Aux moujiks

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Isspisse di sale pute, moi ji suis un gentleman, ji rien à faire avec des folles comme toi, retourne d’où tu viens sale Djin, sorcière, Shaïtan tu m’salis. Ji d’la pitié pour toi : ji vais ti casser les dents avec di cailloux si ti continues à parler. Dieu est miséricordieux, Dieu est Grand. [Nebojka Ciric sur I Like Your Style]

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– Calmez-vous Irena. Vous me faites peur…

– Je vous fais peur ? La bonne blague ! – Comment voulez-vous qu’un être qui ne sait ni commander ni obéir, soit le moins du monde dangereux pour ses semblables ? Ces ailes trop grandes qui m’empêchent de marcher, sont aussi les garants du caractère inoffensif de mon Übris. En fait je ne m’autorise mon Übris qu’à une telle condition. En d’autres termes j’ai le droit de vivre en suivant des raisons/des ambitions supérieures à la condition-même qu’une telle supériorité m’isole de mes semblables… irréductiblement. C’est mathématique. Si tu te prétends plus grand que les autres mais que tu vis parmi eux sur un pied d’égalité : pourquoi te laissent-ils faire ? Si tu les commande, pourquoi se laissent-t-ils commander ? Parce qu’ils ont admis ta supériorité naturelle et qu’ils la respectent, ou bien plutôt parce que les trompes et que tu les manipules ?

Je ne sais pas comment vous l’expliquer… Je joue les punkettes et vous me prenez vraiment pour une pauvre fille… genre, euh… une sorte de cassos… et je ne vous ai jamais détrompé parce que… c’est rigolo, en fait ! – Quand je vous lis j’ai l’impression d’être Amy Winehouse, lol ! – C’est rigolo et pathétique aussi un peu, parce que dans la vraie vie, eh bien, c’est vous qui êtes les cassos !

Moi je sais ce que vous faites, ce qu’est votre vie, eh bon je ne vous en parle pas… parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs, voyez-vous… pas la même valeur non plus. Moi, eh bien… Je ne suis pas née dans une ruine aux murs lépreux, les deux pieds dans la bouzasse, je n’ai pas été élevée par la rue, vous comprenez… Moi je suis née au pays des bisounours ! C’est pour cela que ça m’amuse, de tenter le Diable ! Les pauvres gens courbent l’échine devant plus fort qu’eux, moi je dis : « essaie-donc de jouer au con, pour voir ! » Ils évitent l’adversité, moi je la recherche ! – Je suis toujours étonnée du degré abyssal de bassesse où est capable de descendre le commun des pauvres gens lorsqu’on lui en laisse la liberté.

C’est à cela qu’on reconnait à un vrai pauvre : il est tellement peu habitué à avoir du pouvoir sur autrui que lorsqu’on lui en donne, il ne l’utilise jamais pour faire du bien. Toujours pour prendre sa revanche sur la vie. Saleté de mentalité de clebs. Pour avoir peur du Diable au premier degré, en fait il faut être né au Moyen-Âge, c’est-à-dire au bled en Afrique, ou quelque part dans un trou paumé de la Magyarie… Moi je suis athée à la base, c’est pour ça que les choses sacrées me mettent en joie au lieu de me terrifier, que je joue avec les tabous comme avec un jeu d’osselets. Du coup les primitifs me prennent soit pour Dieu soit pour une sorcière. « C’est magique » – à lire avec l’accent afwiquain.

Quand j’étais petite j’étais comme Candide, on me faisait croire que j’allais grandir dans le meilleur des mondes possibles… forcément que j’ai déchanté ! Quand vous m’avez rencontrée je ne croyais pas encore au mal… je ne le voyais pas, le mal ! C’est pour ça qu’au lieu de partir en courant – comme aurait fait n’importe quelle personne sensée – je me suis intéressée à vous et à ce que vous pensiez… je vous ai trouvés exotiques.

