obligation de défendre en toute circonstance ce danger public contre les autres, et était prié de mettre ses propres désirs et besoin en veilleuse, lui qui avait pour insigne avantage d’être bien portant et de comprendre le français. L’omerta politique la plus absolue avait cours en permanence dans sa propre maison : point de répit pour lui, point de refuge en ce bas monde. Je l’ai recroisé bien plus tard : le pauvre garçon avait viré fou, il tentait avec difficulté de reprendre ses études après plusieurs séjours en HP.

Combien de familles nombreuses catho n’ont-elles pas ainsi défavorisé leurs enfants les plus beaux et les plus vifs en faveur d’un petit frère ou d’une petite sœur trisomique, qui dès sa venue au monde devenait le réceptacle indu de tout l’amour maternel, et de toute la piété de la famille ?
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Intéressez-vous-donc au travail de l’artiste Raoef Mamedov. Ca vaut le jus. ^^
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J’ai bien connu une Rennaise qui suivait des cours de psycho, son truc c’était l’analyse transactionnelle, elle voulait travailler dans le social, ou bien devenir magnétiseur, elle n’avait pas encore décidé. Cheveux courts filasses, visage piercé de part en part, t-shirt XL et jean troué, elle fréquentait des graphers et des punk-à-chiens..  Elle se percevait elle-même comme une marginale mais moi je ne crois pas qu’elle agissait ainsi pour exercer une quelconque forme de liberté. S’habiller comme un clodo était plutôt à mon avis le seul moyen qu’elle avait trouvé à Renne pour se faire des amis. Elle pensait que chacun était libre de vivre sa vie comme il l’entendait mais n’aurait pour rien au monde porté les petites boucles d’oreilles en or offertes par sa grand-mère pour sa communion solennelle… Elle aurait eu bien trop peur que /Joyah/ le musicos, dealeur de beuh à ses heures perdues, qui l’avait introduite dans son crew, ne lui retire sa confiance… Parce qu’elle vivait parmi les clebs comme un clebs, sa plus grande hantise dans la vie : se voir rétrogradée symboliquement dans la hiérarchie du groupe… et conséquemment laisser le champ libre à Mèl, la nouvelle. – Mèl, ou l’éternel féminin : celle qui-sert-à-rien, celle qui fait sa chaudasse… celle qui resquille son tour d’être aimée, celle qui ne s’enlaidit pas suffisamment pour que son discours altermondialiste paraisse crédible. Dans le milieu cool dans lequel la Rennaise évoluait, des ragots circulaient comme partout ailleurs : on disait entre autre que Mèl possédait un apart’ rien qu’à elle, et qu’elle le cachait de peur que la bande ne vienne la squatter. Un jour que la Rennaise avait beaucoup bu, elle s’est promise, en présence des mecs de la tribu, de suivre un jour Mèl lorsqu’elle rentrerait chez elle, histoire d’en avoir le cœur net. Grégarité.
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– Dis papa, c’est quoi ce tag sur le mur de notre maison ?
– C’est le symbole de l’anarchie, ma chérie.
– Qu’est-ce que ça veut dire anarchie, papa ?
– L’anarchie c’est le rejet de ceux qui incarnent l’ordre, c’est quand on refuse de baser les rapports humains sur de la soumission ou de la domination.
– Mais alors, papa. L’anarchie ça n’existe pas. C’est impossible !
– Oui mais non, ça dépend. Tu n’auras qu’à aller le leur expliquer.
