Courrier

Homo Faber

Peut-être votre problème avec le bricolage tient-il tout entier au fait que vous y cherchez encore et toujours un accès direct à l’Essentiel, au Transcendant… alors qu’il s’agit – précisément – d’y apprendre à jouir du contraire ! Les activités manuelles ne sont pas seulement un but en soi, – on ne répare pas une chaise pour le seul plaisir de jouir de l’usage d’une chaise – elles sont aussi l’une des modalités de la contemplation. Quand on a été longtemps torturé par son propre esprit – quand on a connu l’acédie, l’aboulie, le désespoir – on gagne à s’occuper les mains avec des tâches raisonnables : il semble que les tâches manuelles impulsent leur rythme à l’esprit pensant – un peu comme les gestes des marins inspirèrent le rythme des chansons marines – et lui confèrent une vitalité nouvelle… Les personnalités les plus complexes, les plus avides de systématismes et d’abstraction, gagnent justement à connaître cette fluidité, cette aisance nouvelle, avec laquelle la pensée s’écoule, lorsqu’on la libère de soutenir le poids corps, en occupant celui-ci.

De même, il est important pour un homme ou une femme de montrer à autrui – et plus encore de se montrer à lui-même – qu’il est encore capable d’entretenir sa maison en bon état de marche : la maison, comme le corps, est un véhicule grâce auquel nous sommes amenés à passer les épreuves de la vie. Pour cela, le christianisme invite ses fidèles à respecter leur corps comme ils le feraient d’une Eglise… et par extension ils doivent, à l’image de Pierre, veiller à tenir en ordre leur propre maison. Ne dit-on pas « Comme on fait son lit, on se couche ! » ? La propreté des mœurs rejaillit sur la santé de l’âme. Ne dit-on pas également : « Ce qui blesse les yeux, blesse l’âme » ?  Car ils doivent se tenir disponibles dans l’attente du Christ, car leur corps est la maison du Christ, car ils doivent faire en sorte qu’Il daigne venir l’habiter.

Les anglais, ces partisans du /happy few/ n’ont pas tort de considérer la pratique de hobbies comme une sorte d’hygiène (sociale&psychologique) de base. On peint des carreaux de cuisine comme on se brosse les dents : dans l’attente d’en avoir l’usage. Il faut bien s’entretenir un peu dans sa own-private folie, si l’on ne veut pas qu’elle se lasse d’elle-même ! Il faut bien nourrir cet animal de compagnie qu’est la petite créativité du dimanche, dans l’attente éventuelle qu’elle donne un jour naissance au Génie ! Tous les arts majeurs ont un socle d’artisanat – l’humilité de l’artisanat est pour eux à la fois un refuge, une politesse et une façade -, comme la race humaine a un socle simiesque. Faber, l’artisan, ou celui qui apprend par imitation, tient entre ses mains la cornue, qui est le seul medium possible du Grand-Oeuvre : nous sommes tous les /singes/ des maîtres avant que de les supplanter.

L’art de rester en vie, d’entretenir la flamme qui nous anime, sans pour autant s’y consumer, n’est rien d’autre, à proprement parler, qu’un vaste,  perpétuel, bricolage… Et voilà sans doute pourquoi les hommes aiment à donner des preuves de leur capacité à s’y exercer !

Je vous renvois, à titre d’illustration, à la Parabole des Jeunes Filles et des lampes à huiles, dans la Bible.

B à v.

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8 réflexions sur “Courrier

  1. MOI!

    AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!!!!!!!!!!!!!!

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