La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a

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In-nocence

Ma maman, elle a toujours été un peu idiote. Avec le temps on ne peut pas dire que cela s’arrange… Peut-être tout simplement, à cause de la disgrâce de l’âge, cela devient-il plus flagrant ? Quand elle était jeune, parce qu’elle ressemblait à une Claudia Cardinale en modèle réduit, avec son bon caractère, ses yeux rieurs, ses manières papillonnantes de lutin hyperactif, personne ne s’en apercevait. On prête aux visages enfantins, aux tempérament joueurs, bien des qualités d’esprit qu’ils ne possèdent pas. La jeunesse, la grâce, agissent comme un écran de rêve où les gens projettent toutes sortes d’effets de leur bonté. Les belles personnes, que leur charisme protège, quand elles sont douées de quelque gaieté, avancent vaille que vaille à travers les embûches, et même les humiliations occasionnelles, comme un mage passerait et repasserait à travers un miroir…  Semblables à des vaisseaux fantômes, elles demeurent ni vues ni connues parce qu’elles transforment tout à leur contact : des étrangers subitement les saluent, des avenues cachées se déplient, les carreaux des fenêtres closes leur envoient mille clins d’œils complice, de gentils chiens galeux leur demandent des nouvelles de leur santé… Même la lumière du soleil semble les éclairer plus profondément ! – Ma mère qui a toujours souffert de graves problèmes de vue, m’a souvent parlé de la lumière… Elle m’a souvent dit qu’elle avait éprouvé des émotions esthétiques intenses certains jours bénis, certains jours où ses yeux capricieux voulaient bien ne pas ternir le monde d’un voile d’opacité.

Quand le jour s’étiole enfin entre deux présages noirs, tandis qu’un ciel de sang évoque au Simple un feu de cheminée, les grands arbres noueux, veilleurs des bords de route, se penchent sur le passage des petits princes de ce monde, et leurs longs squelettes chenus apparaissent subitement amicaux et farceurs. Après cela, quand montent les Esprits, et dansent dans les ombres le souvenir des morts, au pied des anges vengeurs, à l’envers des calvaires qui font le croisement des routes, en ces lieux intermédiaires où l’homme de tête est livré au cours-bouillon de sa mémoire, quand les maigres raisons du monde ne peuvent résister au sabbat des angoisses, seule une âme particulièrement transparente peut continuer à circuler librement… ma mère qui évoluait dans les infra-sphères animales, au plus près des essences, je veux croire qu’elle était de ceux-là à qui les illusions grotesques de la nuit n’inspiraient nulle crainte…

Ma mère, c’était le genre à revenir du supermarché en disant qu’un type en caddie lui avait foncé dessus et qu’elle avait dû s’excuser à sa place : « Il est arrivé par le côté comme ça, sans crier gare, il m’a foncé dedans et devinez quoi ? Au lieu de s’excuser il m’a insultée ! – Il t’a insultée comment ça ? Mais qu’est-ce qu’il t’a dit ? – Oh je ne sais plus… j’étais tellement sonnée. Il m’a fait une réflexion sur ma coupe de cheveux. Il m’a comparée à un balais-éponge. – Il t’a traitée de balais-éponge ? Mais c’est insensé ! Mais qu’est-ce que cela veut dire ? – Je n’en sais rien. J’étais tellement sonnée, je suis restée bouche bée. Et puis alors une dame du supermarché est arrivée, c’était peut-être sa copine, elle m’a dit de lui demander pardon et qu’on en finisse. Je lui ai dit que je n’allais pas lui demander pardon, que c’était lui qui m’avait foncé dedans. Mais elle n’a rien voulu entendre, puis lui s’est mis à se plaindre auprès d’elle… moi je n’en revenais pas… »

C’est d’elle que je tiens cette faculté étrange. Nous attirons les sourires, mais nous cristallisons aussi les colères, les méchancetés, les craintes… Les gens aiment bien s’énerver après nous. Cela les soulage. Ils se soulagent, comme les chiens. Ce que je dis toujours : les pauvres, ils prennent une revanche sur la vie.

