Des gens s’expriment pour moi, à ma place

—> Sami Aldeeb aux Etats Généraux du bien-être animal organisé par Vigilance Halal

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—> Fiasco politique des élites soixante-huitardes par Jean-Pierre Le Goff

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> La manif pour tous

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Avant-goût

Au moins quatre heures déjà que la voiture roulait. Sylvie s’était affalée sur moi dans son sommeil. Tout son poids écrasait mon côté, sa tête sur mon épaule, de la bave dans mon cou, ma joue accolée à la vitre, les yeux dans le vague des panneaux lumineux qui fuyaient… Le parfum de Sylvie, une vanilline trop sucrée, quelque chose de bien lourd qui rappelait la frangipane ou la pâte d’amande, se mêlait à celui du plastique chaud des housses des sièges, des appuie-têtes. Je signalai au conducteur une envie de vomir qui montait. Nous étions coincés avec celui-là et sa musique électro pour toute la nuit encore, au moins. A midi le lendemain nous avions rendez-vous dans les environs de Rimini, pour prendre l’apéro avec son sacré beau-frère, une flèche rugbymane particulièrement tactile, qui lorsqu’il ne parlait pas d’argent se répandait en propos scabreux. J’avais malgré tout hâte d’y être… Ah le chant des cigales, ah les romarins en fleur, et la douce et molle frangine aux yeux clairs… les cernes bleues dans son teint pâle, ses lourds bras blancs croisés sur son tablier fleuri. Notre conducteur, le beau Julien, me rétorqua bravement que si je voulais vomir, je pouvais toujours utiliser un paquet de chips qui trainait. Il était sincèrement pressé de la retrouver ! Pour plaisanter, régulièrement, il s’écriait : « Putain des fois je regrette de l’avoir mariée, ma frangine ! » – « Tiens, mon petit Alexis, toi tu aurais pu faire un bon parti. Si seulement tu avais été moins pauvre, je te l’aurais donnée, et nous n’aurions pas besoin de faire 400 bornes pour aller la voir aujourd’hui. » Là-dessus les deux compères échangeaient un long rire gras.

Sur la vitre où mon front était appuyé, des gouttes de pluie en abondance, piégées par la vitesse, s’étiraient continuellement vers l’arrière-train du véhicule en longues ramifications fébriles. Le contact du verre /sécurit/ avec ma peau produisait un halo de buée. Une semaine entière que nous étions en vacances, et il n’avait pas cessé de pleuvoir… L’heure était déjà avancée mais le ciel était encore tout à son chagrin et ne semblait pas en avoir fini de l’être.

***

J’ai aperçu le vieux sage emporté par le vent, qui traversait le parvis de N-D. Les nuages sombres au ciel se chevauchaient avec humeur. On eût dit un papillon de nuit, enveloppé serré dans son grand imperméable gris pâle. Son pas était tout-à-fait vif, énergique, décidé. Il avait semblait-il recouvré l’énergie du jeune homme ; il allait la tête en avant protégé par un chapeau mou, on ne voyait pas son visage…

***

Ne crains rien, tout est bien. Ne bouge plus, cela ne fera pas mal. Attends, les voisins ferment les volets, voilà tout est calme à nouveau, nous pouvons y aller. Serre les dents, ne pense plus à rien, c’est cela… il va faire très sombre. Je tire le rideau, tiens-toi droite, relâche la mâchoire, détends tes épaules. Cela ne serre pas trop ? Respire doucement. Quelle est cette odeur ? Attends je reviens. Je vais vérifier que les plaques sont éteintes… Reprend le compte à rebours en m’attendant. Je mets un peu de musique ? Non, il est trop tard. Cela n’est plus la peine. Ca y est, tu dors déjà ? Non, ne réponds pas. Ne te donne pas cette peine, garde les yeux fermés.

