L’homme le plus doux _ (fable)

Je voulais mettre une version propre de Margo labourez les vignes – par exemple

celle du Poème Harmonique – mais il semble que ce soit introuvable sur le net.

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Il était une fois un prince très-distingué. Dans sa jeunesse, sa chère maman, avant de mourir, lui avait fait promettre une chose :

– Promets-moi, mon chéri, avait-elle dit d’une voix blanche, de ne jamais devenir une brute.

Depuis ce jour le Prince très-distingué était devenu l’homme le plus doux.

Comme il était l’aîné des fils légitimes du Roi, il fut averti par lui un beau jour que son frère puîné devait être consacré à Dieu, c’est-à-dire enfermé à vie dans un monastère, et son frère cadet envoyé guerroyer en Orient, comme croisé.

– Mon fils, lui dit le Roi, à moins que tu ne te résolves, par douceur, à renoncer à ton titre pour l’un d’entre tes frères bien-aimés, il n’y a dans mon royaume de couronne que pour un seul homme. Je te laisse donc le loisir d’accepter ou non de me succéder, quoi qu’il arrive c’est toi qui annoncera leur destin à tes frères.

Le Prince si doux se trouva l’estomac fort retourné : quelle terrible charge lui incombait à présent ! Décider de l’avenir de ses propres frères ! Hélas tel était – paradoxalement – le terrible devoir et sacerdoce d’un Roi, il le savait bien : trancher dans le vif des nœuds gordiens inextricables, pour faire la volonté de Dieu. Son père n’était pas injuste, il ne se défaussait pas sur lui d’un fardeau qu’il ne pouvait pas porter (car il n’était point de charge au monde devant laquelle le bon et courageux Roi son père eût reculé) : il se contentait juste de lui demander de prouver qu’il avait les épaules pour monter sur le trône à sa suite. Le Roi son père était un homme sage, et malgré cela le cœur du Prince saignait. Son cœur saignait comme s’il avait été lui-même l’agneau à sacrifier sous son propre glaive fatal. Il avait l’impression d’avoir été chargé de crucifier le Christ et d’être lui-même le Christ écartelé intérieurement par un tel funeste devoir – tout à la fois. Réfléchissons, se dit-il, peut-être bien, finalement, aurais-je davantage ma place dans un monastère que mon puîné ? Après tout, ma foi n’est-elle pas plus vive et impérieuse que la sienne ? Cependant, il en faut de la foi pour faire le travail d’un Roi, et notre royaume ne serait-il pas bienheureux d’avoir un Roi Très-Chrétien ? Il est bien certain que la foi alliée à la capacité de trancher est plus utile aux hommes et même à Dieu que la foi aux mains liée qu’on a enfermée dans un monastère… A présent, posons-nous la question, si mon bras qui tient le glaive ne veut faire que la volonté de Dieu, mon bras ne serait-il pas celui qui doit découvrir et ramener le Graal ? Ma place ne serait-elle pas à la place de mon cadet – lui à qui l’esprit de sacrifice fait malheureusement souvent défaut – en Orient sur la route des Croisades ? Hélas hélas, mais si je laisse régner un homme dépourvu d’esprit de sacrifice, notre royaume ne va-t-il pas aller à vau-l’eau ? Ne sacrifierais-je pas par-là même notre bien terrestre au profit de richesses qui n’existent que dans les Cieux ? Puis-je faire cela à mon père ? Quant à ma mère, dont j’étais le favori à cause de ma douceur, ne me maudirait-elle pas de laisser ma vie se perdre quelque part on ne sait où dans le mystère de l’Orient, et de laisser pour maître en son royaume celui de ses enfant le moins soucieux du bien commun ?

C’est en devisant ainsi avec lui-même que le bon Prince si doux trouva la force morale d’aller dire à ses frères qu’ils devaient à présent quitter le château – pour n’y sans doute jamais revenir. Peu importait désormais le jugement qu’ils porteraient sur sa personne, car les voies de Dieu étaient impénétrables : il ne faisait qu’accomplir – et douloureusement, encore ! – une sentence supérieure. L’honneur était sauf : il avait sa conscience pour lui.