la boheme

Déniaisement

« Elle est tellement belle ta fille… Et puis elle parle bien. Je suis sûre qu’elle finira à la télé ! »
« Oh c’est toi qui a sculpté ça ? Vraiment, c’est très réussi. Pourquoi n’essaierais-tu pas d’en faire ton métier ? »
« J’adore ta façon de t’habiller. Tu as toujours tellement d’idées ! Tu devrais essayer de dessiner des vêtements. »
« Sérieux, on ne voyait que toi sur scène. Tu devrais tenter de passer le concours d’entrée du Cours Florent. »
« Je ne savais pas que tu chantais ! Pourquoi n’essaierais-tu pas de faire la Star-Ac’ ? »
« Oh toi alors, tu as tous les dons. On ne se fait aucun souci pour toi. Tu feras ce que tu voudras. Tout ce qui nous importe, à nous tes parents, c’est que tu sois heureuse. »
« J’ai vu la petite-fille de ma voisine. Sais-tu ce que c’est, son métier ? Elle agence des vitrines pour des commerces du centre-ville. Avec une petite formation, tu pourrais faire ça, toi. »
« Non c’est vrai, tu présentes bien. Et puis tu as un certain maintien. Je pense qu’ils te prendraient tout de suite comme hôtesse d’accueil. »
« Ecoute, je connais un photographe, il s’appelle Sergio. Dis-lui que tu viens de ma part, je suis sûre qu’il te fera un prix. Il fait du très bon boulot et puis je suis sûre qu’il va t’adorer. C’est quelqu’un de très ouvert, il sait reconnaître un tempérament artistique. »
« Salut ! Comment tu vas ? J’ai un plan pour faire de la figuration dans un film d’époque. C’est génial, on pourra peut-être voir Romain Duris ! Hiii ! C’est payé 50 euros de l’heure pour un simple passage devant la caméra. 100 s’ils te donnent une réplique. »
« Bonjour mademoiselle, je suis peintre à mes heures perdues. Un peintre du dimanche, quoi. Ce que j’aime faire surtout, c’est peindre des nus. J’ai déjà peint pas mal de petites étudiantes étrangères du pôle universitaire à côté. Si cela colle entre nous, nous pourrions planifier quelques séances. Attention, hein. Je ne suis pas un grand artiste, je fais ça surtout pour le plaisir… Si vous acceptez, ça doit être pour le plaisir également. »