***

Ce qui me plaisait le plus chez elle ? Sans doute son petit air obstiné. Ce menton pointu, ce nez retroussé, la bouche tellement lasse, ce grand front sévère, que trahissait subitement une vive lueur moqueuse dans un grand œil rempli de clarté, tout disait chez elle : « J’attends quelque chose, quelque chose qui ne viendra pas. » – « Oh rassurez-vous j’en ai pris mon parti. Vous n’êtes pas à la hauteur, ce n’est pas si grave… » – « J’en ai l’habitude mais faites attention tout de même ; je pourrais me fâcher. » Tout ce qu’elle faisait, elle semblait le faire à contre-coeur, et cependant tout ce qu’elle faisait, elle le faisait bien. Demandais-je une cigarette ? Elle paraissait n’avoir rien entendu, et cependant il arrivait très souvent qu’elle fût la plus rapide à dégainer son paquet. Il y avait de la diablerie dans la précision de ses gestes. De l’art. Mais sans ostentation. Deux doigts seulement de sa belle main soignée faisaient alternativement sauter le capuchon, glisser une cigarette en ma direction et me désignaient avec un rien d’autorité agacée le briquet imbriqué entre elles si je ne le trouvais pas. Il lui arrivait même parfois, obligeamment, de l’actionner, après que j’aie eu porté la cigarette à ma bouche – quand elle était de bonne humeur. Tout ce petit jeu, généralement, avait lieu sans qu’elle donnât l’air d’y penser, tout en sirotant à petites gorgées résignées un gin ou un whisky, bien qu’elle n’appréciât ni l’un ni l’autre. De son propre aveu, elle préférait boire des alcools qu’elle n’aimait pas : c’était sa manière à elle de se modérer, disait-elle. On devinait très bien aussi à sa façon de crapoter qu’elle ne fumait que pour nous, quand elle était avec nous, par souci d’intégration sociale, et non pour son plaisir : elle toussait encore, de temps en temps, et ses yeux rougissaient, lorsqu’elle en avait avalé. Oh comme elle avait eu raison de conserver ces jolies manières de pucelle ! Lorsqu’il est bien maîtrisé, non seulement le ridicule ne tue pas, mais réjouit. Je me souviens lorsque nous étions plus jeunes, lorsqu’elle accompagnait Julien en soirée, habillée simple, jamais à la mode, peu ou pas maquillée, mais toujours pimpante, cette impression qu’elle donnait toujours d’être là par hasard, de vouloir partir tôt, de sourire par devoir… La soirée se muait en fête à mesure que se prolongeait son inespérée présence… je devenais gai simplement de la trouver encore assise au salon à la minuit passée… et mon cœur se prenait à battre, juste de constater qu’elle n’était pas encore partie au petit matin. Souvent nous disions tout haut : « XXXX est restée jusqu’à la fin : c’était une chouette soirée ! » – Pourtant je n’étais pas amoureux. La magie procédait tout-entière du savoir-faire de la demoiselle.

Dessine-moi une élite !

Fatalis Lux (« Crie, ô génie ! »)

Kitschophobe (Le dandy)

Orfeenix (Le poète)

Galaterato (Le poète toujours)

Kagi & Kagi (Le poète encore)

A Moy Que Chault (Le blog d’Eisangélie)

Sus Aux Albatros (Le blog de Prolo de la Lite)

Blog à Crédit (Le blog de Pascal Labeuche)

Bouteille à l’amer (Le blog de Mémento Maure)

Hazukashi (L’autre dandy)

« Alex Minaud » (L’amoureux transi)

Georges de la Fuly (Le musicien)

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Vive Frigide Barjot !

Ce que je reprocherai à Frigide Barjot, c’est d’avoir fait preuve de légalisme excessif et de n’avoir pas compris qu’une manifestation a d’autant moins à respecter la légalité qu’elle entend lui opposer une légitimité. N’ayons pas peur des mots : une manifestation est un acte de guerre politique. On y est appelé à prendre et à donner des coups. En bref, c’est une épreuve de force. Vouloir éviter cette épreuve de force est une faute grave. Avec des défilés familiaux bon enfant, rose bonbon Bisounours, on montre qu’on existe, mais rien de plus. On n’est pas en position d’exiger quoi que ce soit. La plus grande erreur a été d’obtempérer à l’interdiction de défiler sur les Champs-Élysées. Il fallait, au contraire, maintenir le mot d’ordre, surtout quand on se flatte de mobiliser plus d’un million de personnes. Aucune force de police ne peut barrer l’accès d’une artère quelconque à un million de manifestants ! En désavouant ceux de ses partisans qui tentaient de déborder les forces de l’ordre, Frigide Barjot a fait avorter le mouvement qu’elle avait elle-même déclenché, alors que celui-ci était en train de se transformer en vague de fond contre le régime.