Quand j’étais petite je mangeais réellement avec un petit couvert plaqué d’argent… ceci n’est pas une métaphore. Là d’où je viens, la vie humaine a plus de prix. Et ma vie comptait davantage encore au yeux des gens qui m’ont élevée que celle de n’importe qui d’autre… Je n’ai pas été mise au monde pour prouver quoi que ce soit à des rustres comme vous, qu’ils soient mes patrons dans la vie, qu’ils portent une arme, un sceptre de roi nègre ridicule ou un uniforme… je ne suis pas faite non plus pour remplir un usage précis, ni pour servir qui que ce soit…

On ne m’a pas brisé les reins quand j’étais enfant pour que je devienne une bête de cirque, un singe savant ou un automate…  Rien ne m’a non plus préparée à la balkanisation progressive de mon pays. Vous, vous ne pouvez pas comprendre, vous venez déjà des Balkans. Ce qui est normal pour vous ne l’est pas pour moi. Je ne peux pas vous raconter vraiment ma vie… parce que d’abord j’aime bien passer pour toutes sortes de truc, j’ai toujours aimé me déguiser… C’est la grande différence qu’il y a entre les gens du tiers-monde et les vrais gentils occidentaux aux mains blanches, voyez-vous : nous cherchons à passer pour plus terribles et désinhibés que nous sommes, quand vous autres essayez maladroitement de vous laver de votre barbaritude… Vous vous rêvez (dans le meilleurs des cas) en noeud-pap’ et smocking sous les ors et les lambris du salon de madame la Marquise, quand nous autres nous maculons le visage avec du noir de bouchon pour nous faire croire que sommes des fous dangereux et que nous partons en guerre… Apocalypse Now !

Vous essayez perpétuellement, désespérément, de me psychologiser, de me réduire la tête, de me coller des étiquettes réductrices… parce que ce que je suis pour de vrai échappe à votre entendement sommaire… Il aurait peut-être fallu que je vous raconte ma vie plus tôt, peut-être auriez vous compris deux ou trois trucs, mais je ne pouvais pas le faire à fond. Je ne peux toujours pas. Parce que ça ne vous regarde pas.

Le plus dingue sans doute c’est que vous ne compreniez jamais, la plupart du temps, lorsque je fais de l’humour – que je puisse avoir de l’humour vous semble contre-nature… ma façon-même de me moquer de vous, vous est totalement étrangère… parce que chez vous l’insulte n’est qu’une insulte, le compliment qu’un compliment… Vous êtes des brutes.

Chez moi les compliments se font à-demi honteux, et timides… vous ne les percevez pas comme tels. Les insultes sont réversibles aussi, et consciemment. Par exemple je m’identifie assez souvent à la personne que je cherche à humilier ; quand je rabaisse quelqu’un je lui dis souvent des choses qui sont vraies à propos de moi… qui parlent de moi. C’est délibéré ! Je préfère projeter sur mon ennemi des défauts qui sont les miens, et qui ont évidemment pour revers un certain nombre de qualités… ainsi je ne lui dis pas : « casse-toi t’es pas d’mon monde » – le fait que je m’adresse à lui suffirait à prouver le contraire – mais je lui tends un piège à clef. Il suffirait à ma victime de comprendre cela pour ne plus se sentir insultée – en fait il lui suffirait d’abandonner son ressentiment pour que le mien à son égard disparaisse du même coup – il lui suffirait de faire preuve d’un peu de générosité décalée, de faire un pas de côté, du côté de l’humanité, dans ce moment de vanité blessée où justement la chose est plus inattendue, donc plus difficile -, mais elle est généralement tellement furieuse de ce que je lui dis qu’elle aimerait mieux se faire découper en morceaux plutôt que de me répliquer : « je suis donc comme toi ». En agissant ainsi mes interlocuteurs me prouvent encore une fois qu’ils me sont infiniment inférieurs et me donnent raison de les humilier.