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J’ai bien connu également une Lorraine. Lorraine de son côté, comme son nom ne l’indique pas, n’était pas lorraine. Elle n’était pas rennaise non plus. Oh non, Lorraine était tout-bien-comme-il-faut ! Externe au collège Saint-Dominique, établissement privé, elle faisait du cheval, du piano, de la danse ; deuxième de sa classe, elle aimait autant le sport que le français… Elle plaisait bien sûr aux garçons, oui mais en toute simplicité ; jamais vulgaire, sérieuse sans excès, bonne camarade, elle était respectée des filles parmi lesquelles elle jouait un rôle moteur (vocabulaire pédagogique oblige). Toujours première sur les œuvres de charité, elle ne faisait jamais valoir son écrasante supériorité sur les autres. Ce qui était très chic de sa part, convenons-en. Un jour, en cours d’année, est arrivée dans sa classe une certaine Mélanie. Mélanie n’avait rien de commun avec Lorraine, Lorraine peina d’office à saisir à quelle catégorie de fille Mélanie appartenait – et de cela Lorraine, qui d’ordinaire était si fine psychologue, n’avait pas l’habitude… Mélanie n’était pas une mauvaise élève, Mélanie n’était pas méchante ni égoïste, ce n’était pas une fayotte, elle n’était pas réservée non plus. Elle n’était pas même dénuée de charisme ; Mélanie semblait apprécier la compagnie de ses semblables et pourtant son regard était celui d’un être solitaire. Par quel bout, donc, saisir cette enfant ? Quand on lui posait une question, sa façon de répondre avait toujours un je ne sais quoi de déstabilisant. Quand elle était au milieu des autres filles, il semblait parfois que son esprit s’absentait, elle était souvent distraite en cours, et quand on l’invitait à jouer, elle répondait de manière excessivement polie mais manquait clairement d’entrain. En revanche, quand les garçons lui parlaient, alors on voyait tout d’un coup son visage s’animer. Pourtant elle n’avait rien d’un garçon manqué. Elle leur répondait vivement en faisant de grands gestes avec les mains ; avec un air sérieux, elle les reprenait à toutes sortes de sujets, des sujets en général tous plus bizarres et rébarbatifs les uns que les autres. Elle agissait comme si elle ne savait pas que les garçons ne s’intéressaient pas aux filles pour cela. Lorraine trouvait le comportement de Mélanie hypocrite, car il était évident que les garçons ne lui adressaient la parole que parce qu’elle adoptait une attitude provocante et qu’ils avaient l’esprit mal placé. Même avec certains professeurs, en particulier avec le nouveau jeune professeur de français, il lui arrivait de susciter toutes sortes de disputes sur des points de détail, disputes fatigantes, qui retardaient l’avancée du programme, et défavorisaient ainsi les élèves en difficulté. Mélanie ne passait pas inaperçu, tout le monde s’accordait à la trouver gentille, certains disaient même qu’elle était jolie… Certains professeurs faisaient preuve d’une indulgence mystérieuse à l’égard de son tempérament rebelle et brouillon. Cependant Lorraine ne l’aimait pas. Dans le monde mental équilibré de Lorraine où chacun avait sa fonction, où chacun tenait son rôle, Mélanie n’avait aucune place, Mélanie était une aberration. Un jour, la curiosité se fit plus forte, Lorraine décida de suivre Mélanie jusqu’à chez elle pour voir où elle habitait, et dans quelles conditions. Elle découvrit alors à sa grande stupeur que Mélanie ne résidait pas comme tout le monde dans une belle maison avec jardin, mais à côté de la gare, dans le quartier de la ville le plus mal famé. Son immeuble avait une façade sale, les gens qui l’habitaient étaient laids, petits et mal habillés. Le lendemain à la récré, Lorraine entourée de ses amis et subordonnés les sermonna : « Je vous défends désormais de vous moquer de Mélanie. Vous n’êtes vraiment pas charitable avec elle. C’est une pauvre, et nous devons être charitables avec les pauvres. Parce qu’ils n’ont pas eu de chance, Dieu leur pardonne beaucoup. »
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Clique salope !