« La Bohêmeuh ! La Bohêmeuh.. etc. » ♪

pas d'art sans liberté

Libéralisme

Je crois que ce que je trouve plus plus pathétique dans cette idéologie de la liberté qu’on nous vante, c’est qu’elle ne nous laisse plus comme liberté que celle de rentabiliser tout ce que nous savons faire, tout ce que nous faisons, tout ce que nous aimons, tout ce que nous sommes… à peine conçu, sitôt vendu ! Le concept comme le bonhomme. Le système est tellement vorace, il a tellement besoin de notre vitalité, de notre créativité, pour enrayer sa décadence, qu’il ne nous laisse même plus le moyen ni surtout le temps de développer le moindre savoir-faire, ni le moindre plaisir dans la création lorsque celle-ci est rémunérée. Or pas de créativité sans plaisir. Comment voulez-vous produire quelque chose qui vaille lorsque vous avez été sélectionné pour votre libre esprit et qu’on vous demande de faire dans des barquettes ? Tant qu’il va encore à l’école, il y a un vampire qui sommeille derrière chaque jeune à potentiel, prêt à lui fondre sur le paletot au moindre éveil du poète qui sommeille en lui, et qui lui demande de transfuser sa passion naturelle dans du marketting, de la pub ou du divertissement rapide&pas cher. Cela ne donne pas envie. La créativité a besoin de prendre ses aises, de flâner, de rigoler… de se vivre ! Le créatif n’est pas spécialement un mec qui aime créer, c’est avant tout un mec qui aime la vie ! Les gens qui ont le feu sacré non seulement sont ceux qui ne se laissent plus happer par la machine, mais plutôt que de donner de leur substantifique moelle au grand proxénétisme généralisé qui nous gouverne, ils préfèrent encore disparaître dans la nature, s’évader dans la marge, devenir Walgänger. Afin de pouvoir continuer à exercer leur liberté, paradoxalement, ils doivent dire fuck à l’idéologie de la liberté. Hier encore j’étais dans Paris. Ici encore plus qu’ailleurs, le maquereau t’attend au détour dès que tu produis le moindre début d’un morceau de quelque chose qui fait sens. Forcément, au final, comme personne n’y a plus le loisir – au sens profond du terme loisir  – d’y développer un art de vivre différent & élaboré, qui soit basé sur des idées complexes, comme plus personne n’a plus la liberté mentale d’y parler sans s’écouter parler, d’y vivre sans se regarder vivre, ne reste plus à ceux qui tentent malgré tout de suivre le mouvement pour imposer leur marque, qu’à vendre leurs corps ! La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Du coup, forcément, Zahia&Nabila sont à la mode !

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Prostitution

Hier dans Paris, je regardais ce que vendaient les magasins de prêt-à-porter… Mais que j’étais navrée ! Mais que j’étais dégoûtée par l’ambiance générale… Partout des boutons dorés, des festons bling-bling, de la perlouzes, du moulant, du ras-le-bonbon, des chaussures pour fétichistes, plumes d’autruche et barbie-doll, tape-à-l’oeil vulgaire à base d’imprimés serpent, léopard, slogans provocateurs sur t-shirts féminins : « sins&lust » et autres « look-at-me »… La standardisation du business a pris des proportions extrême : toutes les grandes enseignes proposent la même merde, à tous les prix, pour toutes les bourses, donc à tous les étages de la société. Jamais vu ça. C’est la mode de la pute, c’est la mode pour Zahia&Nabila, tout est à comprendre au premier-degré, on se désinhibe jusqu’au trognon, mais cela ne concerne pas seulement la banlieusarde en quête de quéquette friquée ou la fille-à-papa qui doit soigner ses relations. Non, la bourgeoise-mère aussi est concernée. Ainsi que bobonne, madame tout-le-monde, l’institutrice, la magistrate, la boulangère, la féministe, la lesbienne, la beurette et l’africaine qui parle à peine français. Tout le monde sur le pavé, tout le monde à vendre ses avantages, à tortiller du fion en mesure ! Rythmes africains, ambiance guerrière, enfants-soldats de la putasserie.

Les grands esprits se rencontrent : AMQC vient de peindre ses impressions sur l’atmosphère qui plane sur la capitale, et elles rejoignent les miennes : http://amoyquechault.over-blog.com/les-rats-sont-dans-paris

Voilà à quoi mène une telle conception utilitariste de la liberté. Aucun geste, aucun espoir, aucun art de vivre, aucun être-au-monde, rien n’est plus gratuit dans cette société-là. Mise à mort de toute spontanéité. Il faut tout mettre à l’encan, tout faire valoir. Si tu développes une aptitude, il faut qu’elle te serve ! Si tu ressembles à quelque chose, il faut que tu le deviennes ! Ainsi nos mamans, quand nous étions petits, en nous nourrissant, en nous couvrant de baisers, nous ont allumé des étoiles dans nos yeux, nous ont mis du baume dans nos cœur… elles ont fait cela innocemment, par atavisme, par instinct, par animalité, parce qu’elles nous rêvaient une vie joyeuse, un destin glorieux, parce que nous étions leur avenir, parce qu’elles nous souhaitaient une tête bien pleine, un cœur plein d’amour, de faire de beaux rêves, et de tous les réaliser… Mais au moment d’entrer dans la vie adulte, voilà tout ce qu’il en reste ? Au moment d’entrer dans la vie active, il faudrait faire tenir tout cela dans un CV ?