Le Prince était très riche et fut bientôt en âge de se marier. Un jour qu’il faisait particulièrement doux dans son royaume, et que mille demoiselles de haut lignage, toutes belles comme le jour, accouraient des quatre coins du monde pour se présenter à lui et le courtiser, il décida qu’il devait à la mémoire de sa mère de ne donner la préférence à aucune d’entre elles. Il appréhendait par-dessus tout la perspective de devenir un objet de rivalité et de discorde parmi toutes ces gente dames ; il désirait qu’elles demeurasses telle qu’il les voyait, comme des anges : serviables, innocentes, gaies, s’ébattant toutes ensembles comme des sœurs, en parfaite harmonie. De plus, ces belles princesses semblaient avoir déjà reçu tous les dons du ciel : elles qui étaient les enfants gâtées du Seigneur suprême, que donc pouvait leur importer l’offrande de son pauvre cœur trop humain ? Il jugea qu’il serait mieux à propos de faire cadeau de sa douceur et de sa générosité à celle qui serait le mieux susceptible d’en jouir : la fille qui n’avait rien ni personne au monde, et dont la beauté demeurait invisible aux yeux du commun.

Il décida donc qu’il s’en irait rendre visite à Cendrillon. Par douceur, pour ne point lui faire honte de ses haillons, il se fit faire, pour aller au-devant d’elle, un costume en toile de jute et chaussa de mauvais souliers crottés. Pour leur premier rendez-vous, il se munit d’un petit bouquet tout simple de pâquerettes, afin de rendre hommage à sa simplicité. Les jours suivant, il multiplia les occasions de se rendre utile et agréable auprès d’elle, quitte parfois à lui créer des embûches de toute pièce dont il se proposait comme miraculeusement de la sauver. Ils passèrent ainsi ensemble des heures très douces, assis côte-à-côte sur les bancs publics ou dans l’herbe fraîche du petit matin, à gentiment bavarder. Au bout de quelques mois de bonheur limpide, le Prince s’avisa qu’il n’aurait jamais la rudesse d’expliquer à Cendrillon qu’il lui avait menti depuis le début concernant son identité réelle. Quant à lui avouer qu’un Prince ne pouvait épouser une souillonne, bien que ce fut malheureusement la plus stricte vérité, à cette seule idée il prenait la migraine. Il la quitta donc un soir d’automne après l’avoir couverte de baisers, sans demander son reste, et pour ne jamais revenir.

Il fallut peu de temps avant qu’on lui rapporte que Cendrillon était à la recherche de son mystérieux ami : elle errait par les rues de la cité et les chemins de la campagne environnante comme une âme en peine, faisait grand tapage, frappait à toutes les portes, rendue par l’amour insensible aux moqueries des bourgeois, aux injures des prêtres et aux coups des carabiniers. La douceur proverbiale du Prince en fut toute chamboulée. « Faites-donc courir le bruit que son ami est mort », ordonna-t-il à ses gens d’arme. « La mort, de toute façon, est tout ce que mérite un aussi perfide séducteur. Ainsi le pauvre cœur malade de la demoiselle sera enfin purgé du poison d’amour qu’y a versé le faquin, et nos rues retrouveront leur paix. » En prononçant ces mots, le délicat Prince se mortifiait.

– « Oh comme vous êtes doux, Seigneur ! Oh quelle finesse, quelle générosité, tant de bonnes intentions ! », s’écrièrent en chœur les courtisans du Roi.

Lorsque Cendrillon apprit la nouvelle, son pauvre cœur malade ne le supporta pas. Dans la seconde elle s’écroula aux pieds du capitaine de la garde qui s’était rendu messager de la triste nouvelle. On s’en alla quérir sa vieille marraine la fée qui était la seule famille qu’on lui connût, laquelle jeta autant de malédictions à la cantonade qu’il lui fut laissé le temps d’en jeter, et, poursuivie par les chiens du roi, s’envola comme un éclair sur son balais magique, emportant le corps inanimé de sa filleule.