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Des scientifiques américains ont récemment établi que la sociabilité avait son siège dans la zone du cerveau dénommée amygdale, et que le développement particulièrement important de celle-ci chez les hommes était pour ainsi dire à l’origine-même de sa supériorité sur l’animal, dans la mesure notamment où les néandertaliens ont probablement disparu parce que chez eux cette arme-là était moins développée. Les scientifiques américains confondent allègrement capacité d’empathie et sociabilité.
Ils ont sûrement leurs raisons…

L’expérience me dit à moi que les êtres les plus sociables sont rarement les plus empathiques… Voyez combien d’histrions nombriliques sont de vraies coqueluches parmi leurs amis, ne serait-ce que parce qu’ils fédèrent le monde autour de leur nombril… Et voyez combien de personnes particulièrement sensibles aux sentiments d’autrui peinent à cause de cela à exposer leurs vues en société, à prendre la parole en public, à faire valoir leurs mérites… De même, quand on aime vraiment quelqu’un, ne devient-il pas tellement plus difficile de le juger et de s’autoriser à intervenir dans sa vie ? Pour aller au-devant d’un étranger lui offrir du pain, des conseils ou de l’aide, ne faut-il pas une certaine dose d’indifférence à son égard ? Il me semble que le plupart des gens qui font la charité préfèrent encore que leur débiteur ait une mentalité de voleur et d’ingrat, plutôt que de devoir compter avec l’aliénation affective que le fait de se trouver redevable envers autrui représente pour un individu libre et une sensibilité pudique. De même, pour pouvoir tolérer en permanence la présence d’un individu à ses côtés qu’il n’a pas choisi (comme c’est quasiment toujours le cas dans le cadre professionnel), un homme est trop souvent obligé de faire fi de ses propres ressentis intimes… La tâche lui est plus ardue encore lorsque si ce prochain est souffrant, si sa personnalité est complexe, s’il est hypersensible… Un homme qui refoule ses propres ressentis intimes, scrupules et susceptibilités, comment peut-il dès lors prêter attention à ceux des autres ? – ne pas demander à autrui d’en faire autant pour lui ? – ne pas imposer dans son sillage un silence de mort sur les choses du cœur ? Les hôpitaux et les hospices, qui sont par excellence des lieux d’accueil – où l’on est censé permettre à autrui d’abandonner toute pudeur en toute confiance – qui sont donc par définition des lieux de haute sociabilité – ces lieux où l’on est si souvent confronté à la grande douleur et misère affective de son prochain, ne sont-ils pas, par la force des choses, tenus majoritairement par des gens cyniques et endurcis ? Les médecins qui ouvrent des bides du matin au soir, les infirmières qui perfusent les mourants, les aides-soignantes qui torchent les vieux, se révèlent bien souvent capable d’une légèreté excessive vis-à-vis de tout ce qui relève du tragique, et ne se montrent sérieux pour la plupart qu’en ce qui concerne leurs divertissements. Même si les gens qui travaillent dans le social, comme on dit, sont mus à l’origine pas une capacité d’empathie supérieure à la moyenne, mieux vaut pour eux qu’ils ne la conservent pas trop longtemps. Car le /social/ c’est la mort de l’humain. Tous les gens un peu rétifs aux embrouillaminis administratifs et aux milieux médicalisés vous le confirmeront.

Quand les scientifiques américains font valoir les avantages que représente l’aptitude à la sociabilité pour la préservation de notre espèce, ils notent entre autre le fait que nos ancêtres étaient davantage susceptibles que les néandertaliens de s’adapter à de nouveaux congénères lorsque leur tribu d’origine avait été décimée. Il échangeaient plus volontiers des affects et des services contre toutes sortes de biens, puisqu’ils étaient de nature serviable et avaient des affects à revendre… Cela aurait facilité selon eux le développement des capacités mémorielle, et donc l’apparition d’une culture.
Quelque chose d’assez indéfinissable me choque là-dedans… Est-ce moi qui ait un problème, ou la capacité à considérer ses amis et ses proches comme des moyens-de-parvenir potentiellement interchangeables : – est bien un truc de psychopathe ? – a quelque chose de contradictoire en soi avec la notion d’amitié ?
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Je repense à présent la haine du régime Khmer pour l’intelligentsia cambodgienne… Certaines personnes ont été systématiquement perçues par les dignitaires de cette dictature comme étant fondamentalement trop intelligentes, trop indépendantes d’esprit, trop savantes, ou tout simplement trop « remarquables » au sens étymologique du terme, pour accéder à l’idéal communiste de fraternité universelle… L’intelligence elle-même, le talent en tant que tel, a été soupçonné par certains marxistes d’être de nature ontologiquement bourgeoise. Se trompaient-ils ? Si une tête dépasse, l’identification réciproque est moins aisée, forcément. En Russie comme en Chine, on s’est méfié des intellectuels, on a surveillé les artistes comme du lait sur le feu. En Russie comme en Chine, on a également demandé aux travailleuses de ne pas se maquiller. Une jolie femme crée un désir, la création de désir induit des rivalités, des jalousies, donc des injustices. La belle femme, parce qu’on veut toujours la posséder, équivaut à un signe extérieur de richesse et engendre du déséquilibre social, forcément.

