Je suis Romain, d’après Charles Maurras

Je suis Romain parce que Rome, la Rome des prêtres et des papes, a donné la solidité éternelle du sentiment, des mœurs, de la langue et du culte, à l’œuvre politique des généraux, des administrateurs et des juges. Je suis Romain, parce que si mes pères n’avaient pas été romains comme je le suis, la première invasion barbare, entre le V et le Xème siècle, aurait fait aujourd’hui de moi une espèce d’Allemand ou de Norvégien. Je suis Romain, parce n’était ma romanité tutélaire, la seconde invasion barbare, qui eut lieu au XVIème siècle, l’invasion protestante, aurait tiré de moi une espèce de Suisse. Je suis Romain dès que j’abonde en mon être historique, intellectuel et moral. Je suis Romain, parce que si je ne l’étais pas je n’aurais à peu près plus rien de français. Je suis Romain dans la mesure où je me sens homme : animal qui construit des villes et des Etats, non vague rongeur de racines, cet animal qui, voyageur ou sédentaire excelle à capitaliser les acquisitions du passé et même à en déduire une loi rationnelle. Je suis Romain par tout le positif de mon être, par tout ce qu’y joignirent le plaisir, le travail, la pensée, la mémoire, la raison, la science, les arts, la politique et la poésie des hommes vivants et réunis avant moi. Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques.

SOURCE :  http://bouteillealamer.wordpress.com/2013/10/11/je-suis-romain-dapres-charles-maurras/#comments


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A ceux qui passent leur temps à vouloir opposer, de toute force, judaïsme et occident, je leur ferai tout de même remarquer que depuis le Christ, le judaïsme et la romanité conquièrent le monde non l’un contre l’autre (ou alors seulement dans le cadre d’une émulation réciproque), mais sur un même bateau.

– A preuve le financement du retour des juifs américains en Israël par les communautés de croyants protestantes intégristes (type mormons) : ces gars sont des pragmatiques, ils entendent hâter le retour du Messie, et ils ont compris comment il fallait s’y prendre ! [rire]

Même s’il est un peu moins tapageur en ce qui concerne ses visées universalistes (virilité oblige), l’esprit romain n’en possède pas moins que la pensée juive, et mon avis est qu’il continue de s’étendre au moins autant.

– Qu’est-ce qu’une campagne Benetton ? Qu’est-ce que ces « valeurs démocratiques » auxquelles on veut absolument qu’il aille de soi que des peuples étrangers donnent la préférence, en abandonnant par-là même leurs institutions traditionnelles ? – Est-ce Rome ou Babylone ? Un peu des deux, certainement.

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Le christianisme, c’est avant tout un truc de romains. Les juifs sont pour assez peu de chose au final dans la postérité exceptionnelle qu’a eu la parole de Jésus. Ce sont les élites romaines férues d’orientalisme qui se sont entichées de cette jolie histoire – élites, comme on sait, mâtinées et de pensée et de sang grec (avant que les Latins ne conquièrent la « botte » italienne, que croyez-vous qu’il y avait partout, dans les futures villes portuaires de l’Empire, sinon des colonies grecques ? – D’ailleurs n’y a-t-il pas une légende qui fait remonter la généalogie des fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, à Enée ?). Et puis Jésus était peut-être juif, mais c’était aussi quelque part un romain, puisque même s’il n’avait pas le statut de citoyen, la terre où il est né, quand il y est né, était déjà romaine, et la façon-de-penser locale, déjà romanisée.

Cf : la Vie de Brian des Monty Pythons.

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Alors bien sûr il ne faut pas pousser mémé non plus.

« La race et l’autochtonie, deux concepts absolument étrangers aux romains (mais pas à nombre de grecs et aux athéniens en particulier) » [M.M]

Voilà ce qu’on apprend aujourd’hui aux enfants des l’école… Bon, c’est bien joli…  Mais gare aux essentialismes romantiques, tout de même ! Les professeurs de collège ont tendance à forcer un peu le trait pour se rendre intéressant. ^^

