De la distinction

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N. disait qu’il préférait Bizet à Wagner pour rire. Pour rhétoriquer. Moi je le dis sans rire. J’aime mieux à Wagner le synthétique, Bizet qui est vrai.
Le plus difficile est d’avoir les goûts de ses ambitions.

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Quand les homos aujourd’hui nous font croire qu’ils veulent se marier par amour, ils mentent. Ce ne sont pas des gens qui aiment : ce sont des bourgeois. Car comme le disait Baudelaire, le mariage est une désinfection de l’amour, le mariage est une préoccupation bourgeoise, il n’est pas l’amour. On n’a pas à demander le droit de s’aimer : on le prend. Ces gens qui entendent introduire l’état dans leurs pulsions transgressives pour les légitimer – transgression dont ils ont le toupet de se réclamer avec orgueil tout en interdisant autrui de la nommer pour ce qu’elle est -, pour les rendre non seulement autorisées mais au goût du jour, sont comparables aux guillotineurs révolutionnaires qui entendaient interdire la guillotine des Princes. Ce ne sont pas des gens qui « aiment la différence », ce sont des égoïstes qui veulent déplacer le curseur de la norme à leur avantage, comme on tire la couverture à soi. Or, comme chacun le sait, la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres : quand la loi aura autorisé un couple homosexuel, infertiles par décret de la nature, à « faire des enfants », alors ce sera les droits de la mère naturelle (et par extension de l’enfant naturel) qui y perdront d’autant. On ne peut donner quelque privilège que ce soit à une catégorie de personne sans reprendre une partie de ses droits à une autre. C’est le principe-même du privilège, dont on ne jouit jamais que parce que tout le monde n’en jouit pas.

Et voilà où je voulais en venir. Un homme vraiment libre et qui aime sa liberté ne se plaindra jamais d’être considéré par la société comme un anormal. Au contraire il y verra un signe de distinction, et une opportunité de se distinguer.

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Les ignorants et les hérétiques pensent qu’on combat le Démon avec du désinfectant et des anges. Ironie de tous ces pions ! Ironie de ces pauvres diables… « Qui fait l’ange fait la bête » ; jamais sagesse populaire ne fut remède plus approprié aux poisons d’un siècle.

On combat le démon en priorité par l’humanité, le coeur qui est en soi, et non en tentant de se purifier ici-bas, car la pureté n’est pas de ce monde, et les purificateurs sont des monstres. A preuve les vicieuses attaques dont j’ai toujours été l’objet : systématiquement secondées dans leur volonté de me réduire au silence, par des visions puritaines. On combat le démon en se souvenant du Notre Père, qui commence par les mots suivants : « Pardonnez mes erreurs, pardonnez-moi mon Père, car j’ai péché. »

On combat le démon non en se croyant supérieur aux misères et aux humiliations que subissent pour leur amour les hommes et les femmes qui aiment, mais en se souvenant que l’homme est ainsi fait :

Rien ne lui est jamais acquis,
ni sa force, ni sa faiblesse,
et quand il croit ouvrir ses bras
son ombre est celle d’une croix.

Ce n’est pas l’ange qui peut combattre le démon – le démon est un ange – c’est l’homme.

Je crois en les hommes qui croient en l’homme. Et qui donc par extension croient en eux-mêmes, se croient beaux et grands et supérieurement nécessaires à l’Humanité, lorsqu’ils font preuve d’humanité.

Ne me demandez pas : à quoi ça sert ? On ne devient pas un homme pour y gagner quelque chose ou pour changer le monde, on le fait en premier lieu pour soi-même, et pour Dieu.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

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