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Du Curiculum Vitae perçu comme une biographie

Un artiste à la mords-moi-le nœud ponds des (mauvais) portraits de pauvres gens et résume leur condition en quelques mots lapidaires : http://kitschophobe.tumblr.com/post/47784043241/depuis-quelque-temps-je-me-suis-mis-a-peindre

« Il nous a dit que s’il était parfois un peu brutal, c’est parce qu’il avait la rage de gagner » – « Avant de lui parler des résultats de son scanner, on lui a remis la charte des droits du malade » –  « Elle n’aime pas les inégalités, surtout quand elle pense que son beau-frère est plein aux as. » – « 70 heures de travail par semaine selon ses propres estimations » – « Elle anime des ateliers de speed painting ». L’ « artiste » en question explique ainsi son travail : « Certains CV peuvent faire sourire, voire rire, mais le fond de ma démarche n’est pas de faire de l’humour, ni de dénigrer ces semblables auxquels je ressemble tant. C’est plus grave : j’ai envie de faire sentir en quoi consistent réellement des vies tout entières. »

Une vie entière contenue dans un CV… Il serait judicieux d’interroger la façon dont ce pompeux imbécile emploie le terme en question. Il donne le « genre » du Curiculum Vitae pour un équivalent du genre biographique… Ce fainéant de barbouilleur n’a pas dû se trouver bien souvent en situation de chercher un emploi, croyez-moi ! – Personne en vérité ne raconte jamais sa vie entière à un employeur pour obtenir du boulot ! A moins de vouloir se mettre en ménage avec lui…  A moins vouloir à tout prix se ridiculiser… Ou bien de n’avoir jamais vécu effectivement que dans l’ambition unique de décrocher LE poste auquel on postule ! … – ce qui reviendrait à dire qu’on se soit toujours envisagé soi-même comme une sorte d’outil à usage unique (un genre de clef-à-molette ?)… – et qui sous-entendrait donc qu’on serait totalement inapte à remplir n’importe quel autre emploi (- adieu la vie si on est recalé ?). Non, le type lambda lorsqu’il écrit un Curiculum Vitae, sélectionne et biaise les informations qu’il y laisse car il cherche à atteindre un cœur de cible… car il est bien obligé de se faire passer pour un type idéal (un type idéal d’employé) qu’il n’est pas – qu’il ne peut pas décemment être, existentiellement parlant ! Le candidat doit écrire son cv comme l’acteur travaille un rôle de composition. Car l’employeur ne peut et ne doit désirer savoir qu’une seule chose : si le postulant possède ou non les qualités requises pour le poste qu’il propose. Que son futur employé aie ou non rêvé une nuit d’être un oiseau, préfère l’odeur du cambouis ou de la terre mouillée, ait réglé ou non son Œdipe, croie ou non à l’Œdipe, ou encore connaisse par cœur la moitié des Poèmes Saturniens, non seulement le regarde pas, mais le savoir ne lui serait d’aucun secours.