Souvent, je vous parle au 5e degré et vous ne le voyez pas… vous ne voyez pas la tentation irrépressible que j’ai de me rouler dans les clichés que vous véhiculez sur mon compte comme un cochon dans sa soue… vous ne voyez pas que j’aime à être caricaturée de telle ou telle manière parce que la réalité c’est que j’échappe profondément à toute catégorie… vous ne connaissez pas la lassitude des êtres lourds qui ne tiennent dans aucune case et du coup ne prisent rien tant que d’endosser des habits trop petits pour eux…

Vous ne comprenez pas que la raison pour laquelle je ne loge pas ma pudeur dans ce que vous appelez la nudité tient à ce que, fondamentalement, je suis beaucoup moins attachée qu’il n’y paraît aux choses du corps… Qu’une femme jolie puisse souffrir d’être fondamentalement aussi détachée du Siècle qu’un ermite, entretenir sa vanité comme d’autres veillent à leur hygiène de base, et cependant exiger qu’on lui témoigne encore un peu de courtoisie, vous dépasse… et cela dans des proportions qui moi-même me dépassent… Vous n’entendez pas le rire léger qui se cache derrière mes jeux érotiques parce que vous ne pouvez pas concevoir qu’une femme puisse jouer à faire la femme… Vous croyez dur comme fer aux apparences, et même lorsque vous vous trouvez confrontés à un jeu trompeur d’apparences qui se dévoilent entre elles et se déchirent successivement, vous continuez à foncer tête baissée dans le panneau mouvant, comme une espèce de gros taureau furieux excité par un chiffon rouge…

C’est amusant d’en arriver là juste parce que vous avez le front trop bas, mais que vous ne pouvez malgré tout pas renoncer à l’idée que parce que vous êtes des homme, et que vous êtes généralement plus âgés que moi, vous avez vocation à être mes maîtres… En réalité, vivriez-vous mille ans de plus, vous n’auriez toujours rien à m’apprendre que je ne sache déjà… et je continuerais à vous trouver offensants lorsque vous prétendez au surplus m’accorder toute sorte d’effet de votre compréhension et de votre mansuétude, vous qui ne comprenez rien et en réalité et êtes tellement plus pauvre en bonté que moi.

Je ne peux pas vous expliquer qui je suis vraiment sous les franges rose fuschia de mon bikini internautique, parce que, et bien malgré moi, j’ai de la pudeur qui se cache par pudeur… Vraiment, c’est amusant cette méchanceté chimiquement pure de votre part qui me dépasse, cette brutalité inouïe, sidérante, avec laquelle vous vous acharnez à tenter de me lapider « comme des seigneurs »… Les seigneurs ne lapident pas les femmes, pauvres fous. Les seigneurs ne leur hurlent pas des insanités dès qu’elles font preuve d’un peu d’esprit. Vous représentez l’altérité totale pour moi qui ai grandi dans du coton (et qui après 2-3 aventures hors du coton, y suis finalement retournée vivre)… vous ne savez tellement pas à qui vous vous adressez… c’est amusant et terrifiant à la fois.

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J’aurais très bien pu laisser couler en réalité. C’aurait même été plus facile. Ne pas réagir. C’est ce que je faisais autrefois. Je ne réagissais pas à toutes les insultes, j’attendais qu’on se lasse, que ça passe, qu’on se raisonne, qu’on revienne de soi-même au sens-commun… Ca n’est jamais arrivé, monsieur ! Si vous leur laissez l’opportunité vous mordre une fois ou deux en toute impunité, à ces chiens – par peur de déranger, pour ne pas faire de vagues – ils se figurent que vous aimez ça ! Et puis l’odeur du sang excite les requins, et vous vous retrouvez, à cause de votre délicatesse, bloquée par vos scrupules, entourée de prédateurs en la personne de gens qui ne mériteraient même pas de vous baiser les souliers. Vous vous retrouvez, comble du non-sens, à passer pour une masochiste ! – C’est que nous sommes ici chez les moujiks : la délicatesse y est toujours interprétée comme de la faiblesse. En ne laissant rien passer, j’évite qu’on s’habitue à l’idée que certaines insultes à mon endroit ne seraient pas des insultes, qu’elles sont permises, voire de bon goût et même recommandées.

Mon but est d’échapper au rôle du bouc-émissaire de service. Et la meilleure défense, c’est encore l’attaque. L’expérience m’a appris ça. En faisant cela je prends évidemment le risque de manquer de style… de me ridiculiser et de passer pour une hystérique. Mais que voulez-vous, puisque la bêtise, la méchanceté, la pleutrerie générale, ne me laissent pas le choix !