Dans les milieux pieux, catholiques ou protestants (je n’évoquerai même pas le cas musulmans), on remarquera que les belles femmes suscitent également la méfiance… Et pour à peu près les mêmes raisons. On les taxe souvent de vanité, parce qu’aux yeux de la brebis lambda, tout signe de distinction signale forcément un manque d’humilité. On veut aussi des belles qu’elles soient fainéantes, car on les voudrait comme la paresse : mères de tous les vices… ne serait-ce que parce que la beauté est un don de Dieu qui ne requière aucun travail ni mérite, et que les bonnes mères sont par définition travailleuses et méritantes… Raccourci aisé.

La beauté, parce qu’elle est gratuite et parce qu’elle divise, quand elle n’est pas réservée à la Vierge, c’est-à-dire au surhumain, est aux yeux des bigots un don de Dieu suspect. Pour les communistes comme pour les gauchistes ordinaires, c’est exactement la même chose : la beauté, quand elle n’est pas réduite à sa plus simple fonction allégorique, mais se manifeste sous la forme d’une propriété privée, quand elle est incarnée et vivante, relève d’un privilège indu réservé uniquement à quelques uns. Crime contre l’égalité en la demeure.
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Pour les cathos, pour les muzz, comme pour les Marxistes, l’archétype de la Belle est quelque peu comparable à celui du Juif – (où du moins à l’idée qu’ils s’en font).

« Comment cela, Dieu te préfère ? » – « Non, cela ne peut être. Dieu te préfère seulement en apparence ! » – « Un Dieu qui a ses favoris n’est pas Dieu. » – « Un dieu qui a ses favoris n’existe pas ! » – « Il n’y a pas de Dieu/il n’y a pas de justice, en vérité, si les riches comme toi doivent toujours conserver leur avantage sur les autres… Insurrection ! » – « Ton domaine à toi est celui des apparences… » – « Et Satan est le maître des apparences. » – « Sois belle mais par pitié tais-toi ! » – « Tu n’as pas ta place parmi les gens simples et vrais. » – « Retourne d’où tu viens, tu appartiens aux superficialités du monde marchand. » – « Vous avez ma parole, dans le royaume des cieux/dans le ciel des idées/à la fin des temps/après la révolution, les justes et les purs auront leur revanche ! » – « Parce que nous spirituels, méprisons la matière » – « Parce qu’à nous matérialistes, on ne fait pas miroiter des veaux d’or » – « Parce que nous ne raisonnons pas en terme d’avoir, parce que nous ne jurons que par l’Être » – Parce que l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Pour les gens qui s’expriment ainsi, je vous le demande : qu’est-ce qu’un juif pauvre ? Qu’est-ce qu’une belle qui ne se vend pas ? – En vérité, dans la mentalité de la majorité des muzz, des marxistes et des cathos brutaux, ces deux erreurs de la nature n’existent pas, ces deux exception à la règle ne portent pas de nom.

« Personne ne sait mon nom, et personne ne connaît ce refuge. » – Ernst Jünger

Ce qui dérange le monde en vérité, ce n’est pas tant la différence, mais la différence qui demande un traitement d’exception. L’étranger qui présente son étrangeté comme un handicap ne restera pas esseulé très longtemps. Celui qui se la représente comme un signe d’élection, en revanche, entame l’ascension du Golgotha. Parce qu’ici-bas on est tous tolérants aux défauts des autres. Beaucoup moins en revanche à leurs qualités.
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Tous différents à condition que ta différence soit un handicap.
Tous égaux à condition de l’être dans la nullité.

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19 réflexions sur “Tous égaux dans la misère

  1. Bonsoir Millie, la lecture de cet article magnifiquement profond nous a fait penser au vertigineux sillon entre vos seins opulents, et nous a priapiquement rappelé combien nous avons envie de joui entre. Ou dessus, nous n’arrivons pas à nous entendre là-dessus entre nous, et certains ne parviennent pas à se décider individuellement non plus, comme ce bon capitaine Haddock avec sa couverture et sa barbe… et, voyez! Comme vous nous pervertissez l’esprit et troublez notre jugement : nous écrivons « barbe » et incontinent pensons à votre luxuriante toison pubienne! Mais revenons au temporel : pourriez-vous nous recevoir en urgence, avant la fin de la semaine de préférence, afin que nous rendions masturbatoirement hommage à cette poitrine qui fait fantasmer tout l’équipage de l’orgul? Un rythme d’un tous les quart d’heure nous parait judicieusement approprié, ça éviterait de troubler vos corésidents en faisant trop longtemps la queue dans l’escalier de votre immeuble. Bien entendu votre compagnon du moment pourra filmer. Dans l’attente de votre réponse bienveillante, nous vous suçons, chère Millie, les orteils en attendant les tétons.