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Avant elle se battait pour mériter sa place. Avant elle se donnait beaucoup de mal pour décrocher un remerciement de son employeur ou quelques œillades masculines, pour ne pas se comporter comme une mère indigne, se faire respecter de ses amies, donner le change à la voisine, répondre aux exigences supposées de ses parents… Évidemment, elle n’obtenait la plupart du temps rien de plus qu’une autre, rien de plus sans doute que si elle n’avait jamais fait aucun effort. Et même son aptitude à courber l’échine la faisait le plus souvent passer pour quelqu’un de faible – alors que paradoxalement cette aptitude était le résultat de beaucoup de travail et d’abnégation. Mais lorsqu’on lui disait que la raison pour laquelle elle se faisait marcher dessus était précisément sa quête éperdue de reconnaissance sociale, alors elle ruait dans les brancards ! Elle s’exclamait qu’il n’y avait rien de pire que de passer son temps à faire des choses en lesquelles on ne croit pas, rien de pire de que fréquenter des gens dont on n’attend plus rien, rien de pire que d’obtenir des joies et des honneurs qu’on n’a pas mérité. Elle préférait continuer à croire à la comédie sociale et professionnelle, continuer comme une rock-star à jouer cette comédie sur les rotules à sang pour sang, parce qu’ainsi elle se persuadait qu’elle irriguait de sens l’étroite destinée servile encore laissée ouverte aux gens de bien, qu’ainsi elle tenait la maison du Seigneur en bon-ordre, à bout de bras : qu’ainsi grâce à elle chaque chose était encore en place dans son foyer, et les moutons au pré broutant ! Elle préférait vivre dans la certitude que toutes ses action étaient nécessaires en atteignant constamment ses limites que d’admettre que c’était cette certitude idiote, et le fait de vivre constamment au bord de ses limites, qui l’empêchaient de les dépasser… Elle préférait son martyr ordinaire, son martyr solidaire, sa participation invisible à la chaleur du troupeau, à cette compréhension honnie de la vanité de toute chose qui, si elle avait accepté de la rejoindre par lassitude, lui aurait sans doute fait opérer un bond hiérarchique dans son travail et remonter dans l’estime de ses proches… Quand tout à coup, patatras ! Tout s’écroula ! L’équilibre fut rompu.

Tout d’un coup, un beau matin de juillet alors qu’elle se prenait encore et encore vaillamment à espérer des jours meilleurs, elle apprit qu’elle était malade, et ce depuis longtemps, et qu’il lui fallait cesser de travailler pour se soigner, qu’il lui fallait lâcher-prise… Ses rapports avec les autres en changèrent du tout-au-tout. Elle qui n’obtenait jamais rien en se tuant à la tâche, à présent qu’elle ne pouvait plus se tenir debout et donner-donner, qu’elle n’était plus là que pour recevoir les autres dans un lit, recevoir des soins, recevoir de la commisération, recevoir des chocolats, elle qui n’avait jamais jusque-là suscité la compassion de personne, devint pour la première fois de sa vie d’adulte l’objet de mille attentions dévotes. D’un coup d’un seul, on se souciait de ses humeurs, d’un coup ses sensations importaient, ses projets dans les airs faisaient soupirer quelques autres… Cela ne lui était plus arrivé depuis l’âge de dix ans. Bien des cœurs sensibles ne deviennent hypocondriaques que pour obtenir cela. Rejoindre la sensation d’être sauvé du petit garçon malade, à qui sa mère vient porter le petit-déjeuner au lit, tandis que ses camarades sont enfermé à l’école, occupés à bûcher sur un devoir particulièrement ardu.

Ah ! La sainte et sotte habitude de vouloir que tout ce que nous faisons soit rentable ! Ah la satisfaction que nous aurions à être totalement en mesure de nous auto-instrumentaliser ! Ah la petitesse, la médiocrité existentielle, l’absence d’espoirs réalisables, dans lesquels nous végétons à cause de cela.

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35 réflexions sur “La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a

  1. Je ne lis pas les posts de plus de 9 lignes. Faites un effort je vous prie chère Milkie.
    A part ça, je suis photographe à mes heures perdues. Un photographe du dimanche, quoi. Ce que j’aime faire surtout, c’est photographier des nus. Nous pourrions planifier quelques séances. Attention, hein. Je ne suis pas un grand artiste, je fais ça surtout pour le plaisir…

        • Qu’est-ce que ça veut dire ? Que tu es un ayatollah déguisé en pervers qui veut me punir de parler de moi (pourtant quand Renaud Camus raconte ses fist-fucking il a droit à du « très cher maitre » – et puis qu’aurais-je à dire si je ne parlais pas de moi?)… ou que je ne donne que des clopinettes et que je n’aurai droit à de vrais commentaires que lorsque je mettrai les mains dans le camboui ?

