Le temps des meurtriers

Un vrai libéral, un vrai type de droite, ne peut pas comprendre en quoi la tournure qu’est en train de prendre le monde est parfaitement révoltante.

Et voilà pourquoi – parce qu’ils étaient révoltés – je suis un jour venue trouver les « réacs », et que malgré tous leurs défauts, et que malgré les multiples injustices qu’ils m’ont faites, je suis restée – étrangère, différenciée, solitaire, en exil – comme eux -, parmi eux.

Plutôt vivre exilée que choyée&flattée par les vrais tyrans de ce monde – et leurs valets -, les « modernes », mes frères.

Un vrai libéral, un vrai type de droite, ne peut pas comprendre en quoi la tournure qu’est en train de prendre le monde est parfaitement révoltante.

Voilà ce que j’expliquais à l’instant sur Ilys, à XP, qui s’étonnait de ce que les libéraux et les catholiques (censés vouloir se passer de l’Etat et du mariage civil), descendent dans la rue réclamer à l’Etat de ne pas changer les termes de la loi républicaine actuelle concernant le mariage civil :

Vous savez, cher XP, ce qui pourrait potentiellement révolter un démocrate dans ce mariage civil ouvert aux gays imposé par l’Etat, c’est le paradigme suivant :

Il s’agit supposément d’une nouvelle loi promulguée par un gouvernement démocratique, or l’avis du peuple n’importe manifestement plus à ce gouvernement supposément démocratique puisqu’il passe par-dessus le peuple pour édicter une loi qui – comble du mépris de classe – à 99,9% ne le concerne pas. [Et il fait cela, naturellement, au lieu de s’occuper des vrais problèmes du plus grand nombre.]

Le fait qu’on nous impose une réforme du mariage qui n’intéresse qu’une partie infime de la population, et que cette partie infime se trouve dans la portion la plus riche et la plus gauchiste (donc déjà la plus favorisée) des habitants de notre pays, signale ouvertement – au cas où un certain nombre de personnes de bonne volonté ne s’en seraient pas encore aperçu – que nos dirigeants ne gouvernent plus la France réelle, mais une vision idéalisée-mièvre-autistique – projetée dans un futur utopique qui ne viendra pas – de la France… en un mot que le gouvernement de la France n’est plus que le gouvernement de la bourgeoisie-bohème… c’est-à-dire que nos gouvernants ne gouvernent plus que pour leurs amis.

Ploutocratie, entregent à tous les étages… – Bon retour au XIXe siècle ! Saluons surtout la souplesse mentale des supposés « modernistes » qui nous ramènent en des temps si obscurs…

***

Evidemment, dans la mesure où vous n’êtes ni un démocrate, cher XP, ni même un humaniste, la misère du peuple et l’injustice de ses dirigeants vous indiffèrent. Peut-être la grande hypocrisie générale, à la limite, est-elle susceptible de vous faire hausser un sourcil ? … mais tant qu’il s’agit de voir le système actuel s’effondrer, n’est-ce pas, je suppose que vous êtes toujours content.

Voilà. Le monde est en train de sortir définitivement de la longue période de prospérité niaise et d’idéalisme forcené qui a succédé à la Renaissance. Que les oiseaux de mauvais augure et les partisans du pire se frottent les mains.

De la souplesse mentale (de la capacité d’adaptation), il en faudra /aussi/ à ceux qui tentent contre vents et marées de continuer à se /tenir droit/ dans le monde actuel !

« Résumons la France #PS : on suicide les vieux, on marie les homos, on achète les enfants, on file les embryons pour faire des crèmes… » (Anonyme sur Touiteur)

A lire : GATTACA, C’EST MAINTENANT (sur La Table Ronde – blog)

« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître. » (Pascal)

Trouvé ICI :

« On pensera peut-être que l’attitude assez limitée dont j’ai parlé n’a que des chances modestes contre les forces du meurtre. Mais, et je conclurai ainsi, ce n’est pas mon avis. Car il s’agit d’une prudence bien calculée, d’ailleurs provisoire, qui demande de la force et de l’obstination. Plus simplement, elle demande qu’on aime la vie plus que l’idée. Voilà peut-être ce qui la rend difficile, dans une Europe qui a désappris d’aimer la vie et fait semblant d’aimer l’avenir par-dessus tout, pour tout lui sacrifier. Mais si elle veut reprendre goût à la vie, il lui faudra remplacer les valeurs d’efficacité par les valeurs d’exemple. […]

Quelqu’un, dans le monde antique, nous a laissé justement l’exemple et le chemin de [notre] salut [commun]. Il savait que la vie comporte une part d’ombre et une part de lumière, que l’homme ne pouvait prétendre tout régler, qu’il fallait lui démontrer sa vanité. Il savait qu’il y a des choses qu’on ne sait pas et que si l’on prétend tout savoir, alors on finit par tout tuer. Pressentant ce que devait dire Montaigne: « C’est mettre à bien haut prix ses conjectures que d’en faire cuire un homme tout vif! » il prêchait dans les rues d’Athènes la valeur d’ignorance [illisible], afin que l’homme devienne supportable à l’homme. A la fin, naturellement, on l’a mis à mort. Socrate mort, alors commence la décadence du monde grec. Et on a tué beaucoup de Socrate en Europe depuis quelques années. C’est l’indication que seul l’esprit socratique d’indulgence envers les autres et de rigueur envers soi-même est dangereux en ce moment pour notre civilisation du meurtre. »
– Albert Camus, Le Temps des meurtriers
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