  2. On s’est trop longtemps interrogé sur le sexe des anges pour ne pas se pencher, un jour, sur le sexe du Christ. Ce jour est arrivé. Vous êtes, blanche Millie, toute de privation, soustraite aux sens orgiaques qui proclament sotto voce la nouvelle que le christianisme nous intime quant au sexe : nous sommes un corps de chair réelle et précieuse dans sa dereliction même. Seule vous, et vous seule, êtes en mesure d’interpréter, a travers les icônes et les représentations de Jésus sur la croix, les attributs sexuels de la divinité, en scrutatrice minutieuse et presque éberluée des textes que vous analysez si brillamment. Relisant les textes des pères de l’Église à la lumière d’un Mercure polyphallique ou d’un Priape en pleine vigueur, sans volonté blasphématoire mais dans une démarche située au croisement de l’iconologie et de la psychanalyse, vous nous racontez en toute rigueur l’histoire de vos formes, si féminines parce que Dieu l’a voulu ainsi.

  3.  » Quand les scientifiques américains font valoir les avantages que représente l’aptitude à la sociabilité pour la préservation de notre espèce, ils notent entre autre le fait que nos ancêtres étaient davantage susceptibles que les néandertaliens de s’adapter à de nouveaux congénères lorsque leur tribu d’origine avait été décimée. Il échangeaient plus volontiers des affects et des services contre toutes sortes de biens, puisqu’ils étaient de nature serviable et avaient des affects à revendre…  »

    Mine de rien, une sacrée balle dans le pied aux Nietzschéens de bazar (et dans une certaine mesure à une certaine frange des libéraux).

    Sur le papier, nous sommes les Untermensch des Néandertaliens. Sur le papier, les Néandertaliens étaient plus robustes, plus adaptés au climat, avaient un volume cérébral plus élevé…
    Nous étions de pauvres singes comparés à eux. Dans une arêne, une salle de trading, une partie d’échecs, un duel à la hache, ils n’auraient fait qu’une bouchée de nous.
    Et pourtant…
    La destinée/Dieu/l’évolution/le hasard/la providence/les faits (rayez les mentions inutiles) en ont décidé autrement. L’empathie, et toutes ses conséquences, des capacités sociales plus élevés, des compromis/engagements envers le groupe, la famille, son prochain, l’organisation, en un mot la civilisation a été plus forte qu’un potentiel individuel aussi élevé soit-il.
    Mais la civilisation a un certain degré fait les hommes-fourmis, la ruche, la machine, la tradition, Il est venu détruire le Néandertalien comme la ruche.
    Mais pourquoi détruire la ruche? Elle est pourtant « efficace ». Mais pas morale.

     » Il échangeaient plus volontiers des affects et des services contre toutes sortes de biens, puisqu’ils étaient de nature serviable et avaient des affects à revendre…  »

    L’éternelle tension entre deux pôles.
    La ruche est immorale. Point.
    La Vertu se cache sous l’esprit borné. Elle est non-négociable. Pourquoi?
    Parce que c’est comme ça. Parce qu’elle n’est pas une vérité mathématique.
    Parce qu’elle n’est pas « naturelle ». Parce qu’elle a une autre origine.

    L’entre-deux, le modèle, la voie droite, c’est le Néandertalien vertueux et réaliste.
    Il y a encore des grottes très confortables. Au pire, des forêts qui tendent les bras.

    Désolé si c’est un peu confus. Promis, je dors.
    :P

    • My dear… rien d’étonnant à ce que votre réflexion soit un peu confuse… Vous tentez de réduire ma pensée à un système de votre cru où le Néandertalien tiendrait lieu d’archétype en quelque sorte opposé à celui du juif (mais qui serait son pendant complémentaire)… Il faut que vous compreniez que je tente désormais d’échapper à ce genre de facilités. Parce que « penser le néanderdalisme intellectuel », est une gageure aussi ridicule que /penser le rouquinisme/ ou encore /la blondeur en tant que philosophie du vide/.