  2. Il y a quelque chose de con, dans ce rapport moderne au travail…
    Qui devrait être la continuité de l’individu. Qui devrait le définir.
    L’individu et le travail doivent se confondre. Il est fortement déconseillé de travailler pour faire bouillir la marmite, c’est très mal vu. N’importe quel employé de bureau doit considérer son poste comme la continuité de son être, ses collègues comme des amis, il doit absolument AIMER ce qu’il fait, même s’il vend des aspirateurs.
    C’est une négation du concept de travail… Le travail a été un devoir pendant des millénaires, on travaille pour manger, comme on se bat pour vivre. Aujourd’hui, il tiens plus du devoir moral puisqu’il est possible d’y échapper. Mais le principe est le même. On paye son tribut à la réalité. A la pluie, au soleil, à son estomac, à ses pulsions, à ses désirs…
    Il est plutôt logique que 97% des gens n’aiment pas leur devoir, mais ils n’acceptent même pas que c’est un devoir. Il est fascinant de voir une fille qui joue le rôle de secrétaire, mais avec un titre officiel un peu plus pompeux, parler de sa « carrière ». Ou d’une autre parler du lancement de la succursale d’une fabrique de tuyaux comme d’un « projet humain exitant et socialement épanouissant, bla bla bla ». Les gens n’acceptent pas le fait d’être là pour faire du fric. Ce n’est pas une honte, loin de là, mais ils ne l’acceptent pas.
    Un des B.A.-ba du libéralisme, c’est le principe de non-agression, qui implique nécessairement de ne pas dépendre des autres sauf s’ils le consentent. Voilà tout. Quand on n’est ni rentier, ni mère de famille, ni Moine (et encore, le travail est ici une obligation morale chez beaucoup…), il faut se prendre en main.
    Cette manie moderne de pousser les gamins à exploiter et faire fructifier la moindre once de talent me semble au contraire d’une autre inspiration. Les talents que l’on pousse à exploiter sont souvent les mêmes, et les places à prendre en comparaison assez peu nombreuses. Du reste, c’est la même logique qui pousse le gamin qui a lu deux Zola en fac de Lettres.
    « Il lit, c’est un littéraire, il doit aller en fac de Lettres. »
    Comme si les gens n’osaient pas avouer une évidence. Les gens qui aiment leur travail sont soit des imbéciles heureux soit une infime minorité de gens ayant exploité un talent naturel vendable, et qui sont capables de l’exploiter sans en être dégoûtés. Ce qui est le plus précieux est gratuit (c’est bon, ça fait pas trop hippie de dire ça?).
    Vivre par la littérature, faire du fric avec signifie s’adapter au goûts du public, faire des compromis, exploiter une part de marché. Même chose pour l’architecture, un architecte vraiment passionné ne pourra bien souvent pas en vivre et refusera 95% des commandes.
    Il est socialement bien vu d’avoir un loisir rémunéré, et de l’appeler travail, si possible avec le titre le plus pompeux possible.
    L’attitude « libérale » consisterait à voir l’économie comme un gigantesque champ de bataille, et de trouver la bonne stratégie à adopter pour massacrer l’ennemi et sauver sa peau.
    Pour faire ce que l’on aime, il y a le reste du temps.
    Fait fortune, après étudie la littérature ou apprend le banjo si tu le souhaites. Ca, c’est l’attitude libérale. Des parents qui poussent leurs enfants à faire ce qu’ils aiment, à vendre n’importe quel talent, sont des irresponsables qui rendent leurs enfants mûrs pour la prostitution. Arbeit Macht Frei dans la mesure où on le voit comme une armure qui nous protège de la dégueulasserie du monde extérieur.
    De deux types qui aiment la littérature, celui qui vend des aspirateurs l’aimeras bien plus que celui qui en vit. Elle ne sera pas souillée par la « marchandisation du monde » parce qu’il ne la voit pas comme un gagne-pain. L’éditeur et pas mal d’écrivain, si.
    Si mon fils fait du violon et veut devenir violoniste, je lui met deux baffes et lui demande de prendre la hache et de couper du bois. Non mais.
    La capacité à réparer des lavabos est économiquement plus précieuse que la capacité à lire Sénèque.
    Pourtant, tout les parents feront en sorte que leurs gamins aillent à l’université lire Sénèque plutôt que de les pousser à apprendre un métier viable. Faire du fric signifie bien souvent vendre quelque chose d’extérieur à soit, quelque chose que l’ont finit par posséder. Alors que celui qui vend ce qu’il a de plus précieux en lui, son talent… Bien souvent il fera la pute pour pas grand-chose.
    L’attitude libérale n’est-elle pas l’inverse de cette manie de putisation omniprésente? Quelqu’un qui veut se « réaliser », « s’épanouir » par son travail, vivre de son talent (ou grâce à sa capacité de faire la pute) peut-il vivre dans une optique libérale?