Les romains dont on parle étaient tout de même des antiques. Cela veut dire que lorsqu’on se figure qu’ils ne connaissaient pas le concept de race, on délire gentiment.
En ces temps-là (comme ce fut d’ailleurs grosso modo le cas en Europe jusqu’au XIXe) quand on était mis en présence – comble du chic – dans un salon paTriCien, d’un individu, libre ou non, venu des confins du monde connu, vous pensez bien qu’on le présentait d’abord en sa qualité d’étranger et de curiosité exotique… En ces temps archaïques-là, on n’avait pas encore songé à remettre en question la notion de frontière, et avant que d’être un Citoyen du Monde, monsieur M’Bala de passage dans le Latium était un barbare, un point c’est tout. Dans le monde romain comme ailleurs dans l’antiquité, tout le monde en général – et pas seulement les curiosités – était couramment désigné selon son origine ethnique : on la portait comme une sorte de blason, presque comme un second nom de famille – on disait : Untel de Macédoine, Machin de Numidie – c’était la norme. Et quand on achetait un esclave… pensez si la race comptait !
– Chez un affranchi parvenu c’était différent… vous ne vouliez tout de même pas froisser la susceptibilité d’un homme qui avait du pouvoir et de l’argent ?
Même s’il y eut parfois chez certains penseurs du monde romain quelques maigres embryons d’humanisme, les droits de l’homme – de l’homme traité en tant qu’homme et non en fonction de sa qualité – étaient encore inconnus au bataillon.

Ils n’étaient peut-être pas très xénophobes, les romains, parce qu’ils aimaient à consommer de la marchandise et de la pensée exogènes, cela ne les empêchait pas de savoir qui ils étaient et de célébrer là d’où ils venaient. A preuve, l’autel des Dieux Lares dans toutes les maisons de bonnes familles, qui permettait à « ceux qui comptaient » de célébrer un culte des origines, et de se réclamer d’ascendances divines – exactement comme les grecs.

Chacun sait que les Dieux se marient avec ce qu’ils veulent : une vache, un noir, une princesse. Eh bien les fils des dieux – les nobles et les bourgeois -, quand il est question d’or ou de diplomatie, c’est pareil.

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En gros, si je devais identifier le biais intellectuel dans lequel se perdent ceux qui disent : « Le christianisme est un truc de juifs, la société chrétienne est une société complètement enjuivée« , je dirais que ces gens se représentent l’histoire des peuples comme si elle découlait entièrement de l’histoire des idées… Un peu comme si ce n’étaient pas les hommes (les peuples) qui faisaient l’histoire, mais l’apparition des idées. Une façon de voir un peu /systématique/, non ?

Moi je prétends en somme que toutes les « idées » ont finalement peu ou prou existé en substance (= que les idées sont des « formes », et que les formes sont immanentes), et qu’il importe moins au final, si l’on veut vraiment comprendre l’histoire, de savoir à quels auteurs on doit primitivement attribuer toutes les « grandes idées » dans l’histoire des idées (ex : le christianisme aux juifs esséniens pauvres, l’humanisme moderne à un certain Ulpien, la physique moderne à Euclide..etc.), que de savoir pourquoi certains peuples à un moment donné, ont adopté certaines idées à grande échelle, et pas d’autres. Ca, de mon point de vue, c’est la grande question, la grande « inconnue » de l’équation, le grand mystère !

Pourquoi les romains sont-ils devenus chrétiens ? Pourquoi l’Islam prend-il aujourd’hui la/les forme(s) qu’on lui connaît ? [Alors que le message du Coran étant plutôt « informe » à l’origine, sans grande cohérence interne, l’islam pourrait avoir bien d’autres visages…] Pourquoi Homère a-t-il eu la postérité qu’on lui connaît ? Pourquoi tant de génies sont-ils allés de tous temps aux poubelles de l’histoire irrémédiablement, sans que personne n’y puisse rien, et quelque soit la publicité qu’on ait pourtant voulu leur faire ?

Là-dedans, entre le facteur hasard, bien sûr, mais pas seulement. Là-dedans entre aussi le facteur « hommes » : que les hommes sont-ils prêts à entendre ? A quel moment le sont-ils ? Le sont-ils quand ça leur est /utile/ ? Grandes questions parce qu’elles n’ont aucune réponse évidente.
Remplacez le terme « hommes » par le terme « peuples », et vous vous retrouvez confrontés à un questionnement racialiste. Hélas, c’est comme ça.
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[NB : On ne peut pas attribuer non plus entièrement la grande vogue générale actuelle de l’antiracisme à la pensée juive – prise en elle-même et pour elle-même – pour la simple et bonne raison que les juifs non plus (c’est-à-dire, pas plus les juifs que les romains) n’ont jamais échappé au questionnement racialiste, bien au contraire : on peut dire sans crainte de se tromper que le Dieu d’Abraham est un Dieu racialiste quoi qu’il en soit.]

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