      « L’éternelle tension entre deux pôles.
      La ruche est immorale. Point.
      La Vertu se cache sous l’esprit borné. Elle est non-négociable. »

      Non, non et non ! J’en ai assez de ces essentialisme, vraiment ! [Ce n’est pas pour rien que le manichéïsme a été classifié par les théologiens comme une hérésie !] Référez-vous à mon dernier article et mesurez la vacuité de ce genre d’équations binaires… Pour que vos équations tiennent debout il faut 1 – accepter vos prémisses arbitraires comme absolument indépassables & vraies (vos prémisses, à savoir votre définition du « néandertalisme intellectuel » qui n’est rien d’autre qu’une blague) 2 – accepter que votre méthode/machinerie systématique ne puisse donner que de bons résultats, même lorsqu’on ne la nourrit que de sornettes.

      –> Non, non et non !

      Trop facile, monsieur. Mathématique mais binaire : pas génial pour un sou.

      • « L’entre-deux, le modèle, la voie droite, c’est le Néandertalien vertueux et réaliste. »

        Oh là là ! Vous en êtes encore à dresser un portrait du surhomme ?

        Mais pourquoi ? L’Homme – cette quête infinie – ne vous suffit-il pas, bon Dieu ?

        Un homme, un vrai, un être humain fort et sensible, fort de sa sensibilité, c’est déjà tellement dur à trouver… que diable ferions-nous de surhommes ?

        http://www.fraternite.net/parati/homme.htm

  4. Le manichéisme a été reconnu comme hérésie parce qu’il a été assimilé, il est devenu obsolète parce qu’il a été complété, il n’en constitue pas moins un ingrédient essentiel.
    Je n’ai pas parlé de surhommes. Jamais. Je parle d’une voie droite à suivre.

    Parce qu’en plus le surhomme n’est pas « fort de sa sensibilité »?
    N’est-ce pas son instinct, sa vision, sa capacité à embrasser la complexité du monde en un seul regard, en un mot sa sensibilité qui fait sa supériorité?

    Et puis démonter ma vision, en lui reprochant de nécessité l’acceptation de certain prémisses, pour l’invalider… Cette invalidation nécessite elle aussi l’acceptation de vos prémisses.
    On ne bâtit rien en rejetant les vérités premières. Ce qui est mathématiquement juste n’est pas faux quand le surnaturel est inclus dans l’équation.

  5. « Combien de familles nombreuses catho n’ont-elles pas ainsi défavorisé leurs enfants les plus beaux et les plus vifs en faveur d’un petit frère ou d’une petite sœur trisomique, qui dès sa venue au monde devenait le réceptacle indu de tout l’amour maternel, et de toute la piété de la famille ? »

    C’est exactement ce que reprochait Machiavel au catholicisme, c’est exactement ce qui m’éloigne de tout baptême. Il y a une anecdote assez profonde sur la chute des Ming. Avant l’arrivée des mandchous, quasiment toute la parentèle impériale s’était convertie au catholicisme sous la protection des jésuites. Quand les mandchous sont arrivés, les Ming ont été massacrés ou ont fui, ils ne savaient plus combattre. Quant aux jésuites ils ont porté la petite natte humiliante pour complaire aux mandchous en pensant qu’ils allaient convertir la nouvelle dynastie tartare (c’était le nom que la sorte de légat jésuite donnait aux mandchous).

    L’Eglise, en Europe, a été obligée de pactiser avec la virilité guerrière et la beauté, l’intelligence et la passion, quant aux juifs elle ne les a supportés qu’honteux et surtout silencieux. L’Eglise a toujours caché qu’elle était fondée sur une triple impossibilité : la résurrection, l’amour indéterminé et illimité en genre et en nombre et l’amour éternel. Pascal n’a rien caché de tout cela mais il n’était pas un homme d’Eglise refusant le destin de moniale de sa soeur.