– « Sire le Roi, fit le capitaine de la garde quelque peu ému, Cendrillon est morte de chagrin. La pauvre fille avait un cœur décidément bien fragile ! »

Le Roi qui se trouvait en présence de demoiselles de haut lignage lorsqu’on lui communiqua la nouvelle, s’efforça de cacher, pour ne pas heurter leurs sentiments à son égard, l’émoi intense qui fut le sien. Néanmoins il éprouva tant de remord de ce qu’il avait fait à la pauvresse qu’il dût quitter ces dames plus tôt que prévu pour aller s’enfermer seul dans la chapelle.

– « Cendrillon n’est pas la seule à avoir un cœur bien fragile ! », entendit-on chuchoter une petite voix mutine, dans la grande salle du trône, lorsque le roi fut parti. Et des rires féminins fusèrent.

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[LA SUITE DEMAIN SI JE TROUVE LE TEMPS. :)]

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17 réflexions sur “L’homme le plus doux _ (fable)

    • Nan mais n’importe quoi alors ! Plagiat de quoi ?

      C’est ça qui est triste avec les gens comme vous : on vit, on sent, on pleure, on rit, on meurt, on exulte, et il faut encore, parce que rien de tout cela ne vous est jamais arrivé, que vous nous répondiez platement : « déjà vu ».

      Si Dieu qui voit les homme depuis toujours s’ennuyait de nous aussi vite que vous, l’Apocalypse aurait eu lieu il y a vingt siècle au moins.

  1. C’est quoi cette manie de répondre sous des pseudonymes différents ? Hein ? !! Comment je fais pour savoir si c’est vraiment Sainte Millie qui me parle ?

    L’accusation de plagiat est un peu prématurée mais j’avions cru reconnaitre la trame de Roméo et Judrillon.

    Et sinon, vive l’Apocalypse. Vivement !

    • Roméo et Juliette ? Non mais vous avez bu ? Déjà ici le Prince et Cendrillon sont aux deux extrémités de la pyramide sociale (et ça ça change déjà bcp de choses : souviens-toi la lutte des classes, camarade !), ensuite Cendrillon est morte à cause du Prince, à cause de la vanité qu’il tire de sa supposée douceur, parce que sous prétexte d’avoir un coeur plus grand que les autres, il se figure qu’il peut échapper au lot commun – ou du moins il a la bétise de se conduire (et de penser) comme si c’était le cas.
      Vous lisez, dirait-on, comme une midinette. Le ridicule constitutionnel du personnage principal (la douceur extrême de son tempérament, aurait dit Jacques Brel, « lui déchire le foie ») semble vous avoir complètement échappé.
      Seriez-vous comme les enfants, qui ne captent que le premier degré ?

      Quant au fait qu’il ne s’agisse pas de moi, réfléchissez 2mn : est-ce que je laisserais qui que ce soit usurper mon identité sur mon propre blog ?

      • Cendrillon n’est pas en bas de l’échelle sociale, puisqu’elle est belle.
        Passeport universel. Le Prince, comme tout les hommes, préfère la jolie paysanne au gros boudin qui hérite d’un Empire…
        La lutte des classes ne concerne pas les femmes, enfin juste les boudins(Louise Michel était moche, si elle était belle elle se serait maquée avec le premier beau parti et aurait consacrée son temps libre aux bonnes oeuvres), une jolie fille possède déjà son capital plus ou moins gros à faire fructifier.
        Comme le racisme en fait…
        Il concerne les hommes, quel raciste de base continuerait à être raciste face à une jolie beurette qui lui fait de l’oeil?
        Prenons « La Belle et la bête »… La jolie fille peut épouser la bête. Si la bête a un château. La fille possède son capital physique, l’homme son capital financier.
        La jolie fille est toujours en possession d’un capital, elle n’a pas que sa force de travail à offrir, elle est dans la camp des possédants, pas des damnés de la terre.^^