Alain de Benoist

SOURCE : http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/frigide-barjot-a-fait-avorter-le-mouvement,18944

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Mais non mon bon monsieur. C’est tout le contraire ! Ce qu’a tenté de démontrer ici Frigide Barjot au régime en place, c’était qu’en tant que conductrice d’un mouvement d’opinion chrétien, elle se voulait non pas la représentante des forces du chaos, mais bien plutôt celle des forces de l’ordre – et cela au sens non pas conventionnel mais profond du terme. Car tel est le paradoxe du christianisme : être une révolution, mais qui ne veut rien détruire – une révolution vertueuse !

Un exemple de révolution vertueuse.

Il va de soi qu’une marée humaine de plus d’un million d’individus peut tout détruire sur son passage… Il va moins de soi que confrontée à des insultes publiques venant de son adversaire au pouvoir, elle puisse continuer passivement, humblement, saintement, à lui présenter l’autre joue comme un seul homme, et à obtempérer à ses desiderata divers, par fidélité politique à elle-même – et par extension à son pays. Car telle est effectivement la force de volonté dont la marée humaine, unique en son genre, appelée par Frigide Barjot est capable – telle est la façon dont elle se distingue obstinément des autres !

A présent cela n’est plus à démontrer.

Mon avis sur la présence de Frigide Barjot ? C’est une présence symbolique.
La signification de son symbole : « Nous pourrions être cinquante fois plus nombreux, et quand bien même projetteriez-vous de nous crucifier tous un par un jusqu’au dernier, aussi longtemps que nous le jugerions juste, nous continuerions de vous obéir. Car vous êtes malgré tout les détenteurs du glaive en notre pays. Et nous autres, en le secret de qui la Rome impériale dicte ses codes, veille et sommeille, nous ne nous ferons jamais les ennemis du glaive, encore moins ceux notre pays. »

Le suicide de Dominique Venner ne rejoint-il pas à sa façon le même objectif signifiant ?

Frigide se retire

Frigide Barjot hésite à manifester dimanche, en raison dit-elle au Figaro de menaces répétées. Celles-ci ne viendraient plus seulement des pro-mariage gay, mais aussi de l’extrême droite.

A présent, penchons-nous un instant s’il vous plaît sur la signification symbolique du : « Frigide Barjot se retire ».

 

10651939-feux-de-circulation-sur-le-vert« Eli Eli lama sabachthani? »

N’est-ce pas une forme tacite d’autorisation ?

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J’ai toujours aimé griffonner mes livres de Science-Eco…. 

Ah ça ira

*Oulah !*

Un homme se suicide dans la cathédrale Notre-Dame de Paris

Par LEXPRESS.fr, publié le 21/05/2013 à 16:39, mis à jour à 17:11

L’homme, un septuagénaire, s’est suicidé avec une arme à feu devant l’autel de la cathédrale. L’édifice religieux, très prisé des touristes, a été évacué.

Un homme se suicide dans la cathédrale Notre-Dame de Paris

Un homme s’est suicidé dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Drame à Notre-Dame de Paris. Un homme s’est suicidé avec une arme à feu ce mardi dans la cathédrale. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce septuagénaire s’est tiré une balle dans la bouche devant l’autel peu après 16 heures à l’aide d’un pistolet à un coup de fabrication belge.

Selon Europe 1, il pourrait s’agit de Dominique Venner, essayiste et ancien membre de l’OAS, proche de la mouvance des anti-mariage gay, âgé de 78 ans. Selon la radio, il aurait laissé une lettre dont le contenu n’a pas été divulgué. Joint par L’Express, la préfecture n’a pas confirmé cette information.

Notre-Dame de Paris, haut lieu touristique parisien, est « en cours d’évacuation », a-t-on appris de source policière.

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Dominique Venner, essayiste d’extrême-droite, s’est suicidé à Notre-Dame de Paris

Par LEXPRESS.fr, publié le 21/05/2013 à 17:26, mis à jour à 17:50

L’essayiste d’extrême-droite Dominique Venner s’est tiré une balle dans la tête devant l’autel de Notre-Dame-de-Paris. Manuel Valls est arrivé sur place.

Dominique Venner, essayiste d'extrême-droite, s'est suicidé à Notre-Dame de Paris

Dominique Venner, essayiste d’extrême-droite, s’est suicidé à Notre-Dame-de Paris.

