Resucée – La Postmodernité expliquée à ceusses qu’auraient manqué des épisodes

Une fois n’est pas coutume, je vous copie-colle un vieux texte de mon ancien blog, le Mimi’s Diogenes Club (j’ai conservé les fautes d’orthographe et les « libertés » de syntaxe pour le plaisir de voir le chemin parcouru – ou pas parcouru, tout dépend du point de vue) :

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03/12/2008

REFLEXION SUR LA MODERNITE OP.1

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XP a encore eu un mot puissant :

« Tout va de plus en plus vite, dit-on? Non, jamais le monde n’a avancé aussi lentement, et peut-être parce qu’il a rompu avec la tradition du mouvement. »

Etrange, cette faculté de XP : exprimer un certain nombre de phénomènes relativement banaux – des questions sur lesquelles je ne reviens plus très souvent, en ce qui me concerne – et leur restituer tout leur mystère originel…
Je m’explique ; nous disposons d’un concept relativement commode aujourd’hui, pour désigner la déréliction de l’esprit de modernité qui a abrutie la fin du XXe siècle et qui caractérise le brouet clair philosophique que nous connaissons du XXIe… Nous ne nous posons plus la question de savoir pourquoi les mots ne veulent plus rien dire que les choses et leur contraire et pourquoi la jeunesse part en quête de sens comme on se prépare pour les croisades – traduisez « pour la mort ». Nous ne nous posons plus la question car nous disposons d’un terme pour cela, une expression aussi stupide que ce qu’elle désigne (et donc parfaitement appropriée) : la POSTMODERNITE.

La postmodernité est un concept très commode : il est un pur sens-unique car il est quasiment impossible à connoter positivement. En fait il n’existe qu’en négatif : il est l’échec de la modernité.

L’échec de la modernité, dans son acception définitive, contrairement aux apparences, est tout le contraire d’une notion philosophique : c’est une chose qui est en réalité complètement impossible à concevoir pour l’esprit humain. – En effet, comme le dit si bien XP, la modernité est mouvement, la modernité est agissement et réaction ; la modernité, fonction vitale du corps social, est le cri qu’il pousse lorsque son Essentiel est touché ; la modernité rappelle à l’ordre ! Et c’est l’absence de modernité qui ressemble bien davantage au chaos. La modernité n’est pas autre chose que le miracle réitéré de la vie, duquel il faut absolument se montrer digne, en lequel il s’agit de continuer à croire, ou bien naturellement crever plus ignorant qu’un rat de la plus invraisemblable des impiétés ! – L’esprit humain n’est pas fait pour concevoir le contraire de la vie, le non-être, l’antimatière et l’absence totale de mouvement. L’esprit humain ne le peut pas, intrinsèquement, car il ne sera jamais autre chose que l’expression d’une intelligence animale, c’est-à-dire un fils (ingrat) de la matière, bien vite rattrapé par elle. L’esprit humain a hérité de l’Etincelle primordiale, et périra s’il se refuse à continuer à lui sacrifier. L’esprit humain est fait pour la création, il est prévu pour innover. Il est voué à se développer à la mesure de l’expansion continue de l’univers à la suite du Big-Bang, et n’a pas été conçu pour barrer la route à cet immuable chemin.

Non, effectivement, la postmodernité n’est pas une option possible pour l’esprit humain. Car l’esprit humain, c’est  « je me dépasse ou je meurs ». La postmodernité est donc la mort de l’esprit humain, et elle est le commencement d’une souveraineté nouvelle…

La modernité n’est rien d’autre que le retentissement du sens lorsqu’il en vient, par ce qui s’apparente à une connexion électrique, à rencontrer l’objet. La modernité est cet instant béni où le réel existe à nouveau dans le ciel des idées, sous sa forme symbolique. La modernité représente l’ensemble de tous les instants de communion au cours desquels le Verbe à nouveau a créé le monde. La postmodernité est donc la renonciation schizophrénique, fatale, de l’esprit humain au réel – ce qui veut dire « à l’existence ».

La postmodernité est le commencement d’une souveraineté nouvelle : celle de la matière sur l’esprit.

Cela veut dire que l’échec de la modernité, bien qu’il ne possède, de priver les mots de leur sens, aucun sens en lui-même, n’est malgré tout pas une abstraction. Il demeure, en quelque sorte, « abstrait » pour l’esprit libre, mais tout en le tenant solidement prisonnier. L’échec de la modernité est une réalité tangible. C’est un phénomène notoire et bien réel. Il est une expérience de tous les jours, de tous les instants, auquel faible et las, pauvre et piteux, misérable et diminué, l’esprit s’abandonne à répétition.

L’échec de la modernité, il est tout simple : c’est la noire Angleterre Victorienne du petit Chaplin, et la laideur des Temps Modernes aux yeux du génial vagabond ; c’est le Communisme et le Libéralisme éliminés par leurs propres machines, et l’indignité infinie des hommes par rapport à leurs idéaux. *

 

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* A propos du libéralisme, ma position est la suivante : c’est un admirable projet pour l’humanité qui consiste à vouloir que les hommes s’encouragent entre eux, par la compétition, à se dépasser eux-mêmes. Le Libéralisme table sur cette faculté unique de l’intelligence humaine, dont j’ai même osé affirmer tout à l’heure qu’elle la définissait, à innover sans cesse, qui donne à chacun de nous, potentiellement, la capacité de transformer nos faiblesses en forces. En cela même le libéralisme idéal est tout sauf injuste : au contraire, il prétend pousser chacun à offrir au monde la plus importante contribution possible – dans un tel monde de « bonne volonté », se dégageraient alors des aristocraties naturelles, fondées sur le mérite, impossible à contester. Du fait que l’intelligence humaine possède le don de se développer essentiellement pour compenser des manques, elle tend aussi à ne pas systématiquement favoriser les petits préférés de mère nature ; cela contribue au prestige non seulement moral, mais esthétique, de l’idéologie libérale, car celle-ci n’est jamais mieux complètement incarnée que par les individus les plus courageux et les plus inventifs, et par ceux qui n’ont pas peur de se confronter au principe de réalité.

Ma position au sujet du libéralisme est donc la suivante : le libéralisme est, par excellence, une idéologie de la confiance en la modernité. C’est l’idéologie qui n’existe que pour accompagner les hommes sur le chemin de l’expansion continuelle de la civilisation et de l’Energie sacrée dispensée par l’Etincelle primitive du Big-Bang. C’est une idéologie très rationnelle, (beaucoup plus rationnelle que le communisme), qui  n’envisage pas que l’Esprit humain puisse trouver un maître en la Matière. C’est une idéologie qui fait pleinement sens pour les gens, précisément, lancés à corps perdu dans une quête de sens systématique. Mais ce n’est pas une idéologie qui est capable de résister au « lâcher-prise ». Le libéralisme est incapable de concevoir l’espèce humaine ne concourant pas uniquement à perpétuer l’espèce. Le libéralisme a oublié que l’homme était à ce point un animal mélancolique que son propre reflet dans un miroir était capable de tout faire chavirer…

Le libéralisme a oublié que l’homme (malheureusement ou pas) n’était ni systématiquement intelligent, ni systématiquement rationnel, que l’homme échappait souvent à sa propre définition… Et cela, tôt ou tard, il fallait bien que la postmodernité se charge de le lui rappeler.

06:58 Publié dans Economie | Tags : libéralisme, postmodernité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

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