      • Non, la lutte des classes existe, Paul. Ne serait-ce que parce qu’une belle femme qui se sert de sa beauté pour grimper dans l’échelle sociale, même si elle est réellement tombée amoureuse d’un homme qui possède des mines de pétroles et un nom inscrit dans le bottin mondain, sera toujours suspectée de s’être vendue. Elle-même ne pourra jamais y voir totalement clair, il lui restera toujours au cœur le souvenir d’avoir fait /une bonne affaire/, et cela, même si elle a connu l’amour avec son mari, restera toujours comme une ombre au tableau. C’est pour cela aussi que la tradition occidentale, depuis la plus haute antiquité, a toujours considéré (jusqu’au XIXe siècle au moins) le mariage inter-classe comme, au mieux, un sujet de plaisanterie, au pire un édifice aux fondations incertaines, objet d’humiliation publique pour les deux partis. Les romains étaient particulièrement fermes à ce sujet : dans la mentalité des citoyens l’épouse et l’esclave étaient deux choses fondamentalement distinctes. En effet, et encore de nos jours, un homme qui achète une femme est toujours autorisé (tacitement) à la considérer comme son esclave – c’est la règle du marché. Or, ce n’est pas parce qu’une femme est née pauvre qu’elle n’est pas née libre : quels parents honnêtes, issus de la classe moyenne, ayant mis au monde une fille, l’ayant élevée consciencieusement et choyée, pourraient décemment désirer qu’elle se prostitue ? Un père qui n’est pas un tordu et qui aime sa fille, même s’il voudrait évidemment la voir à l’abri du besoin, éprouvera toujours une certaine réticence à la voir sauter de bon parti en bon parti comme une demi-mondaine. La vertu d’une fille n’est-elle pas ce qui depuis toujours lui donne le plus de valeur ?

        – La vertu des filles, même si elle ne se rapporte plus aujourd’hui à leur virginité, est une chose qui n’a pas pu (quoi qu’on en dise) totalement disparaître de notre société occidentale moderne, et il est très facile d’expliquer pourquoi : tant que des femmes se vendront, leur prix fluctuera à l’aune de leur « fraîcheur » (comme le poisson), c’est-à-dire que tant que des femmes se vendront, elles ne vendront jamais rien d’autre que leur vertu (ou ce qui leur en reste), ou du moins l’illusion de la vertu. En effet, la désirabilité d’une femme qu’on a mis à vendre, fluctue de façon générale exactement comme celle de n’importe quel produit de consommation courante* : en fonction de sa rareté sur le marché. Une société qui prétend aimer les femmes « libérées » et met à l’honneur des actrices, est une société qui se ment à elle-même. La femme soit-disant libérée qui vit sur ses charmes n’est pas que l’esclave de l’argent, elle l’est aussi du temps et de ses appâts naturels : une fois « cuite » par l’alcool et usée par l’excès d’expérience sexuelle, même le cinéma (son maquereau) la considèrera comme sans-valeur. La valeur des prostituées-même est donc d’une certaine façon indexée sur leur vertu. Je disais qu’un homme riche s’étant payé une fille du peuple restera toujours autorisé tacitement à la considérer comme son esclave. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup d’hommes continuent à priser les femmes qui aiment l’argent et se vendent (il y en a même beaucoup, quoi qu’on en dise, qui les préfèrent aux autres) : car en leur donnant leur corps pour obtenir d’eux de belles chaussures, elles s’humilient, qu’elles le veuillent ou non, elles perdent leur dignité. Or beaucoup d’hommes, en particulier parmi ceux qui souffrent d’insécurité affective ou qui sont déjà vieux et n’ont pas eu de jeunesse, apprécient de disposer d’un moyen aussi facile que l’argent pour faire perdre leur dignité aux femmes : car ils se figurent, parfois à raison, qu’il n’existe aucun autre moyen à leur disposition pour les /posséder/.