Notre-Dame de Paris, théâtre d’un suicide spectaculaire. Ce mardi vers 16 heures, Dominique Venner, essayiste et ancien membre de l’OAS, s’est tiré une balle dans la tête devant l’autel de la cathédrale. Cette information, dévoilée par Europe 1, a été confirmée à L’Express par Frédéric Chatillon, ancien cadre du Gud et collaborateur de la « Nouvelle revue d’histoire », un magazine d’extrême-droite dirigé par la victime. Cette information n’a pas encore été confirmée par la

Dominique Venner, figure respectée au sein de la mouvance d’extrême droite, s’était distingué ces derniers mois dans son combat contre le mariage pour tous. L’historien a d’ailleurs publié dans la matinée sur son blog un post soutenant la manifestation du 26 mai. Si à aucun moment, il n’annonce clairement ses intentions, il écrit: « il faudra certainement des geste (sic) nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines ». « Je ne crois pas que l’on puisse lier son suicide à cette affaire de mariage, cela va bien au-delà », a toutefois déclaré son éditeur Pierre-Guillaume de Roux.

La cathédrale a été immédiatement évacuée et toutes les messes ont été annulées jusqu’à 20 heures. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, est arrivé sur place.

J’entends des voix

La plus grande douleur, c’est de ne pas le connaître, dis-je. Il y a cette voix dans ma tête – eh bien ? – je l’écoute, oui. Ce qu’elle me dit n’est pas toujours inintéressant. Cependant, c’est une voix d’homme – je ne suis pas un homme, non ? – et j’aime cette voix. Il m’a toujours semblé voyez-vous que j’aurais dû avoir un frère – un grand frère – ma maman a avorté paraît-il, une fois, avant que de m’avoir, et c’était d’un garçon. Non, la chose ne m’a jamais traumatisé. – Pensez-vous, c’est d’un banal ! Cela dit j’aurais aimé un grand-frère qui m’aide à apprendre la vie plus vite. J’ai mis trop longtemps à comprendre. La violence nécessaire. Ma maman, elle ne voulait pas me dire… Les mamans c’est comme ça. Quand à mon père, eh bien c’est tout simple, il faisait de l’obstruction ! De l’obstruction à l’instruction nécessaire. Oui il me semble, en conscience, qu’il mentait ! Car il était au-courant, voyez-vous, lui, de ce qui allait arriver. Mais c’était une sorte de partisan de l’innocence… Il le savait bien, que le ciel allait me tomber sur la tête. Eh, comment en aurait-il pu en être autrement ? – Comment, que dites-vous ? Ce n’est pas parce que les choses sont évidentes que les hommes le voient ? – Comment, vous n’avez rien dit ? – Mais c’est encore « lui » alors ! – lui, ma voix – qui me parle ? – Il est de bon conseil, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, disais-je, que mon père ait su ou non pour l’impasse, il fallait faire comme si de rien n’était. [Il faut toujours faire comme si de rien n’était, en société, n’avez-vous jamais remarqué ? Idem lorsqu’on est méchant ou gentil avec vous. Lorsqu’ils sont méchants, les gens se disent : elle pardonne, ou bien elle a la peau dure – selon ce qu’ils préfèrent. S’ils sont gentils, ils se demandent : mais pourquoi ne le voit-elle pas, l’ingrate ? Et alors ils redoublent de gentillesse afin de mieux se signaler. Tout bénef’ ! – Il faudrait toujours faire comme une pierre. On donne tout aux pierres – mais de leur côté les pierres connaissent un dénuement total : leur cœur dompté ne leur promet que du regret et des rêves inaboutis et leur esprit tout-vaillant s’ennuie profondément de lui-même.] – Pourquoi, disais-je, qu’il fallait faire comme si de rien n’était avec mon père, demandez-vous ? Mais pour la sauvegarde de l’utopie, bien sûr ! Ainsi je me faisais passer pour un enfant heureux et nous repoussions encore un peu plus loin le fatal déchantement : c’est qu’il croyait sincèrement que j’allais lui apporter un miracle, voyez-vous. C’était flatteur : il me croyait capable d’accomplir ce que dont lui avait été incapable – enfin il m’en croyait capable parce qu’il avait besoin de croire avant tout. Je le sais bien. J’aurais été trisomique qu’il aurait sûrement projeté les mêmes délires impossibles sur ma tête. Cela étant, j’ai vite eu l’intuition de ce que le paradoxe d’être née en pleine austérité pour donner naissance au soleil allait plutôt en réalité en ma faveur : on n’accomplit jamais rien de grand dans la facilité. Mai 68 n’avait rien de grand parce qu’il était facile. Aussi ce que j’ai accompli était bel et bien le vœu de mon père : mais du fait qu’il s’agissait du vœu d’un candide envoyé dans la lune, et que je suis une terrienne qui l’a reçu, il fallait bien hélas, et fort tragiquement, qu’il ne puisse pas le reconnaître. Je suis l’enfant d’un souhait qui se cache à lui-même, et qui ne me reconnaît pas car je n’ai pas la transparente immatérialité du souhait.