    • Ma dernière phrase est débile. Il fallait entendre: « L’artiste-peintre moyennement doué peut-il vivre de son pinceau sans faire la pute?
      Pendant des millénaires, le travail consistait à nourir les porcs et faucher le blé, parfois à repousser l’envahisseur (travail et devoir se confondaient).
      C’est assez proche de l’attitude libérale…
      Fait ce que tu aimes, dans la mesure ou il y a une part de marché à exploiter. Mais ne fait pas la pute. Sinon, fait ton devoir.
      Rappelons que sans discipline ni morale ni éducation, le libéralisme marche à la sauce Slave.

      • N’empêche, mère au foyer, c’est du travail… Ca faisait longtemps que je n’avais pas été aussi empêchée d’écrire… Du coup j’ai vachement envie ! – forcément. ^^

        L’homme est assez proche du chat ou de l’âne : il fonctionne bcp par esprit de contradiction.

  3. Ce Paul Hodell-Hallite quel philosophe quand-même!

    … comme disait André Gide « Il faut déjà passablement d’intelligence pour souffrir de n’en avoir pas davantage »

  4. A propos de nichons, je me demande, entre ceux d’irena et ceux de Julie (Couronne) … hein? Un avis monsieur le philosophe de cuvette WC?

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  7. J’ai littéralement « In-nocence » !
    Je vais lire la suite bien sûr mais ne pourrai être que déçu, c’est pourquoi je tenais à le dire avant de continuer ma lecture.

  8. J’ai littéralement adoré « In-nocence » !
    Je vais lire la suite bien sûr mais ne pourrai être que déçu, c’est pourquoi je tenais à le dire avant de continuer ma lecture.

  9. Et bien non, j’ai poursuivi et je n’ai pas été déçu. Au simple plaisir de la lecture s’est trouvée intégrée comme la réflexion un peu poisseuse mais salvatrice d’un mal-être indéfinissable autrement que par la sensation irraisonnée et cependant pertinente d’un texte qui tranche dans le vif du sujet.

    On attend juste peut-être vainement un rayon d’espoir, par contraste, ou par naïveté car c’est une arme redoutable la naïveté, qui consiste à laisser croire aux requins qu’en aucun cas nous ne représentons une proie intéressante pour leurs dents acérées. Ça permet de poursuivre tranquillement sa navigation solitaire sans faire de quartiers.

    Merci pour ce beau sillage.

  10. Après Paul et ses commentaires plus longs que les articles de Millie, voici Pierre qui fait, lui-aussi, dans le verbeux indigeste. Pfff !
    Par pitié, rendez-nous la frivolité d’antan quand Mimille postait des photos d’elle en T-shirt moulant pour nous inciter à voter.

    « J’veux du cuir, jveux des gros seins, des gros culs…. » (poète du 20ème siècle)

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