        *Attention ! Ne pas confondre la femme qui s’est mise à vendre et fait monter les enchères en jouant la comédie de la vertu, et celle qui n’est pas à vendre, et qui ne se donne pas au plus offrant non pour le faire lanterner, mais pour la simple et bonne raison que le plus offrant est un homme qui la dégoûte. De même, et là il s’agit d’un cri du cœur, ne pas confondre la femme à vendre vraiment idiote, qui fait chuter son prix en se jetant dès le premier soir dans les bras de n’importe qui, sans même avoir pris la peine de lui soutirer une partie de ses économies, et la fille amoureuse qui se donne avec passion à l’objet de ses vœux – tout simplement – portée par la certitude que son geste ne sera pas mal interprété, justement parce que la spontanéité et l’irrationalité de ce geste devrait normalement interdire de penser qu’il puisse être mu par un quelconque intérêt matériel.

        Moralité : la seule femme dont on puisse être absolument sûre qu’elle n’est pas en train de monnayer ses charmes est paradoxalement celle qui se donne, bêtement, passionnément, et sans contrepartie.

      • ?
        Je n’ai pas dit qu’elle n’existe pas.

        Si les gens vont toujours soupçonner celle qui a mis la main sur le magnat du pétrole d’être intéressée… C’est qu’elle l’est bien souvent! ^^
        Les femmes ont tout de même cette particularité d’agir uniquement par intérêt, par calcul (calcul rarement rationnel d’ailleurs), et de dissimuler cet acte sous un voile de vertu, d’amour, de toujours réinventer l’histoire en se donnant le bon rôle…
        Non pas qu’elle mentent ou qu’elle manipulent! Mais elles arrivent à se CONVAINCRE qu’elles aiment réellement le roi du pétrole, et qu’elles l’aimeraient autant s’il garait des voitures.
        Le commun des mortels va voir l’ex-mannequin slave qui a mis la main sur le rentier comme une pute. Le rentier la voit aussi comme ça. Mais, elle, ne va pas avoir conscience d’en être. Elle va REELLEMENT aimer cet homme. Elle ne l’aurait pas regardé s’il taillait les haies de la villa, mais elle l’aime VRAIMENT.
        Ce n’est pas une pute, elle a juste réussie à se convaincre qu’elle aime cet homme pour une autre raison de son argent. Elle en est persuadé. Qu’il soit ruiné deux ans plus tard, elle ne l’aimera plus, mais pour une raison qui n’a rien à voir avec l’argent.
        Non, vraiment, les quelques théologiens qui en ont conclu à l’existence de l’âme chez la femme devaient très mal la connaître.

        « quels parents honnêtes, issus de la classe moyenne, ayant mis au monde une fille, l’ayant élevée consciencieusement et choyée, pourraient décemment désirer qu’elle se prostitue ? »

        En fait… Chez les braves cathos qui jouent toujours à celui qui a la plus grosse vertu… On trouve souvent ces jeunes filles bien, très bien élevées, moralement irréprochables, tenues à l’écart de la corruption du monde… Elevées comme les princesses d’antan.
        Et qui, pourtant, semblent avoir été élevées dans le seul but d’être mariées (vendues?) à un riche parti. Et ces gens sont les premiers à se scandaliser de la marchandisation du monde!
        Des chrétiens irréprochables.
        Il ne faut pas idéaliser les parents, la plupart utilisent leurs enfants comme des outils, sont prêt à les prostituer ou les donner en esclavage.

      • « La lutte des classes ne concerne pas les femmes, enfin juste les boudins »

        Non, elle ne concerne pas que les « boudins, c’est cela que je voulais dire. :)

        Elle ne concerne pas les jolies filles qui n’ont pas de cerveau, à la rigueur. ^^

        « Le commun des mortels va voir l’ex-mannequin slave qui a mis la main sur le rentier comme une pute. Le rentier la voit aussi comme ça. Mais, elle, ne va pas avoir conscience d’en être. Elle va REELLEMENT aimer cet homme. Elle ne l’aurait pas regardé s’il taillait les haies de la villa, mais elle l’aime VRAIMENT. »

        Oui, bien sûr… ce que tu décris est le plus souvent le cas chez celles qui épousent des magnats du pétrole. Cependant la majorité des femmes pauvres n’épousent pas des hommes riches, et parmi cette majorité, nombre sont très belles. :)