Ce qu’il pensait, je vais vous le dire – bien qu’il s’agisse d’un tabou, et que le dire soit interdit – il pensait que grâce à moi l’épreuve du feu qu’il n’avait pas osé passer lui-même serait surmontée. Comment je sais cela, s’il ne l’a jamais dit ? Mais parce qu’en tant qu’enfant du tabou, et tabou moi-même, j’ai toujours eu accès aux non-dits comme à des ordres venus d’en haut ! – Ma voix intérieure est d’accord. Oui, elle confirme. Et sachez que j’en suis fort aise ! Comprenez bien qu’à côté de la force d’une voix intérieure, vos maigres raisons raisonnantes ne sont rien. – Savez-vous au moins ce que c’est que l’épreuve du feu ? Je vais vous le dire, bien que ce soit dans tous les livres : il faut être pur comme le cristal, ou bien vous devenez charbon. Le monde entier est devenu charbon. Ou bien il est encore à brûler. Moi je savais que j’avais le potentiel pour passer au travers. C’est une chose intéressante en soi – au point que la plupart des gens comme moi – comme mon père – préfèrent toujours se tenir en amont du défi, ne jamais y aller, afin d’être sûrs de préserver leur capital. On n’est bien sûr jamais à l’abri d’un souci. Tout se joue comme le disaient les égyptiens : à la pesée des âmes. Il faut bel et bien l’avoir légère comme la plume, légère plus qu’une plume. Ou bien c’est le charbon. Oui, je sais tout cela. Mais comment le prouver – que je sais tout cela – sinon en allant surmonter nue une somme de souffrance si grande qu’à côté d’elle toute la douceur de vivre que j’avais pu auparavant connaître, paraîtrait au final minuscule, dérisoire, insuffisante ? Comment le prouver sans que soit balayée la joie qui jusque-là en moi, continuellement transmise, demeurait, rayonnante… – sans que soit balayée d’un revers de gifle jupitérien celle qui par comparaison finirait par me paraître anecdotique : ma personne, mon enfance ? – Et comment après coup, sous quel masque, pourrais-je me présenter à mes innocents et lâches géniteurs, eux qui ne comprendraient jamais que toutes leurs plus fidèles attentions du monde seraient toujours inaptes à compenser le martyr auquel ils m’avaient destinée ? C’est une chose que de brûler Zahia. C’en est une autre que de brûler la fille du chêne…

Oui je brûle, mais disons modérément. De temps en temps je coupe une bûche que je jette dans la cheminée. Ensuite j’attends que ça repousse. Pas folle la guêpe.

Bien sûr, ils ont continué à professer les mêmes sempiternelles salades. Bien sûr ils se sont radicalisé dans l’absurde. Oh les autruche ! – Ma mère est un cas à part. Ma mère n’a semble-t-il jamais vraiment goûté au bonheur, alors quand elle disait que j’allais être heureuse, elle ne pouvait pas vraiment savoir de quoi elle parlait. Cela l’innocente un peu… quelque part ! Moi par contre j’y ai goûté, vous comprenez. Evidemment que j’ai été puissante et libre ! Sinon comment aurais-je su, pour la capacité de mon ventre à encaisser ? J’y ai goûté si jeune, avec ça… Comment vouliez-vous m’en faire passer le goût ? J’ai vraiment cru qu’il ne faudrait jamais vivre que pour ces instants bénis. J’ai vraiment cru que là se trouverait le fin mot de l’honneur. « Je mettrai mon honneur de ne jamais déchoir de ma sur-réalité. » « Je mettrai mon honneur à rencontrer le réel, à connaître le réel – bibliquement s’il vous plaît -, et à le combattre, toujours… pour qu’elle advienne ! » « Et à ma surréalité, je lui donnerai pour nom le Christ ! ». Quand je leur ai parlé du surréalisme, ils ont dit bravo, quand je leur ai parlé du surhomme, ils ont haussé les sourcils, quand je leur ai parlé de l’honneur, ils m’ont dit que ce terme n’existait plus, et quand je leur ai parlé du Christ – parce que Lui m’avait fatalement tapé dans l’œil – ils m’ont reniée.