    Anne Sylvestre. Non seulement ce fut une très grande chanteuse, au même titre que la femme de Jean Ferrat que ce fumier a pillée, piétinée et détruite, mais elle sait ce que c’est que l’opprobre et la honte puisque son père, Albert Beugras, était un collabo et un collabo de la pire espèce

  6. Oui oui, c’est ce que l’on reproche souvent à l’Eglise.
    Force est de constater que les Francs sont devenus de vraies couilles molles après le Baptème de Clovis, sans parler des Croisés, des Templiers, de tout les chevaliers chargeants en tête de l’armée à 1 contre 30, à tout les hommes partis les armes à la main sachant qu’ils n’allaient jamais revenir…
    Force est aussi de constater que la virilité de l’Occidental moyen a fait des pas de géants depuis le début de la déchristianisation.

  7. « L’Eglise, en Europe, a été obligée de pactiser avec la virilité guerrière « , faudrait lire sans s’emporter Monsieur Paul, j’affirme juste que la virilité n’est pas homogène à la doctrine chrétienne, point

  8. « L’Eglise a toujours caché qu’elle était fondée sur une triple impossibilité : la résurrection, l’amour indéterminé et illimité en genre et en nombre et l’amour éternel. »

    J’aurais des choses à écrire là-dessus. Mais sachez tout de même que l’Eglise ne se fonde nullement sur une impossibilité lorsqu’elle demande aux simples hommes d’imiter le Christ, car elle sait très bien par ailleurs qu’ils ne sont pas le Christ. La contradiction n’est qu’apparente. Aujourd’hui, dans le monde de compétitivité effrénée dans lequel nous vivons, les hommes souffrent plus que jamais d’un manque d’empathie généralisé de leurs semblables à leur propre égard, et reproduisent par nécessité et faiblesse l’affront constant qui est fait à leur sensibilité. On leur demande perpétuellement de s’endurcir au contact de l’ignominie d’autrui. C’est très injuste. Le message du Christ, dans ce cadre-là, et plus que jamais d’actualité.

    « L’Eglise, en Europe, a été obligée de pactiser avec la virilité guerrière et la beauté, l’intelligence et la passion »

    Cela pouvait effectivement être compris ainsi : « la virilité et la passion sont des forces intrinsèquement étrangères au christianisme » – des pièces rapportées, quoi. J’ai fait le même raccourci que Paul. Vous ne pouvez pas vouloir dire toutes les choses et leur contraire : cela reviendrait à truster toute controverse, Mémento.

    « quant aux juifs elle ne les a supportés qu’honteux et surtout silencieux »

    Euh… faudrait pas oublier tout de même que ce sont eux qui L’on crucifié, hein ! Et puis quoi les juifs ? Y’en a des bien, mais y’en a aussi des moins bien. Ce n’est pas parce que je me défends parfois de certaines injustices qu’on m’a faites en invoquant la mémoire de ce redoutable accès de démence collective que fut la Shoah, que pour autant j’en oublie que le Juif est avant tout un archétype qui appartient à l’inconscient collectif occidental – avant que d’être ce mystérieux phénomène ethnico-métaphysique inexpliqué qu’on nous vend partout… C’est ce qui fait que je n’adopte pas la façon de penser de Hitler, précisément : pour moi « les juifs » ne sont pas « le Juif ». D’ailleurs l’une des choses qui m’empêche d’oublier quoi que ce soit, c’est le souvenir des fois où j’ai été moi-même maltraitée/exploitée/méprisée par des juifs (oui, des « vrais! »). J’ai deux ou trois petites anecdotes bien corsées qui je pense vous feraient réfléchir un peu. ^^

    « elle sait ce que c’est que l’opprobre et la honte puisque son père, Albert Beugras, était un collabo et un collabo de la pire espèce »

    Nous ne sommes pas responsables des iniquités de nos pères, Mémento. :)

    ***

    Pourquoi vous excuser ainsi lorsque vous n’êtes pas en tort, mon Paulo ? C’est afin de me donner du travail ? ^^

    • Le vrai problème de la sanctification des mongoliens au détriment des gens évolués et profonds est le suivant : dans quelle mesure un mongolien est-il capable de faire preuve de la moindre empathie vis-à-vis de qui que ce soit ? Voyez que le trisomique moyen est encore plus loin d’atteindre cet idéal « [d]’amour indéterminé et illimité en genre et en nombre et [d]’amour éternel » que n’importe quel type normal.

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