        Moi, l’ex-mannequin slave, j’arriverais à l’aimer si seulement elle était un peu cynique. Une femme qui se ment à elle-même pour pallier à ses imperfections morales ne laisse aucune place à la vérité, donc aucune place à l’amour vrai. En revanche, une pécheresse qui sait très bien ce qu’elle fait, qui n’ignore pas dans quelle mesure cela est mal, mais qui n’oublie pas non plus pourquoi elle en est arrivée là, ne craindra pas de se considérer elle-même comme une pécheresse, or dit-on, « c’est une larme dans ses yeux qui lui valut les cieux »… et puis il y a des chances qu’elle ne manque jamais de penser à son mari lorsqu’elle récite le Notre Père :

        « Notre Père qui êtes aux cieux
        | … |
        Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien
        Pardonnez-nous nos offenses
        Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés
        | … |
        Délivrez-nous du mal. »

        La pécheresse qui se considère elle-même comme tel, laisse une place dans son malheur à une possible rédemption. [Cf : Nastassia Philipovna – mythique personnage de l’Idiot de Dostoïevski, l’un des plus beaux portraits de femme de toute la littérature mondiale.]

        ————————————-

        J’ai eu une copine dans le temps, que j’aimais beaucoup, une jeune fille complètement a-scolaire, mais qui dessinait très bien et lisait beaucoup… Elle avait été élevée chez les sœurs mais avait mûri trop vite. A l’âge où nous étions pour la plupart toutes encore vierges, elle semblait avoir déjà tout vu tout fait, souffert toutes les aliénations, tous les dégoûts de soi, et elle parlait (une clope au bec, un demi de bière à la main) du monde et de la vie, des religions, de la sociabilité, avec un mélange d’ironie et de désespoir qui, nous autres, nous impressionnait particulièrement à l’époque. Toutefois, le plus charmant chez elle était que la façade délurée qu’elle affichait de toute part cachait en réalité une pudeur quasiment maladive (par exemple elle ne montrait jamais ses jambes, ne s’affichait jamais en maillot de bain), une sorte de romantisme noir masqué (honteux de lui-même), et une piété si forte qu’elle confinait à la peur sacrée (elle avait en particulier une véritable passion pour l’art religieux catholique et vénérait les nonnes qui habitaient dans son quartier). Plusieurs années plus tard – exactement comme moi, parce qu’elle avait arrêté ses études trop tôt, elle se retrouvait sans avenir -, j’appris par une connaissance commune qu’elle était sur le point de se marier au fils d’un monsieur qui possédait des usines… Ma première réaction fut de rire jaune et de me révolter (j’étais encore naïve alors, et peut-être aussi éprouvais-je un restant de jalousie à l’idée qu’un homme l’ait arrachée définitivement à la communauté éclatée à laquelle j’appartenais encore, des jeunes femmes vaguement artistes et très-désespérées qui se cherchent un destin) ; mais dès que je pus voir quelques photographies de leur mariage, toute ma morgue retomba. Je compris que – sans doute un peu pour se mortifier – elle avait porté son choix sur un chemin de vie particulièrement difficile. Il était probable que le garçon dont elle allait porter la descendance n’ait jamais connu d’autre femme qu’elle – peu attirant (ce qui en soit n’est pas forcément le plus rédhibitoire), il semblait en outre légèrement /simple/. Je ne crois même pas qu’il ait eu les moyens intellectuels de comprendre quelle sensibilité subtile et profonde, quel esprit éclairé et puissamment original, il avait épousé. Ce que je sais c’est que mon amie lui avait dit oui devant un autel d’église, et qu’elle n’était pas de celles qui rompent ou négligent ce genre de sacrements.