Oui, je reviens à mes voix si vous le voulez. Ce que vous ne voyez pas c’est que j’y étais encore. Je vous ai dit tout-à-l’heure que j’écoutais des voix, parce que je sens bien que cela vous amuse. Cela capte votre attention. J’aime vous amuser. C’est un pouvoir que vous me laissez-là, une emprise… Pourtant je ne le fais pas de gaieté de cœur. Je le fais contrainte et forcée par votre voyeurisme. Car il est bien-évident que vous ne comprenez que ce genre de gadgets ! En réalité c’est un homme, un vrai, qui me parle. Et comme je vous le disais tout-à-l’heure – mais comme je les nommais hallucinations vous ne vouliez pas me croire – ces voix ne sont pas de mon fait, ne proviennent pas de mon intérieur. Je ne suis pas cet homme à la voix douce qui me parle. Et quand bien même ce qu’il me dit, j’aurais pu l’inventer.

L’autre soir j’ai mangé une pizza

Mais que faisais-je là, assise au bar ? J’attends ma pizza. Voilà ce que je suis venue chercher.  Le temps qu’elle cuise, qu’on me la serve, et je disparais. J’ai calé la poussette en-vis-à-vis. Ma petite poule d’or bien en face. Je la fais se tenir au plus près de moi, que nous ne nous quittions pas des yeux, que rien ne puisse troubler la saine communion qui nous unit et nous protège… car nous sommes fortes et sereines dans notre bulle. Qu’y puis-je si je gène moins, assise au bar, que debout dans l’entrée, ou entre les tables, au milieu des gens qui mangent ? Je croise doucement les jambes.  Afin de me tenir en biais. Ainsi, pensais-je, je prends déjà moins de place. Oui il fait sombre, bien sûr le soir est tombé. Les mains qui pianotent sur le bar : ça c’est à cause de la musique, je crois que c’est du jazz ; je fais de la figuration. Il faut bien que je m’intègre dans le tableau. Ou que le tableau s’intègre en moi, c’est selon. Ce que je veux, c’est me fondre. Il semble, à étudier la gestuelle familière, les regards pacifiés, du jeune bonhomme en chemise blanche qui vient d’entrer et se positionne à moins d’1m 20 à ma gauche, que j’y parvienne assez parfaitement. Seul le patron m’observe déjà d’un œil complice. J’appelle ma fillette du regard, je lui souris pour qu’elle me sourie. Il se permet de me dévisager longuement : j’en fais autant parce que j’ai perdu l’habitude de ne pas voir – et même de faire semblant de ne pas voir. Et puis il y a la curiosité. Il me demande mon nom. Un quart de seconde je songe à lui dire n’importe quoi, et puis je me ravise. Après tout nous sommes dans la réalité. Je sens qu’il sent que l’information est obligée de remonter des profondeurs, à travers mille stratifications de silence, pour parvenir à son entendement. Il note mon nom sur un calepin, répète mon prénom d’une voix musicale et sourit. Comme s’il en avait besoin pour me remettre tout à l’heure ma pizza sur le comptoir : je suis sa seule cliente « à emporter » ! Tout cela est déjà parfaitement absurde bien sûr. Le patron et moi échangeons quelques propos banaux… je tiens la barre bravement. Mais un ange passe, qui me fait finalement perdre contenance. Je tire la langue à mon enfant, dont le visage s’illumine. Le patron n’en perd pas une miette. Il dit quelque chose d’étrange que je ne comprends pas. Adorable poupée potelée qui se tient parfaitement sage dans sa poussette – comme à son habitude. En public elle ne crie jamais : elle observe. Son regard est pénétrant comme vingt-six amours de lames en acier bleu trempé. Je regarde le jeune bonhomme chevelu, bien mis, au visage régulier qui tient ma gauche. Absolument tranquille à mes côtés, semble-t-il. Serait-ce le fait que je sois maman ? Le type lève les yeux plusieurs fois, nos regards se croisent il me semble, sans éprouver la moindre gène, et du coup je n’en ressens pas non plus. Et voilà comment à cause du four à bois il commence déjà à faire chaud.