Vous aspirez à un vrai patriarcat chrétien ? Mais encore faudrait-il avoir les épaules ! Suffit pas d’être méchant et brutal pour imposer sa supériorité à quelqu’un comme moi.

Qui jadis dans la réacosphère a-t-il jamais eu la carrure pour protéger une faible femme ? C’est leur insuffisance à tous – à tous ces barbares auto-proclamés gentlemen – qui m’a conduite à m’endurcir et à quitter ma position première de jeune femme littéraire, sensible et admirative.

Vous n’avez même pas idée du degré d’épidermisme et de fragilité qui était le mien au moment où je suis entrée dans la réacosphère et où une assemblée de grossiers personnages, de masturbateurs et de moujiks renfrognés m’est tombée dessus ! Il a bien fallu que je m’adapte !

Les seules fois où j’ai pensé trouver des protecteurs ici, ils se sont comportés comme de vrais maquereaux ! Les autres, ceux qui n’envisageaient pas de se /payer sur la bête/ leur sollicitude à mon endroit, étaient si lâches qu’ils se contentaient de servir de serviteurs à mes agresseurs par peur d’attirer leurs foudres contre eux. J’ai dû affronter seule au milieu des lazzis, des quolibets, des individus profondément sinistres qui avant moi n’avaient jamais trouvé la moindre conscience un tant soit peu chrétienne pour leur barrer le chemin. Et après ça il faudrait que je regarde ces poules mouillées qui nous entourent comme des hommes ?

Je n’ai pas été élevée dans l’idée que j’étais inférieure aux hommes, c’est vrai. Mais précisément parce que je n’ai pas une mentalité de larbin, je suis parfaitement capable d’éprouver de l’admiration, de faire preuve d’indulgence et de miséricorde, je ne n’ai aucune incapacité à la tendresse et je n’ai aucun problème pour me soumettre à plus grand que moi. En fait j’ai même toujours désiré de tout mon cœur rencontrer de grands hommes, qui m’auraient inspiré le respect et la crainte sacrée des hauteurs (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis venue essayer de fréquenter des écrivains). Ici, jusqu’à ces dernières années (qui m’ont permis de faire une rencontre surprenante), je n’avais jamais croisé que des minables emplis de ressentiment, des arracheurs d’ailes de bête-à-Bon Dieu, des grenouilles baveuses déguisées en dictateurs nègres, qui croyaient pouvoir m’en imposer sans jamais faire preuve d’une seule once de noblesse. Peuh !

6 réflexions sur “Aux moujiks

  1. J’adore positivement votre nombrilisme, parce que je le trouve érotique en démon, chaque fois que je vous lis j’imagine votre nombril surmontant votre sexe abondamment poilu, aux effluves poivrées, et j’éprouve une envie irrésistible de faire darder ma langue entre mes lèvres desséchées pour la mettre dans ce petit creux circulaire, source de vie et d’enfantement.

  2. « En fait j’ai même toujours désiré de tout mon cœur rencontrer de grands hommes, qui m’auraient inspiré le respect et la crainte sacrée des hauteurs »

    C’est quoi un grand homme ? Un pompeux dégueuleur de verbe publié chez Galiimard qui prend la pose du mépris pour le genre humain alors que le seul but dans sa vie c’est de frotter son organe dans un maximum de chattes ?

    Le respect admiratif c’est bon pour les cockers.

  3. La couverture de votre bouquin est pleine de taches, Mimiche… Prenez soin de vos affaires, rogntudju ! Si j’étais Dostoïevski je me sentirais humilié et offensé.

  4. Une femme détachée du siècle, vous Millie ?

    Quid de votre Facebook à la con sur lequel vous avez entretenu votre narcissisme devant une cour de clébards masculins de la pire des façons ?

    C’est être détachée du siècle, ça ?

    Vous parlez sans arrête du patriarcat.

    Est-ce une façon de légitimer que votre moitié paye la totalité de l’addition au restaurant ?

    Oui d’ailleurs, est-ce que vous partagez les dépenses avec votre ami ?

    Non parce que si le Patriarcat ne consiste qu’à faire banquer les mâles, c’est de l’arnaque.

    Je vous aime Millie

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