        —————————————-

        « En fait… Chez les braves cathos qui jouent toujours à celui qui a la plus grosse vertu… On trouve souvent ces jeunes filles bien, très bien élevées, moralement irréprochables, tenues à l’écart de la corruption du monde… Elevées comme les princesses d’antan.
        Et qui, pourtant, semblent avoir été élevées dans le seul but d’être mariées (vendues?) à un riche parti. Et ces gens sont les premiers à se scandaliser de la marchandisation du monde!
        Des chrétiens irréprochables.
        Il ne faut pas idéaliser les parents, la plupart utilisent leurs enfants comme des outils, sont prêt à les prostituer ou les donner en esclavage. »

        Non mais ça je connais.
        Et franchement ça me dérange un peu…
        Les gens qui vivent le plus chrétiennement sont rarement ceux qui professent le faire, hélas.
        Vous n’avez jamais remarqué qu’il suffit à n’importe qui de se réclamer d’une philosophie pour que vivre selon les précepte de ladite philosophie lui devienne d’un coup beaucoup plus difficile ?

        En fait, entendre parler de vertu du soir au matin donnerait des pulsions libertines même au rabat-joie le plus endurci. [J’irais même jusqu’à proposer – sérieusement – la pratique de la ratiocination théologique comme une alternative au Viagra. ^^]
        De même, entendre leurs parents se réclamer de l’athéisme en permanence a tendance à donner envie aux enfants de se réfugier dans les églises pour y prier en secret. ^^

        « C’est la vie ! »

  2. « Vous lisez, dirait-on, comme une midinette. »

    Je me reconnais un goût prononcé pour les choses énoncées sans détour ni métaphore. Le second degré c’est un peu l’excuse facile pour ne rien dire au fond tout en prétendant dire quelque chose de subtil.

    Je continuerai néanmoins à lire ce récit. (si jamais vous lui trouvez une suite)

    Je te kiffe mimille.

    • « Le second degré c’est un peu l’excuse facile pour ne rien dire au fond tout en prétendant dire quelque chose de subtil. »

      Quand un auteur prétend que son œuvre ne fait sens qu’au second degré, effectivement, je suis d’accord avec vous, il faut se méfier. Qu’est-ce qu’un édifice qui prétend ne posséder qu’un second étage et ne permet pas qu’on s’arrête au premier, sinon un édifice dont on désire tenir un certain nombre de pièces inaccessibles et cachées ?

      Moi, non seulement je vous donne la permission de visiter le premier degré de mon texte, mais je prétends même que celui-ci est étudié pour, que tous les éléments en sont parfaitement assumés et que l’architecture en est susceptible d’être interrogée car elle tient debout… comment d’ailleurs, si elle ne tenait pas debout, en elle-même et pour elle-même, pourrait-elle supporter le second étage ?

      Seulement, je serais également marrie que vous vous en teniez à cette « lecture des profondeurs », qui est aussi paradoxalement la plus superficielle. ^^

      • « Moralité : la seule femme dont on puisse être absolument sûre qu’elle n’est pas en train de monnayer ses charmes est paradoxalement celle qui se donne, bêtement, passionnément, et sans contrepartie. »

        C’est beau.

      • C’est surtout vrai. Au sens strict (logicien) du terme. ^^

        Pour se donner par amour, il en faut de la pureté, il en faut de la jeunesse… il faut posséder le cœur neuf, téméraire, inconscient, du trompe-la-mort incapable d’anticiper sa chute. Il ne faut pas connaître cette peur Pavlovienne d’être blessé qui limite les hommes du commun dans leurs bonnes actions comme dans leurs mauvaises, ou avoir plus hâte encore d’aimer que l’on a peur. Où retrouve-t-on cet abandon joyeux à la toute-puissance d’autrui qui caractérise l’amoureux, sinon dans la toute-petite enfance, chez le nourrisson qui habite dans les bras de sa mère ? Qui éprouve des émotions fortes et pures, impossibles à contenir, sinon les âmes si jeunes que l’usage du monde, des calculs et des bonnes manières ne les a pas encore domestiquées ?

        Contrairement à ce que dit Kobus, ce n’est pas la stérilité qui donne la virginité éternelle, c’est la jeunesse du cœur.

        La jeunesse du cœur, c’est la vertu.

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