Je me sens toute chose

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– Je suis ta chose, tu suis ma chose. Nous n’allons nulle part. C’est coule.
– Tu penses que tu es ma chose. Tu penses donc tu es. C’est de l’arnaque.
– Oui mais si j’étais une chose, je ne serais pas.
– Oui, si tu étais une chose, tu ne serais pas… sauf pour moi.
– Pervers manipulateur !

Courrier

Homo Faber

Peut-être votre problème avec le bricolage tient-il tout entier au fait que vous y cherchez encore et toujours un accès direct à l’Essentiel, au Transcendant… alors qu’il s’agit – précisément – d’y apprendre à jouir du contraire ! Les activités manuelles ne sont pas seulement un but en soi, – on ne répare pas une chaise pour le seul plaisir de jouir de l’usage d’une chaise – elles sont aussi l’une des modalités de la contemplation. Quand on a été longtemps torturé par son propre esprit – quand on a connu l’acédie, l’aboulie, le désespoir – on gagne à s’occuper les mains avec des tâches raisonnables : il semble que les tâches manuelles impulsent leur rythme à l’esprit pensant – un peu comme les gestes des marins inspirèrent le rythme des chansons marines – et lui confèrent une vitalité nouvelle… Les personnalités les plus complexes, les plus avides de systématismes et d’abstraction, gagnent justement à connaître cette fluidité, cette aisance nouvelle, avec laquelle la pensée s’écoule, lorsqu’on la libère de soutenir le poids corps, en occupant celui-ci.

De même, il est important pour un homme ou une femme de montrer à autrui – et plus encore de se montrer à lui-même – qu’il est encore capable d’entretenir sa maison en bon état de marche : la maison, comme le corps, est un véhicule grâce auquel nous sommes amenés à passer les épreuves de la vie. Pour cela, le christianisme invite ses fidèles à respecter leur corps comme ils le feraient d’une Eglise… et par extension ils doivent, à l’image de Pierre, veiller à tenir en ordre leur propre maison. Ne dit-on pas « Comme on fait son lit, on se couche ! » ? La propreté des mœurs rejaillit sur la santé de l’âme. Ne dit-on pas également : « Ce qui blesse les yeux, blesse l’âme » ?  Car ils doivent se tenir disponibles dans l’attente du Christ, car leur corps est la maison du Christ, car ils doivent faire en sorte qu’Il daigne venir l’habiter.

Les anglais, ces partisans du /happy few/ n’ont pas tort de considérer la pratique de hobbies comme une sorte d’hygiène (sociale&psychologique) de base. On peint des carreaux de cuisine comme on se brosse les dents : dans l’attente d’en avoir l’usage. Il faut bien s’entretenir un peu dans sa own-private folie, si l’on ne veut pas qu’elle se lasse d’elle-même ! Il faut bien nourrir cet animal de compagnie qu’est la petite créativité du dimanche, dans l’attente éventuelle qu’elle donne un jour naissance au Génie ! Tous les arts majeurs ont un socle d’artisanat – l’humilité de l’artisanat est pour eux à la fois un refuge, une politesse et une façade -, comme la race humaine a un socle simiesque. Faber, l’artisan, ou celui qui apprend par imitation, tient entre ses mains la cornue, qui est le seul medium possible du Grand-Oeuvre : nous sommes tous les /singes/ des maîtres avant que de les supplanter.

L’art de rester en vie, d’entretenir la flamme qui nous anime, sans pour autant s’y consumer, n’est rien d’autre, à proprement parler, qu’un vaste,  perpétuel, bricolage… Et voilà sans doute pourquoi les hommes aiment à donner des preuves de leur capacité à s’y exercer !

Je vous renvois, à titre d’illustration, à la Parabole des Jeunes Filles et des lampes à huiles, dans la Bible.

B à v.